DU SAUVEUR
Huit jours se sont passés à considérer les approches de Jésus vers Jérusalem. .Nous voilà enCn parvenus à cette dernière semaine, que nous nous sommes proposé de considérer.
Nous en partagerons les discours en deux. Premièrement, nous lirons ceux qui ont éié faits depuis le dimanche des Rameaux jusqu’à la Cène. Secondement , nous lirons ceux que Jésus a faits à ce jour, qui est le plus remarquable, puisque c'a été la veille de sa passion.
SERMONS
OU Discouns DH HOTBE-SEIGNEBE, nsecis LE disanche des iabeaoi jcsqu'a u et™.
PREMIER JOUR
Entrée triomphante de Noire-Seigneur dan* Jérusalem ■ Il y e»t reconnu roi, fils de David, et le Meule. Joan. xu IS, lo. Malth. ni , 1, 17. Han il . 1, 17. Luc. ux , m, *>’
Toutes ces lectures nous apprendront l'entrée triomphante de Jésus dans Jérusalem , ce qu'il y lit ,
1 I. Cor. I, 10. — ■ Calait, r, II, 13: et aeqq. — > dpac V, 11, 13, VII, 10, II, II
MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE
rt co qu'il y dit. La tradition de l'Eglise met cette entrée au premier jour de la semaine, qui est un dimanche , qu’on appelle pour cette raison le dimanche des Rameaux : Dominica in ramis Palmarum.
Quoique le premier avènement de Jésus-Christ , contre l’attente des Juifs , dût se passer en humilité , il ne devait pas être destitué de cette gloire et de cet éclat que les Juifs attendaient. Cet éclat était nécessaire pour leur faire voir que tout humble qu’était le Sauveur, et tout méprisable qu’il paraissait selon le monde, il y avait dans ses actions et dans sa personne de quoi lui attirer la plus gronde gloire que les hommes puissent donner sur la terre, et jusqu’à le faire roi, si l’ingratitude des Juifs, et une secrète dispensation de la sagesse de Dieu , ne l’eût empêché.
C’est donc ce qui parut à cette entrée , la plus éclatante et la plus belle qui fut jamais, puisqu'on y voit un homme, qui paraissait le dernier de tous les hommes en considération et en puissance, recevoir tout d’un coup de tout le peuple, dans la ville royale et dans le temple, des honneurs plus grands que n’en avaient jamais reçu les plus grands rois. Voilà donc cet éclat dont nous parlons : mais le caractère d'humiliation et d'infirmité, inséparable de l'état du Fils de Dieu sur la terre , n’y devait pas être oublié ; et nous l’y verrons aussi , après que nous aurons auparavant considéré le caractère de gloire et de grandeur.
Il faut donc savoir que le Fils de Dieu , quoiqu’il parût à l’extérieur le dernier des hommes, était né pour être roi de la manière du monde la plus admirable et la plus auguste, puisque c'était par l’admiration que causaient ses exemples , sa sainte vie, sa sainte doctrine, ses grands ouvrages, et ses miracles, sans aucun autre secours. Le Sauveur avait paru, par ces merveilles, 6i secourable au genre humain , que les troupes oubliaient tout pour le suivre avec leurs femmes et leurs enfants, jusqu’aux déserts les plus éloignés, sans songer à aucun besoin : et Jésus en ayant nourri avec cinq pains d’orge et deux poissons jusqu'à cinq miUe , sans compter les femmes et les enfants , ils furent tellement ravis , qu’ils voulaient venir en foule pour le faire roi , et le reconnaître pour le Christ. On eût donc vu dès lors quelque chose de l’éclat qui a paru aujourd’hui , si Jésus , qui avait ses temps réglés pour toutes choses , ne se fût retiré bien avant dans te désert pour l'empêcher
Mais au jour des Rameaux, il lui plut de laisser éclater l’admiration que les peuples avaient pour lui. C’est pourquoi ils accoururent au-devant de lui avec des palmes à la main, criant hautement qu’il était leur roi , le vrai fils de David qui devait venir, et enlin le Messie qu’ils attendaient. I,es enfants se joignaient à ces cris de joie; et le témoignage sincère de cet âge innocent, faisait voir combien ces transports étaient véritables. Jamais peuples n'en avaient tant fait à aucun roi : ils jetaient leurs haoits par terre sur son passage ; ils coupaient à l’envi des rameaux verts pour en couvrir les chemins; et
» ÂfaUh XIV, 13,31. Joai l. VI, 14, IS.
tout , jusqu'aux arbres, semblait vouloir s’incliner et s’abattre devant lui. Les plus riches tapisseries qu’on ait jamais tendues à l’entrée des rois, n’égalent pas ces ornements simples et naturels. Tous les arbres ébranchés pour l’usage qu’on vient de voir; tout un peuple qui se dépouille pour parer en cette manière le chemin où passait son roi , fait un spectacle ravissant. Dans les autres entrées , on ordonne aux peuples de parer les rues; et la joie , pour ainsi dire, est commandée. Ici tout se fait par le seul ravissement du peuple. Rien au dehors ne frappait les yeux : ce roi pauvre et doux était monté sur un ânon, humble et paisible monture; ce n’était point ces chevaux fougueux, attelés à un chariot, dont la fierté attirait les regards. On ne voyait ni satellites, ni gardes, ni l'image des villes vaincues, ni leurs dépouilles, ou leurs rois captifs. Les palmes qu’on portait devant lui marquaient d’autres victoires; tout l'appareil des triomphes ordinaires était banni de celui-ci. Mais on voyait à la place les malades qu’il avait guéris, et les morts qu’il avait ressuscités. La personne du roi et le souvenir de ses miracles faisaient toute la recommandation de cette fête. Tout ce que l’art et la flatterie ont inventé pour honorer les conquérants dans leurs plusbeaux jours, cède à la simplicité et à la vérité qui paraissent dans celui-ci. On conduit le Sauveur avec cette pompe sacrée par le milieu de Jérusalem jusqu'à la montagne du temple. Il y parait comme le seigneur et comme le maître, comme le fils de la maison, le Fils du Dieu qu’on y sert, ainsi que nous verrons. Ni Salomon qui en fut le fondateur, ni les pontifes qui y officiaient avec tant d’éclat , n’y avaient jamais reçu de pareils honneurs.
Arrêtons-nous ici , et donnons le loisir de considérer le détail de ce grand spectacle.
IIe JOUR.
Le rtgne de Jésus-ChrUt sur les esprits et sur 1« coron, par ses miracles, par ses bienfaits et par sa parole. Joan. XII, 13, 19. AfatM.xil,], 17. Marc, xxi, I, I*. Luc. xix, 28, 48.
Ce qui attira au Sauveur toute cette gloire , ce fut le bruit de ses miracles , et en particulier celui de Lazare ressuscité, qui venait d’étre fait à la porte de Jérusalem. Car toute la troupe qui était avec lui lorsqu’il le fit sortir du tombeau, où il pourrissait, lui rendait témoignage : et c’est pour cela que la troupe de ceux qui étaient venus à Jérusalem pour y célébrer la fête de Pâques, accourut au-devant de lui , parce qu’ils avaient appris qu’il avait fait ce miracle \ On célébrait aussi ses autres miracles, dont la réputation avait rempli toute la Judée. Et pendant qu’il descendait la montagne des Olives, les troupes de ses disciples , saisies d’une joie subite , se mirent a louer Dieu de toutes les guérisons et de toutes les merveilles qu’ils avaient vues ».
Sa doctrine demeurait aussi confirmée par ses miracles; car il les avait faits expressément en te-
1 Joan. XII , 17 , IS. — * Luc. XIX , 37.
MEDITATIONS SUR L'EVANGILE
moignage de sa mission , et de la vérité qu’il annonçait V<m Père , avait-il dit en ressuscitant Lazare , je sais que vous m’écoutez toujours ; mais je parle ainsi devant tout ce peuple , afin qu’ils croient que vous m’ucez envoyé * . Et des le commencement de sa prédication, il avait dit aux docteurs de la loi : Lequel est le plus facile de dire à un paralytique : Tes péchés te sont remis , ou de lui dire : Lève-toi , prends ton lit sur tes épaules , et marche ? Or, afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a le pouvoir sur la terre de remettre les péchés : Lève-toi , mon fils , dit-il au paralytique, et va-t'en en ta maison ». C’est pourquoi il joignait ensemble la prédication de l’Évangile et la guérison des maladies. Il allait par toute la Galilée , enseignant dans leurs synagogues , et prêchant l’ Évangile du royaume , et guérissant toute maladie et toute infirmité parmi le peuple 3. C’est aussi ce qui lui attirait cette grande réputation, et amassait tant de monde autour de lui; car, ajoute le même évangéliste, sa réputation se ré/xindit dans toute la Syrie , et plusieurs troupes le suivaient de la Galilée , et de la Décapote , et de Jérusalem , et de la Judée , et du pays d'au delà le Jourdain *. Ce furent donc ces troupes qui le suivaient qui commencèrent ces cris de joie, auxquels tout Jérusalem et tout le reste du peuple applaudit.
Sa doctrine ainsi confirmée lui attirait CPtte admiration, et la réputation d’un grand prophète; et il y avait aussi dans ce qu'il disait un caractère d'autorité , et une efficace qu'on n’avait pas encore vue parmi les hommes. Car H les enseignait comme ayant autorité et puissance , et non comme leurs docteurs et les pharisiens 5. Tout le monde l’appelait Seigneur et ftabbi6\ c’est-à-dire, maître , quoiqu'il n’eût étudié sous aucun docteur de la loi, et qu’il n’eilt fait aucune des choses qui donnaient ce titre parmi les J uifs. Tout le peuple était suspendu , et ravi en admiration en l'écoutant i : et on ne pouvait douter qu’il ne fût celui à qui le psalmiste avait chanté : O le plus beau des enfants des hommes ! la grâce est répandue sur vos lèvres *. On quittait tout pour l'entendre, tant le charme de sa parole était puissant , et tant on était non-seulement touché, mais ravi de l'agrément de ses discours, et des paroles de grâce qui sortaient de sa bouche ; car tout te monde lui rendait ce témoignage 9. Et ce n’était pas seulement ses disciplesqui lui disaient : Maître , à qui irions-nous? Fous avez les paroles de vie éternelle'0 : mais encore ceux qui venaient avec ordre , et dans le dessein de le prendre , étaient pris eux-mêmes par ses discours , et n’osaient mettre ta main sur lui" : en sorte que les pontifes, et les pharisiens qui les avaient envoyés, leur demandant : Pourquoi ne l’avez-vous pas amené ? ils leur répondirent : Jamais homme n’a parlé comme cet homme" : ce qui fit que les pharisiens étonnés leur
* Joua. xi, 41, 42 — * j Vatth. IX , 6. Marc. ir, g, 10, II. Lac. V, JO, 21. —• Mallh. IV, 23. — • / HJ. 24, 25. — ‘ Ibid. vil, 2B. —4 Jf.cn. lu, 2. — ’ Lac. XIX, 48. — • P*. IUT, 3. — • Luc. IV, 22 — - Joan. n , 60. — *1 Ibid. VII, 44. — nIbid. 45, 40
demandaient : Ne roulez-cous pas aussi mus hisser séduire comme tes autres1} Mais ces docteurs et ces pharisiens eux-méines , qui méprisaient tant ceux qui croyaient en lui , et ne lui parlaient que pour le surprendre, ne savaient eux-mêmes que lui répondre; car il leur fermait la bouche par des réponses précises et décisives , et ils n'osaient plus l'interroger’.
Voilé donc ce règne admirable prédit dans le psaume ; et tous les peuples gagnés au Sauveur par le charme de sa parole, et par la grâce répandue sur ses lèvres. Le prophète y ajoutait celle de h vérité qu’il annonçait , de h justice dont il était le parfait modèle, de la ilouceur > et de la bonté avec laquelle il guérissait tous les malades; ne faisant servir sa puissance que pour le soulagement des malheureux et de tout le genre humain.
Qui jamais avait régné de cette sorte ? Mais c’est ainsi que Jésus régna. Ainsi sa doctrine et ses miracles firent tout l’effet extérieur qu'ils devaient faire naturellement sur tous les esprits. On le suivait, on l’admirait, on lui applaudissait, on le recevait avec des cris de joie : il n’y avait que ses envieux qui frémissaient , et qui néanmoins n'osaient parler. Mais d’où vient donc qu’il eut si peu de véritables disciples? D’où vient que les cris qui l’envoyaient à la croix : Crucifiez-ie , crucifiez-te *! suivirent de si près ceux qui le célébraient comme le fils de David ? et que l’on compte à peine six vingts hommes parmi les frères , c'est-à-dire parmi les disciples, qui se renfermèrent dans le cénacle pour recevoir le Saint-Esprit ? C’est que les disciples do Jésus-Christ ne sont pas ceux qui l'admirent , qui le louent, qui le célèbrent , qui le suivent même à l'extérieur, et jusqu’à un certain point; mais ceux qui le suivent au dedans et partout, qui observent tous ses préceptes , qui portent sa croix , qui se renoncent eux-mêmes. Et le nombre en est petit : et il faut, outre tes attraits de la parole et des miracles, une parole intérieure que tout le monde ne veut pas entendre, et un miracle qui change les cœurs, dont notre orgueil et notre mollesse empêchent l’effet.
Soyons donc de vrais disciples de Jésus : Si mus demeurez dans ma parole, vous serez vraiment mes disciples, et vous connaîtrez h vérité, et la vérité vous affranchira s. Et encore : Mon Père sera glorifié, en ee que vous rapporterez beaucoup de fruit, et que vous serez mes vrais disciples*, des disciples dignes de ce nom. Et enfin : Celui gui m'aime, dit-il, est celui qui garde mes commundementsi . Les autres peuvent me louer, m’admirer, me suivre au dehors , et se glorifier d’étre mes disciples : car on se fait toujours beaucoup d’honneur d’avoir un tel maître; mais ils ne m’aiment pas, et je ne les connais point, ni je ne les mets au rang des miens.
1 Jnun. VII, 47. — * Matlh. XIII, 45. — > /V xuv, 5, ». —
• Joan. XIX, «. — > Iblfl vin, 31 ,32.-4 lu, J. XV , t. -
* Ibid, xvi, 21.
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MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE