AVEC NOS FRÈRES
vice de Dieu, pour nous ncqulter de devoirs humains? est-il donc bienséant de quitter le Créateur pour la créature! Celn semble bien étrange, mes soeurs; cependant c'est ce qu'ordonne le Fils de Dieu. Il ordonne que nous quittions même le service divin, pour nous réconcilier à nos frères :il veut que nos ennemis nous soient en quelque sorte plus chers que ses propres autels, et que nous allions à eux avant que de nous présenter à son Père; comme si c’était une affaire plus Importante. N 'est-ce pas pour nous enseigner, chères sœurs , que , devant lui , Il n'est rien de plus précieux que la charité et la paix; qu’il aime si fort les hommes, qu'il ne peut souffrir qu'ils soient en querelle ; que Dieu considère la cliarité fraternelle comme une partie de son culte ; et que nous ne saurions lui apporter de présent qui soit plus agréable à ses yeux , qu’un cœur paisible et sans fiel, et une éme saintement réconciliée? ■ O charité - ineffable de Dieu pour les hommes ! s'écrie saint
• Jean Chrysostômc; il néglige l’honneur qui lui < est dû, pour y substituer la charité envers le « prochain. Interrompez, nous dit-il , mon culte,
• afin que votre charité soit persévérante : car la
• réconciliation avec son frere, est pour moi un « vrai sacrifice : » O ineffabitem ergn hominrs amorcm Dci, honorcm suum despicit pro charitnte erga proximum. Interrumpalur, inquit, cuit us meus, ut charitas tua maneat : nam vere sacri/icium mihicsl, reconciliatio cuin fralre'. C'est ce que Je traiterai aujourd’hui avec l'assistance divine ; et j’en tirerai deux raisons du texte de mon évangile. Notre-Seigncur nous ordonne de nous réconcilier, avant que d'offrir notre présent à l’autel : c'est de ce présent et de cet autel , que je formerai mon raisonnement; et je tâcherai de vous faire voir que ni le présent qu'offrent les chrétiens, ni l'autel duquel ils s'approchent, ne souffrent que des esprits vraiment réconciliés : ce seront les deux points de cette exhortation.
P&BM1EB POINT.
Quand je parle des présents que les fidèles doivent offrir à Dieu , ne croyez pas , mes sœurs , que je parle des animaux égorgés qu’on lui présentait autrefois devant ses autels. Pendant que les enfants d'Aaron exerçaient le sacerdoce qu’ils avaient reçu par succession de leur père , 1rs Juifs Apportaient à Dieu des offrandes terrestres et corporelles : on chargeait ses autels d'agneaux et de bœufs, d'encens et de parfums, et de plusieurs autres choses semblables. Mais comme nous offrons dans un temple plus excellent , sur un autel plus divin , et que nous avons un pontife duquel
1 S. CSrÿiatl. in Mail*, thm. xvi, n* 9, t. VIII, p. SIC.
le sacerdoce légal n’était qu’une figure Imparfaite ; aussi faisons-nousa Dieu de plus saintes oblations. Nous venons avec des vœux pieux , et des piières respectueuses, et de sincères actions de grâces, louant et célébrant la munificence divine, par Notrc-Seigneur Jésus-Christ notre sacrificateur et notre victime : ce sont les oblations que nous apportons tous dans la nouvelle alliance. Nous honorons Dieu par ce sacrifice, et c'est de cet encens que nous parfumons ses autels ; et afiu que nous puissions faire de telles offrandes, Jésus notre grand sacriflatcur nous n rendus participants de son sacerdoce : » il nous a faits rois et ■ sacrificateurs à notre Dieu , » dit l'apôtre saint Jean dans l’Apocalypse'. Mais puisque ce sacerdoce est spirituel , il ne faut pas s’étonner si notrcoblntionestspiritiiclle : c'est pourquoi l’apôlre saint Pierre dit que - nous offrons des victimes
• spirituelles , acceptables par Notre-Seigneur Jé-
• sus-Christ ’. « C’est là ce sacrifice de cœur contrit , sacrifice de louange et de joie, sacrifice d’oraison et d'actions de grâces , dont il est parlé tant de fois dans les Ecritures : c'est le présent que nous devons à notre grand Dieu , et je dis qu’il ne lui peut plaire, s'il ne lui est offert par la charité fraternelle : sans elle, il ne reçoit rien; et par elle , il reçoit toutes choses : la cliarité est comme la main qui lui présente nos oraisons; et comme il n’y a que cette main qui lui plaise, tout ce qui vient d’autre part ne lui agrée pas.
Et pour le prouver par des raisons invincibles, je considère trois choses dans nos oraisons ; qui toutes trois ne peuvent être sans la charité pour nos frères : le principe de nos prières; ceux pour qui nous prions ; celui à qui nos prières s’adressent. Quant au principe de nos oraisons , vous savez bien , mes sœurs , qu’elles ne viennent pas de nous-mêmes : les prières des chrétiens ont une source bien plus divine. • Que pouvons-nous de
• nous-mêmes , sinon le mensonge et le péché , • dit le saint concile d'Orange1? Le plus dangereux effet de nos maladies , c’est que nous ne savons pas même demander comme il faut l'assistance du Médecin : « Nous ne savons, dit l'apôtre saint!
• Paul * , comment il nous faut demander. •
Eh, misérables que nous sommes, qui nous tirera de cet abime de maux , puisque nous ne savons pas implorer le secours du Libérateur? Ah! dit l'apôtre1, « l'F.sprit aide nos infirmités:» et comment? • C'est qu’il prie pour nous , dit saint « Paul , avec des gémissements incroyables. » Et quoi , mes sœurs , cet Esprit qui est appelé notre
' Apoc. v, 10.
* 1. Petr. n , 8.
3 ConciL Arausic. il, Can. xxil, Lab. t. IT, col. 1870,
4 Rom. Till , 28.
4 Ibid.