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• Dans les ruines de Jérusalem il restera un grand « peuple que Dieu délivrera de la mort, et le
• salut paraîtra en In montagne de Sion : la Ja-
• lousic du Dieu des armées fera eet ouvrage. • Après un oracle si clair, il n'est plus permis de douter que ce ne soit la jalousie du Dieu des armées qui ait sauvé le peuple fidele.
Mais pour pénétrer un si grand mystère, reprenons les choses d’un plus haut principe, et rappelons a notre mémoire la témérité de cet ange, qui, par une audace inouïe, voulut s'égaler à Dieu , et se placer jusque dans son trône. Vous savez qu'étant repoussé de sa main puissante, et précipité dans l'abime, il ne peut encore quitter ie premier dessein de son audace démesurée. Il se déclare hautement le rival de Dieu ; c'est ainsi que le nomme Tertullien, Æmvtus Dei • le ■ rival , le jaloux de Dieu : • il se veut faire adorer en sn place; et s'il n’a pu occuper son trône, il lui veut du moins enlever son bien. Il entre dans le paradis terrestre, furieux et désespéré : il y trouve l'image de Dieu, c’est-âdire, l’homme; image chérie et bien aimée , que Dieu avait établie dans son paradis dedélices, qu'il avait formée de sa main et animée de son souffle. Ce notait qu'une créature; mais enfin elle était aimée par son Créateur : il ne l’avait pétrie que d'un peu de boue; mais cette boue avait été formée de sa main. Ce vieux serpent la séduit, il la corrompt. Surprise par ses flatteries, elle s'abandonne à lui : la parjure qu’elle est, l’ingrate et i’infidcle qu’elle est ; au milieu des bienfaits de son époux, dans ie lit même de son époux , pardonnez-moi la hardiesse de cette parole, que je ne trouve pas encore assez forte pour exprimer l’indignité de cette aelion;dans 1e lit même de son époux elle se prostitue à son rival.
0 insigne infidélité! ô lâcheté sans exemple! Fallait-il quelque chose de plus que celte honteuse prostitution , faite à la face de Dieu , pour l’exciler a jalousie? Il s’y excite en effet d’une étrange sorte. Quoi , mon épouse s’est fait enlever, mon image s’est laissé corrompre , elle que j’avais faite avec tant d’amour , dont j’avais moi-même formé tous les traits , que j’avais animée d’un souffle de vie, sorti de ma propre bouche !
Que fera, mes frères, ce Dieu fort et jaloux, irrité d’un ahandonnement si infâme? que ferat-il a cette épouse Infidèle, qui u méprisé un si grand amour? Certainement il pouvait la perdre; mais, ô jalousie miséricordieuse I il a mieux aimé la sauver. O rival ! il ne veut point qu’elle soit ta proie ; il ne lu peut souffrir en tes mains. Cet indigne spectacle Irritant son coeur, il court après pour la
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POUR UN K PROFESSION’
retirer, et descend du ciel en lu terre pour chercher son épouse qui s’y est perdue : Venil quœrere quod perierat \ La maniéré dont il se sert pour nous délivrer montre assez, si nous l’entendons, que c est la jalousie qui le fait agir : car il n'envoie ni ses anges , ni ses archanges , qui sont les ministres ordinaires «le ses volontés. Il a peur que son épouse volage, devant sa liberté à d’autres qu'à lui , ne partage encore son cœur , au lieu de le conserver tout entier à son Époux légitime ; c’est pourquoi il vient lui-méme en personne : Deux ipse veniet , et salvabit nos J. S’il faut des supplices, c’est lui qui les souffre ; s’il faut du sang, c’est lui qui le donne; afin que nous comprenions que c’est à lui que nous devons tout, et que nous lui consacrions tout notre amour, comme nous tenons de lui seul tout notre salut.
De là vient que nous lisons, dans son Écriture, qu’il n’est pas moins jaloux de sa qualité de Sauveur que de celle de Seigneur et de Dieu. Écoutez de quelle sorte il en parle : Ego Dominus \ cl non est ultra Deux absque me : Deux jus fus , et suivons non est prœter me 3. Ne vous semble-t-il pas, chrétiens, que ce Dieu jaloux adresse sa voix à la nature humaine infidèle, ainsi qu’un amant passionné, mais dont on u méprisé l'amour. O volage ! ô prostituée ! qui m’as quitté pour mon ennemi , regarde que c’est moi qui suis le Seigneur, et il n’y a point de Dieu que moi : mais considère cneore, ô parjure, infidèle, qu’il n’y a que moi qui te sauve; et si tu m'as oublié après t'avoir créée, reviens du moins à moi quand je te délivre. Voyez comme il est jaloux de sa qualité de Sauveur. Et ailleurs, se glorifiant de l'ouvrage de notre salut : « C’est moi, c’est moi , dit-il, qui
■ l’ai fait; ce ne sont ni mes anges, ni mes nr- » changes, ni aucune des vertus célestes : c'?st « moi seul qui l’ai fait , c’est moi seul qui vous
■ porterai sur mes épaules; enfin c’est moi seul «qui vous sauverai : ■ Ego feci : egoferam , ego portabOy ego salvabo 4 : tant il est jaloux de cette gloire ; et c’est , mes sœurs , cette jalousie qui l’attache sur cette croix, dont nous célébrons aujourd'hui la fête.
Car, dit excellemment saint Jean-Chrvsostôme 5, comme un amant passionné , voyant celle qu’il recherche avec tant de soin gagnée par les présents de quelque autre , qui prétend à ses bonnes grâces, multiplie aussi sans mesure les marques de son amitié pour emporter le dessus ; de même en est-il du Sauveur des âmes. Il voit que
» fiatth. xvhi. n.
» In. mT,4.
s Ibid. XI V. SI.
4 Ibid. XLTI , |.
* In Mpifl- I «d Cnr. H*m. XXIY, a*2,t K, p. 213.
nous recevons ù pleines mains les présents de son rival , qui nous amuse par une pomme , qui nous gagne par des biens trompeurs qui n’ont qu’une légère apparence : pour détourner nos yeux et nos cœurs de ses libéra lités pernicieuses, il redouble ses dons jusqu’à l’infini; et son amour excessif voulant faire un dernier effort , le Tait enfin monter sur la croix , où ii nous donne non-seulement sa gloire et son trdne , mais encore son corps et son sang, et sa personne et sa vie : enfin , se donnant lui-méme , que ne nous donne-t-il pas? Et nous faisant un si grand présent, il me semble qu’il nous dit à tous : Voyez si ce prétendant que vous écoutez pourra jamais égaler un tel amour et une telle munificence. C'est ainsi qu’il parle , c’est ainsi qu’il fait; et nous pourrions nous défendre d’une jalousie si obligeante î
Mais, ma sœur, si l’Époux céleste a l’ardeur et les transports des jaloux , il en a les regards et la vigilance. Il a des yeux de jaloux , toujours ouverts , toujours appliqués pour veiller sur vous, pour étudier tous vos pas, pour observer toutes vos démarches. J’ai remarqué dans le saint cantique deux regards de l’Epoux céleste : il y a un regard qui admire, et c’est le regard de l’amant : il y a un regard qui observe, et c’est le regard du jaloux. « ^lue vous êtes belle, ô fille « de prince! «■ dit l’Epoux à la chaste épouse*. Cette ardente exclamation vient d’un regard qui admire, et il n’est pas indigne du divin Époux , dont il est dit dans son Évangile qu’il admira la foi du Ccntcnier*. Mais voulez-vous voir maintenant quel est le regard du jalou x ? « Il est venu , « dit l'Épouse, le bien-nimé de mon cœur, regar- « dant par les fenêtres, guettant par les treillis : » Dilectux meus venil , respiciens perfenestras , pmspiciens per cancellos 3. Il vient cri cette sorte pour vous observer, et c’est le regard de In jalousie : de là naissent et ces grilles et cette clôture. Il vous renferme soigneusement , il rend de toutes parts l’abord difficile; il compte tous vos pas, il règle votre conduite jusqu'aux moindres choses : ne sont-ce pas des actions d’un amant jaloux? Il n’en fait pas ainsi au commun des hommes : mais c’est que s’il est jaloux des autres fidèles , il l’e.st beaucoup plus de ses épouses. Étant donc ainsi observée de près, pour vous garantir des effets d’une jalousie si délicate, il ne vous reste, ma sœur, qu’une obéissance toujours ponctuelle, et un entier abandonnement de vos volontés. C’est ce que je. vous recommande en finissant ce discours ; et afin que vous compreniez combien cette obéissance vous est néces-
1 Cnnt. vil, ». *.
* MaHh. VIII , 10.
* Cnnl. il , 9.
POUR UNE PROFESSION
saire, je vous (lirai la raison pour laquelle elle vous défend de la jalousie de votre K pou*.
Ce qui excite Dieu à jalousie , c'est lorsque l'homme se veut faire Dieu , et entreprend de lui ressembler. Mais il ne s'offense pas de toute sorte de ressemblance : cai II nous a faits à son image, et 11 y a de scs attributs dans lesquels il n’est pas jaloux que nous tâchions de lui ressembler ; au contraire, il nous le commande. Par exemple, voyez sa miséricorde, combien riche, combien éclntante ; il vous est ordonne de vous conformer à cet admirable modèle : Estotc miséricordes , sicut et Pater rester misericors est ' : • Soyez ■ miséricordieux , comme l'est votre Père cé- * leste. ■ Ainsi , comme il est véritable , vous pouvez l'imiter dans sa vérité : il est juste , vous pouvez le suivre dans sa justice : il est saint; et encore que sa sainteté semble être entièrement incommunicable , il ne se fâche pas toutefois que vous osiez porter vos prétentions jusqu’à l’honneur de lui ressembler dans ce merveilleux attribut; lui-mème vous y exhorte : » Soyez saints « parce que je suis saint : » Sancti estotc, quoniam eqo sanctus sum *.
Quelle est donc cette ressemblance qui lui cause tant de jalousie? C'est lorsque nous lui voulons ressembler dans l’autorité souveraine, lorsque nous voulons l'imiter dans l'honneur de l'indépendance, et prendre pour loi notre volonté, comme lui-même n'a point d'autre loi que sa volonté absolue. C’est là le point chatouilleux , c'est là l’endroit délicat ; c’est alors que sa jalousie repousse avec violence tous ceux qui veulent s'approcher ainsi de sa majesté souveraine. Par conséquent , si sa jalousie s'irrite seulement contre notre orgueil ; qui ne voit que la soumission est l'unique moyen pour nous en défendre? Il est jnloux quand vous prenez pour loi votre volonté. Pour empêcher les effets de sa jalousie, abandonnez votre volonté. Soyons des dieux , il nous est permis , par l'imitation de sa justice , de sa bonté , de sa sainteté, de sa miséricorde toujours bienfaisante. Quand il s’agira de puissance et d'autorité , tenons-nous dans les bornes d'une créature , et ne portons pas nos désirs à une ressemblance si dangereuse.
Mais si nous ne pouvons ressembler à Dieu dans cette souveraine indépendance, admirons, mes sœurs , sa bonté suprême , qui a voulu nous ressembler dans la soumission. Jetez les yeux de la foi sur ce Dieu obéissant jusqu'à la mort, et à la mort de la croix. A la vue d'un abaissement si profond, qui pourrait refuser de se soumettre? Vous vivez, ma sœur, dans un monastère, où
• Lue. vi, au.
■ Levit.X 1,44.
la sage abbesse qui vous gouverne vous doit foire trouver la soumission non-seulement fructueuse, mais encore douce et désirable. Mais quand vous auriez a souffrir une autre conduite; de quelle obéissance vous pourriez - vous plaindre, en voyant celle du Sauveur des âmes , et à la volonté de quels hommes l'a livré et abandonné son Père céleste ? C'a été à la volonté de Judas , à celle de Pilate et des pontifes , à celle des soldats inhumains qui , ne gardant avec lui aucune mesure, ont fait de lui tout ce qu’ils ont voulu : Ecceruht in eo quœcumque votucrunl ‘ . Après cet exemple de soumission , vous ne sauriez descendre assez bas; et vous devez chérir les dernières places, qui , depuis l’abaissement du Dieu-Homme , sont devenues désormais les plus honorables.