‹ suvres de Bossuet SermonsChapitre 177 sur 243 · SAINT FRANÇOIS D’ASSISE · texte numérisé non relu

SAINT FRANÇOIS D’ASSISE

Polie fabliau' et roi. -le de salai François . qui loi tall établir Kl richesses dans la pauvreté, ses déliera dans les souffranco, el m gloire dans la ba»*egsc.

Si guh videtur inter vos sapiens esse in hoc sœculo stultusjiat ut sit sapiens .

S'il y a quelqu'un parmi voua qui paraisse sage selon le skVJe, qu’il devienne fou afin d’élre sage. /. Cor. ni, 18.

Le sauveur Jésus , chrétiens , a donne un ample sujet de discourir, mais d’une manière bien différente, â quatre sortes de personnes, aux Juifs, aux Gentils, aux hérétiques et aux fidèles. Les Juifs, qui étalent préoccupés de cette opinion si mal fondée :qne le Messie viendrait an monde avec une pompe royale ; prévenus de cette fausse croyance , se sont approchés du Sauveur : ils ont vu qu’il était réduit dans un entier dépouillement de tout ce qui peut frapper les sens, un homme pauvre, un homme sans faste et sans éclat ; ils l’ont méprisé : • Jésus leur a été un ■■ scandale : ■ Judœis tpiidem scandalum, dit le grand apôtre *. Les Gentils, d'antre part, qui se croyaient les auteurs et les maîtres de la bonne philosophie, et qui depuis plusieurs siècles avaient vu briller au milieu d'eux les esprits les plus célèbres du monde, ont voulu examiner Jésus-Christ selon les maximes reçues parmi les savants de la terre ; mais aussitôt qu’ilsont oui parler d'uu Dieu fait homme, qui avait vécu misérablement, qui était mort attaché à une croix , ils en ont fait un sujet de risée : • Jésus a été pour eux une fo- - lie, .Genlibns aillent stultitiam, poursuit saint Paul.

1 U. Cor. Xll, là.

* I. Cor. 1, 3U

PANÉGYRIQUE

Après eux sont venus d'autres hommes que I on appelait dons l'Église Manichéens et Mareionltes, tous feignant d'être chrétiens; qui trop émus des invectives sanglantes des Gentils contre le Fils de Dieu, l’ont voulu mettre à couvert des moqueries de ces idolâtres , mais d'une manière tout à fait contraire aux desseins de la bonté divine sur nous. Ces faiblesses de notre Dieu , pusillitates Dei, comme les appelait un ancien • , leur ont semblé trop honteuses pour les avouer franchement : au lieu que les Gentils les exagéraient pour en faire une pièce de raillerie, ceux-ci au contraire tâchaient de les dissimuler, travaillant vainement à diminuer quelque chose des opprobres de l’Évangile, si utiles pour notre salut. Ils ont cru , avec les Gentils et les Juifs , qu'il était indigned’un Dieu de prendre une chair comme la nôtre, et de se soumettre à tant de souffrances; et pour excuser ces bassesses, ils ont soutenu que son corps était imaginaire, et par conséquent que sa nativité , et ensuite sa passion et sa mort étaient fantastiques et illusoires : en un mot, à les en croire, toute sa vie n'était qu'une représentation sans réalité. Sans doute les vérités de Jésus ont été un scandale à ces hérétiques , puisqu'ils ont fait un fantôme du sujet de notre espérance; ils ont voulu être trop sages, et par ce moyen ont détruit , selon leur pouvoir, le déshonneur nécessaire de notre fol : Ncccssarium dedecus fidei , dit le grave Tertullien \

Mais les vrais serviteurs de Jésus-Christ n'ont point eu de ces délicatesses, ni de ces vaines complaisances, lis se sont bien gardés de croire les choses à demi, ni de rougir de l'ignominie de leur Maître : iis n'ont point craint de faire éclater par toute la terre le scandale et la folie de la croix dans toute leur étendue : ils ont prédit aux Gentils que cette folie détruirait leur sagesse. Et quant â ces grandes absurdités que les païens trouvaient dans notre doctrine, nos pères ont répondu que les vérités évangéliques leur semblaient d'autant plus croyables, que selon la philosophie humaine elles paraissaient tout a fait impossibles : Promu credibile est, quia ineptum est;.... cérium est, quia impossibite est, disait autrefois Tertullien J. Ainsi notre foi se plaît d'étourdir la sagesse humaine par des propositions hardies, où elle ne peut rien comprendre.

Depuis ce temps-lâ, mes frères, la folle est devenue une qualité honorable ; et l'apôtre saint Paul a publié , de la part de Dieu , cet édit que J’ai récité dans mon texte : • Si quelqu'un veut

* Tertull. ndv. Marcha, lib. Il, n" 27.

* Dr canu Chr. n* 5.

• être sage, Il faut nécessairement qu’il soft fou ,• itulivsjiat utsit sapiens. C’est pourquoi ne vous étonnez pas si ayant entrepris aujourd’hui le panégyrique de saint François Jejie fais autre chose que vous montrer sa folie, beaucoup plus estimable que toute la prudence du monde. Mais d'autant que la première et la plus grande folie , c’est-à-dire, la plus haute et la plus divine sagesse que l'Évangile nous prêche , c’est l'incarnation du Sauveur, il ne sera pas hors de propos , pour prendre déjà quelque idée de ce que j'ai à vous dire, que vous fassiez réflexion sur cet auguste mystère , pendant que nous réciterons les paroles que l'ange adressa A Marie lorsqu'il lui en apporta les nouvelles. Implorons donc l'assistance du Saint-Esprit par l’intercession de la sainte Vierge. Ave.

Cette orgueilleuse sagesse du siècle, qui, ne pouvant comprendre la justice des voies de Dieu , emploie toutes ses fausses lumières à les contre- . dire, se trouve merveilleusement confondue par la doctrine de l'Évangile , et par les très-saints mystères du sauveur Jésus. Déjà la toute-puissance divine avait commence à lui faire sentir sa faiblesse dès l'origiiie de l’univers , en lui proposant des énigmes indissolubles dans tous les ordres des créatures, et lui présentant le monde comme un sujet éternel de questions inutiles , qui ne seront Jamais terminées par aucunes décisions. Et certes il était vraisemblable que ces grands et impénétrables secrets, qui bornent et resserrent si fort les connaissances de l'esprit humain , donneraient en même temps des limites à son orgueil. Toutefois , â notre malheur, il n’en est pas arrivé de la sorte , et en voici la cause qui me semble la plus apparente : c’est que la raison humaine , toujours téméraire et présomptueuse , ayant entrevu quelque petit jour dans tes ouvrages de ta nature , s'est imaginé découvrir quelque grande et merveilleuse lumière ; au lieu d'adorer son Créateur, elle s’est admirée elle-même. L’orgueil , comme vous savez , chrétiens, n cela de propre, qu’il prend son accroissement de luimême , si petits que puissent être ses commencements, parce qu’il enchérit toujours sur ses premières complaisances par ses flatteuses réflexions.

Ainsi l'homme s’étant trop plu dans ces belles conceptions , s'est persuadé que tout l’ordre du monde devait aller selon ses maximes. Il s'est enfin lassé de suivre la conduite que Dieu lui avait prescrite , afin de le ramener â lui comme à son principe. Au contraire, il a voulu que la divinité se réglât scion ses idées ; il s'est fait dos dieux â sa mode , il a adoré ses ouvrages et ses

DE SAINT FRANÇOIS D'ASSISE

fantaisies : et s'étant évanoui, comme dit l’apôtre ■ , dans l’Incertitude de scs pensées ; lorsqu'il a cru se voir élevé au comble de la sagesse , il s’est précipité dans une extrême folie : Dicentes «ni wt se esse saplenles , stulti facti sunt *.

C’est pourquoi cette sagesse éternelle qui prend plaisir de guérir ou de confondre la sagesse humaine , s’est sentie obligée de former de nouveaux desseins et de commencer un nouvel ordre de choses par Notre-Seigneur Jésus -Christ ; et admirez, s'il vous plaît, la profondeurdeses jugements. Dans le premier ouvrage que Dieu nous avait proposé, qui est cette belle fabrique du inonde, notre esprit y voyait d’abord des traits de sagesse Infinie. Dans le second ouvrage , qui comprend la doctrine et la vie de notre Maître crucifié , Il n’y découvre au premier aspect que folle et extravagance. Dans le premier , nous vous disions tout à l'heure que la raison humaine y avait compris quelque chose ; et en étant devenue Insolente , etle n’a pas voulu reconnaître celui qui lui donnait ses lumières. Dans le second dessein , qui est d'une tout autre excelleuoe , toutes ses connaissances se perdent , elle ne sait du tout où sc prendre; et par fa il faudra nécessairement, ou bien qu’elle se soumette à une raison plus haute, ou bien qu’elle soit confondue : et de façon ou d’autre , In victoire demeurera à la sagesse divine.

Et c'est ce que nous apprenons par cc docte raisonnement de l'apôtre. Notre Dieu, dit ce grand personnage, avait introduit l’homme dans ce bel édifice dn monde, afin qu’en admirant l’artiflcc, il en adorât l’architeetc. Cependant l’homme ne s’est pas servi de la sagesse que Dieu lui donnait , pour reconnaître son Créateur par les ouvrages de sa sagesse , ainsi que l’apôtre nous le déclare : Quia in Dei sapientia non cognovit mundus per sapienliam Deum*.' Hé bien, qu’en arrivera- t-ll , saint apôtre ? Pour cela , continuet-il , Dieu a posé cette toi éternelle, que dorénavant les croyants ne pussent être sauvés que par la folie de la prédication : Ptdcuit Deo per stuttiliarn prœdicationis salvos facere credentes *. A quoi te résoudras-tu donc, ô aveugle raison humaine? Te voilà vivement pressée par cette sagesse profonde , qui parait à tes yeux sous une folie apparente. Je te vols , ce me semble , réduite à de merveilleuses extrémités , parce que de côté ou d’autre la folie t’est inévitable : car dans la croix de Notre-Seigneur, et dans toute la conduite de l’Évangile, les pensées de Dieu et les tiennes sont opposées enlrc elles avec une telle contra-

1 Rom. |,2I.

'» I. Cor. |,2I.

** Ibid.

riété, que, si les unes sont sages, Il faut par nécessité que les antres soient extravagantes.

Que ferons-nons ici , chrétiens? Si nous cédons à l’Évangile, toutes les maximes de prudence humaine nous déclarent fons et de la pins haute folie. Si nous osons acenser de folie ta sagesse incompréhensible de Dieu , il faudra que noos soyons nous-mêmes des furieox et des démons. Ah! plutôt démentons toutes nos maximes, désavouons toutes nos conséquences, plions sous le joug de la fol ; et dépouillant cette fausse sagesse dont nous sommes valoemcnt enflés, devenons heureusement insensés pour l’amour de notre Sauveur, (pii, étant la sagesse du Père , n’a pas dédaigné de passer pour fou en ce monde , afin de nous enseigner une prudence céleste : en un mot, s’il y a quelqu'un parmi nous qui prétende à la véritable sagesse, qu'il soit fou afin d'être sage, stultus fiat ut sit sapiens, dit le grand apôtre.

La voilà, la voilà, chrétiens, cette Illustre, cette généreuse , cette sage et triomphante folie du christianisme, qui dompte tout ce qui s'oppose à la science de Dieu , qui rend humble ou qui renverse Invinciblement la raison hnmaine, et toujours en remporte une glorieuse victoire. La voilà, cette belle folie , qui doit être le seul ornement do panégyrique de saint François, selon que je vous l’ai promis, et qui fera aujourd'hui son éloge. Pour cela vous remarquerez , s’il vous plaît , qu’il y a une convenance nécessaire entre les mœurs des chrétiens et la doctrine du christianisme. Cette folle apparente, qui est dans la parole du Fils de Dieu , doit passer par imitation dans la vie de ses serviteurs. Ils sont un Évangile vivant : l'Évangile qui est écrit dans nos livres, et celui que le Saint-Esprit daigne écrire dans l’ôme des saints, qne l'on peut lire dans leurs actions comme dans de beaux caractères , déplaisent égalemeut à la fausse prudence du monde.

Figurez-vous donc que François ayant considéré ces grands et vastes chemins du monde, qui mènent à la perdition , s'est résolu de suivre des routes entièrement opposées. Le plus ordinaire conseil que nous donne la sagesse humaine , c’est d'amasser beaucoup de richesses, de faire valoir ses biens, d’en acquérir de nouveaux : c’est à quoi on rêve dans tous les cabinets, c'est de quoi on s’entretient dans toutes le* compagnies, c’est le sujet teplus ordinairede toutes lesdélibérations. Il y a pourtant d’autres personnes qui se croient plus raffinées, qui vous diront que ces richesses sont des biens étrangers à la nature; qu'il vant bien mieux jouir de la douceur de la vie , et tempérer par les voluptés ses amertumescontinuelles, c’est une autre espèce de sages. Mais encore y eu

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