JOSEPH. 4 1 S
vinement ce mystère? Écoutez ce savant évêque et suivez exactement sa pensée. Il remarque, avant toutes choses, qu’il y a trois liens dans le mariage. Il y a premièrement le sacré contrat, par lequel ceux que l'on unit se donnent entièrement l’un à l'autre il y a secondement l’amour conjugal, par lequel ils se vouent mutuellement un cœur, qui n’est plus capable de se partager, et qui ne peut brûler d'autres flammes : il y a enfin les enfants, qui sont un troisième lien; parce que l'amour des parents venant, pour ainsi dire, à se rencontrer dans ces fruits communs de leur mariage, l’amour se lie par un nœud plus ferme.
Saint Augustin trouve ces trois choses dans le mariage de saint Joseph , et il nous montre que tout y concourt à garder la virginité’. Il y trouve premièrement le sacré contrat , par lequel ils se sont donnés l'un è l’autre ; et c'est la qu'il faut admirer le triomphe de la pureté dans la vérité de ce mariage. Car Marie appartient à Joseph , et Joseph à iadivine Marie ; si bien que leur mariage est très-véritable, parce qu’ils se sont donnés l'un A l'autre, biais de quelle sorte se sont-ils donnés? Pureté, voici ton triomphe. Ils se donnent réciproquement leur virginité , et sur cette virginité ils se cèdent un droit mutuel. Quei droit ? de se la garder l'un à l’autre. Oui , Marie a droit de garder la virginité de Joseph, et Joseph a droit de garder la virginité de Marie. Ni l'un ni l’autre n'en peut disposer , et toute la fidélité de ce mariage consiste A garder la virginité. Voilà les promesses qui les assemblent , voilà le traité tjui les lie. Ce sont deux virginités qui s'unissent, pour se conserver éternellement l'une l'autre par une chaste correspondance de désirs pudiques ; et il me semble que je vois deux astres , qui n’eutrent ensemble en conjonction , qu'à cause que leurs lumières s'allient. Tel est le nœud de ce mariage , d'autant plus ferme, dit saint Augustin1, que les promesses qu’ils se sont données doivent être plus inviolables, en cela même qu'elles sont plus saintes.
Qui pourrait maintenant vous dire quel devait être l'amour conjugal de ces bienheureux mariés? Car, A sainte virginité , vos flammes sont d’autant plus fortes qu'elles sont plus pures et plus dégagées; et le feu de la convoilisc, qui est allumé dans nos corps , ne peut jamais égaler l'ardeur des chastes embrasements des esprits, que l'amour de la pureté lie ensemble. Je ne chercherai pas des raisonnements pour prouver cette vérité ; mais je l’établirai , par un grand miracle que j'ai
< De Cenex, ad lia. Ub. tv.cap. ni, n" u, t. in, part 1 1 col. 247.
» Centra Julian. Ub. v, cap. su, n- 4fl, t.x, col. «51.
* De iïupl. et Cotieup. Ilb. 1, n* 12 , 1. x, col. SM.
• De t'irrjieil. cap. Il , t. lll , png- lf«-
PANÉGYRIQUE
lu (Inns saint Grégoire de Tours' , au premier livre (le son histoire, Le récit vous en sera agréable , et du moins il reléchera vos attentions. Il dit que deux personnes de condition , et de la première noblesse d'Auvergne , ayant vécu dans le mariage avec une continence parfaite , passèrent à une vie plus heureuse , et que leurs corps furent Inhumés en deux places assez éloignées. Mais il arriva une chose étrange : Ils ne purent pas demeurer longtemps dans cette dure séparation ; et tout le monde fut étonné qu’on trouva tout à coup leurs tombeaux unis, sans que personne y eût mis la main. Chrétiens, que signifie ce miracle? Ne vous semble-t-il pas que ces chastes morts se plaignent de se voir ainsi éloignés? Ne vous semble-t-il pas qu’ils nous disent ( car permettez-moi de les animer, et de leur prêter une voix , puisque Dieu leur donne le mouvement); ne vous semble-t-il pas qu’ils vous disent : Et pourquoi a-t-on voulu nous séparer ? Nous avons été si longtemps ensemble , et nous y avons toujours été comme morts, parce que nous avons éteint tout le sentiment des plaisirs mortels; et étant accoutumés depuis tant d’années à être ensemble comme des morts, la mort ne nous doit pas désunir. Aussi Dieu permit qu’ils se rapprochèrent, pour nous montrer, par cette merveille, que ce ne sont pas les plus belles flammes que celles où la convoitise se mêle; mais que deux virginités, bien unies par un mariage spirituel , en produisent de bien plus fortes, et qui peuvent, ce semble, se conserver sous les cendres mêmes de la mort. C’est pourquoi Grégoire de Tours, qui nous a décrit cette histoire, ajoute que les peuples de cette contrée appelaient ordinairement ces sépulcres, les sépulcres des deux amants; comme si ces peuples eussent voulu dire que c’étaient de véritables amants, parce qu’ils s'aimaient par l’esprit.
Mais où est-ce que cet amour si spirituel s’est jamais trouvé si parfait, que dans le mariage de saint Joseph? C’est là que l’amour était tout céleste , puisque toutes ses flammes et tous ses désirs ne tendaient qu’à conserver la virginité; et il est aisé de l’entendre. Car dites-nous , ô divin Joseph , qu’est-ce que vous aimez en Marie ? Ah I sans doute, ce n’était pas la beauté mortelle, mais cette beauté cachée et intérieure, dont la sainte virginité faisait le principal ornement. C’étnît donc la pureté de Marie qui faisait le chaste objet de ses feux ; et plus il aimait cette pureté, plus il la voulait conserver , premièrement en sa «alnte épouse, et secondement en lui-même , par i
une entière unité de coeur : si bien que son amour conjugal , se détournant du cours ordinaire , se donnait et s'appliquait tout entier à garder la virginité de Marie. O amour divin et spirituel ! Chrétiens, n’admirez-vous pas comme tout concourt dans ce mariage à conserver ce sacré dépôt? Leurs promesses sont toutes pures , leur amour est tout virginal : il reste maintenant à considérer ee qu'il y a de plus admirable ; c’est le fruit sacré de ce mariage, je veux dire le sauveur Jésus.
Mais il me semble vous voir étonnés, de m’entendre prêcher si assurément que Jésus est le fruit de ce mariage. Nous comprenons bien, direz-vous, que l’incomparable Joseph est père de Jésus- Christ par ses soins ; mais nous savons qu’il n'a point de part à sa bienheureuse naissance. Comment donc nous assurez-vous que Jésus est le fruit de ce mariage? Cela peut-être parait impossible : toutefois, si vous rappelez à votre mémoire tant de vérités importantes que nous avons , ce me semble, si bien établies, j'espère que vous m’accorderez aisément que Jésus, ce bénit enfant, est sorti, en quelque manière, de l'union virginale de ces deux époux. Car, fidèles, n’avons-nous pas dit que c'est la virginité de Marie qui a attiré Jésus-Christ du ciel? Jésus n’est-il pas cette fleur sacrée que la virginité a poussée? n’est-i! pas le fruit bienheureux que la virginité a produit ? Oui, certainement, nous dit saint Fulgence , « fl est le fruit , il est l’ornement , il est - le prix et la récompense de la sainte virginité : » Sanctœ virginitalis fructus, decus et mumts'. C’est à cause de sa pureté que Marie a plu au Père éternel ; c’est à cause de sa pureté que le Saint- Esprit se répand sur elle , et recherche ses em brassements, pour la remplir d'un germe céleste. Et par conséquent , ne peut-on pas dire que c'est sa pureté qui la rend féconde? Que si c’est sa pureté qui la rend féconde, je ne craindrai plus d’assurer que Joseph a part à ce grand miracle. Car si cette pureté angélique est le bien de la divine Marie , elle est le dépôt du Juste Joseph.
Mais je passe encore plus loin , chrétiens ; permettez-moi de quitter mon texte, et d’enebérir sur mes premières pensées, pour vous dire que la pureté de Marie n’est pas seulement le dépôt, mais encore le bien de son chaste époux. Elle est à lui par son mariage, elle est à lui par les chastes soins par lesquels il l'a conservée. O féconde virginité! si vous êtes le bien de Marie, vous êtes aussi le bien de Joseph. Marie l’a vouée, Joseph la conserve ; et tous deux la présentent au Père éternel, comme un bien gardé par leurs soins corn-
< HUlor. Franc. Ilb. i, n* 41, p. 31 et *eqq.
• j4d. Preb. Epist. ni, n* 6, p. IM.
DE SAINT JOSEPn.
4 Ifi
muns. Comme donc il a tant de part à la sainte virginité de Marie, il en prend aussi au fruit qu'elle porte : c'est pourquoi Jésus est son (Ils, non pas & la vérité par la chair ; mais il est son fils par l'esprit, é cause de l'alliance virginale qui le joint avec sa mère. Et saint Augustin l’a dit en un mot : Propter quoi fidele conjugium parentes Christi vocari ambo meruerunt O mystère de pureté ! 4 paternité bienheureuse I 4 lumières incorruptibles, qui brillent de toutes parts dans ce mariage!
Chrétiens, méditons ces choses, appliquonsles-nous à nous-mêmes : tout se fait ici pour l’amour de nous ; tirons donc notre instruction de ce qui s'opère pour notre salut. Voyez combien chaste, combien Innocente est la doctrine du christianisme. Jamais ne comprendrons-nous quels nous sommes? Quelle honte, que nous nous souillious tous les jours par toute sorte d’impuretés, nous qui avons été élevés parmi des mystères si chastes? Et quand est-ce que nous entendrons quelle est la dignité de nos corps , depuis que le Fils de Dieu en a pris un semblable? * Que la
• chair se soit jouée , dit Tertullien * , ou plutôt
• qu'elle se soit corrompue, avant qu’elle eût été
• recherchée par son maître ; elle n’était pas di-
• gne du don de salut , ni propre à l'office de la
• sainteté. Elle était encore en Adam , tyrannisée
• par ses convoitises, suivant les beautés appa-
• rentes , et attachant toujours ses yeux à la terre..
• Elle était Impure et souillée , parce qu'elle n’é-
• tait pas lavée au baptême, ôtais depuis qu’un
• Dieu , en se faisant homme, n'a pas voulu venir
■ en ce monde , si la sainte virginité ne l’y atti-
■ rait ; depuis que , trouvant au-dessous de lul-
• même la sainteté nuptiale , il a voulu avoir une
■ mère vierge , et qu’il n’a pas cru que Joseph fût
• digne de prendre le soin de sa vie, s’il ne s’y
- préparait par la continence; depuis que, pour
• laver notre chair, son sang a sanctifié une eau
• salutaire , où elle peut laisser toutes les ordures
• de sa première nativité ; nous devons entendre ,
• fidèles, que depuis ce temps-lû la chair est
• tout antre. Ce n’est plus cette chair formée de
- la boue, et engendrée par la convoitise; c’est
• une chair refaite et renouvelée par une eau très-
- pure, et pari’Esprit saint. » Donc, mes frères, respectons nos corps qui sont les membres de JésusÆhrist; gardons-nous de prostituer è l'impureté cette chair que le baptême a fait vierge. ■ Pos-
- sédons nos vaisseaux en honneur, et non pas
- dans ces passions ignominieuses que notre bru-
• talité nous inspire , comme les Gentils qui n’ont ' pas de Dieu. Car Dieu ne nous appelle pas û
‘ De Hupt. et Concvp. lib. 1 , t»4i wpr.
* De Pudicit. n* e.
« l’impureté , mais & la sanctification ■ • en Notre- Seigneur Jésus-Christ. Honorons, par la continence, cette sainte virginité qui nous a donné le Sauveur, qui a rendu sa Mère féconde, qui a fait que Joseph a part à cette fécondité bienheureuse, et l’élève, si je l’ose dire, jusqu’à être le père de Jésus-Christ même. Mais, fidèles, après avoir vu qu’il contribue, en quelque façon, a la naissance de Jésus-Christ, en gardant la pureté de sa sainte Mère , voyons maintenant ses soins paternels, et admirons la fidélité par laquelle il conserve ce divin Enfant que le Père céleste lui a confié; c’est ma seconde partie.
ssconn potriT.
Ce n’est pas assez au Père éternel d’avoir confié à Joseph la virginité de Marie : il lui prépare quelque chose de plus relevé; et après avoir commis à sa foi cette sainte virginité qui doit donner Jésus-Christ au monde, comme s’il avait dessein d'épuiser sa libéralité infinie en faveur de ce patriarche, il va mettre en ses mains Jésus-Christ lui-méme, et il veut le conserver par ses soins. Mais si nous pénétrons le secret , si nous entrons au fond du mystère, c’est là, fidèles, que nous trouverons quelque chose de si glorieux au juste Joseph , que nous ne pourrons jamais assez le comprendre. Car Jésus, ce divin Enfant sur lequel Joseph a toujours tes yeux, et qui fait l’admirable sujet de ses saintes inquiétudes , est né sur la terre comme un orphelin, et il n’a point de père en ce monde. C’est pourquoi saint Paul dit qu’il est sans père : Sine paire'. Il est vrai qu’il en a un dans le ciel; mais à voir comme ii l’abandonne, il semble que ce Père ne le connaît plus. Il s’en plaindra un jour sur la croix , lorsque , l’appelant son Dieu et non pas son Père , El pourquoi, dira-t-il , m’abandonnez-vous 3? Mais ce qu’il a dit en mourant, il pouvait le dire dès sa naissance; puisque dès ce premier moment son Père l’expose aux persécutions , et commence à l’abandonner aux Injures. Tout ce qu’il fait en faveur de ce Fils unique, pour montrer qu’il ne l’oublie pas, du moins , ce qui parait à nos yeux , c’est de le mettre en In garde d’un homme mortel, qui conduira sa pénible enfance, et Joseph est choisi pour ce ministère. Que fera ici ce saint homme? Qui pourrait dire avec quelle joie il reçoit cet abandonné, et comme il s’offre de tout son creur pour être le père de cet orphelin? Depuis ce temps-là, chrétiens, il ne vit plus que pour Jésus-Christ , il n’a plus de soin que pour lui ; il prend lui-même pour ce Dieu un cœur et des entrailles de père ; et ce
* I. Thea. iv, 4,5,7.
» Hebr. TH, 3.
’ Malt h. IXTIt, ««.
PANÉGYRIQUE
qu'il n’est pas par nature, il le devient par affection.
Mais afin que vous soyez convaincus de la vérité d’un si grand mystère , et si glorieux a Joseph , il faut vous le montrer par les Écritures, et pour cela vous exposer une belle réflexion de saint Chrysostôme. Il remarque dans l'Évangile que partout Joseph y parait en père. C’est lui qui donne le nom à Jésus, comme les pères le donnaient alors; c'est lui seul que l'ange avertit de tous les périls de l'Enfant, et c'est à lui qu'il annonce le temps du retour. Jésus le revère, et lui obéit : c’est lui qui dirige toute sa conduite, comme en ayant le soin principal; et partout il nous est montré comme père. D'où vient cela, dit saint Chrysostôme? en voici la raison véritable. C’est, dit-il 1 , que c'était un conseil de Dieu, de donner au grand saint Joseph tout ce qui peut appartenir à un père, sans blesser la virginité.
Je ne sais si je comprends bien toute la force de cette pensée; mais voici, si je ne me trompe, ce que veut dire ce grand évêque. Et premièrement supposons pour certain que c'est la sainte virginité qui empêche que le Fils de Dieu, en se faisant homme, ne choisisse un père mortel. En effet, Jésus-Christ venant sur la terre pour se rendre semblable aux hommes, comme II voulait bien avoir une mère, il ne devait pas refuser, ce semble, d'avoir un père tout ainsi que nous, et de s'unir encore à notre nature par le nœud de cette alliance. Mais la sainte virginité s'y est opposée, parce que les prophètes lui avaient promis qu’un jour le Sauveur la rendrait féconde, et puisqu’il devait naître d’une vierge mère, Il ne pouvait avoir de père que Dieu. C'est par conséquent la virginité qui empêche la paternité de Joseph. Maïs peut-elle l'empêcher Jusqu'il ce point, que Joseph n'y ait plus de part, et qu'il n’ait aucune qualité de père? Nullement, dit saint Chrysostôme; car la sainte virgiuité ne s'oppose qu'aux qualités qui la blessent : et qui ne sait qu'il y en a dans le nom de père qui ne choquent pas la pudeur, et qu'elle peut avouer pour siennes? Ces soins, cette tendresse, cette affection, cela blesset-il la virginité? Voyez donc le secret de Dieu, et l'accommodement qu'il Invente dans ce différent mémorable entre la paternité de Joseph et la pureté virginale. Il partage la paternité , et il veut que la virginité fasse le partage. Sainte pureté, lui dit-il , vos droits vous seront conservés. Il y a quelque chose dans le nom de père, que la v irginité ne peut pas souffrir ; vous ne l'aurez pas, ô Joseph! Mais tout ce qui appartient a un père, sans que la virginité soit intéressée, voilà,
' /« «ruas. hom. IV, Tii.p.s»
dit-il , ce que je vous donne : Hoc libi do, guod salva virrjinitate paternum esse potest. Et par conséquent, chrétiens, Marie ne concevra pas de Joseph, parce que la virginité y serait blessée; mais Joseph partagera avec Marie ces soins , ees veilles, ces inquiétudes, par lesquellesellcélèvera ce divin Enfant; et il ressentira pour Jésus cette Inclination naturelle, toutes ces douces émotions, tous ces tendres empressements d’un cœur paternel.
Mais peut-être vous demanderez où il prendra ce cœur paternel, si la nature ne le lui donne pas? Ces inclinations naturelles peuvent-elles s'acquérir par choix; et l'art peut-il imiter ce que la nature écrit dans les cœurs? Si donc saint Joseph n’est pas père, comment aura-t-il un amour de père? C'est ici qu’il nous faut entendre que la puissance divine agit en cette œuvre. C'est par un effet de cette puissance , que saiôt Joseph a un cœur de père; et si la nature ne le donne pas. Dieu lui en fait un de sa propre main. Car c'est de lui dont il est écrit qu'il tourne où il lui plaît les Inclinations. Pour l'entendre, il faut remarquer une belle théologie que le Psalmtste nous a enseignée, lorsqu’il dit que Dieu forme en particulier tous les cœurs des hommes : Quifinxit singillatim corda eorum'. Ne vous persuadez pas, chrétiens, que David regarde le cœur comme un simple organe du corps , que Dieu forme par sa puissance comme toutes les autres parties qui composent l'homme. 1 1 veut dire quelque chose de singulier : il considère le cœur en ce lieu comme principe de l'inclination : et il le regarde dans les mains de Dieu comme une terre molle et humide , qui cède et qui obéit aux mainsdu potier, et reçoit de lui sa figure. C'est ainsi, nous dit le Psalmistc, que Dieu forme en particulier tous les cœurs des hommes.
Qu'est-ce à dire en particulier? Il fait un cœur de chair dans les uns quand il les amollit par la charité ; un cœur endurci dans les autres, lorsque retirant ses lumières , par une juste punition de leurs crimes , il les abandonne au sens réprouvé. Ne fait-il pas dans toqs les fidèles, non un cœur d'esclave, mais un cœur d’enfant, quand il envoie en eux l’esprit de son Fils? Ees apôtres tremblaient ou moindre péril; mais Dieu leur fait un cœur tout nouveau , et leur courage devieut invincible. Quels étaient les sentiments de Saül pendant qu'il paissait ses troupeaux? Ils étaient sans doute bas et populaires. Mais Dieu, en le mettant sur le trône , lui change le cœur par son onction : lin muta lit Dominas cor Sait ■ ; et il reconnaît incontinent qu’il est roi. D'autre part,
• P Mal. XXXII, 16-
» I. Reg. x,P-
Digiti;
DE SAINT JOSEPH
les Israélites considéraient ce nouveau monarque comme un homme de la lie du peuple; mais la main de Dieu leur touchant le cœur, quorum /Jeun tcligit corda * , aussitôt ils le voient plus grand, et ils se sentent émus, en le regardant, de cette crainte respectueuse que l'on a pour ses souverains : c'est que Dieu faisait en eux un cœur de sujets.
C'est donc , fidèles , cette même main qui forme en particulier tous les cœurs des hommes, qui fait un cœur de père en Joseph , et un cœur de Jiis en Jésus. C’est pourquoi Jésus obéit , et Joseph ne craint pas de lui commander. Et d’où lui vient cette hardiesse décommander à son Créa* teur? C'est que le vrai Père de Jésus-Christ, ce Dieu qui l'engendre dans l'éternité, ayant choisi le divin Joseph pour servir de père au mi Heures temps à son Fils unique, a fait, en quelque sorte, couler en son sein quelque rayon ou quelque étincelle de cet amour infini qu'il a pour son fils : c’est ce qui lui change le cœur, c’est ce qui lui donne un amour de père; si bien que le juste Joseph, qui sent en lui-même un cœur paternel, forme tout à coup par la main de Dieu , sent aussi que Dieu lui ordonne d’user d’une autorité paternelle; et il ose bien commander ù celui qu’il reconnaît pour son maître.
Et après cela, chrétiens, qu’est-il nécessaire que je vous explique la fidélité de Joseph à garder ce sacré dépôt? Peut-il manquer de fidélité à celui qu’il reconnaît pour son fils unique? de sorte qu’il ne serait pas nécessaire que je vous parlasse de cette vertu, s’il n'était important pour votre instruction que vous ne perdiez pas un si bel exemple. Car c’est ainsi qu’il nous faut apprendre, par les traverses continuelles qui ont exercé saint Joseph depuis que Jésus Christ est mis en sa garde, qu’on ne peut conserver ce dépôt sans peine, et que pour être fidèle U sa grâce, il faut se préparer à souffrir. Oui certes, quand Jésus entra quelque part , il y entre avec sa croix , il y porte avec lui toutes ses épines, et il en fait part à tous ceux qu’il aime. Joseph et Marie étaient pauvres; mais ils n'avaient pas encore été sans maison , ils avaient un lieu pour se retirer. Aussitôt que cet enfant vient au monde , on ne trouve point de maison pçur eux , et leur retraite est dans une étable. Qui leur procure cette disgrâce, sinon celui dont fi est écrit» que » venant en son pro- « pre bien , fi n'y a pas été reçu par les siens, » et « qu'il n’a pas de gîte assuré où il puisse reposer « sa tête1?* Mais n’est- ce pas assez de leur indigence? Pourquoi leur nttire-t-il des persécutions?
* I. Rrg. x , 3®.
» Jouit, i, tl.
* JUatlh. VIII, 20.