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SERMON
POUR UNE PROFESSION
SUR LA VIRCIKITÊ.
Sainte séparation et chaste union , deux chose* dans U*qtH-Jks consiste la .sainte virginité : combien elle est mile et généreuse. De quelle manière, en établissant son siège dan* l'Ame, rejaillll-elle sur le corps. Avec quel soin 1rs virrpe* doivent garder tous leurs sens. D’ou vient la sainle virginité a-t-elle tant d'a I traits pour Ir Sauveur. Saint ravissement de» vierges, et leurs privilèges. Précautions qui leur sont nécessaires, pour être saintement unies à leur Epoux. Soo amour et sa jalousie : ses deux regards sur elles. Qu'est-ce qui cause sa retraite. Funestes effets de l'orgueil : avantages de l'humilité-
Æmulor vos Del œ mulatlone : despond i enim vos uni viro , r irginem caslam eshibere Chris fo.
J’ai pour vous uu amour de jalousie , et d’une jalousie de Dieu ; parce que je vous ai (lancée à cet unique Époux , qui est Jésus-Christ, pour vous présenter à lui comme une vierge toute pure. II. Cor. xi, 2.
Puisque la sainte cérémonie par laquelle vous vous consacrez au Sauveur avec in bénédiction de l'Église, vous met au nombre des vierges sacrées , et vous joint à la troupe innocente de ces filles choisies et bien aimées, qui doivent être conduites au Roi , selon la prophétie du Psalmiste’ ; pour vous faire connnttrc avec évidence quelle est la profession que vous faites, il est nécessaire que vous pénétriez ce que c'est que la virginité chrétienne , dont les anciens docteurs nous ont fait de si grands éloges. C'est aussi re que vous enseigne le divin a pâtre, en vous assurant qu'il vous a unie, comme une vierge chaste et pudique, à un seul homme, qui est Jésus Christ ; et il vous moutre , par ces paroles , que la
' Multh. XVli < 12- » Cs. XUV, U».
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sainte virginité consiste principalement en deux choses. Mais pour entendre un si grand mystère , remontons jusqu'au principe, et supposons avant toutes choses que cet Epoux immortel , que votre virginité vous prépare, a deux qualités admirables. Il est Infiniment sépare de tout par la pureté de son être : il ust infiniment communicatif par un effet de sa bonté.
Quand j’entends le Seigneur Jésus qui enseigne à Marthe empressée , qu'il n'y a qu'une chose qui soit nécessaire 1 ; je remarque en cette parole la condamnation infaillible de la vanité des enfants des hommes. Car si le Fils de Dieu nous apprend que nous n'avons tous qu’une même affaire , ne s'ensuit-il pas clairement que nous nous consumons de soins superflus , que nous ne concevons que de vains desseins, et que nous ne repaissons nos esprits que de creuses imaginations, nous qui sommes si étrangement partagés parmi tant d'occupations différentes? tellement que ce divin Maître, nous rappelant à l'unité seule, condamne la folie et l'illusion de nos désirs inconsidérés , et de nos prétentions infinies : d'ou il est aisé de conclure que ta solitude que les hommes fuient, et les cloîtres qu'ils estiment autant de prisons, sont les écoles de la véritable sagesse ; puisque tous les soins du monde en étant exclusavec leur empressante multiplicité , on n'y cherche que l'unité née essai re, qui seule est capable d’établir les coeurs dans une tranquillité immuable.
C'est, madame, à cette unité que vous invite le divin apôtre, quand il vous assure aujourd'hui qu'il vous a unie pour toujours, comme une vierge chaste et pudique , à un seul homme qui est Jésus-Christ , Uni viro. C'est en effet à cet unique Époux que votre profession vous consacre ; et la sainte virginité , que vous lui offrez en ce jour , vous sépare de toutes choses pour vous attacher à lui seul. Mais avant que de traiter un si grand mystère , recourons tous d'une même voix , à la mère et au modèle des vierges , et implorons sa bienheureuse assistance, en la saluant avec lange, et disant, Ace, Maria.
Il importe infiniment au salut des Ames de considérer sérieusement un endroit admirnble du divin apôtre ’ ,ou cet excellent maître des Gentils nous représeute l'économie de l'Église dans la diversité des opérations qui font l'harmonie de ce corps mystique. Il se fait, dit-il, en l'Église une certaine distribution de grâces; et comme nous voyons que le corps humain se conserve par les fonctions différentes de chacun des membres qui le composent, ainsi en est-il du corps
1 Lue. x, «.
a liant. Ml , I W srq.
de l'Église, dont tous les membres ont des dons divers, selon que l'Esprit de Itieu les anime. C'est de IA que nous apprenons cette belle et importante leçon , que la perfection du christianisme consiste à nous acquitter de la fonction à laquelle le Saint-Esprit nous destine. Car comme le corps humain est parfait lorsque l'œil discerne bien les objets , et l’ouïe , la différence des sons ; lorsque l’estomac prépare au reste du corps la nourriiure qui lui est propre, que le poumon rafraîchit le cœur, et que le cœur fomente le corps par cette chaleur douce et vivifiante qui réside en lui comme dans sa source ; et enfin lorsque les organes exécutent fidèlement ce que la nature leur a commis : ainsi la perfection du corps de l'Église , c'est que tous les membres de Jésus-Christ exercent constamment l’action qui leur est particulièrement destinée, et que chacun rapporte son opération à la fin du divin Esprit qui nous meut et qui nous gouverne. C'est sans doute pour cette raison, mes très-chères sœurs, que vous avez désiré de moi que je vous entretinsse aujourd'hui de la sainte profession à laquelle le Saint- Esprit vous a appelées; et pour contenter ce pieux désir, considérons, avant toutes choses, pourquoi vous vous êtes retirées du monde a quoi vous avez été destinées ; quel est votre nom , quel est votre titre, quelle est votre fonction dans l’Église.
Vous êtes, mes sœurs, ces filles choisies qui devez être conduites au Roi, selon la prophétie du Psalmistc ; vous êtes les vierges de Jésus- Christ et les chastes épouses du Sauveur des âmes : de sorte que , pour connaître avec évidence quelle est la profession que vous faites, il est nécessaire que vous pénétriez ce que c’est que la virginité chrétienne à laquelle vous avez été consacrées. C’est aussi ce que vous enseignera le divin apôtre, en vous assurant qu'il vousaunies, comme une vierge chaste et pudique , à un seul homme , qui est Jésus-Christ. Mais pour entendre le sens de ce beau passage , disons que la virginité chrétienne consiste en une sainte séparation et en une chaste union. Cette séparation fait sa pureté, cette chaste et divine union est la cause des délices spirituelles que la grâce fait abonder dans les âmes vraiment virginales.
Que le principe de la pureté soit une séparation salutaire, vous le comprendrez aisément, si vous remarquez que nous appelons impur ce qui est mêlé , et que nous estimons pur et net ce qui , étant uni en soi-même , u'est gâté ni corrompu par aucun mélange. Par exemple, tant qu’une fontaine se conserve dans son canal , telle qu’elle est sortie de la roche qui lui a donné sa naissance , elle est nette, elle est pure; elle ne parait point corrompue. Que si par l'impétuosité de son cours
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elle agite trop violemment la terre sur laquelle elle jiassc, et qu'elle en détache quelque partie qu’elle cutraine avec elle parmi ses eaux ; aussitôt vous lui voyez perdre toute sa uetteté naturelle; elle cesse visiblement d'étre pure, sitôt qu’elle commence d’étre méléc.
Mais élevons plus -haut nos pensées, et considérons en l)icu même la preuve de la vérité que j’avance. La théologie nous enseigne que Dieu est un être infiniment pur : elle dit qu’il est la pureté même. En quoi est-ce que nous remarquons cette pureté incompréhensible de l’Etre divin , sinon en ce «pic Dieu est d’une nature entièrement dégagée, libre de toute altération étrangère, sans mélange, sans changement, sans corruption? et s’il nous est permis de parler, en bégayant , de si grands mystères , nous pouvons dire que son essence n’est qu’une indivisible unité, qui ne reçoit rien de dehors ; parce qu’elle est infiniment riche, et qu'elle enferme toutes choses en elle-même, dans sa vaste et immense simplicité. C'est pour cette raison, rocs très chères sœurs, autant que notre faiblesse le peut comprendre, que l'être de notre Dieu est si pur; parce qu’il est infiniment séparé, et qu'il ne souffre rien en lui-même que ses propres perfections, qui ne sont autre chose que son essence. Cette première pureté, de laquelle toute pureté prend son origine, se répandant par degrés sur les créatures, ne trouve rien de plus proche d'elle que les intelligences célestes, qui sans doute sont d'autant plus pures qu’elles sont plus éloignées «lu mélange, étant séparées de toute matière; et «le ht vient que nous les appelons esprits purs.
Selon ces principes, mes très-chères sœurs, il faut que vous soyez séparées; et quoique vos Anus se trouvent liées à un corps mortel , par leur condition naturelle , il faut nécessairement vous en détacher en purifiant vos affections. C'est pourquoi le prophète IsaTe, voulant exhorter à la pureté les enfants de la nouvelle alliance, il les invite à une sainte séparation : * Retirez-vous ,
- retirez-vous , leur dit-il , sortez de là , ne touchez
- point aux choses souillées, soyez purs '. » Par ou vous voyez , sans difficulté , que c’est le détachement qui nous purifie : de sorte que , la virginité chrétienne étant la perfection de la pureté, il s'ensuit que pour être vierge, selon Indiscipline de l'Évangile, il faut une séparation tres-entière, et un détachement sans réserve.
Mais faudra-t-il donc, direz- vous, «pie les vierges, pour être pures, demeurent éternellement séparées, sans attacher leur affection a aucun objet? Nullement, ce n’est pas là ma pensée.
1 u. Ml.
Si nous étions faits pour noas-mémes, nous pour rions ne vivre aussi qu’en nous-mêmes ; mai» puisqu’il n'y n que notre grand Dieu qui puisse être lui-même sa félicité, Il faut que nos mouvements tendent hors de nous, si nous voulons jouir de quelque repos. Donc la vierge vraiment chrétienne, crainte que sa pureté perde son éclat , s’attache uniquemementà celui dans lequel nous vous avons dit que la pureté prend son origine. Regardez , mes tres-cheres sœurs, regardez le Verbe divin votre époux; c’est à lui que vous devez vous unir, apres vous être purifiées par le mépris général des biens de la terre : si bien que j’ai eu raison de vous dire que la virginité chrétienne c'est une sainte séparation et une bienheureuse union. De là vient que l’apôtre saint Jean voulant décrire la gloire des vierges, les représente sur unemontagneavecl’Agneau '. D'où vient qu'elles sont sur une montagne élevée bien haut au-dessus du monde, si ce n'est que la virginité les sépare? et d'ou vient qu'elles sont avec l’Agneau , si ce n'est que la virginité les unit? C'est nussi ce que nous enseigne l'apôtre , dans le passage que nous expliquons : - Je vous al promises, dit-il , à un - seul. - Qui ne voit la séparation dans cette unité, puisque le propre de l'unitéest d'exclure? Mais, ajoute le même saint Paul , • Je vous ai promises * a un seul mari. - Qui ne voit, dans ce mariage divin et spirituel , In chaste union que je vous propose? Parlons donc de cette séparation salutaire qui établit votre pureté, et de cette mystérieuse union qui vous fera goûter les plaisirs célestes dans les chastes embrassements du Sau veur. Chères sœurs, c'est en ces deux choses que consiste In virginité chrétienne, et ce sont aussi ces deux choses que je traiterai aujourd’hui, avec le secours de la grâce.
# rnEMir.it point.
Si nous entendons bien ce quec’cst que l’homme , nous trouverons que nous sommes comme suspendus entre le ciel et la terre, sans qu’un puisse bien décider auquel des deux nous appartenons. Il n’y a point au monde une si étrange composition que la nôtre : une partie de nous est tellement brute, qu'elle n’a rien au-dessus des bêtes; l’autre est si haute et si relevée , qu elle semble nous égaler aux intelligences. Qui pourrait lire, sans s’étonner, de quelle sorte Dieu forme l'homme? Premièrement il prend de la boue; est-il une matière plus vile? après il y Inspire un souffle de vie, il y grave son Image et sa ressemblance; est-il rien de plus admirable? C'est pourquoi je vous disais, chrétiens, que nous sommes entre le ciel et la terre, et qu'il srmblc
' 1 Âpnr XK, I f I If».
POl> R LNE PROFESSION.
que Pun et l'autre puissent disputer à qui nous appartenons à plus juste titre. Notre mortalité nous donne a la terre, l'image de Dieu nous adjuge au ciel ; et nous sommes tellement partages , qu'il semble qu'on ne puisse faire justice sur ce différend , sans nous ruiner et sans nous détruire par une distraction violente : toutefois il n'en est pas de la sorte. La sage providence de Dieu ne laisse pas notre condition si fort incertaine , que cette importante difficulté ne puisse être facilement terminée.
Mais qui jugera donc un si grand procès? (Jui décidera cette question, qui met toute la nature en dispute? Chrétien, n'en doute pas, ce sera toi-méine. L'homme est la matière de tout le procès , et il en est lui-méme le juge. Oui , nous pouvons prononcer souverainement si nous sommes de la terre ou du ciel : selon que nous tournerons nos inclinations, ou nous serons des animaux bruts , ou nous serons des anges célestes. C’est pourquoi , dit saint Augustiu, » Dieu a forme
• l'homme avec l’usage de son libre arbitre; ani-
• mat terrestre , mais digne du ciel , s'il sait s'attacher à son Créateur : » Terminai animal, sed ctrlo dignum, si suo çoltiererct Auctori '. Ne nous plaignons pas, chrétiens, si cet esprit , d'une nature immortelle, est lié à une chair corruptible. Dieu , qui par un très-sage conseil a trouvé bon de le mêler à cette matière, lui a inspiré une secrète vertu, par laquelle il s'en peut aussi détacher avec le secours de sa grâce ; et si nous conservons a l'image de Dieu, c'est-à-dire, à in raison qu'il nous a donnée, la prééminence qui lui est dite, ce corps même (qui n'en serait étonné?), oui , ce corps , tout pesant , tout mortel qu'il est, passera au rang des choses célestes; parce que l'àme, qui est In partie principale, à laquelle appartient le domaine, attirera son corps avec elle, non -seulement comme un servifeur très-obéissant, mais encore comme un compagnon très-fidèle.
Ainsi Je vous exhorte, mes frères, par les paroles d'un saint apôtre ’, que vous vous déponilliezde l'homme animal. Défaites-vous de l'homme terrestre, qui n'a que des désirs corrompus1 : déclarez-vous, par unejuste sentence, venus du ciel , et faits pour le ciel en rejetant les affections corporelles qui vous tiennent attachés à la terre. « Retirez-vous, retirez-vous; soyez purs, ne tou- - chez point nux choses immondes , et je vous re-
• ce vrai , dit le Seigneur *. > Mais c'est a vous, à vierges sacrées , chastes épouses du Sauveur des
1 lie Civit. lit*, Ith. xttl , cep. I , t. vu , col. S'-ô.
* Kp. 1T, aa.
1 1. Cor. *v , va.
V II. Cor. vi , 17.
âmes , c'est à vous que cette séparation salutaire est particulièrement commandée : car s’il est vrai que la pureté n’est autre chose qu’un détachement, comme nous l’avons très-bien établi , considérez sérieusement en vous-mêmes combieu vous devez être détachées, puisque la profession que vous faites de la suinte v irginité vuus oblige à la pureté lu plus éminente.
L Ange de l'école m'apprend une belle et solide doctrine, qui confirme bien cette vérité. Nous voyons que , parmi les vertus morales , il y en a , si je le puis dire, de moins vigoureuses , qui se contiennent en certaines bornes : mais il y a des vertus généreuses, qui ne sont jamais satisfaites, jusqu'à ce qu’elles soient parvenues à ce qu’il y a de plus relevé. Par exemple , le courageux est assuré contre les périls dans les entreprises considérables; mais le magnanime va plus loin encore : car à peine peut-il trouver ni des entreprises assez hardies, ni aucun péril assez grand qui mérite d'exercer toute sa vertu. Le libéral use de ses biens , et sait les employer honorablement , selon que la droite raison l'ordonne ; mais il y a une certaine libéralité plus étendue et plus généreuse, qui affecte, ce semble, la profusion; et c'est ce que nous appelons la magnificence. Le grand snlnt Thomas nous enseigne* que cette belle et admirable vertu que la philosophie n'a jamais connue, je veux dire la virginité chrétienne, est à l'égard de la tempérance ce qu’est la magnificence à l'égard des libéralités ordinaires. La tempérance modère les plaisirs du corps, la virginité les méprise; la tempérance, en les goûtant, se met au-dessusa la vérité; mais la virginité, plus mâle et plus forte, ne daigne pas même y tourner les yeux : la tempérance porte ses liens d'un courage ferme; la virginité les rompt d'une main hardie : la tempérance se contente de la liberté ; la virginité veut l'empire et la souveraineté absolue : ou plutôt , la tempérance gouverne le corps ; vous diriez que ta virginité s'en sépare ; elle s’élève jusqu'au ciel presque entièrement dégagée ; et .bien quelle soit dans un corps mortel, elle ne laisse pas de prendre su place parmi les esprits bienheureux , parce qu’elle ne se nourrit , non plus qu’eux , que de délices spirituelles. De là vient que saint Augustin parle ainsi des vierges : llubenl ali uidjam non carnis in carne ‘ : « Elles ont, dit-il, en la chair - quelque chose qui n'est point de la chair, qucl- • que chose qui tient de l ange plutôt que de « l'homme, » Et c’est encore ce qui fait dire au grand saint Basile1, que la virginité n'est pas
’ 3. 2. Qtnret. CI.» , art. 3.
* De sam l i f'irginil. il" 12, t. Tl, Cftl. 3t<5.
* Lib. de tirginit. *• 2, t l||, p. b*9.
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dans le corps ; mais qu'elle établit son siège dans l’il me.
Maisd’autant que cette vérité importante doit servir de fondement à votre conduite , il faut que je vous la fasse comprendre par une raison évidente. Et certes nous ne vous prêchons pas , mes très-chères sœurs , une virginité de vestale ; nous ne regardons pas la virginité, comme ferait un médecin ou un philosophe, qui s'arrêterait simplement au corps. Nous parlons de la virginité chrétienne et religieuse; et II est clair que tout ce qui est chrétien doit être entendu en esprit , parce que, par la grâce du christianisme, nous sommes en la nouvelle alliance , où les vrais adorateurs adorent le Père en esprit et en vérité '. En effet , nous avons fait voir que la sainte virginité est un détachement général de toutes les affections corporelles, autant que la faiblesse humaine le peut souffrir ; parce que c’est une pureté éminente, qui se relire, qui se sépare, qui, selon le précepte du saint apôtre, ne regarde que l'unité, Uni vira, et exclut toute multitude. Or, ce détachement général , cette généreuse séparation doit être nécessairement un effort de l'âme: car une action si divine ne peut naître que d’une raison très-bien affermie; et par conséquent il est clair que la virginité est dans l'âme. Ce n'est rien de garder seulement le corps ; c’est l’âmeque vous devez tenir séparée, si vous désirez la conserver pure. SI quelque bien mortel se présente a vous , s’il vous flatte , s'il vous attire , s'il tâche de gagner votre cœur; retirez-vous, ne vous mêlez lias ; votre pureté en serait ternie, et ensuite votre virginité, corrompue : car la vraie virginité est dans l'âme, et ce n'est autre chose qu’un détachement, une affection épurée, un cœur entièrement dégoûté des plaisirs du siècle.
Mais, mes sœurs, cette belle lumière de virginité établit tellement son siège dans l’âme, qu'elle rejaillit aussi sur le corps, et le sanctifie. Et de quelle sorte? Cest, dit l’admirable saint Basile, que cette virginité spirituelle et intérieure se peint elle-même sur le corps comme le soleil dans une nuée ; et par cette chaste peinture elle consacre celte chair mortelle. De là vient qu’elle se doit répandre par tout le corps, parce qu’elle remplit tout le cœur : et c’est ce qui fait dire au même saint, que - tous les sens d’une vierge * doivent être vierges : » Virgines esse sensus virginis oportel'. En effet, ne voyez-vous pas qu’il se fait comme un mariage entre les objets et les sens? Notre vue, notre ouïe, tous nos sens s’unissent, en quelque sorte, avec les objets; ils contractent une certaine alliance : de sorte que,
4 J<mh. rv. as.
* Ub. Je / injinil. n* 7, 15, 20, I. III, p. 595, 501 , «17.
si les objets ne sont purs , la virginité de nos sens se gâte. Les exemples feront mieux entendre ce que Je veux dire. Notre vue n'est pas vierge si elle ne se repaît que de vanités ; les discours immodestes et les inutiles corrompent la virginité de l’ouïe; notre bouche, pour être vierge, doit être fermée par la modestie du silence.
Donc, 6 vierges de Jésus-Christ 1 gardez soigneusement tous vos sens , si vous désirez être vraiment vierges. Songez que ce vieil homme qui est en nous , avec lequel nous devons combattre durant tout le cours de la vie, ne cesse de faire effort pour supplanter l’homme nouveau : cette convoitise indocile et impatiente, quoiqu'un tâche de la retenir par la discipline, elle frappe, elle s'avance de toutes parts , comme un prisonnier inquiet qui tâche de sortir; elle se présente par tous les sens, pour se jeter sur les objets qui lui plaisent. Elle fait la modeste au commencement, il semble qu’elle se contente de peu, ce n’est qu'un désir imparfait, ce n’est qu’une curiosité, ce n'est presque rien : mais si vous satisfaites ce premier désir, bientôt vous verrez qu’il en attirera beaucoup d'autres ; et enfin toute l'âme sera ébranlée. Comme si vous jetez une pierre dans un étang, vous ne touchez qu’une partie de ses eaux; mais celle-là, en poussant les autres, les agite en rond , et enfin toute l'eau en est remuée. Ainsi les passions de notre âme s'excitent peu à peu les unes les autres par un mouvement enchaîné. Si donc vous êtes détachée du monde, craignez d’y rengager vos affections : si vous êtes unie à un seul époux , craignez de partager votre cœur; démêlez-vous de la multitude, puisque vous êtes vouée à un seul. Préparez au Fils de Dieu un cœur net , par un détachement général , et il le remplira de lui-même, par ses chastes embrassements : c’est par où je m’en vais conclure en peu de paroles.
SECOND POINT
Il n’est rien de plus assuré que Jésus ne s'unit jamais aux âmes qui sont remplies de l'amour du monde, et qui sont captives des plaisirs des sens. Je vois dans la Genese que nos premiers pères se présentaient au commencement devant Dieu, avec une sainte familiarité : mais sitôt qu’ils eurent suivi les dangereuses persuasions du serpent trompeur, aussitôt iis fuient, nous dit l’Écriture ' , et se cachent devant la face de Dieu. Ce serpent , si nous l’entendons, c’est l'amour des plaisirs du monde, qui rampe perpétuellement sur la terre , et qui se glisse Insensiblement dans nos cœurs par un mouvement tortueux pour les
1 Ctnt-t. lit , s.
POUR UNE PROFESSION'
empoisonner d’un venin mortel. Et c’est sons doute pour celte raison qu’Ève confesse tout simplement, que ce rusé serpent l’a déçue; ce qui convient merveilleusement à l’amour du monde. Car demandez aux insensés amateurs du siècle, si leurs folles et téméraires amours leur ont jamais donné In félicite qu’elles leur avaient tant de fois promise? Sans doute, s’ils ne veulent trahir les secrets reproches de leurs consciences , ils vous répondront franchement que ce serpent les a toujours abusés ; Scrpens decepit me ’ : d’où je conclus que l’amour du monde est semblable au serpent artificieux, qui trompa dans le paradis la trop grande crédulité de nos premiers pères. Et comme, apres l’avoir entendu, ils sont contraints de fuir devant Dieu, vous devez apprendre, fidèles , (pie Dieu ne fera pas sa demeure en vous , jusqu'à ce que vous vous dépouilliez de l’amour du monde.
D’où passant plus outre, jedls que ce qui attire plus fortement’ Jésus en nos il mes, c’est la pureté virginale. Car si les âmes les plus détachées des choses mortelles sont les plus dignes des embrassements de la chaste et immortelle beauté , qui ne se montre qu’aux esprits purs ; si d’ailleurs la virginité chrétienne , comme nous l’avons déjà dit , est tellement dégoûtée des plaisirs du siècle, qu’il n’y a aucune des joies mondaines qui n’offense sa pudeur et sa modestie : n'est-il pas plus clair que le jour, que c’est à la pureté virginale qu'appartient la bienheureuse union de l'Époux infiniment désirable?
En effet, quelle éloquence pourrait exprimer quel est l’amour du sauveur Jésus pour la sainte virginité? C’est lui qui a été engendré dans l'éternité par une génération virginale : c'est lui qui , naissant dans le temps, ne veut poiut de mère qui ne soit vierge : c’est lui qui, célébrant la dernière pâque, met sursa poitrineun disciple vierge, et l'enivre de plaisirs célestes : c’est lui qui, mourant a la croix , n'honore de ses derniers discours que les vierges : c'est loi qui , régnant en sa gloire, veut avoir les v ierges en sa compagnie. ■ Ce sont les vierges, dit saint Jean dans l'Apo- - calypse * , qui suivent l'Agneau partout ou il > va , > accompagnant ses pas de pieux cantiques. Jésus n'a point de temples plus beaux que ceux que la virginité lui consacre, c'est là qu’il sc plaît u sc reposer. Il y avait dans le tabernacle , dont Dieu prescrivit la forme à Moïse, un lieu dont l’accès était libre au peuple, un autre où les sacrificateurs exerçaient les fonctions de leur sacerdoce: mais il y avait outrecela, chrétiens, la
1 (ien. 13.