SUR LA RECONCILIATION
ou par quelques montagnes , nous semblons avoir oublié que nous avons une même nature : ce qui excite parmi nous des guerres et des dissensions immortelles, avec une horrible désolation et une effusion cruelle du sang humain.
Pour calmer ces mouvements farouches et inhumains, Jésus nous ramène à notre origine; il tâche de réveiller en nos âmes ce sentlineul de tendre compassion que la nature nous donne pour tous nos semblables , quand nous les voyons affligés : par où il nous fait voir qu'un homme ne peut être étranger à un homme ; et que si nous n'avions perverti les inclinations naturelles, il nous serait aisé de sentir que nous nous touchons de bien près. Il nous enseigne que * devant Dieu ,
• il n’y a ni Barbare , ni Grec , ni Romain , ni
• Scythe', » et, fortiflnnt les sentiments de la nature par des considérations plus puissantes, il nous apprend que nous avons tous une même cité dans le ciel , et nne même société sur la terre ; et que nous sommes tous ensemble une même nation et un même peuple , qui devons v ivre dans les mêmes mœurs, selon l'Evangile, et sous un même monarque qui est Dieu, et sous un même législateur qui est Jesus-Christ.
Mais d'autant plus que la discorde et la haine n’anime pas seulement les |>euples contre les peuples, mais qu'elle divise encore les concitoyens, qu’elle désole même les familles : en sorte qu’il passe pour miracle parmi les hommes , quand on voit deux personnes vraiment amies ; et que nous nous sommes non-seulement ennemis , mais loups et tigres les uns aux autres : combien emploie-til de raisons pour nous apaiser et pour nous unir! avec quelle force ne nous presse-t-il pas il vivre en amis et eu frères! Et sachant combien est puissant parmi nous le motif de la religion, il la fait intervenir à la réconciliation du genre humain : il nous lie entre nous par le même nœud par lequel nous tenons â Dieu ; et il pose pour maxime fondamentale : que la religion ne consiste pas seulement A honorer Dieu , mais encore A aimer les hommes. Est-il rien de plus pressant pour nous enflammer à une affection mutuelle? et ne devons-nous pas louer Dieu de nous avoir élevés dans une école si douce et sous une institution si humaine?
Mais il passe bien plus avant. Les injures que l’on nous fait, chères sœurs, nous fâchent excessivement : la douleur allume la colere; la colère pousse a la vengeance ; le désir de vengeance nourrit dis inimitiés irréconciliables : de là les querelles et les procès ; de là les médisances et les calomnies; de IA les guerres et les combnts; de
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IA presque tous les malheurs qui agitent la via humaine. Pour couper la racine de tant de maux , je veux , dit notre aimable Sauveur, je veux que vous chérissiez cordialement vos semblables; j'cntendsque votre amitié soit si ferme , quelle ne puisse être ébranlée par aucune injure. Si quelque téméraire veut rompre la sainte alliance qu* je viens établir parmi vous, que le nœud en soit toujours ferme de votre part : il faut que l’amour de la concorde soit gravé si profondément dans vos cœurs, que vous tâchiez de retenir même ceux qui se voudront séparer. Fléchissez vos ennemis par douceur, plutôt que de les repousser avec violence ; modérez leurs transports injustes . plutôt que de vous en rendre les Imitateurs et les compa gnons.
Et en effet , mes sœurs , si l'orgueil et l'indocilité de noire nature pouvait permettre que de si saintes maximes eussent quelque vogue parmi les hommes; qui ne voit que cette modération dompterait les humeurs les plus altières? Les courages les plus flers seraient contraints do rendre les armes , et les âmes les plus outrées perdraient toute leur amertume. Le nom d’inimitié ne serait presque pas connu sur la terre. Si quelqu'un persécutait ses semblables , tout le monde le regarderait comme une bête farouche; et il n'y aurait plus que les furieux et les insensés qui pussent se faire des ennemis. O sainte doctrine de l’Évangile , qui ferait réguer parmi nous une paix si tranquille et si assurée; si peu que nous la voulussions écouter! qui ne désirerait quelle fût reçue par toute la terre avec les applaudissements qu'elle mérite?
La philosophie avait bien tâché de jeter quelques fondements de cette doctrine; elle avait bien montré qu’il était quelquefois honorable de pardonner à scs ennemis : elle n mis la démence parmi les vertus; mais ce n'élait pas une vertu populaire, elle n'appartenait qu'aux victorieux. On leur avait bien persuadé qu'ils devaient faire gloire d’oublier les Injures de leurs ennemis désarmés; mais le monde ne savnit pas encore qu'il était beau de leur pardonner, avant même que de les avoir abattus. Notre Maître miséricordieux s 'était réservé de nous enseigner uue doctrine si humaine et si salutaire : c'était A lui de nous faire paraître ce grand triomphe de la chai lié, et de faircqueni les injures ni les opprobres ne pussent jamais altérer la candeur ni la cordialité de In société fraternelle. C’est ce qu'il nous fait remarquer dans notre évangile, avec des paroles si douces, qu'elles peuvent charmer les âmes les plus féroces : « Quitte l'autel, dit-il, pour te réconei- * liei a ton frère. »
Et quel est ce précepte , ô sauveur Jésus? et comment nous ordonnez-vous de laisser le ser-