‹ suvres de Bossuet SermonsChapitre 170 sur 243 · DE SAINT PIERRE · texte numérisé non relu

DE SAINT PIERRE

Voilà donc saint Pierre changé, le voilà fortifié par la pénitence. Son amour n’est plus faible, parce qu'il n'est plus présomptueux ; et il n'est plus présomptueux , parce (pie ce n'est plus un amour mélédes inclinations naturelles, mnis une charité toute pure, laquelle, comme dit saint, Paul’, n’est jamais superbe ni ambitieuse. Cet amour imparfait et son orgueil tout ensemble ont élé brisés par sa chute; et étant devenu humble, Il devient ensuite invincible. Il n'avait pas eu la force de résister à une servante, et le voilà qui tient tête à tous les magistrats de Jérusalem. I.a , Il n'ose pas confesser son Maître; Ici, il répond constamment que non-seulement il ne veut pas, mais encore qu'il ne peut pas refuser sa voix pour rendre témoignage à ses vérités : Non postumus ». Comme un soldat , qui dans le commencement du combat ayant été surpris par la crainte, sc serait abandonné à la fuite , tout à coup rougissant de sa faiblesse , et piqué d'une noble honte et d'une Juste Indignation contre son courage qui lui a manqué, revient à la mêlée fortifié par sa défaite ; et pour réparer sa première faute, Il se jette ou le péril est le plus certain : ainsi l'apétre saint Pierre, profondément humilié de sa chute, et pénétré de la plus vive douleurde son infidélité envers son divin Maître, ne craint pas de s'exposer à tous les effets de la haine et de In foreur des Juifs, pour lui témoigner la sincérité de son repentir, et lui prouver l'ardeur de son zèle. Apprenons donc que In pénitence nous doit donner de nouvelles forces pour combattre le |>éché, et faire régner Jésus- Christ sur nos coeurs. C'est par là que nous montrerons la vérité de notre douleur, et que notre amour allant toujours se perfectionnant parmi nos victoires et nos sacrifices, pourra être enfin à jamais affermi , comme celui du saint apétre , par le dernier effort d'une charité insurmontable.

TnoisiÈna POINT.

Votre, amas me? * Pierre, m'aimez-vous? ■ Jésus- Christ l'interroge trois fois, pour montrer que la charité est une dette qui ne peut jamais être entièrement acquittée , et que ce divin Maître ne laisse pas d'exiger dans le temps même que l’on la paye , parce que cette dette est de nature qu'elle s'accroît en la payant. Pierre , depuis le moment de sa conversion, pour acquitter dignement cette dette , n'a cessé de croître dans l'amour de son divin Maître ; et son amour, par ces différents progrès, est enfin parvenu à un degré si éminent, qu'il ne saurait atteindre ici-bas à une plus haute perfection.

C'est à cette heure que notre apétre est fondé plus que jamais à répondre au divin Sauveur :

• Vous savez que je vous aime; • puisque son ninour, misé lapins grande épreuve que l'homme puisse porter, triomphe des tourments et de la mort même. NI l'attache à la vie, ni l'opprobre d'un supplice ignominieux , ni la douleur d'un martyre cruel et long , ne peuvent ralentir son ardeur. Que dis-je? ils ne servent qu'à l'animer de plus en plus , par le désir dont son cœur est possédé de sc sacrifier pour celui qu'il aime si fortement : et loin de trouver rien de trop pénible dansl'amertune de ses souffrances, il veut encore y ajouter de son propre mouvement une circonstance non moins dure , ponr exprimer plus vivement les sentiments de son profond abaissement devant son Maître, ponr lui faire comme une dernière amende honorable de srs infidélités passées, et l'adorer dons le plus parfait anéantissement de lui-même. Tant II est vrai que l'amour de saint Pierre est àprésent aussi fort que la mort, que son zèle est inflexible comme l'enfer, que ses lampes sont des lampes de feu , que sa flamme est toute divine; et que, s'il a succombé autrefois à la plus faible épreuve, désormais les grandes eaux ne pourront l'éteindre, et les Hcuvcs de toutes les tentations réunies n'auront point la force de l'étouffer1.

Quel contraste, mes frères, entre nous et ce grand apétre! Si Jésus-Christ nous demandait, ainsi qu'à lui : • M'aimez-vous? ■ Amas rno:’ qui répondra : Seigneur, je vous aime? Tous le diront; mats prenons garde. L’hypocrisie le dit ; mnis c’est une feinte. Le présomption le dit ; mais c'est une illusion. I.'amour du monde le dit; mais c'est un intérêt, qui n'aime Jésus-Christ que pour être heureux sur la terre. Qui sont ceux qui le disent véritablement? Ceux qui l'aiment jusque sur la croix ; ceux qui sont prêts à tout perdre pour lui demeurer fidèles, à tout souffrir pour être consommés dans son amour.

' Cant. VIII, fl, 7.

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