‹ suvres de Bossuet SermonsChapitre 179 sur 243 · SUR LE MÊME SUJET · texte numérisé non relu

SUR LE MÊME SUJET

Si quis videtur inter roi sapiens esse in hoc seccule, stutlus fiat ut sit sapiens.

S'il y a quelqu'un parmi vous qui paraisse sage selon lu siècle, qu’il devienne fou aliu d'être sage. t. Cor. lu, 18.

Que pensez- vous , mes révérends pères, que je veuille faire aujourd’hui dans cette chaire sacrée ; Yous avez assemblé vos amis et vos illustres protecteurs pour rendre leurs respects à votre saint patriarche, et moi je ne prétends autre chose que de le faire passer pour un Insensé : je ne veux raconter que scs folles; c'est l'éloge que je lui destine, c'est le panégyrique que je lui prépare. David ayant fnitle fou en présence du roi Achis*, ce prince le fit éloigner : mais l'insensé que je vous présente mérite qu'on le regarde ; et David lui-méme ayant prononcé : « Bienheureux celui « qui ne regarde pas les folies trompeuses, > qui non rrspej.it in vandales et insanias fatsas *, n reconnu tacitement qu'il y avait une folle sublime et céleste, qui avait son fond dans la vérité, j C'est de cette divine folie que François était possédé ; c'est celle que je dois aujourd'hui vous représenter. Donnez-moi pour cela , 6 divin Esprit, non des pensées délicates , ni un raisonnement suivi, mais de saints égarements et une sage extravagance , etc.

• Le moude avec la sagesse humaine n’ayant « pas connu Dieu par les ouvrages de sa sagesse, « il a plu à Dieu de sauver par la folie de la pré- « (licntion ceux qui croiraient en lui : » In Des sapienlia non cognovil mundus per sapientiam

' I. Reg. XXI, 14.

’ Pt. xxxix, 6.

DE SAINT FRANÇOIS D'ASSISE. SIS

Deum; plaeuit Deo per stuUitiam pradicationis salvos faeere credenles Dieu donc indigné contre la raison humaine, qui ne l'avait pas voulu connaître par la ouvrages de sa sagesse, ne veut plus désormais qu'il y ait de salut pour elle que par la folie. Ainsi deux desseins et deux ouvrages de Dieu forment toute la suite de son wuvre dans le monde. Ces deux ouvrages semblent diamétralement opposés entre eux : car l'unest un ouvrage de sagesse ; l’autre, un ouvrage de folie. L’univers est celui de lu sagesse. Y at-il rien de mieux entendu que cet édifice, rien de mieux pourvu que cette famille, rien de mieux gouverne que cet empire? Dieu avait dessein de satisfaire la raison humaine; mais elle l'a méprisé , elle a méconnu son auteur : Vive Dieu , dit le Seigneur, je ne songerai jamais à la satisfaire ; mais • je m'appliquerai ù la perdre et a la cou- « fondre : - Perdant sapientinm sapientium \ Et de lé ce second ouvrage, qui est la réparation par la folie de la croix : c'est pourquoi il ne garde plus aucune mesure ; et en voici la raison : dans le premier ouvrage, Dieu se contentait de se montrer; et pour cela la proportion y était nécessaire, comme devant être une image de sa sagesse et de sa beauté immortelle : c'est pourquoi

■ tout y est avec mesure, avec nombre, avec

■ poids : » Oinnia in numéro, pondéré et mensura 1 : 11 a étendu son cordeau , dit l'Écriture * ; il a pris au juste ses alignements pour composer, pour ordonner, pour placer tous les éléments : ici, non content de se montrer, il veut s'unir à sa créature; c’est-à-dire, l’inllni avec le fini. Il n’y a plus de proportion ni de mesure à garder : il ne s'avance plus que par des démarches insensées; il saute les montagnes et les collines, du ciel à la crcche , de la crèche par divers bonds sur la croix , de la croix au tombeau et au fond des enfers, et de là au plus haut des cieux. Tout est sans ordre , tout est sans mesure.

Par les mêmes démarches que l'inflnl s'est joint au fini , par les mêmes le fini doit s'élever à l'infini : il doit se libérer et s'affranchir de toutes les règles de prudence qui le resserrent eu luimême , afin de se perdre dans l'infini ; et cette perte dans l'infini , parce qu'elle met au-dessus de toutes les règles, parait un égarement. Telle est la folie de François.

La perte de la raison fait perdre trois choses : Premièrement, les insensés perdent les biens: ils n’en commissent plus la valeur, ils les répandent, ils les prodiguent. Secondement - ils perdent la

1 1. Cor. 1, si.

> Ibid. 12.

* Sap XI, 11.

* Job. xxxviii, 6. -

honte : louanges ou opprobres , tout leur est égal ; ils s’exposent sans en être émus à la dérision publique.Troisièmement, ilsse perdent eux-mêmes : ils ne connaissent pas l'iné-galité des saisons, ni les excès du froid et du chaud; ils ne craignent pas les périls , et s’y jettent a l'abandon nvecjoir. François a perdu la raison, non puiut par faiblesse; muis il l’a perdue heureusement dans les ténèbres de la foi : ensuite il a perdu les biens , le honte et soi-même. Non seulement il néglige les biens, mais il n une avidité de les perdre; non-seulement il méprise les opprobres, mais il ambitionne d'en être couvert; non-seulement il s'expose anx périls, mais il les recherche et les poursuit. O le plus insensé des hommes , selon les maximes du monde ; mais le plus sage , le plus prudent , le plus avisé selon les maximes du ciell

L’àme qui possède Dieu, ne veut que lui. « J'entrerai dans les puissances du Seigneur : ■ Seigneur, je ne me souviendrai que de votre • justice : » Introibo in potentias Domini : Domine, memombor justiticc tuœ solius'. Quand on veut entrer dans les grandeurs et dans .es puissances du monde , on tombe nécessairement dans la multiplicité des désirs : mais quand on pénètre dans les puissances du Seigneur, aussitôt on oublie tout le reste ; on ne s'occupe que des moyens de croître dans la justice, pour s'assurer la possession d’un si grand bien : Domine, mémo rabot juetitite tua solius. Ccst ce que l'Évangile confirme en nous exhortant à chercher d'abord le royaume de Dieu et sa justice : Quarile primum rerjnum Dei etjustitiam ejus *. Le règne, c’est potentias Domini; c'est pourquoi on travaille à acquérir la justice pour y parvenir: memorabor justilia tua solius.

Ce n’est pas ici le temps des honneurs : il faut porter la confusion d’avoir méprisé notre Roi. Nous avons dégradé Dieu et sa royauté : Jésus- Christ n'est plus notre Roi ; nous avons transgressé ses lois, violé son autorité, foulé aux pieds sa majesté sainte : c'est pourquoi il n’a plus de couronne, qu'une couronne d'épines ; et sa royauté devient le jouet des soldats , etc.

1 Ps. LXX , Ifi.

* .V/ol/A. vr, 31.

PANÉGYRIQUE

PANÉGYRIQUE

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