‹ suvres de Bossuet SermonsChapitre 176 sur 243 · D’UN AUTRE PANÉGYRIQUE · texte numérisé non relu

D’UN AUTRE PANÉGYRIQUE

no SMJiT.

I/Innire «lu Mcrifirc , li> temps le plus propre pour lo* kHinnp* d’un martvr. Avec quelle constance Mint Coryon a stirmmilé le* OVtMH et les tneiian* du monde. Vain* efforts du tyran contre lui : grauda biens qu'il lui a proctm*.

Omne quod natum ex lien, vin cit mundum; et mec est Victoria, quœ vineit mundum. Jutes nvstra. >

Tout ru qui est né de Dieu , surmonte le monde; et la victoire qui surmonte ic maudu, c*e*t notre foi. I. Joan. v, 3.

Il n'est [joint de temps ni d'heure plus propre à faire l’éloge des saints martyrs, que celui du sacrifice adorable pour lequel vous êtes ici assemblés. C’est , mes frères , de ce sacrifice que les martyrs ont tiré tonie leur force , et c’est aussi dans ce sacrifice qu’ils ont pris leur instruction. C’est la nourriture céleste que l'on nous donne à ces saints autels, qui les a affermis et fortifiés contre toutes les terreurs du monde ; et le sang que l’on y reçoit, les a animés a verser le leur pour la gloire de l’Évangile. Et n’est-ce pas dans ce sacrifice que voyant Jésus-Christ s’offrir à son Père, ils ont appris à s’offrir eux-mêmes en Jésus- Christ et par Jésus-Christ ? et cette, innocente > ictlme , qui s’immole tous les Jours pour nous, leur a inspiré le dessein de s'immoler pour l’amour de lui. Saint Ambroise, après avoir découvert les corps des martyrs de Milan , les mit dans les mêmes autels sur lesquels il célébrait le saint sacrifice; et il en rend cette raison à son peuple : Surcedant y dit ce grrind évêque avec son éloquence ordinaire * , succédant victimœ Iriump ha les in locum ubi Christ us hostia est : * Il « est juste, il est raisonnable que ces triomphantes • Epîst. un, n" M, f. », col. »77.

PANÉGYRIQUE

• victimes soient placées dans le même lieu où ■ Jésus-Christ est immolé tous les jours ; » et si ce sont des victimes , on ne peut les mettre que sur les autels.

Ne croyez donc pas , chrétiens , que l'action du sacrifice soit interrompue par les discours que j'ai à vous (aire du martyre de saint Gorgon. Vous quittez un sacrifice pour un sacrifice : c'est un sacrifice mystique que la foi nous fait voir sur ces saints autels ; et c’est aussi un sacrifice que je dois vous représenter en cette chaire. Jésus-Christ est immolé dans l'un et dans l'autre : là il est mystiquement immolé sous les especes sanctifiées ; et ici il sera immolé en la personne d'un de ses martyrs : là il renouvelle le souvenir de sa passion douloureuse ; ici il accomplit en ses membres ce qui manquait à sa passion , comme parle le divin apôtre. L’un et l'autre de ces sacrifices se fiiit par l'opération de l’Esprit de Dieu ; et pour profiter de l'un et de l'autre nous avons besoin de sa grâce, que je lui demande humblement par les prières de la sainte Vierge. Ave.

Pour entrer d’abord en matière, je suppose que vous savez que nous sommes enrôlés par le saint baptême dans une milice spirituelle , en laquelle nous avons le monde à combattre. Cette vérité est connue ; mais il importe que vous remarquiez que cette admirable milice a ceci de singulier : que le prince qui nous fait combattre sous ses glorieux étendards , vous entendez bien, chrétiens, que c'est Jésus le Sauveur des âmes, nous ordonne non-seulement de combattre, mais encore nous commande de vaincre. La raison en est évidente ; car dans les guerres que font les hommes tout l’événement ne dépend pas du courage ni de la résolution des soldats : je veux dire qu’on n'emporte pas tout ce qu'on attaque avec v igueur. Quelquefois la nature des lieux , qui souvent sont inaccessibles ; quelquefois les hasards divers , qui se rencontrent dans les combats, rendent inutiles les efforts des assaillants; quelquefois même la résistance est si opiniâtre, que l'attaque la plus hardie n'est pas capable de la surmonter : de là vient que le général ne répond pas toujours des événements; et enfin toutes les histoires sont pleines de ces braves infortunés, qui ont eu la gloire de bien combattre sans avoir le plaisir de triompher; qui ont remporté de la bataille la réputation de bons soldats , sans avoir pu obtenir le titre de victorieux.

Mais il n’en est pas de ta sorte dans les guerres que nous faisons sous Jésus-Christ notre oapitaine. Ije» armes qu’on nous donne sont Invincibles : le seul nom de notre Sauveur, sous lequel nous

avons l'honneur de combattre , met nos ennemis en désordre: tellement que, si le courage ne nous manque pas, l'événement n'est pasincertainnila victoire douteuse C'est pourquoi je vous disais , chrétiens , et j'avais raison de le dire , que dans la milice où nous servons , dans l'armée où nous sommes enrôlés , il n'y a pas seulement ordre de combattre ; mais encore que nous sommes obligés de vaincre; et vous le pouvez avoir remarqué par les paroles que j'ai alléguées du disciple bien-aimé de notre Sauveur : Omne quod natum est ex Deo, vincil mundum : « Tout ce qui est

• né de Dieu, surmonte le monde. ■ Où est l'armée où l’on puisse dire que tous les combattants sont victorieux ? Ici vous voyez comme il parle :

• Tout ce qui est né de Dieu , • 'tout ce qui est enrôlé par le baptême, quod natum est ex Deo, ce sont autant de victorieux. Cette milice remporte nécessairement la victoire; et s’il y a des vaincus, c'est qu’ils n'ont pas voulu combattre , c’est que ce sont des déserteurs. Il est écrit dans les prophètes : Electi met non laborabunt frustra ' : Mes élus « ne travailleront point en ■ vain, • c’est-à-dire que dans cette armée il n’y a point de vertus malheureuses ; la valeur n’a jamais de mauvais succès ; et tous ceux qui combattent bien, seront infailliblement couronnés : Omne quod natum est ex Deo, vincit mundum.

Venez donc , venez chrétiens, à cette glorieuse milice. Il y a des travaux à souffrir, mais aussi la victoire est indubitable : ayez la résolution de combattre, vous aurez l'assurance de vaincre. Que ai les paroles nesuffisent pas, s’il faut des exemples pour vous animer; en voici un illustre que je vous présente, dans le martyre du grand saint Gorgon. Oui , mes frères , Il a combattu ; c’est pourquoi il a triomphé. Vous lui verrez surmonter le monde, c'est-à-dire, dit saint Augustin’, toutes ses erreurs , toutes ses terreurs , et les attraits de ses fausses amours : c’est ma première partie. Mais, mes frères, ce n’est pas assez que vous lui voyiez répandre son sang, il faut que ce sang éenauffe le nôtre; il faut que ses bienheureuses blessures, que l’âmourde Jésus-Christ a ouvertes, fassent impression sur nos cœurs : il y aurait pour nous trop de honte, d’être lâches et inutiles spectateurs de cette glorieuse bataille. Jetons-nous, mes frères, dans cette mêlée, fortitions-nous par les mêmes armes , soutenons le même combat ; et nous remporterons la même victoire, et nous chanterons tous ensemble : Et hœc est Victoria quœ vincil mundum : » Et la victoire qui sur-

• monte le monde , c’est notre foi. •

Ce n’est pas à moi , chrétiens , à entreprendre

* Jt. LXV.M.

< ■ De Compt. et G ntt. cap. 111 , n* *5, 1. I, coi. 7».

> Cotou. 1. SV.

DE SAINT GORGON

de tous faire voir quelle est la gloire des saints martyrs ; Il faut que j'emprunte les sentiments du plus Illuminé de tous les docteurs : vous sentez que je veux nommer saint Augustin. Ce grand homme, pour nous faire entendre combien la grâce de Jésus- Christ est puissante dans les saints martyrs, se sert de cette belle pensée : d’un côté, il nous montre Adam dans le repos du paradis; de l'autre , il représente un martyr au milieu des roues et des chevalets et de tout l'appareil horrible des tourments dont on le menace. Trouvez bon , je vous prie, mes frères, que j'expose ici à vos yeux ces deux objets différents. Dans Adam la charité régne comme une souveraine paisible , sans aucune résistance des passions ; dans le martyr la charité règne , mais elle est troublée par les passions, et chargée du poids d’un corps corruptible : elle règne sur les passions, comme une reine a la vérité , mais sur des sujets rebelles, et qui ne portent le joug qu’à regret. Adam est dans les délices : on en offre aussi aux martyrs ; mais avec cette différence , que les délices dont jouit Adam sont pour l’inviter à bien vivre , et les plaisirs qu'on offre au martyr lui sont présentés pour l'en détourner. Dieu promet des biens à Adam , et 11 en promet au martyr ; mais Adam tient déjà ce que Dieu promet , et le martyr n'a que l’espérance , et cependant il gémit parmi les douleurs. Adam n’a rien à craindre, sinon de pécher : le martyr a tout à craindre , s'il ne pèche pas. Dieu dit à Adam : Tu mourras , si tu pèches ; et d'autre part il dit au martyr : Meurs, afin que tu ne pèches pas; mais meurs cruellement , inhumainement. A Adam : La mort sera la punition de ton manquement de persévérance; à celui ci : Ta persévérance sera suivie d’une mort cruelle. On retient celui-là comme par force : on précipite celui-ci avec violence. Cependant, ô merveille! dit saint Augustin*; ah! c’est notre malheur : « Au

■ milieu d'une si grande félicité , avec une facilité

■ si étonnante de ne point pécher, Adam ne de- • meure point ferme dans son devoir : > Non stcfit in tanta felicitate, in tanta non peccandi facilitait; et le martyr, quoique le monde le flatte d'abord , le menace , frémisse ensuite , écume de rage, tonnantaveefureur contre lui, Il rejette tout ce qui attire, méprise tout ce qui menace, surmonte tout ce qui tourmente. D’une main il repousse eeux qui le flattent, qui l'embrassent et qui le caressent ; de l’autre il soutient les efforts de ceux qui lui arrachent, pour ainsi dire, la vie goutte A goutte. O Jésus, Dieu infirme , c’est votre ouvrage. il est bien vrai , ô divin Sauveur, que vous nous avez réparés avec une grâce bien plus abondante, que vous ne nous aviez établis. Le fort

‘ Locotupn I cil.

abandonne l'immortalité ; le felble supporte constamment la mort : la puissance succombe, et l'Infirmité est victorieuse : Virtus in infinnitate per- Jtcitur'. Plus de force, plus d’infirmité; plus de gloire et plus de bassesse , c’est le mystère de Jésus-Christ fait chair : la force éclate dans la faiblesse : I nde hoc, nui donante iUo a quo misericordiam consecuti tant ut fidèles estent ■?

• D’où cela vient-il, siee n'est de celui qui ne leur ■ a pas donné un esprit de crainte pour céder aux «persécuteurs, mais de force, dedilection, de « sobriété : sobriété, pour s'abstenir des dou- « eeurs ; force, pour ne pas s'effrayer des menaces ;

« charité, pour supporter les tourments, » plutôt que de se séparer de Jésus-Christ, et pour dire avec l'apôtre : Quis ergo nos sepambit a charitate Christi J?

N’est-ce pas, mes frères, cet esprit qui a agi dans saint Gorgon? Il faut que je vous le représente dans la cour des empereurs. Vous savez quel crédit avaient auprès d'eux les domestiques qui'les approchaient, la confiance dont Ils les honoraient , les biens dont ils les comblaient, l’influence qu’ils avaient dans toutes les affaires : de là cette maguificencc qui les environnait, quo Jésus-Christ avait en vue lorsqu'il a dit ; • Co

• sont ceux qui habitent les palais des rois , qui

• sont vêtus mollement : » Ecct qui mollibus vestiuntur, in domibus rtgum sunt s. Et par ces paroles le divin Sauveur nous retrace tout le luxe , la mollesse, les délices des cours. Or on sait combien la cour desempereurs romains était superbe et fastueuse. Quel devait donc être l’éclat de leurs favoris, et en particulier de saint Gorgon; ear- Eusèhe de Césarée , qui a vécu dans son siècle, dit de lui et des compagnons de son martyre, que l'empereur les aimaitcomme ses propres enfants : Æque ac germani fitii chari erant s, et qu'ils étaient montés au suprême degré des honneurs 1 Avoir de si belles espérances et cependant vouloir être , quoi ? le plus misérable des hommes ; en un mot , chrétien ! il faut , certes , que la vue d'un objet bien effrayant ait fait de vives et fartes impressions sur un coeur. Quels étaient alors les chrétiens, et à quoi s’exposaient-ils? Au mépris et à la haine , qui étaient l’un et l’autre portés aux dernières extrémités. Lequel des deux est le plus sensible ? Il y en a que le mépris met à couvert de la haine, et l’on hait bien souvent ce qu'on craint; et ce qu’on craint, on ne le méprise pas. Mais tout s'unissait contre les chrétiens , le mépris et ia haine. Ceux qui les excusaient les Éal-

< II. Cor. XII , 9.

» S. A*g. ubi supra.

* /ton». nu, S*.

4 MaUk. XI ,0.

» llistor. Ecrits, lib. ?||| , cap. Tl , pa#. ***■

501 l’AJÎÉGYBlQUE

saieut passer pour des esprits bibles , supersti- doux , les plus innocents , auraient causé d'intieux, imligucs de tous les honneurs, qu'il fallait supportables douleurs, est frotté de sel et de déclarer iufàmes. La haine succédant au mépris, vinaigre.

éclatait par la maniéré dont on les menait nu sup- C'est ainsi qu'il devient conforme 5 son mo • plice, sans garder aucune forme, nisuivre aucune dèle, qui fait deux plaintes sur les traitements procédure. Cela était bon pour lesvuleursct pour qu'il souffre dans sa passion. His plagatus sum ' t les meurtrière; mais pour les chrétiens, on les « Voilà les blessures que j’ai reçues; • mais • Ils conduisait aux gibets eumme on mènerait des « ont encore ajouté de nouvelles cruautés aux anneaux à la boucherie. Chrétien, homme de * premières douleurs de mes plaies :> Super (fonçant, lu ne mérites aucun égard; et ton sang, j torero rutnerum meorum addiderunt \ Ils m'ont aussi vil que celui des animaux, doit être répandu mis une couronne d’épines; voilà le sang qui en nvecaussipeude ménagement. Ainsi, dans l’excès coule : H is plagatus sum ; mais Ils l'ont enfoncée de fureur dont les esprits étaient animés contre par des coups de canne : Su/ur dolomn vuteux, on les poursuivait de toutes parts; et lespri- nerum meorum addiderunt. Ils m'ont dépouillé sous étaient tellement pleines de martyrs , qu’il pour me déchirer de coups de fouet : His ptagan’y avait plus de place pour les malfaiteurs S’il tus sum ; mais ils m’ont remis mes habits, et, me , y avait quelque bataille perdue, s’il arrivaitquel- ; les ôtant de nouveau pour m’attacher nu à la que inoudation ou quelque sécheresse, on les croix, ils ont rouvert toutes mes blessures : Smchargeait de la haine de toutes les calamités per dotorem vutnerum meorum addiderunt. Ils publiques. Chrétiens innocents , on vous maudit ont percé mes mains et mes pieds ; et ayant épuisé et vous bénissez ; vons souffrez sans révolte , et mes veines de sang, In scchcrrsscde mes entrailmème sans murmure : vousne faites point de brait les me causait une soif ardente qui me dévorait sur la terre : on vous accuse de remuer tous les la poitrine : voilà le mal qu’ils m'ont fait : Mis éléments, et de troubler l’ordre de la milure! plagatus sum; mais lorsque je leur ni demandé Tel était l'effet de la haine qu'on portait au nom ' A boire avec un grand cri , ils m’ont abreuvé en chrétien. ma soifdc fiel et de vinaigre : Super dolorrm rut-

A quoi donc pensait saint Gorgon, de deseen- nerum meorum addiderunt. C'est ce que peut dre d’une si haute faveur A une telle bassesse ? . dire saint Gorgon : Ils ont déchiré ma peau , ils Considéré d’abord par tout l’empire, il consent ont dépouillé tous mes nerfs, ils ont entrouvert de devenir l’exécration de tout l’empire : Uwc est mes entrailles : Mis plagatus sum ; mais après Victoria quœ vincil mundum. Et quel courage cette cruauté , ils ont frotte1 ma chair écorchée lie falluil-il pas polir exécuter cette généreuse avec du vinaigre et du sel pour aigrir la douleur résolution suus Dioclétien, ou la persécution était de mes plaies : Super dolorcm vutnerum meola plus furieuse; ou le diable , sentant approcher rum addiderunt.

peut-être la gloire que Dieu voulait donner A Mais ils ont encore passé bien plus loin, et leur l'Eglise sous l’empire de Cuustuntiii , vomissait brutalité n’est pas assouvie, ils couchent le saint tout son venin et toute sa rage contre elle, et fai- mar tyr sur un gril de fer, devenu tout rouge par sait ses derniers efforts pour la renverser? Dio- la violence de la chaleur; fl spectacle horrible! clétien s'en vantait, et se glorifiait d’avoir de tous et cependant au milieu de ces exhalaisons tnfcccfltés dévoilé et confondu la superstition des Us qui sortaient de la graisse de son corps rôti , chrétiens:... superstitione ehristianorum uliique Gorgon ne cessait de louer Jésus-Christ. I.es prièdetecta. Vraie marque de sa fureur, et en même res qu'il faisait monter au ciel changeaient cette temps marque sensible de son impuissance : Et fumée noire en encens : Et haie est Victoria qnie har est Victoria quat vincit mundum. Saint Gor- vincil mundum.

gon lui résiste ; et le tyran , pour l'abattre , fuit Mais en quoi a nui A saint Gorgon tout le mal exercer sur son corps toute la violence que la qu'il a souffert? « Tout ce temps de peines et de cruauté la plus barbare peut inspirer. Ab! qui - souffrances est passé comme un songe : ■ Tran- „ viendra essuyer ce sang dont il est couvert, et sicrunl lempora taboriora; temps de fatigues, laver ces blessures que le saint nuirt) r endure temps de travail , qui l’a conduit au veritablo rcpour Jésus-Christ? Subit Paul en avait reçu , et pos, A In paix parfaite , et c’est eeque le prophète- Ic geôlier même de In prison où il est renfermé roi exprime si bleu par ees paroles qu'il a dites lave ses plaies avec un grand respect : mais ici au nom de tous les martyrs : - ."Sous avons passé les tyrans ne permettent pas qu’on procure le - par l’eau et par le feu ; mais vous nous aver. moindre adoucissement A saint Gorgou; et son • fait entrer dans un lien de rafraîchissement : • pauvre corps écorché, A qui les onguents les plus , 7lrh r

» lirrfuff. ai Mal. Ub. i , a" ». * Pt. LWin , 27

DE SAINT FRANÇOIS D'ASSISE

Transimmus per ignem cl aquam, et eduxisti no s in refrigerium '.Dieu a essuyé tous les pleura: Il a ordonné à saint Gorgon de se reposer de tous ses travaux. On a cru lui ôter tout son bien et même la vie; et on ne lui ôte que la mortalité : Vbiesl, mors, Victoria tua * ?» O mort, où est

• ta victoire? • Tu n as ôté au saint martyr que des' choses superflues ; car tout ce qui n’est pas nécessaire est superflu. « Or une seule chose est ■ nécessaire : ■ Porto unutn est neccssarium \ Dieu est cet unique nécessaire ; tout le reste est superflu. Les honneurs sont-ils nécessaires? Combien d'hommes vivent en repos, quoique oubliés du monde ! Tout cela est hors de nous, et par conséquent ne peut contribuer à notre félicité. Il en est de même des richesses, qui ne sauraient remplir notre cœur ; et c'est pourquoi • ayant de quoi

• nous nourrir et nous vêtir, nous devons être con- « tents : » Habentes victum et vestitum, contenu su mus *. Tout le reste est superflu ; la santé, • la « vie même , qui doit être regardée comme un

• bien superflu par celui qui considère la vie éter-

• nelle qui lui est promise : » Ipsa cita, cogilantibus œtemam vitam, inter super/lua repu, tanda est 1 * * * 5; elle ne nous est utile, qu'autant que nous l'avons prodiguée pour Dieu. Ainsi tout ce qu’on ravit à saint Gorgon lui était superflu , puisqu'étant dépouillé de toutes ces choses il se trouve bien heureux . Qu'a donc fait le ty rau par tous les efforts de sa cruauté ? « En vain su lan- « gue a-t-elle concerté les moyens de nuire , et

• a-t-elle voulu, par scs tromperies, trancher

• comme un rasoir bien aflilé : * Sicut novacula acuta fecisti dolum ' . Que de peines on prend pour aiguiser un rasoir, que de soins pour l'affiler : combien de fois le faut-il passer sur la pierre ! ce n’est , au reste, que pour raser du poil , c’est-àdire uu excrément inutile. Que ne font pas les méchants! en combien de soins sont-ils partagés pour dresser des embûches à l'homme de bienl Que n’a pas fait le tyran pour abattre notre martyr! il se travaillait à trouver do nouveaux artifices pour le 6éduire, de nouveaux supplices pour l’épouvanter. Quidfaclurusjusto, nisi superjlua rasurus ’? Mais que fera-t-il contre le juste? il nelui a rien Até que de superflu. Qu’estce que l’Ame a besoin d'un corps qui In charge et la rend pesante? La mort ne lui a rien ôté que la mortalité : et ceux qui ont voulu conserver la vie l’ont perdue; et ils vivent, les misérables, ils vl-

1 Pl.lXV, IJ.

* I. Cor. xv, bb.

* Lue. x , 43.

* ». Tim. ¥1, 8.

5 S. Aug. Serm. lxii, n' lt, (. v, col. 903.

! S. Aug. Enar. in Pt. ZJL , tf 8, 1 iv , cd. 480.

vent pouraoufirir éternellement. Parce que saint Gorgon l’a prodiguée, il l'a mise entre les mains de Dieu , ou rien ne se perd , et il la conservera pour jamais.

Ainsi le moyen de surmonterle monde, c’est de tout abandonner à Dieu ; autrement tout périt et tout passe avec le monde qui passe lui-mfme et enveloppe tout dans sa ruine : c’est pourquoi il faut tout donner a Dieu. Saint Paul possédé de cette pensée disait: « Je donnerai tout : . Ego autan impendam. Ce n'est pas assez; aussi a joutet-il : « Et je me livrerai moi-même pour le salut " de vos âmes : ■ Super impendar ipse pro animabvs test ris '.

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