k Cen. \x vin, II
dans le piège et ils y seront en lares', le Christ devait être cette pierre unique et fondamentale; et néanmoins en même temps il devait être un scandale à Jérusalem; scandale ara: Juifs, disait saint Paul1. Celui qui se heurtera contre cette pierre ou qui tombera dessus , sera brisé; et celui sur qui clic tombera sera écrasé et mis en poudre de son poids, dit le Sauveur3.
Jesus-Christ est notre règle et notre jupe. On tombe sur cette pierre, et on se heurte contre cette règle , quand on pèche ; elle tombe sur nous quand il nous punit : l'un suit de l'autre. Le pécheur qui s’est brise, et a perdu toute sa force en transgressant la loi de Jésus-Christ, est écrasé par sa juste et éternelle vengeance. Maison peuts'uniràeitlepierre d’une manière plus heureuse et plus convenable. .Jpprnchcz-mus , dit saint Pierre * , de cette pierre citante, réprouvée des hommes, mais honorée de Dieu. Établissez -vous sur cette pierre; et entrez dans la structure de ce bâtiment comme des pierres ci vantes , et devenez la maison de Dieu ; étant unis par la foi et à la pierre fondamentale, qui est Jésus-Christ, et à tout le corpsdes lidèles, qui sont les pierres dont est composé ce saint édifice, Prêtiez donc garde, continue l'apcitre , que Jésus-Christ ne t ous soit comme aux infidèles , une pierre contre laquelle on se brisera , en te heurtant contre sa parole.
Si le fondement est solide , bâtissez dessus sans crainte; mettez-y votre appui; ne eraignez pas, n’hésitez pas : la pierre est ferme : ferme à rem qui s’y appuient, pour les soutenir; ferme à ceux qui se heurtent contre, pour les mettre en pièces.
XXXI* JOUR
Parabole du festin dea axes. Les Juif* «ont les conviés qui
refusent d’y venir. Matth. mu, i, is. Luc. stv, l«, 20.
Ou voit avec quelle convenance la sagesse éternelle arrange les choses. Rien n’était plus convenable, dans le temps qu’on machinait la mort du Sauveur, que de parler comme il a fait aux chefs d’une si noire conspiration, en leur faisant voir quels en seraient’ les effets , et combien funestes à eux-mêmes et à toute la nation. Il était bon aussi de prévenir le scandale de la croix , et faire voir que si le Sauveur était rejeté, s’il devenait un scandale aux Juifs, il n’en serait pas moins, suivant les anciennes prophéties, la pierre de l’angle, le fondement de tout l'édifice, et l'espérance du inonde. Le Fils de Dieu enseigne toutes ces vérités deux jours avant celui de sa mort. Rien n’était plus capable, ni de corriger la malice de ses ennemis , ni de prévenir le scandale de ses disciples. Ce qu'il va encore ajouter n’est pas moins à propos.
Et Jésus répondant leur dit 3 : ce mot de répon dre pourrait marquer qu’il continuait son discours. I.e Fils de Dieu , qui voyait le fond des cœurs, répondait souvent aux pensées secrètes de ceux qui l’écoutaient , comme il parait par plusieurs endruits
■ la. vin, i< , 15. — • I. Cor. 1. 23. — ‘ Luc. xj, la. — 1 1 Petr. Il, 1, s, e,7, ». —> Mallh. XXII, I.
Digitizi
MÉDITATIONS SUR L’EVANGILE
de l’Évangile. Après avoir ouï qu’il se choisirait un t et la voie a été ouverte pour le bonheur de la vie autrepeuple.il n’y avait rien de plus naturel que future. Que m'importe? chacun passait son chemin, de rechercher en soi-méme les causes les plus gé- | et allait à ses affaires; l'un à la ville, l’autre à la nérales qui feraient abandonner les Juifs, et les ; campagne : chacun avait son plaisir ou son petit moyens qu’il aurait pour remplir sa maison. C’est i intérêt. Combien plus étaient enchantés ceux qui ce qu’il explique par la parabole suivante : n'étaient pas seulement occupés de leur domestique
Le royaume des deux est semblable a un roi ; comme les particuliers , mais qui attachés à ce qui fait à son fils un festin de noces *. Jésus-Christ ! qu’on appelle les grandes affaires du monde ne diétait l'Époux de cette noce : Celui qui a l'épouse est saient pas seulement :J’ai acheté une métairie , l'époux , disait saint Jean-Baptiste*, en parlant de ou J’ai pris une femme; mais, J’ai une province , lui. C‘est lui qui était venu pour épouser son Église, j’ai une armée, j’ai une importante négociation, la recueillir par son sang , la doter de son royaume, j’ai l'empire entier à conduire! Qui se souciait en la faire entrer en société de sa gloire. Il fait un grand cet état de ce qu'avait dit Jésus-Christ? ou qui so festin quand il donne sa sainte parole pour être la mettait en peine de s’en informer?
nourriture des âmes , et qu’il se donne lui même à // en est ainsi arrivé aux jours de Noé : Ils man
tout son peuple comme le pain de la vie éternelle. yeaient , il buvaient , ils se mariaient , ou ils malt envoya ses serviteurs pour appeler aux no- riaient leurs enfants les tins aux autres; et le décès ceux qui y étaient conviés; mais ils refusèrent luge vint tout à coup , lorsqu'on y pensait le moins, d'y venir. Il envoya encore d'autres serviteurs et Ils y périrent tous.. tinsi aux jours de Loth dans avec ordre de dire : 'IX>ul est prêt, venez aux noces3. Sodome, ils mangeaient, ils buvaient , ifs achetaient > Ceux qui y étaient invités , et qui refusaient de ve- ik vendaient , ils plantaient , et ils bâtissaient; et nir, étaient les Juifs qu’il avertit par lui-même , et tout d'un coup un autre déluge, un déluge de soufre qu’il Ot avertir par ses apôtres que l’heure du festin et de feu tomba du ciel, et ils périrent tous. Ainsi en était venue, qu'ils vinssent promptement, ou qu’il sera-t-il dans les jours du Fils de Chomme '. Il ne en appellerait d’autres. Cela regardait les Juifs; dit pas : Ils tuaient, ils pillaient, ils commettaient mais cela nous regarde aussi. Nous sommes à pré- des adultères : l’occupation des affaires les plus senties invités; et nous devons apprendre ce qui 1 innocentes suflit pour nous assourdir, pour nous empêche les hommes de venir à ce céleste festin. | aveugler, pour nous enchanter. Il n’allègue pas non La cause la plus générale, c’est l'occupation et, plus les grandes affaires, les grands emplois, les pour ainsi dire, l'enchantement des affaires du grandes charges : les soins les plus ordinaires monde. Jésus ne rapporte pas les affaires extraor- suflisent pour nous étourdir, et nous ôter tout le dinaires qui surviennent dans la vie. C'est le train loisir de penser à nous ; et la mort vient toujours commun des affaires qui occupe et qui enchante les imprévue : et pendant qu’à la manière deccs oiseaux hommes, de manière qu'ils ne se donnent pas le niais, nous nous repaissons de ce qu’on présente loisir de penser à leur vocation , ni d’écouter Jésus- pour nous amuser; le lacet vient tout à coup. Christ qui les appelle à son festin. Tous négligeaient nous sommes pris, et il n'y a plus moyen d’échapsa parole ; l'un allait à sa métairie, l'autre a son per. O pauvre nature humaine! ne faut-il qu’un si négoce, et personne ne l’écoutait. Quelques-uns faible appât pour t’amuser? ne faut-il qu’un charme prirent ses seiTiteurs ; et après leur avoir fait toute si faible pour t’endormir, une si faible occupation sorte de mauvais traitements , ils les tuèrent*. C’est pour t’aveugler, et t'ôter le souvenir de Dieu et de en effet ce qui arriva au Sauveur. Les unsjont résisté ses terribles jugements? Aucun de ceux qui sont ouvertement à la prédication de l’Évangile; mais la invités ne goûtera de mon repas » ; c'est la sentence cause la plus générale de le rejeter fut la négligence, du Juge. Si peu de chose les a détournés et déçus! neglexerunt , causée par l’occupation des affaires de Où trouverons-nous des larmes pour déplorer notre la vie. Jésus-Christ avait déjà fait cette parabole en aveuglement et notre faiblesse! une autre occasion; et saint Luc, qui nous la rap- Telle est la parabole que Jésus-Christ avait porte, nous rapporte en même temps les vaines faite, et qu’il trouva à propos de répéter peu de excuses de ceux qui ne venaient pas au festin. Les jours avant sa mort. Il y ajouta pour les Juifs l’enttns disaient : fai acheté une métairie; les autres : droit qui les regardait , et les noires machinations fai acheté des bœufs pour le labourage ; les autres : qu’ils faisaient entre eux pour le perdre. Quel-
le me suis marié s. Ceux-là ne méprisaient pas ou- ques-uns firent mourir ses serviteurs qui les apvertement la parole; mais, occupés des soins du pelaient au festin , et le roi en colère envoya ses inonde , ils allaient et venaient, sans songer à rien armées , et perdit ces meurtriers , et mit le feu à qu'à leurs affaires. Ils ne disaient pas : Je n’ai que leur ville qui fut réduite en cendres 3. Encore un faire de vous ni de votre festin ; ils s’excusaient avec coup , appliquons-nous tout. Qui conspire contre la une espèce de respect. Je vous prie , disaient-ils, justice, en quelque manière que ce soit, conspire excuses-moi pour cette fois. C’était plutôt un délai contre Jésus-Christ : qui opprime le pauvre , l’atqu’un refus : telle est la vie. On venait dire aux Juifs, taque : qui n’est pas avec lui , est contre lui : qui aux Romains, à tout le monde : Une grande chose néglige ses commandements et les foule aux pieda, est arrivée à Jérusalem ; la vérité s’y est manifestée, le crucifie, et tient son sang pour impur. Lisez :
* M'iUh. xxri, 2, — * Joan. ni, 29. — » .ValM. XXII, 3,4. 1 Luc. XV||, U, 27, 28 , 29,30. — * XIV, 24. — * Nattk.
>-* Ibid. 6, fl. — * Luc. XXVI, 16, 18, 1», 20. XXII, 6, 7-
MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE. W
tom en trouverez la sentence , au* Hébreux , vi , B; x, 39.
XXXII' JOUR
Les pauvres et les Infirme» vint les convie» nu fivslin. Forci*/-Ifs d'entrer. Vu»*- roi , », »■ Luc. VU, 31 , 13.
Le festin est prêt : mais ceux qui y étaient incités n'en ont pas été jugés dignes. Où trouverat-on lies convives? Mkz dans les coins îles rues , et amenei-mal tons ceux que cous trouverez 1 ; les bons , les mourais , tes pauvres, les estropiés , tes aveugles et les boiteux *.... Je ne suis pas venu appeler tes justes, mais tes pécheurs '. Les pharisiens et les docteurs de la loi , qui présumaient de leur justice , ont été exclus : car ils se sont heurtés contre la pierre, et ils ont trébuché , en venant à moi, non point par la foi, mais comme par leurs ueucres « , et par leurs propres mérites : en recherchant, non point un médecin qui les guérit, et un sauveur qui les délivrât; mais un (lalteur qui applaudit à leur fausse vertu. Je n’en veux point : ils s'en iront vides , ceux qui viennent à moi comme pleins et comme riches par eux-mémes : divites dimisit inanes, comme chante la sainte Vierge*. A'nienez-moi les premiers venus : s'ils sont vides , je les remplirai ; s’ils sont pauvres, je leur ferai part do mes richesses; je les redresserai, s'ils sont boiteux; je les éclairerai, s’ils sont aveugles; je leur ouvrirai l'oreille, s’ils sont sourds : c’est pour cela que je suis venu. Lisez-le dans saint Matthieu : Je suis venu, afin que ceux qui ne voient pas soient éclairés , et que ces superbes clairvoyants qui .s’imaginent tout voir par eux-mémes , et sans ma lumière, soient aveuglés6. Venez, faillies; venez, pécheurs ; ne rougisse/, pas d’apporter ici vos pieds engourdis et vos membres tors : la grâce de Jésus- Christ vous redressera.
Les pharisiens ne se laissaient approcher que de ceux qu'ils croyaient justes; ils disaient : Ne me touchez pas, ne m'approchez pas : SI celui-ci était un prophète, il saurait que cette femme qui l'approche, et qui lui baise les pieds , est pécheresse 1. Mais il n’en était pas ainsi de Jésus-Christ et des apôtres : ils amenaient au festin tons ceux qu’ils trouvaient, bons et mauvais : les bons pour les confirmer, les mauvais pour les convertir : et c'est ainsi qu'ils remplirent la maison de Dieu/
Foreez-les d'en tnr*. S'il n’y avait pas dans la grâce une espèce de violence , Jésus-Christ ne dirait pas : Personne ne vient a moi que mon Père ne le tire, et encore : Quand j'aurai été enlevé de terre; je tirerai tout a moi 9.
Les prédicateurs de l'Évangile doivent user au dehors d'une espèce de force : Pressez, priez, reprenez, corrigez, non-seidement avec toute patience et toute doctrine, mais encore avec lotd empire : parlez à propos , et hors de propos : ne souffrez pas qu'on cous méprise". Cette force est salutaire, et la faiblesse humaine en a besoin.
• .Vu//*. XXII, s, fl. — » Luc. xiv, 31. — 1 Matth. IX, 13. — « Rom. IX , :n , — 1 Luc. 1,53. — * Matth. XI , 5, 15 ; xvf 30, 31. Luc. IV, 15. Juan. IX, 31». — 7 Luc. vil, 39. — • Ibid, XIV, U. — 3 Juan, vi , 44 ; xil , 32. — ** 11. Tim. IV, 2- TU. il . 15.
BU&»l'l-T. — TOUR III.
Les Odèles , grands et petits , se doivent servir du pouvoir qu’ils ont, avec prudence toutefois et modération, pour réprimer les scandales, et abattre le règne de l'iniquité. Les hommes veulent quelquefois être forcés, et une douce violence prépare les esprits à écouter.
ËnGn forcez-vous vous- même : n'agissez point mollement : employez tout pour dompter votre corps rebelle, et vous engager dans la voie étroite; en sorte, s'il sc peut, que vous ne puissiez reculer.
XXXIIIe JOUR.
Rolx* mi|>üa|p, l«* frslin est prêt : préparation a ta sainte Kucliari&lir : noces spirituelles.
Prenez garde, Matth. xxn, aux ÿ. U, 12, 13, 14. N’y a-t-il donc qu'à entier dans le festin des qu’on y est appelé , et la vocation fait-ylle tout ? Gardez-vous bien de le croire. Le Roi va entrer dans la salle du banquet, et celui qui n'aura pas l'habit nuptial sera honteusement chassé. On appelait anciennement l'habit nuptial une sorte de parure que devaient avoir ceux qui accompagnaient l'époux et l’épouse , lorsque celle-ci passait de la maison paternelle en celle de l’époux. Il fallait , pour honorer la solennité , être parc d’une certaine manière : et on portait cet habit magnifique dans le festin nuptial. De là vient que le Fils de Dieu , qui prend ses comparaisons des usages les plus solennels et les plus connus de la vie humaine, allègue ici l'habit nuptial , pour expliquer les ornements intérieurs qu’il faut apporter à son banquet.
Ces ornements sont, premièrement, l'innocence et la sainteté baptismale. On donnait autrefois l'eucharistie incontinent après le baptême. Il fallait toujours en conserver la grâce : et il ne faut point douter que la sainteté baptismale ne soit la disposition, et, pour ainsi dire, la parure naturelle qu’il fallait toujours apporter au festin de l’Époux. Mais la parabole du Prodigue nous fait voir que les grands pécheurs, qui ont été assez malheureux pour déchoir de leur innocence, et souiller cette robe blanche qu'on leur avait donnée dans le baptême, ne laissent pas d'être admis au banquet du père de famille, après qu'il leur a fait rendre leur première robe : Apportez , dit-il* , sa première robe, et Ven revêtez; rendez-lui la grâce qu'il a perdue : et mettez-lui un anneau au doigt , et des souliers à ses pieds ; et amenez le veau gras et te tuez: mangeons et faisons borne chère. Venez donc, âmes innocentes; venez du baptême à la sainte table : venez, vous êtes lavées; le festin nuptial vous est préparé; et non-seulement le festin , mais encore le lit nuptial : car toute âme lavée de cette sorte est épouse, et le Ois du roi s’unit à elle. Mais je ne vous bannis pas de ce festin , 6 pécheurs , ô épouses infidèles, qui avez manqué à la foi donnée! revenez, revenez, et je vous recevrai, dit le Seigneur : vous rentrerez au festin; mais pourvu que vous ayez repris votre première robe , et que vous portiez dans l’anneau qu’on vous met au doigt la marque de l’union où le Verbe divin entre avec vous.
• Luc. XV, 22 , 23.
SB
010 MEDITATIONS SUR L'EVANGILE
Apportons donc l’innocence et la sainteté à la table de l'Époux. C'est l'immortelle parure que nous demande celui qui est en meme temps l’époux , le convive et la victime immolée, qu’on nous donne à manger dans le festin. Autrement nous serions ces pourceaux devant qui on jetterait des perles et des pierreries.
Les riches habits sont une marque de joie : et il est juste de se réjouir à la table du roi, lorsqu’il célèbre les noces de son fils avec les aines saintes; lorsqu'il leur en donne le corps , pour en jouir, et qu’elles deviennent un meme corps et un même esprit avec lui par la communion. Car ce qui s'appelle ici le festin nuptial est aussi en un autre sens la consommation du mariage sacré, où l'Église et toute âme sainte s'unit à l'Époux corps à corps , cœur à cœur, esprit à esprit, et où s'accomplit cette parole : Qui me mange vivra jtoitr moi*. Venez donc avec vos habits les plus riches : venez avec toutes les vertus; venez avec une joie digne du festin qu'on vous lait et de la viande immortelle qu’on vous donne : Ce pain est le pain du ciel : ce pain est un pain rivant gui donne la vie au monde*. / enez , mes amis , mangez et buvez; enivrez-vous , mes trèschers, de ce vin3, qui transporte l'Ame, et lui fait goûter par avance les plaisirs des anges.
Si nous étions toujours avec l'Époux, il n’y aurait pour nous que de la joie. Mais écoutons ce qu’il dit lui-même : Les amis de l'Époux; les enfants des noces, comme on les appelaitdans la langue sainte; ceux qui sont conviés au banquet nuptial , ne peuvent pas jeûner et s’affliger pendant que l'Epoux est avec eux : te temps v tendra que l’Epoux leur sera ôté, ils s'affligeront et Us jeûneront dans ces jours 4. Nous sommes maintenant dans ces jours. Nous ne sommes point dans ces jours où l’on entendait sur la terre la voix de l’Époux céleste, qui faisait dire à saint Jean-Baptiste : L'ami de T Époux se réjouit d’une grande joie , à cause de la voix de l’Époux qu’il entend. Cette joie, poursuit-il, s’acvomptilenmoi s. Nous ne sommes plusdans ce temps : Jésus est retourné à celai qui l'a envoyé, et l'Époux ne parait plus parmi 'nous. Nous ne voyons plus ce jour qu' Abraham et tous les prophètes avaient désiré; l’Époux a disparu : la nuée nous l’a enlevé, et il ne nous reste plus qu'à crier nuit et jour avec l’épouse : Revenez, revenez, mon bien-aimé6. Nous devons donc apporter au festin royal une joie mêlée de tristesse. L'habit nuptial riche et magnifique par la grâce de la sainteté, ou conservée, ou rendue, doit tenir quelque chose du deuil. Il faut jeûner, il faut s'affliger dans le festin nuptial en la forme où nous avons à le célébrer. Car le festin que nous célébrons est la commémoration de la mort de l'Epoux. Revêtons-nous donc d'un deuil spirituel à ce iestiu : apportons-)’ le jeûne et la mortification des sens : c'est ce que nous signilie le jeûne du carême, par lequel nous nous préparons au festin pascal.
L'Eglise jeûnait autrefois toutes les semaines deux Ou trois fois, en mémoire de la douleur que la rc-
» Joan. VI , 6». — » nid. M, sa, 41 1 51. — * Canl. v, I. — * Matth. IX , IS. — * Joan. ni , 20. — * Canl. il , 17.
traite de l'Époux lui avait causée. Le vendredi , qui était le jour de sa mort; le samedi , qui était le jour de sa sépulture, étaient de ces jours consacrés au jeûne. L’abstinence nous en reste, pour marque de l'abstinence où nous devons vivre durant l’absence de l'Époux, en renonçant à la joie, et annonçant sa mort jusqu’à ce qu’il vienne. C’est peut-être une des raisons qui nous obligent à ne manger pas avant la communion : c’est une espèce de jeûne que noua célébrons par ce moyen; il faut entendre par la qu’il se faut préparer au pain de vie, en nous refusant toute autre nourriture, et en cessant de vivre selon les sens. Ainsi la mortification des sens doit faire une des parties de notre habit nuptial; et il faut se mortifier pour célébrer la mort du Sauveur.
Entrer au festin rte s noces sans l'habit nuptial. Beaucoup
d'appelés et peu il élus. Petit troupeau chéri de Diru.
MaUh. xxn, II , 14.
Mon ami , par la vocation , qui devenez mon ennemi en la méprisant ; comment êtes-vous entré ici sans avoir l'habit nuptial ? Et il n'eut rien a répondre1. Car que répondre au Sauveur qui nous reproche par la bouche de 1’apûlre, de n’avoir pas su discerner son corps, et de nous en rendre coupables*? Liez-lui les pieds et les mains, dit le roi : êtez-lui la liberté dont il a fait un si mauvais usage : jetez le dans les ténèbres extérieures 3. Il a voulu entrer dans l’intérieur de la maison avec des dispositions funestes, chassez-le : plus il a voulu entrer au dedans, plus il le faut pousser dehors. Mais qu’y trouvera-t-il, le malheureux? Loin de la maison de Dieu , où la lumière réside . où la vérité se manifeste, où Jésus-Christ luit éternellement, où les saints sont comme des astres, qu’y trouvera-t-il, sinon les ténèbres d’un éternel cachot ? Voilà ces ténèbres extérieures dont Jésus-Christ parle si souvent. Là sera pleur et grincement de dents. Au lieu des chastes délices de la sainte table, il y aura un pleur éternel. La rage contre soi-même, contre sa témérité, contre les lâches confesseurs qui nous auront trop facilement introduits au banquet sacré, sera poussée jusqu’au grincement de dents. Avoir été appelé et mis au nombre des amis par le Sauveur fera la partie la plus cruelle et la plus Vive de notre supplice. La voix de l’Époux et de l’Épouse cessera ; toute la joie sera bannie de ce triste lieu ; la désolation sera éternelle.
Il y a beaucoup d’appelés et peu délus 4 : Jésus- Christ nous en a souvent avertis ; et il avait déjà dit la même parole, Matth. xx, lu.
Cela est vrai, premièrement parmi les Juifs : Je suis venu, dit le Sauveur, pour les brebis perdues de la maison d'Israël 5. Jésus-Christ a prêché, et a fait éclater ses miracles par toute la Judée : il a passé en bienfaisant, et guérissant tous les oppressés,6. I^s apôtres ont aussi rendu témoignage à sa résurrection devant tout le peuple, comme il
• Mallk. xxn, 12. — * I. Cor. xi, 27, 28. — * Mallb. \\u , 13. — * ibitt. XX ,!«.-* Ibid, xv , 24. — • Jet. x , 3».
MEDITATIONS SUR I/EVANGILE
leur avait été ordonné * ; et néanmoins dans ce nombre immense des Juifs, il n’y a eu que le résidu, c’est-à-dire un très-petit reste du peuple, qui ait été sauvé. Ainsi Israël n'a pas trouvé ce qu'il cherchait; c’est-à-dire, le Christ et son royaume -, mais les élus en très-petit nombre l'ont trouvé ; et les autres, dont la multitude était immense, ont été aveuglés 1 * pour leurs péchés par un juste jugement de Dieu : et voilà manifestement la parole de Jésus-Christ vérifiée sur les Juifs.
Mais le Sauveur ne parle pas seulement des Juifs à l'endroit que nous lisons de la parabole, car c’est après nous avoir fait voir les gentils appelés , en la personne de ces aveugles et de ces boiteux qui sont invités à son festin , qu'il conclut qu’tï y a beaucoup d'appelés et peu d'élus. Efforçons- nous donc d’ entrer par la petite porte qui mène à ta vie : car ta rôle qui mène à la mort est très-spacieuse , et plusieurs y entrent. Qu'il y en a peu , poursuit le Sauveur, qui entrent par la voie étroite 3 ! Il y en a donc beaucoup d’appelés et peu d’élus. Mais la condition de ces appelés, qui ne persévèrent pas dans leur vocation, est plus terrible que celle des autres : car ils sont ces serviteurs qui ont connu la volonté de leur maître sans la faire , qui seront les plus punis.... Tyret Sidon et les Ninivites s’élèveront contre eux, et le jugement de ces villes ingrates sera léger* en comparaison de celui que doivent attendre les chrétiens infidèles à la grâce qu’ils auront reçue. O Jésus, 6 Jésus! saucez-mol de l'iniquité du peuple pervers * ; sauvez-inoi , car l'iniquité s’est multipliée parmi les enfants des hommes, et on ne volt point de saint. Tout est plein de ces appelés qui ne veulent pas seulement penser à leur vocation , ni se souvenir qu'ils sont chrétiens.
Ne vivons pas comme la plupart; car il y a longtemps qu’il est écrit : Il n’y en a pas un qui fasse le bien ! il n'y en a pas un seul6. Ne disons pas : Tels et tels font ainsi, à qui on le souffre; et ne nous excusons pas sur la multitude, car la multitude elle-même est inexcusable. Si Dieu edt craint la multitude, il n’aurait pas consumé ces villes abominables par le feu, ni noyé tout l’univers dans le déluge. N’alléguons point la coutume, car Jésus- Christ a dit : Je suis la vérité 7 : on ne prescrit pas contre Dieu. Chacun portera son fardeau* , et on ne nous jugera pas par les autres. Rangeons-nous avec ce petit-nombre d’élus que le monde ne connaît pas , mais dont les noms sont écrits dans te ciel; à qui le Sauveur a dit : Petit troupeau , ne craignez pas $ : petit en nombre, petit en éclat, et la bâlayure du monde, qui est caché avec Jésus- Christ, mais aussi qui paraîtra avec lui. O petit nombre, quel que tu sois, et en quelque coin de l’Église que tu te caches, je me joins à toi en esprit, et je veux vivre à ton ombre!
1 Ad. 11,23; rv, 19, 53; T, 29, 32. — 1 Rom. XJ, 3, 4,7. —
* Matlh. vn, 13, 14. — 4 Luc. XII, 43, 4fi,47; X, |3; XI, 32. —
* P*. XI, 2. — • Ibid, xill , 1 , 2. — ; Joan. xjv , G. — 8 Gai.
U|4-' Luc. x, 20; xn, 32.
Cl*
Consultation (raudulcuM1, rt décision pleine de merveille el de vérité : Rendez à César ce qui est à César, et h Dieu ce qui est a Dieu. Natth. XXII, 15, 22. Marc, xil, 13, IX Luc. XX, 20, 26.
Considérons avant toutes choses le caractère de ceux qui viennent consulter le Sauveur. Saint Luc les appelle des hommes artificieux , propres à dresser des einbilclies, ixsidiatohes , selon le grec et selon le latin, et il ajoute : qui contrefaisaient les gens de bien ». Tout homme qui consulte fait l’homme de bien; car il fait semblant de chercher la vérité; mais sous ce bel extérieur on cache souvent beaucoup d’artifice , on tend des pièges aux autres, comme ici on en tendait au Sauveur; on en tend jusqu’à soi-même; et il n’y a rien qui soit plus mêlé de fraude que les consultations, parce que cliacun veut qu’on lui réponde selon sa passion.
Ceux que saint Luc a désignés par ce caractère général étaient, selon saint Matthieu et selon saint Marc, les pharisiens, dont la malice et l'hypocrisie est bien connue, et les hérodiens. Ces derniers étaient des politiques, qui faisaient profession d’honorer la mémoire du grand H érode, ce politique raffiné qui, pour avoir rebâti le temple avec une magnificence presque semblable à celle de Salomon, et pour avoir établi en quelque manière le royaume de Judée, fort faible et fort appauvri devant lui, avait paru si grand aux Juifs, dont il professait la religion, que quelques-uns voulurent le prendre pour le Messie. Les politiques et les hypocrites s’en, tendent fort bien ensemble : et les voilà qui conspirent pour surprendre le Sauveur.
Ils commencent par la flatterie : car c’est par là que l’on commence toujours, lorsqu'on veut tromper quelqu’un : Maître , nous savons que vous êtes véritable, et que vous enseignez la voie de Dieu en toute sincérité , sans vous mettre en peine de qui que ce soit ; car vous ne prenez pas garde à la personne des hommes *. C’est ainsi qu’on pique d'honneur les hommes vains, pour les faire parler hardiment et sans mesure , et leur faire des ennemis. La matière était délicate, puisqu'il s’agissait du gouvernement : et c’est l’endroit où l'on a toujours tendu le plus de pièges sux serviteurs de Dieu, qui, parce qu’ils sont simples et sans ambition , sont réputés par les gens du monde avoir moins d’égard pour les puissances. Mais Jésus-Christ leur fait bien voir que sans prétendre aux emplois publics, on sait connaître l’endroit par où il les faut respecter.
Est-il permis de payer le tribut à César J? Le peuple juif s'était nourri dans cette pensée, qu’il ne pouvait pas être assujetti à des infidèles. Les Romains avaient occupé la Judée, et avaient même réuni à leur empire une grande partie du royaume qu’ils avaient donné autrefois à Hérode et à sa famille; Jérusalem était elle-même dans cette sujétion, et il y avait un gouverneur qui commandait au nom de César, et faisait payer les tributs qu'on lui devait. Si Jésus eût décidé contre le tribut , ils le
* Luc. xx , 20 — » Matlh. xxn', i«. — s /bid "•
MÉDITATIONS SCR L’ÉVANGILE
lieraient aussitôt, comme dit saint Luc * , entre les mains du gouverneur ; et s'il disait qu’il fallait payer, ils le décrieraient parmi le peuple comme un flatteur des gentils et de l’empire infldèlc. Mais il leur ferme la bouche : premièrement , en leur faisant voir qu’il connaissait leur malice; secondement, par une réponse qui ne leur laisse aucune réplique.
Hypocrites , pourquoi me tentez- vous * ? Hypocrites : vous faites paraître un faux zèle pour la liberté du peuple de Dieu contre l’empire infidèle; et vous couvrez de ce beau prétexte le dessein de perdre un innocent : mais donnez-moi la pièce d'argent dont on ftaye te tribut J; je ne veux que cela pour vous confondre.
De qui est cette image et cette inscription l De César*. Vous voilà donc convaincus de la possession où était César de la puissance publique, et de votre propre acquiescement, et de celui de tout le peuple. Qu'avez-vous donc à répondre? Si vous reconnaissez César pour votre prince; si vous vous servez de sa monnaie, et que son image intervienne dans tous vos contrats, en sorte qu’il soit constant que vous faites sous son autorité tout le commerce de la vie humaine, pouvez-vous vous exempter des charges publiques , et refuser à César la reconnaissance qu’on doit naturellement à la puissance légitime pour la protection qu'on en reçoit? Hendez donc a César ce qui est à César s. Reconnaisse/, son empreinte; payez-lui ce qui lui est dû ; payez-le, dis-je, par cette monnaie a qui lui seul donne cours : •u renoncez au commerce , et en même temps au repos public, ou reconnaissez celui par qui vous en jouissez.
Ct à Dieu ce qui est à Dieu. Par cette parole , il fait deux choses : la première, c’est qu'il décide que se soumettre aux ordres publics c'est se soumettre à l’ordre de Dieu, qui établit les empires ; la seconde, «est qu’il renferme les ordres publics dans leurs bornes légitimes. A César ce qui est à César : car Dieu même l’ordonne ainsi pour le bien des choses humaines; mais en même temps, à Dieu, ce qui est à Dieu : son culte, et l’obéissance à la loi qu'il vous a donnée. Car voilà ce qu’il se réserve; et il a laissé tout le reste à la dispensation du gouvernement public.
Il épuise la difficulté par eette réponse; et nonseulement il répond au cas qu'ils lui proposaient, parun principe certain dont ils ne pouvaient disconvenir, mais encore il prévient l'objection secrète qu'on lui pouvait faire : si vous ordonnez d’obéir sans bornes à un prince ennemi de la vérité, que deviendra la religion? Mais cette difficulté ne subsiste plus, puisqu'en rendant à César ce que Dieu a mis sous son ressort ; en même temps il réserve à Dieu ce que Dieu s'est réservé; c’est-à-dire la religion et la conscience. Et ils s’en altèrent confus : et ils admirèrent sa réponse 6 , où il réglait tout ensemble et les peuples et les césars, sans que personne pût se plaindre.
* Lut. xx , 20. — * Matth. xttl, 18. — * Ibid. 19. — * Ibid. 10, SI. — » Ibid. XXII, ai. — • Ibid. 22.
Injustice des Juifs toven Jé*o*-0.hrlst. Jésus calomnié, opprimé par la puissance publique, en maintient l'autorité. Mitilh. XXII, l&, SI. Marx, xil, 13, 17. Luc. x , an, 20.
Un peu de réflexion sur l'injustice des hommes. Ils admirèrent Jésus, et sentirent bien qu’ils ne pouvaient l’accuser ni devant le gouverneur, ni devant le peuple*. Mais se convertissent-ils, et cessent-ils de le vouloir perdre? Au contraire, plus ils sont convaincus, et moins ils ont de raison à lui opposer, plus ils lui opposent de fureur.
En apparence ils font les zélés pour la liberté du peuple de Dieu, et contre l'empire infidèle; puisqu’ils osent même demander avis sur le tribut qu'on lui doit. Mais ceux-là même qui font paraître ce faux zèle, dans trois jours crieront à Pilate : Si vous sauvez cet homme , coms h’ êtes pas ami de César *. Rien plus, voici un des chefs de l’accusation : Nous avons trouvé cet homme qui empêchait de payer te tribut a César3. C’était précisément tout le contraire , comme on vient de voir par sa réponse. Qui peut empêcher la calomnie, si une réponse si nette ne l'a pu faire? Il ne reste qu'à la souffrir, si Dieu le permet , et à savoir se contenter de son innocence.
Maiscavons encore plus avant dans le cœur humain, et apprenons à en bien connaître l'injustice. Ceux qui font ici les zélés contre l'empire infidèle y vont avoir recours contre Jésus-Christ , et ils en useront de même contre ses disciples. S'agit-il de flatter le peuple, César ne peut rien. S’agit-il de faire mourir leurs ennemis. César peut tout. I*es hommes ne trouvent juste que leurs passions : tout est bon pour les satisfaire; et on veut même y faire servir la puissance publique , qui est établie (mur les réprimer.
Au reste, jamais réponse ne vint plus à propos que celle de Jésus-Christ; jamais instruction ne fut plus nécessaire au peuple juif dans la conjoncture et la disposition où il était. Ce peuple s’entretenait dans un esprit de révolte qui éclata bientôt apres, et en causa la ruine. Les pharisiens et les faux zélés fomentaient secrètement ccs mauvaises dispositions. Mais Jésus-Christ, toujours plein de vérité et de grâce , ne veut [joint partir de ce monde sans les avoir bien instruits sur ce qu'ils devaient au prince, et sans prévenir la rébellion dans laquelle toute la nation devait périr.
Il savait aussi que scs fidèles devaient être persécutés par les césars, dont même l’autorité et le nom devaient dans deux jours interveuir dans le supplice qu’on lui préparait. Jésus ne l’ignorait pas, puisque même il l'avait prédit, et qu’une des choses qu’il avait marquées en prédisant son supplice, c’est qu'il serait livré aux gentils. Le Fils de l'homme , dit-il , sera livré aux gentils pour en être outragé, flagellé4 , enuriflè . Il savait aussi qu’on ferait le même traitement à ses apôtres, et que les Juifs tes livreraient aux gentils aussi bien que lui, les traînant devant les tribunaux et devant tous les princes 5 •
1 Luc. XX, M. — * Jwtn. XIX, 14. — 3 Luc. XXIII, S.— • Mallh. \X, 18, 19. — * Ibid. X, 17, IH.
MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE
en haine desan Évangile. Mais quoiqu’il s rît toutes ces choses, il fait justice aux princes ses persécuteurs : il maintient leur autorité dont il devait cire opprimé, lui et son Église : et il apprend en même temps à ses disciples de demeurer comme lui sans aigreur, et en toute soumission envers les Puissances, en se livrant , à son exemple, comme dit saint Pierre * , à celui qui le jugeait uniquement.
Ne nous plaignons donc jamais du gouvernement ni de la justice, quand même nous croirions en être opprimés injustement. Mais imitons le Sauveur ; et conservant à Dieu ce qui est à lui , c'est-àdire , la pureté de nos consciences , rendons de bon cœur à tous les hommes, et même aux juges iniques, si le cas y échoit, et à nos plus grands ennemis ce qui leur est drî. C’est ce qu'il faudrait faire quand ils auraient tort, à plus forte raison quand ils ne l’ont pas, et que notre seule passion excite nos plaintes.
XXXVIIe JOUR.
BcOxIons «or ce* parole* : De qui eut cette image? Le chrétien est limage de Dieu. Il doit vivre de la vie de Dieu.
MattS. xiu , 20.
l>e qui est cette image et cette inscription »? Quittons la monnaie publique et l'image de César : chrétien, tourne tes yeux sur toi-même. De qui es-tu l'image, et de qui portes-tu le nom? O Dieu! vous nous avez faits à votre image et ressemblance. t ous êtes en nous, 6 Seigneur ! comine dans votre temple, et votre saint nom a été invoqué sur nous J. O Pere, Fils, et Saint-Esprit ! nous avons été baptises en votre nom , votre empreinte est sur nous, votre image, que vous aviez mise au dedans de nous en nous créant, y a été réparée par le baptême. Ame raisonnable, faite à l'image de Dieu, chrétien renouvelé par sa grâce, reconnais ton auteur, et à l'image que tu portes, apprends à qui tu es.
Connaître Dieu, aimer Dieu, s'estimer heureux par là, c’est ce qui s’appelle dans saint Paul ‘ a ie de Dieu , dont tes gentils étaient éloignés dans leur ignorance et l’aveuglement de leur cœur *. Car c'est par là que nous eatendous que Dieu même est heureux , parce qu’il se connaît et s'aime lui-même : et lorsque nous l’imitons, en nous estimant heureux par sa connaissance et son amour, nous vivons de ta rie de Dieu.
Que la connaissance de Dieu ne soit pas en nous une simple curiosité, ni une sèche méditation de ses perfections : qu'elle tende à établir en nous son saint amour : nous vivrons de la vie de Dieu , et nous rétablirons en nous son image.
Unissons-nous à la vie de Dieu, à la connaissance et à l'amour qu'il a pour lui-même : lui seul se connaît et s’aime dignement. Unissons-nous autant que nous pouvons à l'incompréhensible connaissance qu’il a de lui-même ; et consentons de tout notre cœur aux louanges dont il est digne, que lui seul connaît : nous vivrons de sa vie , et son image sera parfaite en nous.
Tout ce que nous connaissons de Dieu , trans-
* I. Pet. il, 23. — * Matth. xxil, 30. - *Jerem. XIT, 0. — * tph. iv, lt.
portons-le en nous. Nous connaissons sa miséricorde, ce n'est pas assez; imprimons ce trait en nousmêmes : Lt soyons miséricordieux comme notre Père céleste est miséricordieux1. Nous admirons sa perfection : ce n’est pas assez ; imitons-la. .Voyez parfaits, A it le Sauveur*, comme votre père céleste est parfait.
Pour se faire connaître à nous d’une manière sensible et proportionnée à notre nature, Dieu nous a envoyé son Fils, dont l'exemple est notre règle. Imitons-le donc : Apprenons de lui qu'il est doux et qu'il est humble 3; rendons-nous semblables à lui, et nous serons semblables à Dieu, et nous vivrons de sa vie , et son image sera rétablie en nous ; et nous parviendrons à la vie où nous lui serons Unit à fait setnblabtes, parce que nous le verrons, tel qu’il est *.
Rendons-nous donc de vrais enfants de Dieu, en portant l'image, et en faisant les œuvres de notre Père. Ne faisons donc point les œuvres du diable, de peur que nous n'entendions la dure sentence que Jésus-Christ prononça aux Juifs : / ous (tes les enfants du diable, et vous voulez faire ses oeuvres: il est malin, envieux, calomniateur , menteur et père du mensonge , cruel et homicide dès le commencementi. Il inspire la sensualité, il enflamme la concupiscence, aûn de faire servir l’esprit à la chair, et effacer en nous l'image de Dieu.
xxxviir jour.
Sur ces paroles, a Dieu ce qNt est à Dieu. Matth. un, sa
J Dieu ce qui est à Dieu6. Si une image pouvait sentir, s'il lui venait un esprit de vie et d’intelligence, elle ne cesserait de se rapporter elle-même à son original. Trait à trait, partie à partie , membre à membre, elle irait sans cesse se réunissant à lui. Si elle pouvait connaître qu’il lui manquât quelque trait, elle irait, pour ainsi parler, continuellement l’emprunter. S’il s’en effaçait quelqu'un, elle n’aurait point de repos jusqu’à ce qu’il frît rétabli ; et si elle y pouvait contribuer, ce serait là toute son étude et tout son travail. Nuit et jour elle ne serait occupée que du désir de lui ressembler : car c’est là son être. Elle n’aurait point d'autre gloire que celle de le faire connaître , elle ne pourrait souffrir qu’on terminât son amour en elle; mais elle ferait tout passer à son original , surtout si son original était en même temps son auteur, parce qu’elle lui devrait l’être en deux manières. Elle le devrait à sa main et a son art qui l’aurait formée; elle le devrait à sa forme primitive et originale, dont toute sa ressemblance serait dérivée, et ne subsisterait que par ce double emprunt.
Si les portraits de nos peintres étaient animes, Us seraient étrangement partagés entre le peintre qui est leur auteur, et le roi ou quelque autre objet qui est leur modèle , et qu’ils ont à représenter. Car a qui aller? Je suis tout à celui qui m’a fait, et il n'y a trait que je ne lui doive. Je suis tout à celui que je
* Luc. VI, M. — * Matth. v, 48. — 5 Marc, xi, 3R. —
* |. Joan. lll, 3. — » Joa*. Tlll 44. — • Matth. XXII, 31
MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE
représente , et il n'y a trait que je ne lui doive d'une autre manière. La pauvre image, pour ainsi dire, se mettrait en pièces, et ne saurait à qui se donner, étant attirée des deux eûtes avec une égale force. Mais en nous les deux forces concourent ensemble. Celui qui nous a faits nous a faits à sa ressemblance , il est notre original et notre principe. Quel effort ne devons-nous donc pas faire pour nous réunir à lui!
Qui peut représenter Dieu , si ce n'est lui-même? Lui seul se connaît. C'est lui qui nous a faits, ce n'est pas un autre; il nous a faits à sa ressemblance, et nous lui devons doublement tout ce que nous sommes jusqu'au moindre trait. Nous ne pouvons donc ni nous reposer ni nous glorilier en nousmêmes. Dieuccquiest à Dieu. C'est notre gloire, c’est uotre enseigne, c'est notre vie. Notre étude et notre travail est de lui ressembler de plus en plus ; de faire tout pour lui , et de lui rapporter sans cesse tout ce que nous sommes.
Vovez le Fils de Dieu : il est la parfaite image du Père, son verbe, son intelligence, sa sagesse, le caractère (te sa substance , et le rejaillissement
grossière ; mats tu t'es enivree d'une autre sorte encore plus dangereuse et plus longue lorsque tu t es plongée dans l'amour des plaisirs. Toi , tu l'as livrée à i'ambition. Toi, tu l'as rendue captive de Tor : ce qui était une idolâtrie ■ . Toi , tu l as sacrifiée à ton cenfre dont tu as fait ton Dieu ». Parlons avec confiance quand nous parlons avec l'Lcriture. Toi, tu lui as fait une idole delà vaine gloire; au lieu de louer et de bénir Dieu nuit et jour; nuit et jour elle s'est louée et admirée ellemême. lin vérité, en vérité, dira le Sauveur, je ne cous connais pas 3 : vous n'êtes pas mon ouvrage, et je ne vois plus en vous ce que j’y ai mis. Vous avez voulu vous faire vous-mêmes à votre mode : vous êtes l’ouvrage du plaisir et de l’ambition; vous êtes l'ouvrage du diable, dont vous avez fait les œuvres, que vous avez fait votre père en l imitant. Allez avec «lui qui vous connaît , et dont vous avez suivi les suggestions : Ailes, au feu éternel qui lui a été préparé Ojustejugeloù en seraije? Me connaltrai-je moi-même, après que mon Créateur m'aura méconnu?
de sa gloire ’. Mais que fait-il sur la terre? Rien , \ dit-il , que ce qu’il voit faire à son Père : rien de lui-mêine , rien pour lui-même : Il ne fait que ce que son Père lui découvre : et tout ce que le Père fait , non-seulement te Fils le fait aussi , mais en core il le fait semblablement ■, avec la même dignité et la même perfection que lui, parce qu'il est le Fils unique. Dieu de Dieu, parfait du parfait. Tel est le devoir ou plutôt telle est la nature de l'image. Nous, qui ne sommes pas l'image et la ressemblance même , mais qui sommes faits à l’image et ressemblance; c'est-à-dire, qui ne sommes pas l'image engendrée du sein et de la substance du père, mais un ouvrage tiré du néant où il a gravé son image, nous devons à notre manière imparfaite et faible imiter notre modelé , qui est Jésus- Christ, et toujours attentifs à son exemple, faire ce que Dieu nous montrera, ne nous étudier à autre chose qu'à y conformer nos désirs. A Dieu ce qui est à Dieu, c’est la vérité : venons à la pratique.
XXXIX' JOUR
Terrible punition des corrupteurs de l'image de llieu.
MalUt. xxu , 20.
Cette image, qui est notre âme, et toute créature raisonnable repassera un jour par les mains et devant les yeux de Jésus-Christ. Il dira encore une fois en nous regardant : De qui est celle image et cette inscription J? Et notre fond lui répondra : De Dieu. C'est pour lui que nous étions faits : nous devions porter son empreinte. Le baptême la devait avoir réparée, etc’était là son effet et son caractère. Mais que sont devenus ces divins traits que nous devions porter? L'image de Dieu devait être dans ,1a raison, à âme chrétienne ! toi , tu l'as noyée dans le vin. Toi, tu as trouvé cette ivresse indigne et
■ lldr. 1,3.—» Jeun. V, I*. et l«p|- — 'MaUh. uu, JC.
Question dea tndductVns sur la femme qui a eu sept maris l'un après l'autre. lénu-Clirbt détache le cknHlru de tout le sensible. Usez Matlti. xxu, sa, si. .V an-, xil, la, le, el plus particuliérement Lue. xx, 27, Jusqu'au tu, ou tout est expliqué plus au long.
Voici le jour des interrogations, mais le jour des résolutions les plus admirables que la sagesse incarnée ait données aux hommes.
Ce jour-là tes sadueéens qui nient ta résurrection , le vinrent trouver, et lui proposèrent une question , en lui disant : Maître , Moïse a ordonné que si quelqu’un mourait sans enfants, son frère épousât sa femme, et qu'il suscitât des enfants a son frère mort. Or il gavait sept frères parmi nous, dont te premier, ayant épousé une femme, est mort, et n’ayant point eu d’enfants, U a laissé sa femme à son frère, lxt même chose arriva au second, et au troisième, à tous tes autres jusqu'au septième. Enfin cette femme est morte aussi apres eux tous. Lors donc que larésurreetton arrlrera ’ duquel de ces sept sera-t-elle femme, puisqu’ils Font tous eue*?
Moïse nous a commandé... Voyez comme ceux qui errent cherchent toujours à s'appuyer sur les Ecritures, etfont semblant de vouloir obéir à la loi.
De qui des sept sera-t-elle femme , car die t’a été de tous ? Il faut encore ajouter, selon saint Marc et selon saint Luc , qu’eUe n'a point laissé d'enfants au septième , non plus qu 'aux autres : de sorte qu’il n’y a rien qui détermine en sa faveur.
De qui sera-t-elle femme? Admirez combien les hommes sont charnels. Ils ne peuvent comprendre une vie ni uno félicité sans les objets qui flattent les sens , et sans les choses corporelles auxquelles ils sont accoutumés. Ainsi ils n'entendent pas com-
* Eph. v, 2. — » Philipp. III , I». - » Va/M. xxv, 41. — 4 Ibid. — * Ibid, x&ll , 33 fl «ilv. Luc. xx , *7 et mjIt.
MÉDITATIONS SUR L'EVANGILE
iHHit les saints sont heureux. Toute celte vie in- j corporelle leur parait un songe, une vision des spéculatifs, une oisiveté impossible à soutenir. Si | on ue va, si on ne vient, comme en cette vie; si ; on n*y contente ies sens à l'ordinaire, ils ne savent ce qu’on peut faire, et ne croient pas qu’on puisse vivre. Cest pourquoi une telle vie ne les touche pas; et la croyant impossible, ils croient que tout meurt avec le corps. Tels étaient parmi les païens les disciples d’Epicure. Tels étaient les sadducéens dans le peuple de Dieu. Tels sont encore parmi nous les impies et les libertins qui ne connaissent que la vie des seus. Ils sont pires que les sadducéens : car ceux-ci se piquaient d'être zélateurs de la loi; et nos impies n'ont aucun principe.
fous vous trompez1. C’est ainsi qu'il faut parler à ces gens qui mesurent tout à leurs sens charnels et grossiers : vous vous trompez. Quelle erreur plus grande que de suivre toujours les sens , sans songer qu’il y a en nous un homme intérieur, et une âme que Dieu a faite à son image? C’est pourquoi Jésus-Christ leur dit encore à la fin , selon saint Marc : fous vous trompez dbnc beaucoup 1 .
fous vous trompez, faute d'entendre les Écritures et la puissance de Dieu1. C’est la source de toutes le# erreurs. On ne veut point entendre que Dieu puisse faire des choses au-dessus du sens et du raisonnement humain , ni autre chose que ce qu on voit. Cest pourquoi on n’entend pas les Écritures, parce que, pour ne vouloir pas étendre ses vues sur l’immensité de la puissance de Dieu , on abaisse les Écritures à des sens proportionnés à notre faiblesse. On ne veut croire ni incarnation, ni eucharistie, ni résurrection , ni rien de ce que Dieu peut, et de ce qu'il veut bien faire pour l’amour de ses serviteurs. Ainsi les sadducéens ne voulaient pas croire, ni qu’il prit conserver l'âme sans le corps , ni qu'il pût l'y réunir de nouveau , ni qu’il le lui pût rendre avec de plus nobles qualités qu’eu nette vie , ni enfin donner à l'homme d'autres plaisirs que ceux qu’il a coutume de sentir.
Dans ce siècle , les hommes prennent des femmes, et les femmes prennent des maris : mais dans ta résurrection, ou comme il est porté dans saint Luc 4 , parmi ceux qui seront jugés dignes du siècle à venir et de ressusciter des morts ; ni les hommes ne prendront des femmes , ni les femmes des maris ; et Us seront immortels , égaux aux anges de Dieu dans le ciel. Ainsi, pour conserver un tel peuple, il ne faudra ni de génération ni de mariage : et on n’en aura non plus besoin pour les hommes que pour les anges. Tout ce qui est établi pour soutenir la mortalité cessera : l'homme sera renouvelé dans son corps et dans son âme ; nous serons enfants de Dim , parce que nous serons enfants de résurrection * : ce ne sera plus de la chair et du sang que nous naîtrons comme en cette vie : il n'y aura plus rien de corruptible. Avec une nouvelle naissance Dieu donnera à nos corps de nouvelles qualités , et nous se-
« htnlth. XXM, 30. — » More. su, 37. — » Hallh. ssu, ». — 4 Lhc. sx , 3», u. - > Ibid. W.
rons, non enfants des hommes, mais enfants de Dieu, égaux aux anges, parce que nous serons enfants de résurrection.
Le corps est maintenant conçu et semé dans ta corruption, il ressuscitera dans l’incorruptibilité ; il est conçu dans la dijformité , il ressuscitera dans la gloire ; il est conçu dans la faiblesse , il ressuscitera dans la force ; il est conçu pour une oie animale, il ressuscitera pour une vie spirituelle •. Ne vous étonnez donc pas s'il n'y aura point alors de mariage, comme il n’y aura point de festins. On sera comme les anges, sans aucune infirmité des sens, et sans avoir besoin de les satisfaire : Et Dieu sera tout en tous *. On n’aura besoin que de lui.
Commençons donc dès cette vie ce que nous ferons dans toute l’éternité. Commençons à nous détacher des sens , et à vivre selon cette partie divin* et immortelle qui est en nous. Nous, qui vivons dans le célibat ; puisque nous voulons dès à présent imiter les anges, soyons purs comme eux. Ne vivons que pour Dieu , comme saint Paul l’ordonne : Car l'homme qui a une femme, et la femme qui a un mari , a le coeur partagé. Qui est seul ne pensr qu’a Dieu *. Ceux qui mènent une vie commune ne laissent pas d’étre obligés dans le fond au même détachement; et c’est à eux que le même apôtre adresse cette parole : Au reste , mes frères , te temps est court : ainsi, que ceux qui ont des femmes soient comme n’eu aijanl pas et n’y soient point attachés; que ceux qui pleurent, et qui sont affligés, soient comme s'ils ne t'étaient pas 4 , et qu’ils conçoivent que leurs larmes seront bientôt essuyées. Que ceux qui se réjouissent conçoivent la fragilité et l'illusion de leur joie, et ne s’y abandonnent pas : Que ceux qui achètent soient comme ne possédant point; et qu’ils cessent de s’imaginer que ce qui tient si peu à eux soit véritablement en leur puissance : Enfin que ceux qui usent des biens de ce monde soient comme s'ils n’en usaient points car la figure de ce monde passe.... Considérons ce qu'on ne voit pas , et nonjtas ce qu’on voit, parce que ce qu'on voit passe , et ce qu’on ne voit pas est étemel 5. Passons donc, et prenons tout comme en passant, sans y attacher notre cœur lorsqu'on le possède , ni se troubler quaud on le perd. Car le temps de jouir des biens de la terre est court : c* n’est qu’un moment, et ce n'est pas la peine de s’y arrêter. S’y arrêter c’est renoncer au christianisme et a l’espérance du siècle à venir.
Mais si nous sommes chrétiens, pour nous détacher des choses même permises, combien est grand notre crime si nous demeurons attachés à celles qui ne doivent pas même ëLre nommées parmi les chrétiens ! selon ce que dit saint Paul : Que l’impureté et l'avarice ne soient jtas même nommées parmi vous, ainsi qu’il est convenable parmi les saints. Et encore : Ce qu’ils font dam le secret, est honteux même à dire 6.
- 1 I. Cor. XV, 42, 43, 44- - » Ibid. 18. — I Ibid, vn,
33, 34. — • Ibid. 20, 30 , SI. — • II. Ibid . IV, Ift. - « Eak. vv X, 13.
6f0 MÉDITATIONS $l!U L'EVANGILE.
Immortalité de l'Ame : résurrection des corps.
Luc. xx , 37, 3R.
Or, que les morts ressuscitent , Moïse même vous l'a dit*. U va à la source , et il leur allègue les paroles du législateur et le fondement de l’alliance. Je serai ton Dieu , dit Dieu a Abraham * : et c’est sur cela que l'alliance est fondée. Et depuis il s’est toujours appelé le Dieu d’ Abraham , le Dieu d'isaac, le Dieu de Jacob. Et c’est ainsi qu’il sc qualifia , quand il apparut à Moïse pour l’envoyer à son peuple : Je suis ie Dieu de ton Père , le Dieu d'Abraham, le Dieu d'isaac , le Dieu de Jacot). Et après :t 'a, dit-il , et dis aux enjants d' Israël : Le Seigneur Dieu de vos pères , te Dieu d' Abraham , le Dieu d’isaac , le Dieu ds Jacob : c’est là mon nom à jamais , et c’est la mon mémorial, et le titre sous lequel je veux être connu de génération en génération 3. Or, Dieu n’est pas te Dieu des morts *, ni le Dieu de ce qui n'est plus. Ixs morts , à les regarder comme morts, donnent dans le sépulcre; le Seigneur ne s’en soucient plus , et ils ne sont plus sous sa main 5. Mais il n'en est pas ainsi des âmes saintes, des âmes des amis de Dieu : car s’ils sont morts à l’égard de l’homme, ils sont vivants pour Dieu. Ils sont vivants sous ses yeux et (ti rant lui ; et encore : Ils sont virants pour lui6. S'ils ont perdu le rapport qu’ils avaient à leurs corps et aux autres hommes, ils avaient un autre rapport à Dieu, qui les a faits à son image, et pour en être loué. Ce rapport ne se perd pas : car si le corps se dissout et n’est plus animé de l’âme, Dieu, pour qui l’âine a été faite, et qui porte son empreinte, demeure toujours. Ainsi les amis de Dieu subsistent toujours par le rapport qu'ils ont à Dieu. Et c'est pourquoi il se dit leur Dieu, non-seulement durant leur vie, mais encore après leur mort. Car leur vie a été trop courte pour donner à Dieu une dénomination éternelle : Or le titre de Dieu d'Abraham, d'isaac, et de Jacob, est éternel. Dieu donc se dit leur Dieu, parce qu’ils vivent toujours devant lui , et qu’il les tient sous sa face ; et comme dit l'apôtre saint Paul ~ : Dieu ne rougit pas de s’appeler leur Dieu , parce qu’il leur a bâti une ville permanente, et qui avait des fondements éternels. Autrement, comment n’aurait-il pas honte de s'appeler leur Dieu, s’il les avait abandonnés, et ne leur etk laissé pour demeure qu’un tombeau? Ils sont donc vivants devant lui ; et ce qui leur convient convient à tous les enfants de Dieu , puisque c’est le fondement de l’alliance , à laquelle par conséquent tout le monde a part. Car ce même Dieu , qui se dit le Dieu d'Abraham, se dit en même temps le Dieu de nos pères, et en disant h Abraham : Je serai fort Dieu, il a ajouté : Et de ta postérité après toi • : il leur a donc également destiné cette demeure éternelle.
On dira que Jésus ne prouve que l'immortalité
* Luc. xx , 37. — * Cen. XVII, 7, S. — * F.zod III , 6 , IS. —
• Luc. xx, ;w. — * p ». lxxxvii , 6. - * Luc. xx, 3*. — "• Hcbr. u, 10, 16. — 1 Cm. xm , 7.
des âmes , et non pas la résurrection des cor p*. Mais la coutume de l’Écriture est de regarder mv» de ces choses comme la suite de l’autre. Car, si l'on revient à l’origine. Dieu , avant que de créer l’âme , lui a préparé un corps. Il n'a répandu sur nous ce sou file de vie, c’est-à-dire, l’âme faite à aon image , qu’après qu’il a donné à la boue, qu’il maniait si artistement avec ses doigts tout-puissants, la forme du corps humain. Si donc il a fait l'âme pour ta mettre dans un corps , il ne veut pas qu’elle en soit éternellement séparée. Aussi voulut-il d’abord qu’elle y fût unie éternellement , puisqu’il avait fait l’homme immortel, et que c’est par le péché que la mort a été introduite sur la terre. Mais le péché ne peut pas détruire à jamais l'œuvre de Dieu : car le péché et son règne doit être lui-même détruit. Alors donc l'homme sera rétabli dans son premier état : la mort mourra ; et l’âme sera réunie h son corps, pour ne le perdre jamais, car le péché qui en a causé la désunion ne sera plus. Il a donc prouvé
aux sadducéensplusqu’ils ne voulaient, puisqu’illeur
a prouvé non-seulement la résurrection des corps , mais encore la subsistance éternelle des âmes, qui est la moine et la cause fondamentale de la résurrection des corps , puisque l'âme à la fin doit attirer après elle le corps qu’on lui a donné dès son origine pour son éternel compagnon.
Que reste-t-il donc après cela, sinon de nous réjouir avec les pharisiens de ce que Jésus a fermé la bouche aux sadducéens • , qui ne voulaient croire ni la résurrection , ni la subsistance des âmes après la mort? Le Sauveur les a confondus : il est allé d'abord à la source de l’erreur, en leur prouvant l’immortalité des âmes. Joignons-nous donc à ees docteurs de la loi, qui , ravis de ce qu’il venait de dire , s’écrièrent avec une espèce de transport : Maître, vous avez bien dit *. Mais ce n’est pas de vains applaudissements que Jésus cherche. S'il a bien dit, profitons de sa doctrine. Vivons commo devant éternellement vivre ; ne vivons pas comme devant mourir, pour terminer tous nos soins à cette vie t songeons à cette vie qui nous est réservée éternellement devant Dieu , et pour Dieu. Commençons donc dès à présenta vivre pour lui, puisque c’est pour lui que nous devons vivre dans l’éternité. Vivons pour lui* nimons-le de tout notre cœur : c’est ce qu’il nous va enseigner dans la lecture suivante.
XLÏle JOUR.
Le grand commandement de la loi, l'amonr de Dira et du
prucluda. Malt h. XXII, 34, 36. Marc, xil, 2», 30. Luc.
Quel est le grand commandement dans la loi1} On ne sait si c’est encore pour lé tenter qu'on lui fit cette demande , en saint Matthieu et en saint Marc; ou si c'est de bonne foi, pour être instruit : car nous voyons en saint Luc, dans une autre occasion , qu'un des docteurs de la loi lui fit une demande approchante pour le tenter * ; et qu’après avoir ouï de
• Matlk. XXII, 31. — *. Luc. XX, 30. — 5 Matih. XXII , 36.
4 Luc. X, 26, 22.
Diqiti2
MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE
la bouche du Sauveur la même réponse qu'il fait aujourd'hui, il continua son discours, en voulant se justifier iui-méme.
Je ne sais s’il en est de même en cette occasion ; car le docteur de la loi qui l'avait interrogé paraît si satisfait de sa réponse, qu'il mérita de recevoir cet éloge du Sauveur : fous n'éles pas loin du royaume de Dieu *. Par où, s’il lui montrait qu’il n'y était pas encore arrivé, il lui faisait voir en même temps qu'il était dans le chemin, comme la suite le fera peut-être mieux paraître.
Il semble aussi que les pharisiens qui firent faire cette demande au Fils de Dieu 1 * furent bien aises qu’il eût confondu les saddiicéens; et que, reconnaissant en lui par ses admirables réponses une doctrine supérieure à tout ce qu'ils avaient jamais entendu , ils furent bien aises d’apprendre sa résolution sur la plus importante question qu’on pût faire sur la loi : Quel est te grand commandement de la loi 3 ? ou, comme saint Marc le rapporte : Quel est le premier de tous les commandements *?
Jésus, qui était la vérité même, allait toujours et d'abord au premier principe. Il était clair que le plus grand commandement devait regarder Dieu. C’est pourquoi il choisit un lieu de la loi qui portait ainsi : Écoute , Israël : le Seigneur ton Dieu est le seul Dieu , le seul Seigneur s. Par là la grandeur de Dieu était établie dans sa parfaite unité. De là il s'ensuivait encore qu'il lui fallait consacrer celui de nos sentiments qui le faisait le plus régner dans nos cœurs, et réunissait davantage en lui toutes nos affections, qui était l’amour : ce qui montrait encore que l’amour qu'il fallait donner à un être si parfait devait aussi être parfait. C’est ce qui fait choisir au Sauveur l’endroit de toute l'Écriture où la perfection de l'amour de Dieu, et la parfaite réunion de tous nos désirs en lui , était expliquée. Mais de peur que quelque ignorant ne soupçonnât qu'en réunissant en Dieu tout son amour, il n'en restât plus pour le prochain, il ajoute au premier précepte le second qui lui est semblable 6 ; et il porte l'amour du prochain à sa perfection , en montrant encore dans la loi qu'l/ faut aimer son prochain comme soi-méme : où il met le mot de prochain , au lieu de celui d'ami, qui est dans la loi 7; parce que le nom d’ami eût semblé restreindre l'amour à ceux avec qui on avait des liaisons et une confiance particulière : au lieu que le mot de prochain , | plus general, l'étendait sur tous ceux qui nous j touchaient par la nature qui nous est commune, , ainsi que le Fils de Dieu l'avait déjà expliqué •.
Voilà donc toute la loi rappelée» ses deux principes généraux ; et l’homme est parfaitement instruit de tous ses devoirs, puisqu'il voit en un clin d’œil ce qu'il doit à Dieu son créateur, et ce qu’il doit aux hommes scs semblables. Là est compris tout le Décalogue ; puisque dans le précepte d’aimer Dieu , toute ia première table est comprise ; et dans celui d’aimer le prochain , est renfermée toute ia
1 Marc. Xll, 32, 3t. — * Vntth. XXII, 3t. — * Ibid. 33.
— « Mare, xn ,28.-5 y i , 4. Marc, xii , 2o. — • Matlh.
xxjf , ’ Lev. XJX , lï. - 1 Luc x , 2», 37.
seconde. Et non-seulement tout le Décalogue est compris dans ces deux préceptes , mais encore toute ta loi et tous les prophètes * , puisque tout aboutit à être disposé comme il faut envers Dieu et pnvers les hommes; et que Dieu nous apprend ici non-seulement Ic3 devoirs extérieurs, mais encore le principe intime qui nous doit faire agir, qui est l'amour. Car qui aime ne manque à rien envers ce qu'il aime. Nous voyons donc la facilité que Jésus-Christ apporte aujourd'hui à notre instruction ; puisque sans nous obliger à lire et à pénétrer toute la loi , ce que les faibles et les ignorants ne pourraient pas faire, il réduit toute la loi à six lignes; et que, pour ne point dissiper notre attention , s'il nous fallait parcourir en particulier tous nos devoirs , il les renferme tous, et envers Dieu et envers les hommes, dans le seul principe d'un amour sincère, en disant qu'il faut aimer Dieu de tout son cœur, et son prochain comme soi-méme. De ces deux préceptes, dit-il , dépendent toute la toi et tous tes prophètes ».
Adorons la vérité éternelle dans cet admirable abrégé de toute la loi. Que je vous suis redevable, o Seigneur! d’avoir tout ramassé en un; en sorte que sans avoir toujours à me fatiguer dans une immense lecture , je tiens eu sept ou huit mots toute la substance de la loi ! Et lorsque pour donner à mon esprit un exercice convenable, je lirai avec affection et attention le reste de votre Ecriture, vous m'avez mis en main , dans ces deux préceptes , le fil qui me conduira dans toutes les diflicultés que je trouverai dans une lecture si profonde , ou plutôt la résolution et le dénoûment de toutes les difficultés : puisque je suis assuré qu’en entendant ces deux préceptes, je n’ignore rien de ce qui m’est nécessaire. O Dieu! je vous loue; ô Jésus! soye* béni; ô Jésus! je vais m'appliquer à méditer cet admirable abrégé delà doctrine céleste. Je me veux parler à moi-même sans paroles, de ces paroles si pleines de lumières : c’est-à-dire, je veux lâcher do les pénétrer plutôt par l'affection que par le discours. J’en contemplerai la vérité, afin d’en sentir la force et de m’en remplir tout entier au dedans et au dehors. O Jésus! donnez-m’en la grâce; à Jésus! répandez dans mon âme votre Saint-Esprit, qui est l'amour éternel et subsistant de votre Père et de vous, afin qu'il m'apprenne à vous aimer tous deux , et à aimer avec vous comme un seul et même Dieu l’Esprit qui procède de l'un et de l’autre.
l.t personne n’osait plus l’interroger b. Cette réflexion de saint Marc fait soupçonner que ceux qui lui firent faire cette dernière demande, ou du moins quelques-uns d'eux, ne le consultaient que pour le tenter. Car s'ils eussent consulté pour s'instruire de bonne foi un maître dont la doctrine était si remplie de vérité et de grâce , il y avait à l'interroger jusqu’à la fin. Mais comme ils l’interrogeaient dans le dessein de le surprendre , et pour voir s’il répondrait mal , ou s’il demeurerait court dans quel-
' Matlh. xxil, 40. — 1 Ibid. 38, 36 , 39. — 3 Mare. Xll,
MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE
que question , ils cessent de le consulter aussitôt qu’ils sentent qu’ils n’ont aucun avantage à tirer contre lui de ses réponses.
Apprenons de ceux qui consultent mal la vérité éternelle comment il la faut consulter; c'est-à-dire, non pour la tenter, ou la contredire, ou même pour satisfaire une vaine curiosité , mais pour se nourrir de sa substance, y conformer tous nos sentiments, et vivre de la véritable vie, selon cette réponse du Sauveur : Faites ceci , et vous clorez *. Faites ceci , aimez Dieu de tout votre coeur et votre prochain comme vous-même. Faites ceci : ne vous contentez pas de discourir, et de faire une matière de spéculation de ce qui est la règle de votre pratique. Faites cecif et cous nierez : vous vivrez de la véritable vie, vous vivrez de la vie qui ne meurt jamais. Car tes prophéties s’évanouissent dans te ciel; les énigmes se dissipent par la manifestation de ta vérité : la foi se change en claire vue, et l’espérance, eu possession. Il n'y a que la charité qui consiste en ces deux préceptes; il n'y a , dis-je, que la charité qui ne fuit pas et ne se perdra jamais , comme dit saint Paul*. Commençons donc de bon cœur à entendre et à pratiquer ce que nous pratiquerons éternellement. Amen! amen !
XLIlIe JOUR.
fU'flpxion sur 1. ni é me commandrmrut dam la loi.
Peut. XI , 4 , j , lu.
Écoute , txraél : le Seigneur ton Dieu est le seul Dieu ; te seul Seigneur : Tu aimeras le Seigneur Ion Dieu de tout Ion cœur, et de toute ton Ame, et de toute ta Jarret -, c>st ainsi que nous lisons dans la loi. Et l'Évangile interprète : de tout ton esprit, de toute Ion intelligence , de toute ta pensée, de toute ta puissance ». Il ne se faut pas tourmenter l’esprit à distinguer la vertu de chacune de ees paroles, ni à distinguer par exemple le cœur d'avec l'ilme , ni l'un ni l'autre d'avec l’esprit et l’intelligence, ni tout cela d'avec la force de férue, ni la force d'avec, la puissance : encore que tout cela se trouve expliqué par des paroles expresses et distinguées. Mais il faut seulement entendre que, le langage humain étant trop faillie pour expliquer l'obligation d'aimer Dieu , le Saint-Esprit a ramassé tout ce qu'il y a de plus fort , pour nous faire entendre qu’il ne reste plus rien à i’hoinmequ’il puisse se réserver pour lui-même ; mais que tout ce qu'il a d'amour et de force pour aimer doit se réunir en Dieu. Pesons donc toutes les paroles dans cet esprit, et par le cœur et l’affection, plutôt que par la méditation et par la pensée. Et lisons encore la suite de ce précepte divin dans le Deutéronome, d'où il est pris. Écoute donc, Israël. Écoute du cœur; impose silence à toute autre parole, et à toute autre pensée. Écoute, en un mot, comme il faut écouter Dieu quand il parle; et epeore quand il parle de la principale chose qu'il exige de l’homme. Écoule, à vrai Israël; A chrétien, ô juste, ô fidèle!
1 Lue. S,28. — 1 11. Cnr. XIII, 8, 12. — 1 Peut. Vt. 4, S. — ' Metth. xxii , SI. Mure, xn, Luc. x, 17.
te Seigneur ton Dieu est le seul Seigneur : il n'y a pas plusieurs dieux en Israël , comme dans les autres nations. Il n’y a pas aussi plusieurs objets entra lesquels on puisse partager son cœur ; en un mot , il n’y a pas plusieurs personnes ni plusieurs choses à aimer. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu , ce Dieu , ce Seigneur unique , de tout ton cœur, de toute ton dure, de toute ta force : uniquement, comme il est unique, parfaitement, comme il est parfait; en consacrant à ce premier être , principe et moteur de tout , ce qui est aussi le principe et le moteur en toimêmede toutes tes afleclions. Je le veux. Seigneur; et si je le veux , je le fais : car le vouloir, c'est le faire; le vouloir imparfaitement, c'est le faire imparfaitement; le vouloir parfaitement, c'est le vouloir dans la perfection que vous voulez : Rien n'est plus facile; rien n'est plus présent à la volonté que le vouloir : Ce précepte n’est pas au-dessus de moi , ni loin de moi : il ne faut point monter au ciel, ni passer les mers pour te trouver. Mais ta parole est fort proche de toi, dit le Seigneur, dans ta bouche et dans ton cœur pour l'accomplir'. Dans ta bouche, c'est encore trop loin; car pour cela il faut parler; et la bouche elle cœur sont deux ; mais dans le cœur; le cœur te suffit : rien n'est plus proelie du cœur que le cœur même : cl ce précepte d'aimer, qui est le précepte du cœur, est vraiment fort proche de nous. Si je veux donner l'auntône, et exercer les œuvres de miséricorde, il faut sortir. Si je veux me réconcilier avec mon frère, et réchauffer eu lui la charité éteinte, il faut le chercher. Si je yeux elianter des psaumes, il faut du moins ouvrir la bouche. Mais pour aimer, que faut-il faire, sinon aimer? O Dieu! que ce' précepte est près de moi! fais-le donc; accomplis-le dans ce moment , ô cœur humain ! Il est vrai que pour l'accomplir j'ai besoin de vous , 6 Dieu vivant qui êtes le seul moteur des cœurs, qui seul y inxpirr/. votre saint amour! Mais, ô Dieu! vous êtes présent, plus présent à moi-même que moi-même. O Dieu ! que ce précepte est encore proche de moi par cet endroit-la ! Qu'attends-tu donc, b mon âme? Mon âme, bénis te Seigneur : et que tout ce qui est en moi célèbre son saint nom •.... O Seigneur, qui (tes ma force, je vous aimerai K Mais, o Seigneur! pourquoi dire : Je vous aimerai ? Disons, dés à présent, Je vous aime. O que ce précepte est proche de moi! Mais, ô Dieu, qu'il est loin de moi d’une autre manière! et quelle est ma maladie! Mais nous n'en sommes pas encore là : nous avons à lire le précepte, ainsi qu'il est écrit dans la loi. Lisons, ■nais lisons du cœur, et non des yeux.
XLIVe JOUR.
Accomptiwemeat du précepte (le l'amour, en tout tenu» en (oui Heu. Ibid.
Tu aimeras donc te Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force. Et parce que tu l'aimeras de cette sorte, les paroles qui te le commandent aujourd'hui, tes préceptes
1 Peut, au, U, ta, IJ, il. - • Pt. en, I. ) ntd. xvii. 2.
MÉDITATIONS SUR L'EVANCILK.
que je te donne, seront dans ton cœur : car on veut toujours accomplir la volonté de celui quou aime. Et tu les raconteras à tes enfants; et tu y mettras ta pensée , assis dans ta maison , et marchant dans les chemins ; te couchant et te levant Car de quoi s’occupe-t-on durant tout le cours de sa vie, que de la volonté de celui qu’on aime, et du soin de lui plaire? Pèse donc toutes ces paroles , o vrai Israël! songe à plaire à Dieu, et à lui obéir, allant et venant , dans ton repos et dans ton travail , en l'endormant et en t’éveillant. Tu peux bien changer tes autres emplois ; mais celui d’aimer Dieu et de lui plaire , est le soin perpétuel de ta vie. Kt comme on ne peut lui plaire qu’en obéissant à sa loi , et en accomplissant sa volonté, il faut être continuelle* ment occupé de ce désir. Aies donc les commandements de Dieu toujours présents nuit et jour. Tu ! les tiendras attachés à ta main comme un mémo- I rial éternel ; et ils seront , et ils se mouveront continuellement devant tes yeux , et tu les écriras sur le seuil de ta porte , et a l'entrée de la maison ». Selon ce que dit le sage : Mon Fils , garde mes commandements , et cachc-les en toi-même comme ton trésor; mon Fils y observeles , et lu vivras; garde ma loi comme la prunelle de ton œil , lie-la à tes doigts ; quelle te guide dans tous tes ouvrages , et écris-lasur les tables de ton cœur1.... Tiens mes commandements continuellement liés à ton cœur : mets-les autour de Ion cou comme un collier ; quand tu marcheras , qu'ils marchent avec toi : qu’ils te gardent quand lu dormiras; et aussitôt que tu seras éveillé , entretiens -loi avec eux; parce que le commandement est un flambeau , et la loi est une lumière ; et la répréhension qu’elle nous fait de nos fautes , est ta voie de la vie*.
Voilà donc ce que produit l’amour de Dieu : un inviolable attachement à sa loi, une application à la garder, un soin de se la tenir toujours présente, de la lier à scs mains , et de ne cesser jamais de la lire, de l’avoir toujours devant les veux. Qu’elle n’y soit pas comme une chose morte, mais comme nu objet qui se présente , et se remue continuellement devant nos yeux , pour exciter notre attention. Écrivons-en les sentences à l’entrée de notre maison, afin qu’autant de fois que nous y entrons, le souvenir s’en réveille. Les Juifs le pratiquaient ainsi à la lettre , et ils écrivaient en effet des sentences choisies de la loi, non-seulement pour les mettre à l’entrée de leurs maisons , mais encore pour les rouler autour de leur tête, en sorte qu’en se mouvant continuellement devant leurs yeux , ils n’en perdissent jamais la mémoire. Mais toi, 6 Juif spirituel! accomplis tout cela en esprit; aies les préceptes de Dieu toujours présents à ton esprit, pour les méditer et les accomplir dans tous tes ouvrages. Et tout cela , parce que tu aimeras le Seigneur ton Dieu; parce qu’on ne peut l’aimer sans lui obéir, ni lui obéir sans l’aimer. Coque leSauveur explique en disant : Si vous m’aimez, gardez mes
• Dmtl. VI, B et suiv. — a Ibid. 7, § , ». — 3 Prov. vu ,
I , S, ». — * Ibid. VI, SI , 53, 53.
! commandements; et réciproquement : Celui qui garde mes commandements est celui qui m’aime •.
| II ne suffit pas de garder l’extérieur de la loi : l’dme de la loi , c’est de la garder par amour : l’effet de l’ainour est de garder la loi. N’aimons pas en paroles ni de la langue , mais en œuvre et en vérité *. De belles spéculations , de beaux discours , ce n’est 1 -pas là ce qui s’appelle aimer ; il faut venir à la pratique. Des pratiques extérieures, ce n’est pas là ce qui s’appelle observer la loi : l’âme de la loi est d’aimer et de faire tout par amour; le reste n’est que l’écorce et l'extérieur de la bonne vie.
XL Ve JOUR.
Iji loi Inculque l'amour de Dieu avec une nouvelle force.
Veut. », U et «uiv.
Continuons à considérer le commandement de l'amour de Dieu , comme il est écrit dans la loi >, F.t maintenant, Itratll qu’est-ce que te demande le Seigneur ton Dieu , si ce n’est que tu le craignes, et que tu marches dans ses voies , et que tu t’aimes , et que tu te serves de tout ton cœur et de toute ton âme , et que tu gardes tes commandements dis Seigneur, et ses cérémonies que je te commande aujourd'hui, afin que tout bien t’arrioc et que tu sois heureux? tlegarde : le ciel et les deux des deux , ce gîte le ciel a de plus impénétrable est au Seigneur ton Dieu, et la terre H tout ce qui y est contenu; et toutefois le Seigneur s’est attaché à tes pères , et les a aimés ; et il a choisi leur postérité après eux, c'est-à-dire vous, parmi toutes tes nations, comme vous te voyez aujourd'hui. Circoncisezdonc votre cœur, et n’endurcissezpoint contre | Dieu votre cul injlexibteet indomptable , pour secouer te joug de sa toi ; parce que te Seigneur vo- I Ire Dieu est le Dieu des dieux , et te Seigneur des seigneurs; le Dieu grand, puissant, terrible, qui «’a point d'égard aux personnes , ni ne reçoit tes présents. Il fait justice au pupille et à ta veuve; il aime l'étranger, et lui donne son vivre et son habillement partout où il va. Vous donc aimes aussi les étrangers, parce que vous avez été étrangers dans ta terre d’Égypte. Vous craindrez te Seigneur votre Dieu, el vous ne servirez que lui seul ; vous lui serez attachés, et vous jurerez en son nom, comme au seul nom quiest pour vous éternellement vénérable et saint. Il est votre gloire et votre Dieu, qui a fait les choses terribles et merveilleuses que vous avez vues. Vos pères sont entrés en Égypte au nombre de septante, et te Seigneur vous a multipliés comme les étoiles.
Dieu explique, par ces paroles, non-seulement l'obligation, mais encore les motifs de l’aimer. Pesn ces paroles : Et toutefois le Seigneur s’est attaché et collé à vos pères, et les a aimés. Reixlez-lui dons amour pour amour, et attachez vous à lui. Pesez ce mot.
Pesez ensuite, dans les versets !8et suivants, les perfections de Dieu et ses bontés, que vous devet
■ Joan. »IT, IS, SI. — » L Jean. m, ts. — » Demi. », | et vqq.
MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE
non-seulement aimer, mais encore imiter. Pesez encore la grâce de son élection : il vous a choisis parmi toutes les nations , comme vous voyez. Qu’aviez-vous mérité de lui? Pesez enfin : fous n êtes entres que septante dans la terre d'Egypte. Il n’entra dons lecénacleenviron que six-vingts hommes'. Voyez comme Dieu les a multipliés, et comme l’Église s’est étendue par toute la terre, pour vous recueillir dans son sein , pendant que tant d’autres nations périssent dans leur ignorance. Mais te Seigneur votre Dieu ne vous a pas choisis pour votre mérite , ou parce que vous étiez le jKuple te plus nombreux de toute la ferre*. Car vous étiez en si petit nombre, lorsqu’il vous a envoyé son Saint - Ksprit! et vous êtes encore environnés de nations immenses qui ne connaissent point son nom; mais il vous a choisis , parce qu'il cous a aimés , et qu'il voulait accomplir le serment qu’il avait fait à vos pères *, Abraham, Isaac et Jacob, en leur promettant que toutes les nations de la terre seraient bénies en eux et en leur semence, en leurs fils, dans le Christ qui sortirait d’eux, eta,fin que vous appreniez que le Seigneur votre Dieu est le Dieu fort, et fidèle dans ses promesses , qui garde son alliance et sa miséricorde à ceux qui l’aiment et qui observent ses commandements , jusqu’à mille générations *.
Dieu est parfait, Dieu vous a choisis; ii vous a choisis par pur amour, par pure bonté; il vous a comblés de biens. Pouvez-vous n’aimer pas celui qui vous aime avec cette immense tendresse? Venez au Sauveur, et à la grâce de la nouvelle alliance. O homme! ô peuple racheté! il ne faut plus être qu’amour.
XLVP JOUR.
Cooclosion. Héonsaire d'aimer Dieu, et de garder *cs précepte*. Oeul. xt, t, 7, IS, 10, 3u.
Voyez ce que Dieu conclut de toutes ces choses : Aime donc le Seigneur Ion Dieu, ô chrétien! ô vrai Israël ! et garde ses commande me ni s , scs cérémonies ses jugements, ses préceptes 5. Songez à toutes les choses qu’il a faites pour vous dans le désert, et combien ont été plus grandes celles qu’il a faites pour les chrétiens : l'os yeux ont ru les oeuvres de Dieu; les grandes œuvres qu’il a faites, les merveilles de Jésus-Christ et le grand i ouvrage de la rédemption. Mettez donc mes paro- | 1rs dans votre cœur et dans votre esprit , et at/a- ■ chez-les à vos mains : n’en quittez jamais la lectu- ! re : vctlez-les entre vos yeux , et ne les perdez | jamais de eue : enseignez à vos enfants à les mé- I diter ; et soyez-en occupes en marchant , en vous reposant, en vous couchant et en vous levant: écrivez-les sur les poteaux et aux portes de votre j maison 6 : que tous vos sens en soient remplis et occupés, et que par là ils entrent dans le foud de votre cœur. Voila les motifs, voilà la nature, voilà j les effets et les fruits de l 'amour de Dieu 1 Eu considérant sa perfection , sa bonté , ses immenses et
« Art. », 15. — » Déni. Vit, 7. — * Ibid. 8. — * Ibid. V. ! — 1 IbiJ. XI, I. — '* Ibid. 7, 1», 1», 20.
continuels bienfaits, il faut tellement s'occuper de lui , que nuit et jour rien ne nous revienne tant dans la pensée , que le soin de le contenter et de lui plaire.
Second commandement , semblable no premier : l'amour du prochain. Matth. xxn, 39.
Revenez à la lecture de l’Évangile, et appuyez sur cette parole : Et voici le second , qui lui est semblable : fous aimerez voire prochain comme vous-méme ' .
Quelle dignité de l’homme! L'obligation d’aimer son frère est semblable à celle d’aimer Dieu.
Ces deux préceptes vont presque d’égal a la tête de tous les commandements , ou plutôt les renferment tous; niais le premier est le modèle de l’autre.
Comme l’homme est fait à In ressemblance de Dieu, ainsi le commandement d’aimer l’homme est fait à la ressemblance du commandement d’aimer Dieu : Le second, qui lui est sembtaljle.
Il faut aimer l’homme , où pieu a imprimé sa ressemblance, parce qu’on aime Dieu.
Parce qu’on aime Dieu , il faut aimer l’homme , qui est son temple, où il habite.
Parce qu’on aime Dieu, il faut aimer l’homme, qu’il a adopte pour fils , et à qui il veut se communiquer tout entier.
Avec quelle pureté, avec quelle sainteté, avec quelle perfection, avec quel désintéressement, fautil aimer l'homme, puisque l’amour qu'on a pour lui est semblable à celui qu’on a pour Dieu!
Loin de cet amour la chair et le sang ; loin de cet amour, l’esprit d’intérêt et toute corruption.
Il faut aimer tous les hommes , parce que tous sont chers à Dieu : ils sont ses amis et ses enfants.
Comme vous-méme : en leur souhaitant le même bien, la même félicité, le même Dieu qu’a soi-même. Nulle envie, nulle inimitié ne doit troubler cetle union, ni la joie qu'on doit avoir de tous les progrès de son frère.
Lorsque la possession ou la recherche de quelque bien particulier nous divise, comme celui d’une clinrge, d’une dignité, d’une terre; il se faut bien garder d'en aimer moins notre frère. Ce qu’il faut moins aimer, c'est le bien qui nous fait perdre notre frère, qui doit nous être cher comme nous-mêmes à nous-mêmes.
I 'ous aimerez votre prochain comme vousméme. Il ne dit pas : Vous aimerez Dieu comme vous-méme ; car il le faut aimer plus que soi-même, et ne s'aimer soi-inéme que pour Dieu.
II ne dit pas aussi : Vous aimerez votre prochain de tout votre cœur, de toute votre pensée, de toute votre force : cela est réservé à Dieu. C’est un transport de l’âme q«i sort d’elle-méme tout entière pour s'unir à Dieu; qui est heureuse de ce que Dieu est, et de ce qu'il est heureux; qui ne s’aime que pour
• tlaith' xvn, a»
MEDITATIONS DE L’ÉVANGILE
Dieu , comme elle n’aime son prochain que pour Dieu. C’est s’aimer véritablement , que d'aimer Dieu de cette sorte.
Aimez comme vous-méme : c’est un amour de société et d égalité : c’est ainsi qu’on aime son prochain. L'amour de Dieu est un amour de sujétion et de dépendance ; mais de dépendance douce, puisque c’est dépendre du bien , et s'unir à lui.
I! faut s’aimer soi-mêine pour Dieu , et non pas Dieu pour soi. S’il fallait, pour plaire à Dieu, s'anéantir, cl qu’on sût que ce sacrifice lui fût agréable, il faudrait le lui offrir sans hésiter.
L’amour est un consentement, et une union à ce qui est juste et à ce qui est le meilleur. Il est meilleur que Dieu soit que nous.
Prenons-y g3rde. L’amour-propre est le vrai fond que laisse en nous le péché de notre origine : nous rapportons tout à nous, et Dieu même, au lieu de nous rapporter à Dieu , et de nous aimer pour Dieu.
Qui n’aime pas Dieu n’aime que soi. Pour aimer son prochain comme soi-même, il faut être auparavant sorti de soi-même, et aimer Dieu plus que soi-même. L'amour, une fois uni à cette source, se répand avec égalité sur le prochain. Nous l'aimons en société comme notre frère, et non pas par domination comme notre inférieur.
L’amitié est la perfection de la charité. C’est une liaison particulière , pour s’aider à jouir de Dieu. Toute autre amitié est vaine.
Autre est l’amitié de bescin, autre l’amitié de société : celle-là vient de l'intérêt, celle-ci de la charité.
Les hommes doivent s’aimer les uns les autres, comme les parties d'un même tout, et comme feraient les membres de notre corps, si chacun avait sa vie particulière. Ils s'aimeraient l’un l'autre en société , comme soi-uiénie : les deux yeux et les deux mains auraient toutefois une liaison particulière, à cause de !a ressemblance. C’est le symbole de l'amitié chrétienne.
Oui, mon frère , que je jouisse de cous en Noire- Seigneur : faites reposer mes entrailles en Notice- .Seigneur, disait saint Paul*. C’est l'amitié chrétienne. Toute cette lettre à Philémon en est pleine.
Conclusion et abrégé. L’ordre est parfait , si on aime Dieu plus que sci-méme : soi-même pour Dieu ; le prochain , non pour soi-même, mais comme soi-même pour l’amour de Dieu. O que cela est droit! que cela est pur! Toute vertu est là-dedans.
XLVIII® JOUR
Réflexions sur noire amour pour Dieu et pour le prochain.
Motth. xxu , 31».
Faisons réflexion sur nous-mêmes. Est-ce aimer Dieu de tout son cœur, que de partager son cœur entre lui et la créature? Peut-on aimer deux choses souverainement? ou peut-on aimer de tout son cœur, si on n’aime qu’à demi? Ne faut-il pas aimer
• Pkiltm. 30.
parfaitement, et du tout le tout parait? Peut-on avoir deux maîtres , et servir Dieu et l’argent •, ou quelque autre créature que ce soit , contre la parole expresse du Fils de Dieu?
Si j’aime Dieu de toute ma pensée, et de toute mon intelligence , d'où vient que j’y pense si peu ? Peut-on ne pas penser à ce qu’on aime? ce qu’on aime ne revient-il pas naturellement et continuellement à l’esprit? Faut-il se tourmenter pour s’en souvenir? mais du moins peut-il échapper, quand on se met exprès en sa présence , et pour avoir avec Jui une douce communication? O mon Dieu! comment donc suis-je si distrait dans la prière? D’où vient que j’y ai si peu de goût? que mon cœur m’échappe, et que j’ai tant de peine à le retrouver, afin de dire avec David : O mon Dieu! votre serviteur a trouvé son cœur pour vous faire cette prière f O mon Dieu ! si je ne puis penser à vous , comment est-ce que je vous aime de toute ma pensée ?
Mais comment est-ce que je vous aime de toute ma force et de toute ma puissance, pendant que je me trouve si faible et si languissant , si lâche, si découragé dans ce que je fais pour vous? Pourquoi ai-je si peu de soin de vous plaire? A votre seul nom tous mes sens devraient se réveiller, et toutes les forces de l'âme et du corps se réunir pour faire votre ouvrage : et si je ne le fais pas , comment est-ce que je vous aime de toute ma force?
O .Seigneur ! si je vous aimais de toute ma force , par la force de cet amour j’aimerais mon prochain comme moi-même. Mais je suis si insensible à ses maux, pendant que je suis si sensible au moindre des miens! je suis si froid à le plaindre, si lent à le secourir, si faible à le consoler; en un mot, si indifférent dans ses biens et dans ses maux! Où est cette ardeur et cette tendresse d’un saint Paul : Pleurer avec ceux qui pleurent , se réjouir avec ceux qui se réjouissent * , être faible arec tes faibles souffrir comme dans le feu, et être brûlé , lorsque quelqu’un est scandalisé <? O mon Dieu] si rien de cela n’est dans mon cœur, ni je n’aime mon prochain comme moi-même, ni je ne vous aiine de toute ma force et de tout mon cœur.
Encore, si, en connaissant mes faiblesses et mes distractions, mes langueurs, mon indifférence, mon insensibilité et nies froideurs, je pouvais verser à vos pieds un torrent de larmes : je commencerais à aimer, en déplorant la privation et la perte de l’amour. Mais, 6 Dieu! tout est faible en moi , et même la douleur de n’aimer pas.
Est-ce donc que je ne veux pas aimer? ou est-ce que je ne le puis pas , et que je n’en ai pas la force? Çn effet, n’aime pas qui veut; et on n’aime pas ce qu’on veut; et il faut être attiré. Mais, ô Dieu! si je ne pouvais pas aimer, vous ne me diriez pas : Aime ; si je n’avais point de force pour aimer, vous ne me diriez pas : Aime de toute ta force. Mais, ô Dieu! si je le pouvais, et si j’en avais la force, ne le ferais-je pas maintenant , qu’étant devant vous , ou je le veux , ou je tâche de le vouloir
1 Matth. VI, 24.— * Rom. XII, 16. — 3 1. Cor. il, U. - * U. Cor. xi , 20.
MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE
Ul-1
sincèrement ? Est-ce que je veux et ne veux pus, tout à la fois? Est-ce qu’aimer est autre chose qu’un bon vouloir? O mon Dieu! expliquez-moi ma maladie, et le besoin que j’ai de vous, pour me servir de mes forces, pour vouloir ce que je veux , ou pour commencer à le vouloir.
Il est vrai, comme je l’ai dit, n’aime pas qui veut; et on n’aime pas ce qu’on veut ni autant qu’on veut : il faut être attiré; et surtout on n'aime pas Dieu, que Dieu n'attire. Personne ne vient à moi que mon Père ne le tire.... Quand je serai élevé de terre, je tirerai tout à moi • . Et de là vient que l’Épouse disait : Tirez-moi et nous courrons*. Et pour dire, Tirez-moi , de tout son cœur, et comme il faut, il faut déjà commencer d’étre tiré.
O Seigneur! tirez-moi donc; commencez, et faitesmoi suivre : commencez ; et je trouverai mon coeur et mes forces, pour tout employer à vous aimer.
XLIX" JOUR
Suites des marnes indexions. Lumière et dékcUUoo : attraits de l'amour de Dieu, htatth. xxii , 39.
Relis, mon âme, ce doux commandement d’aimer : c’est commencer à aimer, que d’aimer à le relire, et à peser toutes les paroles qu’il contient. O Dieu! j’ai connu , et j’ai senti que pour vous aimer, il faut être tiré et attiré. Mais comment m’attirezvous ? est-ce seulement en me manifestant vos beau- I tés; c'est-à-dire, en me montrant tout le bien, comme vous disiez à Moïse : Je te montrerai tout le bien1, en me montrant moi-même à toi? Hâtezvous donc, ô Seigneur! montrez -moi en vous toute vérité, toute perfection et tout bien, afin que je coure à vous , ravi par l’odeur 4c vos parfums, par la douceur de vos attraits.
Mais, 6 Seigneur! est-ce assez que vous éclairiez mon intelligence? Ne suis-je qu’un ignorant, qu’il faut instruire? Ma volonté n’est-elle pas aussi malade par un secret et invincible attachement au bien sensible, que mon entendement est malade par une ignorance profoude de vos vérités? Entrez donc au dedans de moi, 6 Seigneur! Saisissez-vous du secret et profond ressort d’où partent mes résolutions et mes volontés. Remuez, excitez , animez tout : et du dedans de mon cœur, de cette intime partie de moi-même, si je puis parler de cette sorte; qui ébranle tout le reste, inspirez-moi cette chaste et puissante délectation qui fait l’amour, ou qui l’est. Répandez la charité dans le fond de mon cœur, comme un baume et «omme une huile céleste. Que. de là elle aille, «lie pénètre, et qu’elle remplisse tout au dedans et au dehors. Alors je vous aimerai ; et je serai vraiment fort , pour vous aimer de toute ma force.
Recommençons la lecture du divin précepte, ou plutôt lisons-le intérieurement dans ces tables intérieures, dans ces tables de notre cœur, où vous avez commencé à en écrire toutes les paroles. Vous dites : Mimez. Je veux aimer. Vous
• Jm*. vi, 44; ni , 33. — 1 Cani.i,*. — * Exod. xxxm,
dites : De tout votre cœur. C’est de toot mon cœur.’ Vous dites : De toute votre pensée. Venez , toutes mes pensées, tous mes sentiments, tous mes mouvements, tous mes désirs : venez, réunissez-vous pour aimer Dieu. Vous dites : De toutes vos forces; c’est-à-dire, de toutes ces forces que vous excitez, et que vous m’inspirez vous-même. O Seigneur! je vous suis, je cours de toute ma force, pour m’unir à vous.
Mais, ô Seigneur! vous fuyez : plus j’approche, plus je vous vois loin : vous êtes près , et vous êtes loin : vous êtes en moi, plus que moi-même. Vous n’y êtes pas seulement comme vous êtes dans toutes les choses animées et inanimées ; vous êtes en moi comme la lumière et la vérité qui m’éclaire, et comme le chaste attrait , où mon cœur se prend. O Dieu! vous êtes donc bien proche : mais, ô Seigneur! vos lumières vous rendent inaccessible. O vérité! vous croissez à mesure que je vous approche , et sans cesse vous vous relirez à ma faible intelligence. Il faut que je m'aille perdre dans cette nue où vous vous cachez; dans ce point obscur que je vois de loin, d’où vous vous faites sentir. Dieu si connu et si inconnu , je veux vous aimer au delà de mes connaissances, comme un être incompréhensible, que l’on ne connaît qu'en s’élevant au-dessus de toutes ses connaissances, sans jamais pouvoir s’élever assez, ni comprendre, ni connaître assez combien vous êtes incompréhensible. O Seigneur! je m'unis à vous, à vos lumières, à votre amour : vous êtes seul digne de vous connaître et de vous aimer. Je m’unis autant que je puis à vos lumières et à vos attraits incompréhensibles; et dans ce silence intime de mon âme , je consens à toutes les louanges que vous vous donnez. O Seigneur! te silence est votre louange ! David le chantait ainsi dans un de ses psaumes : Le silence est votre louange *. Il faut se taire, U faut se perdre , il faut s’abîmer, et reconnaître qu’on ne peut rien dire de digne de vous, ni vous aimer comme il faut. C’est ainsi qu’il faut aimer leSeigneurson Dieu, non-seulement de toutes ses forces , mais encore, s’il se pouvait de toutes les forces de Dieu.
Suites des mêmes réflexions. L'amour doit toujours croître.
Matth. xxii, 39.
Quand j’aimerai de toute ma force, ce ne sera plus cette vie; la charité sera consommée; la cupidité sera éteinte; la sensualité et l’araour-propre seront arrachés. Mais tant que nous sommes en cette vie , ce poids qui nous entraîne au mal subsiste toujours. La loi de Dieu nous délecte dans l'homme intérieur : mais il y a la loi des membres.... Et je ne fais pas te bien que Je veux , mais le mal que je ne veux pas.... Malheureux homme que je suis! qui me délivrera de ce corps de mort * ? afin que j’aime Dieu de toutes mes forces , et que la loi de l’esprit ne trouve plus en moi de résistance.
1 Dans le psaume Lit», ou il est porto, selon la Vulgale, Tkuiu.it hym.NL’*, Lu hmangc vous itjtftnrltrnt ; rorigiuul porte :Tmi silkntu m LUS Le silf-urc est votre lounmge.- 1 K"M. VII, 19,23, 33. 3».
tize
MÉDITATIONS SUR L’EVANGILE
E« attendant, h mon Dieu! la charité doit croître toujours , et la cupidité toujours décroître. La force, augmente en aimant, : l’exercice de l’amour épure le cœur, en lui apprenant à aimer de plus en plus. Dieu est en nous quand nous aimons, et c’est lui qui , du dedans de nos cœurs , y répand et y inspire l’amour. On mérite par l’amour de posséder Dieu davantage; et en le possédant davantage, d’aimer d’avantage * . Je n’aimedonc pas de toute la force que je puis exercer en celte vie, si je n’aime mieux demain qu’aujourd’liui, et si le jour d’après je n’auginente mon amour, jusqu’à ce que j’arrive à la vie où le précepte de la charité s’accomplira parfaitement. On ne peut s’y préparer qu’en cette vie : mais ou ne peut l’accomplir parfaitement que dans l’autre. Ce qu’il y a à faire eu cette vie, c’est d’aimer toujours de plus en plus, et eu aimant, d’acquérir de uouvellcs forces pour aimer. Excitons-nous uuit et jour à cette pratique. Faite s cela et vous riorezt dit le Sauveur.
Pratique de la charité dans POralson dominicale.
Notre Père1 *. Si nous sommes des enfauts et non des esclaves , servons par inclination , et non par crainte; par volonté, et non par menaces. Enfants d’adoption, aimons celui qui nous a choisis , pour nous unir à son Fils unique.
Qui êtes dans tes deux : qui vous y manifestez à vos élus; qui nous avez donné le ciel pour notre héritage, notre patrimoine, notre ville, notre patrie, notre maison. Habitons-y donc en esprit : tournons la toutes nos pensées, sursum corda : te cœur en haut. Purifions noire cœur, afin de voir Dieu. Uuissons-nous par la foi à ceux qui le voient déjà face à face ; aux anges et aux Ames saintes. Cherchons partout notre Père, car il est partout ; mais cherchons-Ie principalement dans le ciel , parce qu’il y est dans sa gloire. Aimons sa gloire. Aimons son saint nom, aimons son règne et sa volonté; c’est ce que la suite nous explique.
Votre nom soit sanctifié. Quel nom , si ce n’est le nom de Père que nous venons de lui donner? Sanctifions ce nom; ne portons pas indignement le nom de fils; ne dégénérons pas d’un tel Père et «l’une telle naissance. Quel nom encore ? le nom de bon , en mettant en lui notre confiance; le nom de juste, en observant ses justices, c’est-à-dire ses commandements ; le nom de puissant, en ne craignant rien sous ses ailes; le nom de saint, en le glorifiant comme le Saint d’Israël, en lui disant continuellement : Saint , Saint , Saint : le ciel et la terre son I remplis de votre gloire 3 ; en nous sanctifiant nousmêmes pour l’amour de lui et pour l’imiter, conformément à cette parole : Soyez saint , comme je suis saintk\ enfin , le nom de Dieu, de Créateur et de Seigneur, en lui obéissant par un chaste et invariable amour, en traitant avec révérence les choses saintes, en honorant par notre vie le nom de chrétien,
1 Lue. t , 3*. — » Matth. VI , 0. Lue. il , 1. — » h. Tl , I.
Jpoc. iv, 8. — * Levit. si, 44. I. Pelr. i, 8.
en vivant de manière sous ses yeux au dedans et au dehors, qu’il soit glorifié en nous.
Si on fktrle, que ce soit des discours de Dieu; si on exerce quelque ministère dans l'Église , qu'on le fasse comme par la vertu que Dieu donne , afin qu'il soit glorifié en toutes choses par Jésus-Christ Notre-Seigneurj lui à qui appartient ta gloire et t'empire , aux siècles (les siècles , Amen1.
Sanctifier le nom de Dieu en cette sorte, c’est l’aimer parfaitement, et tout faire pour lui et sa propre perfection.
Que voire règne arrive. Ce règne dont il est écrit : Tout genou fléchira devant moi , et toute langue confessera le nom de Dieu *... lorsque la plénitude des nations sera entrée , et que tout Israël sera saucé J. O Seigneur ! que ce règne arrive , et que vous soyez glorifié par toute la terre.
Que votre règne arrive : ce règne que nous attendons, lorsque vous viendrez juger les vivants et les morts , et que vous manifesterez votre puissance. Jour terrible et plein de menaces, mais néanmoins désirable à vos saints, à qui le Sauveur a dit : Quand ces choses commenceront à se Jaire , regardez et levez la tétey parce que votre rédemption approche 4* Quelle conscience faut-il avoir, combien pure, combien innocente, pour désirer ce jour I Luvez-vous, purifiez-vous 5, soyez nets. C’est d’une telle netteté que sortent la confiance et l’amour.
Que votre règne arrive. Il arrive, ce règne parfait pour chacun de nous, lorsque notre «line, réunie à son principe, attend en son temps le corps qui lui avait été donné; afin que l'homme entier soit soumis au règne de Dieu, et s’en ressente.
Je désire d'étre séparé de mon corps , pour être avec Jésus- Christ6.
Je ne désire pas d'étre dépouillé , mais d’être revêtu par-dessus ; afin que ce qu’il y a de mortel en moi soit englouti parta vie 7.
Je désire m’éloigner du corps etd’étre présent au Seigneur •.
Alors le Seigneur régnera : il n’y aura plus de mauvais désirs à combattre; non-seulement le péché ne régnera plus, mais il ne sera plus. Commençons à le détruire : Qu’il ne règne plus du moins dans nos corps mortels » : alors nous désirerons le règne parfait de Dieu en nous.
Le dernier fruit d’une bonne conscience, et de l’union de l’dme avec Dieu , est de ne pouvoir plus souffrir ce corps qui nous en sépare, et de désirer le sommeil des justes. Un secret dégoût de la vie, la séquestration de l'âme par la contemplation et le désir des choses célestes, l’actuelle séparation devient alors notre plus cher objet. O Dieu ! que ce règne arrive! Quand serai-je dans votre royaume ? Mon Ame désire, mon âme languit, mon âme tombe dans la défaillance , en soupirant après vos éternels tabernacles , après cette cité permanente. Tout passe, tout s'en va : quand verrai-je celui qui lie passe pas? Quand serai-je fixé en lui, en sorte que je ne
1 I. Petr. nr, il. — 1 I*. Uf, l». — 5 Rom. xnr, si. II. 25 , 26. -» 4 Luc. ill , 2*. — * /». 1 , 16. — Philipp. 1,23 — ’ U. Cor. v, 4. — • Ibid. 0 — * Âom. vi, 12.
MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE
puisse plus le perdre? Oh! que je puisse bientôt arriver à ce royaume! En attendant, régnez en moi, régnez sur tous mes désirs, régnez-y seul. On ne peut ierrirdetix maîtres 1 , ni avoir deux rois, deux objets dominants dans son cœur. Les serv ir, c'est les aimer; c'est le Fils de Dieu, la vérité môme, qui l’explique ainsi : Nul ne peut servir deux maîtres : car, ajoute-t-il , ou l’homme haïra l’un , et aimera l’autre : ainsi servir, c'est aimer : servir sans partage , aimer sans partage : ou il supportera l'un , et méprisera l’autre. Il n’y a point de milieu , aimer ou haïr, supporter ou mépriser. Régnez donc seul.
Que votre volonté soit faite. C'est l'amour pur; car qu’est-ce qu’aimer, si ce n’est avoir en tout et partout la môme volonté, jusqu'à l’entière extirpation du moindre désir contraire; et un total assujettissement de son cœur? Que votre volonté soit fa ite : qu'elle soit faite partout, et par tous; que j’aime, que tout le monde aime : car l’effet de cet amour est de vouloir que tous les autres y soient entraînés. Que votre volonté soit faite : que toute justice, que toute raison, que toute vérité soit accomplie ; car c’est la votre volonté. Qu'elle soit faite dans la terre comme dans le ciel ; par les hommes, comme elle l'est par les anges, ces bienheureux esprits, qui vous aiment parce qu’ils vous voient. Qu'elle soit donc faite par amour, par un amour pur, par un amour constant et invariable. Elle ne se fera jamais de cette sorte que dans le ciel ; ni nous n'aurons autre part que dans le ciel l'accomplissement parfait de ce précepte : Tu aimeras ; ni nous n’aurons jamais autre part l'accomplissement parfait de cette demande : Foire volonté soit faite.
Vous arrivez donc par cette demande à la perfection et au dernier effet de l’amour divin. Absorbé dans ce saint et pur amour, vous commencez à penser à la vie mortelle ; non pas comme à un objet désirable, mais comme à une charge nécessaire. Donne>nous notre pain. Donnez-nous de quoi sustenter cette vie dont vous nous avez chargés , pour accomplir le temps de notre servitude et de notre pénitence; afin que ce temps étant accompli, nous venions à la liberté parfaite. Donnez-nous donc ce pain que nous devons manger dans notre sueur : c'est notre servitude, c’est notre supplice. Chacun doit travailler à sa manière pour gagner son pain. Que celui qui ne travaille pas , ne mange pas y disait saint Paul*. Travaillons donc pour avoir ce pain : Dieu ne nous le donne pas moins, parce que lui seul bénit notre travail. Donnez-lcnous donc : Donnez-le-nous à chaque joui'. Sentons à ce mot notre perpétuelle et irrémédiable indigence. Donnez-le-nous : nous ne le voulons que de vous, et par les voies que vous prescrivez. Donneznous le pain : sous ce nom nous entendons toutes les choses que vous nous avez rendues nécessaires. Donnez-nous les nécessités ; ne nous donnez pas les delices. Nous demandons ce à quoi vous nous avez assujettis , parce que c'est vous qui nous avez
» Mutlk. VI. 24. — 1 II. THcu. ni , 10.
imposé cette servitude. Donnez-ie*nous aujourd’hui, ce pain necessaire ehaque jour : il ne sera pas moins nécessaire demain qu'aujourd'hui ; mais je dois être content , pourvu que je l’aie aujourd’hui. S» vous me donnez davantage, à la bonne heure : mais ie suis content d’aujourd'hui. .4 chaque jour suffit son mat; ne vous laissez pas troubler ni inquiéter pour le lendemain *.
Donnez-nous le pain de vie : donnez-nous l'eucharistie. Donnez à notre ôme sa nourriture; nourrissez-la de la vérité et de votre volonté sainte. Car notre nourriture , comme celle de notre Sauveur, est de l'accomplir ». Kourrissez-nous donc de ce pain qui n'est pas moins nécessaire à Pâme que l'autre l’est au corps; que nous n’avons pas moins besoin de recevoir ournellement de votre main. Donnez-le-nous aujourd'hui; donnez-le-nous dans ce jour qui ne finit point. Que je commence aujourd’hui ce jour bienheureux ! que je commence à vivre pour l'éternité!
Il fallait joindre à ces exercices de l'amour, celui de l'amour pénitent. Et le voici : Pardonnez-nous. Que je puisse, comme la pécheresse, entendre de la bouche du Sauveur cette douce et consolante parole : Plusieurs péchés lui sont remis , parce qu’elle a beaucoup aimé : celui à qui on remet plus, aime plus : celui a qui on remet moins , aime moins 3. C’est ia vérité éternelle qui l'a ainsi prononcé. Pardonnez-moi donc ; et faites que je vous aime autant que j'ai besoin de votre pardon.
Songeons aux larmes de cette sainte pénitente; songeons à ces baisers qu'elle ne cessait de donner aux pieds de Jésus. l,e publicain n'osait lever les yeux au ciel : celle-ci n'ose pas même tenir la tête levée. Prosternée de tout son corps aux pieds du Sauveur, elle ne met point de fin à ses regrets, parce qu'elle n'en mettait point à son amour. Disons dans le même esprit et avec les mêmes sanglots : Pardonnez-nous.
Comme nous pardonnons. Afin que rien ne manque, voici encore la charité fraternelle. Rien n’empêche notre union avec nos frères, si les offenses mêmes ne l'empêchent pas. Nous les pardonnons, 6 Seigneur! comme nous voulons obtenir notre pardon , avec la même sincérité. Nous ne réservons rien, comme nous ne voulons pas que vous réserviez rien à notre égard. Nous lui rendons notre amour, comme nous voulons que vous nous rendiez le vôtre.
Et ne nous induisez jxu en tentation. On nous a donné le remède aux péchés passés , en voici un pour l'avenir. O Seigneur! ne nous livrez pas entre les mains du tentateur. 0 Seigneur! vous pourriez avec justice lui permettre tout sur nous, par une juste punition de nos péchés : ne le faites pas, nous vous en prions , à cause de votre bonté.
Il ne suffit pas de dire, que nous ne succombions pas h la tentation. Prions que nous n’y soyons jamais induits. Car notre faiblesse est si grande, que si nous étions tentés, nous succomberions;
* t/atth. Vf , 34. — * Joan. iv, 34. — » Luc. vn , 43. 47.
MÉDITATIONS SUR L’EVANGILE
oo du moins si nous n’étions pas tout à fait vaincus, nous recevrions quelque blessure. C'est pourquoi le même Sauveur qui a dit : Veillez et priez, de peur que vous n entriez en tentation *, nous fait demander ici, non pas seulement que nous n'y succombions point; mais que nous n'y soyons point induits , que nous n’y entrions point.
Que nous sommes aveugles, hélas! si pendant que nous demandons à Dieu qu’il ne nous induise pas en tentation , nous nous y jetons nousmêmes : si nous nous jetons dans ces occasions, où notre chute a toujours été trop certaine! Fuyons, fuyons; et nous pourrons faire sincèrement cette demande.
Délivrez-nous du mal : c’est notre parfaite délivrance que nous demandons. Délivrez-nous du péché, de ses causes, de ses effets, de ses peines. Ainsi, libres de tout mal, nous serons des enfants parfaits, et nous pourrons dire véritablement et parfaitement : Notre Père. En attendant cette parfaite délivrance, qui n’est autre chose que le salut étemel, délivrez-nous du péché; qu'il ne règne point en nous. Délivrez-nous des mauvais désirs; que nous cessions de les combattre et de les vaincre. Délivrez-nous des peines du péché, de la mort, des maladies, des autres peines. Délivrez-nous de la crainte et de la servitude où elles nous jettent. Délivrez-nous de leur malignité; et faites qu’elles nous tournent à remède. Delivrez-nous des maux de cette vie, ou donneznous la grêce qu’ils nous servent à l’autre, où nous serons parfaitement libres. Hâtez-vous de nous dé* livrer : nous soupirons après cette bienheureuse délivrance. L'amour divin est notre liberté : c’est lui qui nous délivre de l'amour du monde. Régnez donc, ô amour divin! je vous livre mon cœur : Délivrez-nous de tout mal.
Ainsi, dans toutes ces demandes, on ne demande et on n’exerce que l’amour divin. Mais remarquons bien qu’on ne l'exerce que comme une chose qu’on demande à Dieu. Car que lui demandons-nous lorsque nous disons : Que votre nom soit sanctifié; que cotre règne arrive; que votre volonté soit faite; délivrez-nous du mal : que lui demandons-nous sinon , dans un amour chaste , le saint et parfait usage de noire volouté? Et cela même doit encore redoubler notre amour, puisque notre amour étant un don de Dieu, il nous oblige toujours n une nouvelle reconnaissance; ce qui enfin le doit multiplier jusqu’à l’infini.
Certainement c'est un don de Dieu, que d’aimer Dieu : Celui qui nous a aimés lorsque nous ne songions pas à V aimer, nous a donné la grâce de l'aimer , dit saint Augustin. Aimons-le donc de tout notre cœur, sans fin et sans cesse.
Qn sc tourmente à demander, quand est- ce qu’il faut exercer l’acte d'amour : la réponse est claire. Il faut l’exercer autant qu’on peut : autrement on n’aime pas de tout son cœur. Quand l’amour est sincère et dans le cœur, il s’exerce
t • Matth. ixvi , 4|.
■ossrrr. — tome iii.
assez par lui-même, et il ne faut point d'aulre loi que lui-même pour son exercice. Il faut l’exercer toutes les fois qu’on dit le Pater; puisque si on I entend, et qu’on le dise en esprit, on ne le peut dire sans aimer.
Rien ne manque dans cette divine oraison • l’amour de Dieu et celui du prochain, où réside l’accomplissement de la loi, y sont accomplis dan« leur perfection. •
On demandera pourquoi Jésus-Christ ne nous v tait pas parler de lui-méme , ni prier en son noni comme il l’ordonne si souvent ailleurs. Mais pouvait-on plus prier par lui, et eu son nom, que de dire la prière qu’il nous dicte par sa parole, et qu’il nous inspire par sou esprit?
Pouvons-nous seulement nommer notre Père, sans songer au Fils unique, à qui nous sommes unis par cette nouvelle qualité?
Je m’en v aie, dit-il, à mon Père, et à votre Père'. || nest pas fils comme nous, c’est pourquoi il use de cette distinction; à mon Père , et à votre Père. C'est le premier qui a droit de dire ■ Mon Père; parce qu’il est le fils par nature : c’est en lui et par lui que nous l’avons, parce que nous sommes faits en lui enfants d’adoption. Cétait donc aussi a lui à nous apprendre, comme il fait dans cette admirable oraison, à appeler Dieu notre Père. C’est en envoyant en nous l'esprit de son Fils, que Dieu même nous fait dire : Abba : Père C'est donc en tontes façons, et au dedans et au dehors, qu’il nous formé à parler à Dieu comme ses enfants. Aimons le Père en Jcsus- Chnst son Fils unique , par leur esprit qui est en nous. Aimons aussi tous ceux qui sont appelés à la même grâce, et qui peuvent dire comme nous dans le même esprii : Notre Père. Ainsi toute la Trinité sera adorée et aimée; la fraternité chrétienne sera exercée : et en disant de bon cœur dans le Saint-Esprit ce seul mot. Notre Père, nous accomplirons toute justice.
Jrius-Christ, Médiateur, Dira, Bol , Ponllfe. .VoH»
XXII, tl, u.
Quoique ce qui était dü à Jésus-Christ filt compris dans le précepte de l’amour de Dieu, puisqu’il est un même Dieu avec son Père et le Saint-Esprit : néanmoins il nous fallait encore expliquer ce qui était dtl à Jésus-Christ, en tant que Christ, médiateur et lien de l’amour de Dieu envers nous, et de nous envers Dieu; et c’est ce qu’il fait encore avant que de mourir, de la manière la plus authentique qu’on pdt souhaiter; puisque c’est en nous expliquant la plus célèbre prophétie du règne du Christ , publiée par la bouche de David qui en devait être le père.
Puiqu’une des qualités par laquelle le Christ devait être le plus connu, était celle de fils de David, il était beau que ce filt David qui nous apprit à le connaître.
Qu’il est beau que le Christ ait été vu de ses pères !
< Joan. X», 17. — > Rom VIII, IS. Cal. IV, a.
MEDITATIONS SUR L'ÉVANGILE
d’ Abraham, qui a vu son jour, et qui s'en est ri joui* : de David, qui, ravi de ses grandeurs, quoiqu'il dût être son fils, l’avait appelé son Seigneur ».
Comme en Abraham étaient données les promesses de la multiplication des fidèles de Jésus-Christ : en David étaient données celles de son empire éternel. Puisque Dieu lui avait promis en David , un trône qui durerait plus que le soleil et la lune 3 : il était beau que David , à qui ce trône était promis en ligure de Jésus-Christ, fût le premier à reconnaître son empire, en l’appelant son Seigneur. U Seigneur a dit à mon Seigneur *. Comme s'il eût dit : En apparence c'est à moi à qui Dieu promet un empire qui n'aura point de fin : mais en vérité c'est à vous, ô mon Fils, qui êtes aussi mon Seigneur, qu'il est donné ; et je viens en esprit le premier de tous vos sujets, vous rendre hommage dans votre trône, à la droite de votre Pcre, comme à mon souverain Seigneur. C’est pourquoi il ne dit pas en général : Le Seigneur a dit au Seigneur; mais , à mon Seigneur.
S'il est le fis de David , comment l'appelle f il son Seigneur *? II voulait par là leur faire lever les yeux à une plus haute naissance de Jésus-Christ, scion laquelle il n'est pas Fils de David , mais Fils unique de Dieu : et ils n’avaient qu’à continuer le psaume, pour trouver cette naissance éternelle, puisque Dieu même parle ainsi dans la suite : Je vous ai engendré de mon sein devant F aurore , dans les splendeurs des saints 6.
Devant l'aurore : devant que cette lumière qui se couche, et qui se levé tous les jours, eût commencé à paraître , il y avait une lumière éternelle qui fait la félicité des saints : c’est dans cette lumière étemelle que je vous ai engendré.
Je vous adore, ô Jésus, mon Seigneur! dans cette immense et éternelle lumière. Je vous adore comme la lumière qui illumine tout homme venant au monde 7 ; Dieu de Dieu , lumière de lumière , vrai Dieu de vrai Dieu.
Quelle joie de voir Jésus-Christ nous expliquant lui-même les prophéties qui le regardent, et nous apprenant par là comme il faut entendre toutes les autres!
Tout ce que nous devons à Jésus-Christ nous est montré dans ce psaume. Nous le voyons premièrement comme Dieu ; et nous disons : C’est ici notre Dieu, et il n’y en a point d'autre. Car s’il est engendré, il est Fils : s'il est Fils, il est de même nature que son Pcre; s’il est de même nature que son Père, il est Dieu, et un seul Dieu avec son Père : car rien n'est plus de la nature de Dieu que son unité.
Il est roi. Je le vois en esprit assis dans un trône. Où est ce trône? A la droite de Dieu : le pouvait-on placer en plus haut lieu? Tout relève de ce trône : tout ce qui relève de Dieu et de l'empire du ciel, y est soumis : voilà son empire.
Mais cet empire est sacré : c'est un sacerdoce, et un sacerdoce établi avec serment; ce qui n'avait
« JoOH. vin, mi. — * Ps. cix, i. — *Ps. UWVIII, 38, — ‘ Ps. Cix, 1. — » Mmth. mu, «l. — • Ps- ux , 3. — 1 Joan. 1 , 9.
•jamais été. Dieu voulant par une déclaration plus particulière de sa volonté, nous marquer la singularité de ce sacerdoce : Dieu jure, et il ne s'en repentira jamais. Il n’y aura point de changement à cette promesse : le sacerdoce de Jésus-Christ est éternel : fous êtes pontife a jamais selon l’ordre de Melchisèdech *. Vous n’avez ni commencement ni fin : ce u'est point un sacerdoce qui vienne de vos ancêtres, ni qui doive passer à vos descendants. Votre sacerdoce ne passe point en d’autres mains : il y aura sous vous des sacrificateurs et des prêtres ; mais qui seront vos vicaires , et non point vos successeurs. Vous célébrez pour nous un office et une fête éternellement, à la droite de votre Père. Vous lui montrez sans cesse les cicatrices des plaies qui l’apaisent , et nous sauvent. Vous lui offrez nos prières; vous intercédez pour nos fautes; vous nous bénissez, vous nous consacrez. Du plus haut des cicux vous baptisez vos enfants; vous changez des dons terrestres en votre corps et en votre sang; vous remettez les péchés; vous envoyez votre Saint-Esprit; vous consacrez vos ministres; vous faites tout ce qu'ils font en votre nom. Quand nous naissons, vous nous lavez d'une eau céleste; quand nous mourons, vous nous soutenez par une onction confortative : nos maux deviennent des remèdes, et notre mort un passage à la véritable vie. O Dieu ! ô Roi! ô Pontife! je m’unis à vous en toutes ces augustes qualités; je me soumets à votre divinité, à votre empire, à votre sacerdoce, quej'ho- , norerai humblement et avec foi , dans la personne de ceux par qui il vous plaît de l'exercer sur la terre.
'fbus vos ennemis, ô mon Roi! doivent être F escabeau de vos pieds*. Ils seront réduits; ils seront vaincus ; ils seront forcés à baiser vos pas, et h poussière où vous aurez marché. Qu’attendonsnous? Mettons-nous volontairement sous les pieds de ce roi vainqueur, de peur qu'on ne nous y mette 1 par force; de peur qu'il ne dise du haut de son trône ? Pour ceux qui n'ont pas voulu que je rc - ; gnasse sur eux, qu'on les fasse mourir a mes ! yeux 3 ; devant ma vérité, devant ma justice éter- ! nelle. Car ce sera leur juste supplice, que Injustice I et la vérité les condamneront à jamais; et ce sera la moFt éternelle.
Asseyez-vous en attendant da ns votre trône, ô Roi de gloire! jusqu’à ce que le temps vienne de , mettre tous vos ennemis à vos pieds < ; c’est-à-dire, i demeurez dans le ciel , jusqu'à ce que vous en vc- I niez encore une fois, pour juger les vivants et les I morts. C'est précisément ce que nous disons tous I les jours dans le symbole : // est assis à la droite de Dieu ; d’où il viendra juger les vivants et les 1 morts. Alors donc il en sortira pour les venir juger.
Mais il retournera bientôt prendre sa place avec tous 1 les prédestinés qui ne feront qu’un avec lui; et il 1 donnera à Dieu ce royaume entier, tout le peuple sauvé ; c’est-à-dire le chef et les membres : Et Dieu sera tout en tous s.
» Pt. CIX, 4. fleb. V, « ; Vil, 17.—* Ibid. C1X, I. I. Cor. XV,
2:,. Ueb. 1, 13: x, M. — 1 Luc. xix, 27. — * P». eu, I. L Cor. * XV. 23. — & Ibid. SB.
MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE. e:?
En attendant , il ne laissera pas d'exercer son empire sur la terre : il brisera la tête des rois : un Néron, lin Domitien attaqueront son Église; mais il brisera leur tête superbe. Un Dioclétien, un Maximien, un Galère, un Maximin tourmenteront les fidèles : mais il les dégradera, il les perdra , il les frappera d’une plaie irrémédiable, comme il fit un Anliochus. Un Julien l'Apostat lui déclarera la guerre ; mais il périra d’une main inconnue, peutêtre par celle d’un ange , certainement par un coup ordonné de Dieu. Tremble/ donc, & rois, ennemis de son Église! Mais vous, ftetit troupeau, tic craignez rien • : votre Roi mettra à ses pieds tous vos ennemis, fussent-ils les plus puissants de tous les rois.
// boira du torrent dans la voie. Il boira le calice de sa passion; mais ensuite il élèvera la tète'. Buvons avec lui les afllictions, les humiliât ions, la pénitence, la pauvreté, les maladies. Buvons de ce torrent avec courage : que ce torrent ne nous entraîne pas, ne nous abatte pas, ne nous abîme pas, comme le reste des hommes. Alors nous lèverons Ta tête : les têtes orgueilleuses seront brisées; nous le venons de voir : mais les tètes humiliées par un abaissement volontaire seront exaltées avec Jésus-Christ.
Et personne n'osa l’interroger 5. Aveugles! parce que la lumière venait trop claire à leurs veux, iis n'osaient plus l'interroger. H fallait l’interroger, non par un esprit superbe et contentieux, mais pour être instruit. Venez donc; interrogez; profitez du temps ; il ne sera plus guère avec vous. U i lumière n’est plus avec vous que pour peu de terni ts: Marchez , interrogez, pendant que vous avez la lumière, de peur que tes ténèbres ne vous environnent : celui qui est dans les ténèbres ne suit oit il va U
Mais nous, pour qui Jésus-Christ ne s’en va pas , ne cessons de l’interroger, et de consulter sa vérité éternelle, pour le connaître, et pour nous connaître. Jpprochons-nous de lui , et soyons illuminés s : fussions - nous dans les ombres de la mort : écoutons l’apdtre, qui nous dit : O vous qui donnez parmi les morts! sortez de votre tombeau, et Jésus - Christ vous éclairera 6. Amen, Amen.
LII Ie JOUR.
Chaire d« Moïse : Chaire «le, Jésus-Christ rt des Apâlrcs.
Matth. XJL1II , 1,2, 3.
Après avoir confondu les pharisiens et les docteurs de la loi par ses réponses, il commence à découvrir au peuple leur hypocrisie, pour deux raisons : la première, afin que le peuple fllt prémuni contre leurs artifices, puisque ce devait être laie plus grand obstacle à leur foi; la seconde, pour l’instruction des maîtres et des doetcurs de l’Église, afin qu’ils évitassent soigneusement cette hypocrisie pharisaïque , qui avait fait une si grande
‘ /.wr.xil 3*. — * P*. ax,7. — » Matth. XXII, 45 — 1 Jo*n. Ml , 36 - ‘ Pt- XXSIIl, fl. — *» Ejihcs. v, 14.
opposition à l’Évangile , et avait mis à la fin le Fils de Dieu sur la croix. Le Sauveur ne devait pas sortir de ce monde, sans y laisser une instruction si essentielle.
Alors donc, après avoir confondu tous les docteurs de la loi et les pharisiens, Jésus s’adressa aux troupes que ces hypocrites séduisaient, afin de les détromper; et à ses disciples, de peur qu’ils n’en suivissent un jour les mauvais exemples; et leur parla en cette sorte : Les docteurs de la loi et les pharisiens sont assis sur la chaire de Moïse « : et le reste; où il fait trois choses ; I. il établit leur autorité ; 2. il en déclare l’abus ; 3. il en prédit le châtiment.
Arrêtons-nous ici, et préparons-nous seulement à bien profiter du discours de Notre-Seigneur, en sorte que nous soyons véritablement purgés du pharisaïsme; conformément à cette parole du Sauveur : Donnez-vous de garde du levain des pharisiens, qui est C hypocrisie *. Hélas! hélas ! qu’il n’est que trop possède ce levain jusqu’à nous! Nous l’allons voir.
Jésus-Christ parle aux troupes et à ses disciples, au peuple et aux docteurs. Que chacun soit attentif, et prenne cc qui lui convient dans cette instruction.
La première chose qui est à observer dans le sermon de Notre-Seigneur, c’est qu’ayant à découvrir les abus et les corruptions qui étaient en vogue dans la synagogue et dans ses docteurs, il commence par établir l'autorité de leur ministère, de la maniéré du monde la plus forte. Car autrement, en reprenant les abus, on en introduirait un plus grand que tous Içs autres ; qui serait de se retirer de la société, et de mépriser le ministère qui est de Dieu, à cause des vices de ceux qui l’exercent. Le docteur du genre humain ne voulait pas sortir du monde sans établir ce fondement, qui est le remède à tous les schismes futurs : et on ne peut pas l’établir avec plus de force.
Les docteurs de la loi et les pharisiens sont assis sur la chaire de Moïse 3. Assis pour enseigner : ils en ont l’autorité. Sur ta chaire de Moïse. Il n’y avait rien de plus grand pour l'ancien peuple, que d’être assis sur la chaire du législateur ; de celui que Dieu avait établi alors, pour être le médiateur entre lui et son peuple, comme l’appelle saint Paul <. C’est sur cette chaire que sont assis les docteurs de la loi et les pharisiens : ils représentent ces soixantedix sénateurs qui partagèrent l'esprit de Moïse, pour juger le peuple.
Aprèsavoîr établi leur autorité surcelle de Moïse, il conclut : Cardez donc, et faites tout ce qu'ils vous diront s. Il attribue clairement à la synagogue une vérité infaillible; en sorte qu’il fallait tenir pour certain tout ce qui avait passé en dogme constant de la synagogue. Car il ne donne à personne le droit de juger au-dessus d’elle; et le partage du peuple est l'obéissance : Cardez, et faites.
Songeons donc à l’autorité que doivent avoir les docteurs de l'Eglise cbrêlo iine; puisqu’ils sont assis , non pas sur la chaire de Moïse , mais sur telle
• Mat (h. XXIII, 2, 3. — * Ibid, XVI, fl. t.ur. \n, I — » Mattti. XXlll, 2. - 4 (J«t . m, 19. - » y ntt h . wiii , 3.
CSS
MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE
de Jésus Christ , et des apôtres * ; et qu'ils y sont établis avec une promet bien plus authentique, que les docteurs de la synagogue, puisque la synagogue devait passpr, et n’avait que des promesses temporelles : au lieu qu’il a été dit à l’Eglise : Je suis arec vous jusqu’à la fin des siècles ».
Gardez donc , et faites ce qu'ils vous diront. Mais pareeque l'assistance qui leur est promise pour bien enseigner en corps, n'empêche pas la corruption qui peut être dans les mœurs des particuliers, et même la plupart , il ajoute : Mais ne. fades pas selon leurs œuvres : car ils disent et ne font pas 3. Prenez donc bien garde à vos docteurs. Ils n’oseront vous décider que ce qui a passé en dogme certain de la synagogue; et, s'ils ne le font, ils seront redressés par l’autorité de la chaire, par toute l’unité de la synagogue. Mais la discipline pourra être si corrompue, qu’on ne réprimera pas les mauvaises mœurs: l’avarice, l’hypocrisie, les conduites particulières de ceux qui chercheront leur intérêt, «ous couleur de religion. Ainsi, en faisant ce qu’ils disent, ne faites pas ce qu’ils font : Et prenez garde , comme disait saint Augustin, qu'en cueillant la bonne doctrine comme une fleur parmi les épines , vous ne vous laissiez écorcher ta main jxir le mauvais exemple 4.
Voilà l’abrégé de l’instruction du Sauveur. Il s’expliquera davantage dans la suite. Arrêtons-nous ici et considérons la merveilleuse conduite de Dieu, qui gouvernera tellement le corps des docteurs, qu’ils soutiendront les saintes maximes plus qu’ils ne les pratiqueront ; et qu'ils ne passeront pas leur corruption en dogme : le dogme ayant par lui-méit* une racine si forte, qu’il se soutient comme de soi.
Jésus-Christ nous prémunit donc contre les scandales qui ne seront jamais plus grands, que lorsqu’on les verra dans les docteurs et dans les pasteurs. Et il veut que nous apprenions à honorer le ministère, même dans des mains indignes : parce que l’indignité des ministres est de leur fait particulier, et le ministère est de Dieu.
L'Miitorité de U synagogue reconnue et recommandée par Jénus-ChrUl dans le temps même qu'elle coujure contre lui. i Vntth. xxiii, 1 , 3, 3.
Il y a ici quelque chose d’étonnant : car Jésus- Christ savait bienque la synagogue l’allait condamner dans trois jours, lorsque le conseil assemblé clic/, le souverain pontife, déciderait : Il est coupable de mort, parce qu’il s’était dit le Christ et te Fils de Dieu 5. Et la confession de la vérité lui fut imputée à blasphème. Et cependant il établit son autorité avec les paroles les plus fortes qu’on pouvait imaginer : tant il est, en tout et partout, juste et véritable.
Mais ne semblerait-il pas ici qu’il parlerait contre lui-même , et qu’il induirait le peuple à erreur P Fai tes ce qu’ils cous disent. Rejetez donc le Christ : car ils vous le diront bientôt.
• Ephes. Il, 28. — * Ida Uh. XXVITI, 20.— * Ibid. XXIH , n.- 4 Serm. XLVI. in Ezech. n. 22. et Serm. cxxrvii. dt vert». Ev Jvun. n. 13. — * JJatth. XXVI, 85, 88.
Bien plus : Us avaient déjà conspiré entre eux , que si quelqu'un confessait qu’il fût le Christ, il fût excommunié , et chassé de la synagogue *. Le sanguinaire conseil avait déjà été tenu , et il y avait i été décidé qu 'U fallait que Jésus mourût. Et il semble que la synagogue était déjà réprouvée. Comment i donc en parler encore d’une manière si authentique, et lui donner l’autorité de la vraie Église? O Seigneur! pourquoi parlez-vous en cette sorte? Que ne déclarez-vous plutôt à toute la synagogue qu’elle était réprouvée? Frappons, cherchons, demandons.
L’autorité de la synagogue cease a la destruction du temple.
et du peuple de Dieu. Immobilité de l’Église chrétienne.
En cherchant donc soigneusement dans l'Écriture, je trouve que la synagogue ne devait être absolument réprouvée, qu’après qu’elle aurait actuellement fait mourir Jésus-Christ. Bien plus, Dieu la voulait encore a tteudre, jusqu'à ce qu’elle eût méprisé le grand signe qu’il lui devait envoyer, |K)ur reconnaître Je Christ, qui était celui de sa résurrection. Celle race infidèle cherche un signe , et U ne lui en sera point donné d’autre , que le signe de Jonas le prophète; et le reste ».
Ce n’était pas assez que le Christ fût ressuscité ; il fallait que sa résurrection fût publiée, et que la pénitence eût été précitée en son nom , en commençant par Jérusalem : ce qui ne se commença qu’à la Pentecôte.
Ce n’était pas encore assez : car les apôtres ne se séparent pas encore de la communion du reste du peuple; et quoiqu’ils fissent déjà un corps à part avec leurs disciples, ils allaient au temple comme les autres , et ils étaient reçus à y rendre le même culte. Car encore qu’ils s’assemblassent dans In galerie de Salomon , et que personne n’osât se joindre à eux ; néanmoins le peuple les glorifiait *, et on ne les avait pas publiquement excommuniés.
On peut donc voir maintenant que ce qui est dit en saint Jean , qu'ils avaient conspiré entre eux de chasser de la synagogue ceux qui reconnail raient Jésus pour Christ 4 , était plutôt une conspiration secrète, qu’un décret public. Il en était de même du dessein de le faire mourir. Et en effet , tant .s’en faut que les apôtres fussent excommuniés et exclus du temple; Jésus-Christ lui-même y prêchait, y ordonnait, y était reçu, consulté, écouté de tout le monde. Et tout ce qu’on fit après contre les apôtres par voie de fait , ne faisait pas qu’ils fussent privés du culte public, ni qu’eux-mêmes s'en séparassent, comme on vient de voir. C’était un temps d’attente, où plusieurs gens de bien , qui pouvaient n'avoir pas vu les miracles de Jésus-Christ, demeuraient comme en suspens. On venait cependant de toutes les villes a Jérusalem, pour y apporter les malades aux apôtres : on les exposait à l’ombre de saint Pierre *• et la synagogue, quoique déjà sur le penchant de sa ruine, n’avait pas encore pris absolument son parti.
1 Joan. i\, 22.— *Va//A. XII.S9. 10.— 3 Jet. v, 12 13, etc.
— *Joan . ix , 22. —*Act. y, 15, 16.
MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE
(Test une chose admirable , comme Dieu la sup partait en patience, et combien de formalités et de dénonciations, pour ainsi dire, il pratique, avant que de répudier entièrement cette épouse iniidcle. 11 semble que lorsqu’elle en vint à répandre le sang de saint Etienne, elle eilt rompu tout à fait avec Dieu , et Dieu avec elle. Mais non; car l’infidélité de la ville de Jérusalem n’empêchait pas que les Juifs de la dispersion u’écou tassent encore les apôtres. Ils entraient dans les synagogues où on leur offrait la parole, comme on faisait à des frères et à de vrais Juifs. On écoutait paisiblement ce qu'ils disaient de Jésus, et on les invitait à en parler encore une autre fois dans l’assemblée suivante. Et le samedi étant venu, toute la ville accourut pour entendre la parole de Dieu de leur bouche. Alors les Juifs s’émurent , et contraignirent les apôtres à leur déclarer qu'ils allaient porter aux gentils la parole qu’ils refusaient de recevoir : ce qui était une espèce de j rupture, puisque les apôtres s’en allèrent, secouant contre eux la poussière de leurs pieds. Voilà ce qui arriva à Antioche de Pisidie *.
Mais la rupture n’était pas encore universelle; car ils continuaient à entrer dans les autres synagogues à leur ordinaire , et on leur y offrait encore la parole ». Ils allaient aussi comme les autres à la prière commune dans l'oratoire destiné à cet usage5. Saint Paul parla paisiblement dans la synagogue à Thessalonique durant trois samedis consécutifs A II était écouté, et parlait aussi à Corinthe tous les samedis 5, prêchant toujours le Seigneur Jésus dans ses discours ; et ne s’en retirait que lorsqu’il voyait leurs blasphèmes manifestes , leur dénonçant toujours qu’ils allaient aux gentils , qui était comme le signal de la rupture : saint Paul demeurant pourtant toujours auprès de la synagogue , sans doute pour la fréquenter à son ordinaire, autant qu’on l’y recevrait 6.
Ce qui se passa à Éphèse sent un peu plus la rupture : car saint Paul y ayant prêché trois mois durant dans la synagogue avec une pleine liberté, le blasphème de quelques-uns qui entraînèrent les autres, fit qu’il sépara ses disciples, et continua ses discours dans l’école d’un certain , nommé Tyran 7. Mais ce n'était rien moins encore qu’une rupture absolue avec la synagogue, puisqu’après tout cela le même saint Paul, étant arrivé à Jérusalem, parle conseil de saint Jacques et de tous les prêtres, se joignit à quatre lidcles qui avaient fait un vœu, et, se sanctifiant avec eux , entra dans le temple, où ils offrirent leurs oblations , et accomplirent leur vœu , en témoignage de leur communion avec le service du temple, et le peuple qui le fréquentait*, qui par conséquent n’était pas encore manifestement réprouvé. Et pour pousser tout d’un coup la chose jusqu’à la fin des Actes, les Juifs que saint Paul trouva à Rome , lui déclarèrent que I tssjrères de Judée, contents alors de l’avoir chassé du pays, ne leur avaient rien écrit , ni rien fait dire contre
' Jet. mi, 5 et sulv. — * Ibid. IS. — * Ad. XVI, 13, Ifl. — ‘ Ad. WU, 1. — * Ad. XVIII, 4. — • Ibid. 7. — ’ Ibid. aix, S, •. — •Ibid. XXJ, 13 el »ulv.
lui. Ce qui fît qu’ils l’écoutèrent encore un jour entier, depuis le malin jusqu’au soir*.
Pendant ce temps-là les gentils venaient en foule à l’Église, qui se formait tous les jours de plus en plus. La persécution s’éleva de tous côtés à l’instigation des Juifs qui allaient partout pour animer les gentils , jusqu’à ce qu’ils excitèrent Néron à cette première et grande persécution où les deux apôtres saint Pierre et saint Paul moururent. Ce fut là comme le terme fatal marqué à la synagogue ; car elle avait pris alors universellement parti contre les fidèles. Les apôtres, en allant au supplice, leur dénoncèrent le châtiment qui leur allait arriver. Dieu semblait les avoir attendus jusque-là en patience, et leur avoir donné tout ce lemps-là pour faire pcuitence du déicide commis en la personne du Fils de Dieu. Mais gnfin, n’ayant écouté ni lui, ni ceux qu’il leur envoyait pour les obliger à se repentir, il lança le dernier coup, où l’on sait que b cité sainte fût mise en feu avec son temple, avec toutes les marques de b dernière extermination que Daniel avait prédite. Ce fut alors que le peuple juif cessa absolument d’étre peuple, conformément à ce qu'avait dit le même prophète : Et il ne sera plut le peuple de Dieu *.
On voit donc l’état de l’Église dans cet intervalle. L’Église chrétienne commençait parla prédication delà vérité que Jcsus-Christ et ses apôtres établirent par tant de miracles , et surtout par celui de 1a résurrection de Jésus-Christ : qui était qu’il le fallait reconnaître pour le vrai Christ. Alors cependant b, synagogue n’éteit pas encore entièrement répudiée, ni n’avait pas tout à fait perdu le titre d’Église , puisque les apôtres communiquaient encore avec elle à son temple et à son service. C’était comme un temps d’attente , durant lequel sc faisait b publication de l’Évangile. Il y en avait alors qui, peut-être , n’ayant pas vu par eux-mémes les miracles de Jésus - Christ et de ses apôtres, et ne sachant encore que penser, voyant aussi qu’il sc remuait dans le monde quelque choscd’extraordinaire, demeuraient coimua en suspens, attendant du temps le dernier éclaircis* sement, et disant comme Gamaliel : Si ce conseil n'est pas de Dieu, Use dissipera de lui-même ; s’il est de Dieu, vous ne pourrez pas le dissiper *. Ceux qui demeuraient dans cette attente, dociles à recevoir la vérité quand elle serait entièrement notifiée, pouvaient encore être sauvés, comme leurs prédécesseurs, en b foi du Christ à venir; parce que encore qu’il fût arrivé, la promulgation de sa venue n’avait pas encore été faite jusqu’au point que Dieu avait marque, et apres laquelle il ne voulait plus tolérer ceux qui n’ajouteraient nas une foi entière à l’Évangile. En attendant, l’Église judaïque demeurait encore en état. Le Fils de Dieu lui donnait toujours 1a même autorité qu’elle avait, pour soutenir et instruire les enfants de Dieu; ne dérogeant la créance, que dans le point que Dieu avait révélé par tant de miracles. Car la croyance qu’il donnait par ces miracles à l’Église chrétienne ne dérogeait
• Ad. XXVIII, Il , 13- — 1 Den. IX, 3«. — 1 Ad ». St . a
MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE
qu’a cet égard a la foi de l’Eglise judaïque. L’Église chrétienne naissait encore , et se formait dans le sein de l’Église judaïque, et n’était pas encore entièrement enfantée, ni séparée de ce sein maternel. C’était comme deux parties de la même Église, dont l’une plus éclairée répandait peu à peu la lumière sur l’autre. Ceux qui résistaient ouvertement et opiniâtrément à la lumière, périssaient dans leur infidélité ; ceux qui demeuraient comme en supens , en attendant le plein jour, disposés à le recevoir aussitôt qu’il leur apparaîtrait, se sauvaient a la faveur de la foi ou Christ futur, à la manière qu’on a vue; la synagogue leur servait encore de mère, et tenait encore la chaire de Moïse jusqu'à un certain point. Qu'on demandât ; Quel Dieu faut-il croire? les docteurs de la loi vous répondaient : Celui d* Abraham , qui a fait le ciel et la terre. Que faut-il faire pour son culte, et qu’en ordonne Moïse? Telle et telle chose. Faut-il attendre un Christ. Sans doute. Où doit-il naître? en Bethléem ■ , tout d'une voix. De qui doit-il être (Ils? De David sans hésiter ■. Mais ce Christ, est-ce Jésus? Dieu le déclarait ouvertement ; et on n'avait pas besoin a cet égard de l’autorité de la synagogue : car il s devait une autorité au-dessus de, la sienne, qu il n y avait pas moyen de méconnaître absolument. Ceux qui attendaient neanmoins ce que le temps devait faire , pour la déclarer davantage, et qui se gardaient en attendant , h l'exemple d'un Gamaliel, de participer aux complots des Juifs contre Jésus-Christ et ses apôtres, faisaient ce que disait le Sauveur : faites ce qu'ils disent; suivez ce qui a passé en dogme constant : mais ne faites pas ce qu'ils font. Ne sacrifiez pas le juste 5 la passion et a 1 mtérét de vos docteurs corrompus. L’autorité naissante de I Eglise chrétienne suffit pour vous en empêcher. L» synagogue elle-même n’a pas encore pris parti en corps, puisqu’elle écoute tous les jours les apotresde Jegus- Christ, et demeure comme en attente: Dieu le permettant ainsi, pour ne laisser pas tomber tout à Coup dans la synagogue le titre d Église , et pour donner le loisir à l’Église chrétienne de se former peu il peu. La synagogue s'aveugle à mesure que la lumière croit : les enfants de Dieu se séparent. La lumière est-elle venue à son plein, par la destruction du saint lieu, par l'extermination de l’ancien peuple, et l’entrée des gentils eu foule, avec un manifeste accomplissement des anciens oracles ; la synagogue a perdu toute son autorité, et n'est plus qu un peuple manifestement réprouvé. C’est ce qui devait arriver selon les conseils de Dieu , dans cet entretemps qui se devait écouler entre la naissance de Jésus-Christ et la réprobation déclarée du peuple
^ Mais cette diminution et celte déchéance d’autorité ne doit jamais arriver à l'Église chrétienne. On dit donc absolument à ses enfants : Vos pasteurs et vos docteurs sont assis t non plus sur la chaire de Moïse, qui devait tomber; mais sur la chaire de Jésus-Christ, qui est immobile. Faites donc en tout
* MaUk. n, 6 - 1 Ibid. *MI,€1.
et partout ce qu’ils vous enseignent. Mais prenee garde seulement, s'ils sont mauvais , de séparer les exemples des particuliers , des préceptes et enseignements soutenus sur leur ministère.
Admirons donc cette autorité de l’Église chrétienne, qui est en vérité le seul soutien des inllrrnes et des forts. F.t admirons aussi comment Dieu a ôté l’autorité à l’Église judaïque, plutôt par les choses mêmes , et par la destruction du temple et du peuple, que par aucun décret passé en dogme qui lui ait fait perdre créance.
LVie JOUR.
Caractère de» docteur? Juif», sévère», orgueilleux , et hypocrites. Mallh. xxill , 4, S, 6, 7.
Us lient des fardeaux. Le premier abus, c'est que, pour paiaître pieux, ils font les sévères. Ils tient des fardeaux pesants : ils tiennent les 9mes captives : car voyez jusqu'à quel point : des fardeaux insupportables ; sur les épaules ' : bien liés, en sorte qu'ils ne puisseut s’en défaire : et tout cela pour les tenir dans leur dépendance, sous prétexte d'exactitude.
C'est aussi un effet de la superstition. La véritable piété étant fondée sur la confiance en Dieu , dilate le cœur : mais la superslitiun qui se veut fonder sur elle-même, met une chose sur une autre, et se charge de fardeaux insupportables.
Alais voici le comble du mal. Ces faux docteurs, quand ils vous ont bien chargés, ne vous aident pas du bout du doigt ; impitoyables en toutes manières, et parce qu'ils vous chargent, et parce qu'ils ne songent pas à vous soulager. Voilà leur premier caractère , rigoureux par ostentation , et en même temps durs et impitoyables.
Ils tiennent captives des femmetlettes chargées de péchés •, sous prétexte de leur donner des remèdes à leurs péchés; eten effet pour les tenir dans leur dépendance, sous le beau nom de direction.
Mais vous, ô véritables directeurs : si vous êtes obligés d'ordonner des choses fortes, soyez encore plus soigneux à soulager ceux à qui vous les imposez. Loin de vouloir vous attacher les âmes infirmes , rendez-les libres : et autant que vous pourrez, inettez-les en état d'avoir moins besoin de vous . et d'aller comme toutes seules par les principes de conduite que vous leur donnez.
Ils font tout pour être vus des hommes K Voilà la source de tout le mal. La véritable piété ne songa qu'à contenter Dieu. Ceux-ci n’ont que des vues humaines ; et ils sont sévères , afin qu’on les loue : ils veulent conduire, ils veulent diriger, pour se donner un grand crédit; afin qu'on voie qu’ils peuvent beaucoup, qu'ils sont de grands directeurs, et qu’ils ont beaucoup de gens de grande considération à leurs pieds.
Ils aiment les premièresplaces t. Les voila peints : non que tous ils aient tous ces défauts; les uns ne se soucient pas tant des premières places; mais iis
* Mallh. xxill, 4. — * II. Tim. IU, S. — * Mallh. xxui.s. — •Ibid. S.
MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE. 6i
voudront qu'on les craigne, qu’on les visite, qu’on leur fasse de grandes révérences : sensibles au dernier point, si on leur manque en la moindre chose. Les malheureux! Ils ont reçu leur récompense.
Mais ce qu’ils veulent sur toutes choses , c’est qu’on tes appelle Habbi ', et qu’on les tienne pour maîtres; qu’on révère leurs décisions comme des oracles, et que tout le inonde aille à eux comme à la règle.
Que ceux qui sont en place , où ces devoirs leur sont rendus naturellement, craignent de s’y plaire. La tentation est délicate : car on passe souvent de 1a fermeté qu’on doit avoir pour maintenir l’autorité légitime, à une jalousie de grandeur tout humaine et toute mondaine. Le remède est dans les paroles suivantes.
LVIlc JOUR.
JwutOirUt mil Père, mil maître. Nattk. xxm, S, 9, 10, II.
/ ous n'avez qu'un seul maître ». Écoutez le maître intérieur : ne faites rien qu’en le consultant : faites tout sous ses yeux. Songez ce que vous feriez si vous aviez à chaque moment à lui rendre compte. Vous prendriez son esprit, comme vos subalternes prennent le vôtre : vous craindriez de vous rien attribuer au delà des bornes, pour n'être point repris d’un tel supérieur. Or, encore que vous n’oyez point à lui rendre compte en présence, à chaque moment , il viendra lin jour que tout se verra ensemble : et en attendant on observe tout; et celui à qui vous aurez à rendre compte, viendra lorsque vous y penserez le moins 3 pour voir si vous n’avez point insolemment abusé du pouvoir qu’il vous a laissé en son absence.
Vous êtes tous frères *. Songcz-y bien : vous qui ôtes supérieur, vous ôtes frère. S’il faut donc prendre l’autorité sur votre frère, que ce soit pour l’amour de lui, et non pour l’amour de vous; pour son bien, et non pour vous contenter d’un vain honneur.
Il n'y a qu’un Père : il n’y a qu'un maître 5. Si on vous appelle Père, parce que vous en faites la fonction, elle est deleguée, elle est empruntée. Revenez au fond : vous vous trouverez frère et disciple. Ayez -en donc l’humilité : apprenez d'un moment à l’autre ce que vous avez à enseigner. Ainsi vous serez un père, vous serez un maître : car saint Paul a bien dit qu’tï était père* et qu'l/ engendrait des enfants ; mais la semence de Dieu , c’est sa parole. Recevez donc continuellement de Dieu. Prêchezvous? Écoutez au-dessus le Maître céleste, et ne prêchez que ce qu’il vous dicte. Conduisez-vous? conseillez-vous? consolez -vous? Si vous parlez, que ce soient des discours de Dieu 7... Si vous servez quelqu’un en le conduisant, que ce soit parla vertu que Dieu vous fournit 8 sans cesse.
Un seul maître une seule lumière qui éclaire tout
' Va ah. 7. •— * Ibid. XXIII, 8. — » Ibid. XXIV, 45, 60. — */bid. XXIII, 8. — ». Ibid. 9, 10. — • 1. Cor. iv, 14, 14. — ’ IV, 1# — *1. Pet. IV, II.
homme renant au monde \ qui a parlé au dehors, et parle, encore tous les jours dans son Évangile ; mais qui parle toujours au dedans, des qu’on lui prête l’oreille. Dans quel silence faut-il être, pour ne perdre pas la moindre de ses paroles!
Le plus grand d'entre vous f c'est votre serviteur ». Il ne dit pas qu’il n'y ait pas d’ordre daus son Église, et que personne n’y soit élevé en autorité au-dessus des autres : mais il avertit que l'autorité est une servitude. Je me suis fait serviteur de tous, j disait saint Pau) : tout a tous , afin de les sauver ! tous 3. L’exercice de l’autorité ecclésiastique est une ' perpétuelle abnégation de soi-méme.
XVIIIe JOUR.
Les fV, ou 1rs malltrura prononcé contra 1rs f«ux docteurs. Mallh. xxm, 13, 16, 10.
Écoutons bien ces f'x : Malheur à vous *. Dès qu’on se fait maître pour soi-méme, et pour être honoré, malheur à vous! C’est une malédiction sortie de la bouche de Jésus-Christ : c’est une sentence prononcée, qui sera suivie d’une autre : Allez ,
! maudits.
Comment est-ce que les docteurs ferment le ciel? En débitant de fausses maximes, et mettant l’erreur 1 en dogme.
Ils ne voulaient point croire en Jésus-Christ, cl ! empêchaient le peuple d’y croire. C’était véritablej meut la porte du ciel , puisque Jésus-Christ est celle : porte.
l!n autre moyen de la fermer, c’est de la faire trop large, pendant que Jésus-Christ la fait étroite. Car dès là ce n’est plus la porte que Jé6us-Clirist a ouverte : c’en est une autre que vous ouvrez de vousmême; et parce qu’elle est plus aisée, vous faites abandonner l’autre qui est la véritable.
Mais ce ne sont pas seulement les docteurs trop relâchés qui ferment la porte : Jésus-Christ attaque | encore plus, dans tout ce sermon, ceux qui augmentent les difficultés, et les fardeaux. I^ur dureté rend la piété sèche et odieuse , et par là elle ! ferme le ciel.
Ces faux docteurs gâtent tout. Il n’y a rien de l meilleur que l’oraison: ils la gâtent, parce que, pour dévorer la substance des veuves , ils font semblant de prier Dieu longtemps pour elles, ou de leur vouloir apprendre a prier longtemps. Mais leur jugement sera d'autant plus grand, que la chose dont ils abusent est plus excellente.
Les maisons des veuves , faibles par leur sexe, maîtresses de leur conduite, et n'ayant plus de mari qui saurait bien écarter le directeur intéressé : voilà un vrai butin pour l’hypocrisie.
La plus parfaite action d’un docteur c'est de faire t tn prosélyte 5, de convertir les infidèles. Plus ils étaient éloignés, plus ils y a de mérite à les ramener. Ils gâtent cela : ils le font doublement damner. Car ils l’attirent, et puis ils l'abandonnent : ils le
• Joan. 1,9. — * Malih. XXIII, II. — * L Cor. u , 19, Wv — 4 Mallh. xxm ,13.-5 J5 id. xaill , 15.
MÉDITATIONS SUR L'EVANGILE
«rognent, et puis ils le scandalisent; et ne lui font | que trop sentir qu’ils n’ont travaillé à le convertir, que pour s'en faire une matière d’un vain triomphe. Ces malheureux prosélytes se rebutent de la piete, et peut-être de la foi : et ils se damnent doublement; parce qu'ils deviennent déserteurs de la religion. et que, sachant la volonté du maître, ils sont beaucoup plus punis. Il valait mieux les laisser dans leur ignorance , que de manquer à ce qu'il leur faut pour profiter de la doctrine de la foi. Ne croyez donc pas avoir tout fait, quand vous les avez convertis ; c'est ici le commencement de vos soiiis. Autrement vous ne serez, comme vous appellent les hérétiques par mépris, qu'un malheureux convertisseur. . ,
Ne dites pas d'un pécheur, il a commencé il a fait sa confession générale; qu'il aille maintenant tout seul. Vous ne songez pas que le grand coup est de persévérer. Prenez garde que vous ne vouliez que la gloire de convertir, et non pas le soin de conserver.
I.e faux zèle est bien marqué dans ces paroles : tous courez la mer et ta terre, pour Jaire un reut prosélyte • . Qu’ilost zélé ! tant de peine pour un seul homme! faux zcle, puisqu'il ne sert qu'à la vanité : il se repaît de la gloire d avoir fait un prosélyte. Mus la chose est sainte, plus il est détestable de la gâter. J'ai fait cette religieuse, j’ai attiré cet hohimc à l’ordre : achevez donc; cultivez cette jeune plante, ne la déracinez pas par les scandales que vous lui donnez ; qu’elle ne trouve pas la mort , ou elle a cherché la vie ; en un mot , ne la damnez pas davantage par le mauvais exemple. I.e mauvais exemple du monde lui aurait été moins nuisible ; le mauvais exemple des serviteurs et des servantes de Dieu , la perd sans ressource.
Dieu dissipe les os de ceux qui plaisent aux hommes: ils sont remplis de confusion, parce que te Seigneur les méprise' c omise des hommes vains qui préfèrent l’apparence au solide et au vrai.
fier. Et cependant ces guides aveugles étaient assez insensés pour dire que le serment qu'on faisait par le don , et par l'or qu’on avait consacré dans le temple et sur l'autel, était plus inviolable que celui qu'on faisait par le temple et par l’autel même. Pourquoi? parce qu'ils voulaient qu'on multipliât les dons et l’or dont ils profitaient ; et c’est pourquoi ils en relevaient le prix; et ils poussaient leur aveuglement jusqu'à préférer le présent au temple et à l'autel , où on le consacrait.
Lorsqu'il dit que le temple et l'autel sanctifient le don, il parle pour l'ancienne loi, où en effet tous les dons et toutes les victimes, qui n'étaient que choses terrestres, étaient bien au-dessous du temple et de l'autel, qui étaient le manifeste symbole de la présence de Dieu. Mais dans la nouvelle alliance , il V a un don qui sanctifie le temple et l'autel. Ce don. c'est l'eucharistie, qui n’est rien de moins , que Jésus-Christ et le Saint des saints : et ce don est en même temps un temple. Détruisez ce temple, dit-il : et U parlait du temple de son corps... • , où la divinité habitait corporellement •. Il est donc le temple , et plus que le temple : Celui-ci est plus grand que le temple même1.
Il est l’autel , en qui et par qui nous offrons des victimes spirituelles , agréables par Jésus-Christ, comme dit saint Pierre ».
Ceux qui estiment le don plus que le temple et plus que l’autel , sont encore ceux qui donnant quelque chose à Dieu, le font valoir en eux-mêmes; au lieu de songer qu'on ne peut rien donner à Dieu, qui ne soit beaucoup au-dessous de la majesté de son temple , et de la sainteté de son autel.
Comme il élève l'esprit! du don, à l’autel et au temple; du temple, au ciel dont il est l'image : du ciel , à Dieu qui y est assis , qui y règne , qui y tient l'empire de tout l’univers.
Apportez votre don : apportez-vous vous-même à l'autel ; et ne faites cas de vous-même qu’à cause que vous êtes consacré à Dieu. Tirez de là tout votre prix : attendez de là tout ce que vous espérez
Docteur» Juif» ; conducteur» aveugles et insensé». Matlh. uni, le et suiv.
Jusqu’ici, il ne les a appelés qu'hypocrites : parce qu’ils mettaient la piété dans l'extérieur seulement. Voici une autre qualité qu'il leur donne : conducteurs aveugles; et encore : insensés et aveugles 3.
Marquez la liaison de ces deux paroles : conducteurs, et aveugles; guides aveugles, et insensés. Hélas! en quels abîmes tomberez-vous, et ferezvous tomber les autres? Car tous deux tombent dans l’ablme , et l’aveugle qui mène, et celui qui suit
L'aveuglement qu'il reprend ici est, lorsque l'intérêt fait oublier les maximes les plus claires et les plus certaines.
Il est bien manifeste que le temple et l'autel qui sanctifient les présents », sont de plus grande dignité que le don qu'on met dessus pour les sancti-
de sainteté.
O le grand don que vous avez à offrir à Dieu ! son corps et son sang que tous les jours voua pouvez offrir à Dieu en sacrifice • don qui sanctifie l'autel et le temple, et ceux qui s’offrent dans le temple.
r.uide* aveugles attachés aux petites chose», et méprisant te» grande». Matlh. 23 et 2t.
Par quelle erreur de l’esprit humain arrive-t-fl qu’on observe la loi en partie, et qu’on ne l'observe pas tout entière; qu'on en observe les petites choses , comme de payer la dlrae des plus vils herbages , et qu’on omet les plus grandes, la justice , la miséricorde, la bonne foi5? Il y a là une ostentation et un air d’exactitude qui s'étend jusqu'aux
• Matlh. nui, ts. — 1 Pi. lu, a. — » .t tatth. xxni, to et
»U|V. - 1 thaï, ta, I*.
I .Inan. n, 19, 21. — 1 Colou. II. 9. — » Mallh. XII, O. — 4 J. Pctr. n, 0. — » Matth. XXIII , 2t.
MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE
moindre! observances. Mais il faut encore remarquer ici quelque chose de plus intime. On observe volontiers dans la loi ce qui ne coûte rien à la nature : où les passions ne souffrent point de violence. On le sacrifie aisément à Dieu; on ne veut pas avoir à se reprocher à soi-méme qu'on est sans loi , qu'on est un impie : on s'acquitte par de petites choses , et on se flatte d’avoir satisfait. Mais la lumière éternelle vous foudroie ; // fallait s’attacher à ces grandes choses, mais sans omettre les moindres*. Il ne faut pas s'y attacher comme aux principales, ni les mépriser non plus à cause qu'elles sont petites.
• Voyez ce que Jésus estime , la Justice , la miséricorde , la bonne foi.
Guides aveugles , qui coulez le moucheron, et qui avalez un chameau ». Que le monde est plein de ces fausses piétés ! Ils ne voudraient pas qu’H manquât un Ave, Maria , à leur chapelet ; mais les rapines, mais les médisances , mais les jalousies , ils les avalent comme de l'eau : scrupuleux dans les petites ^obligations; larges sans mesure dans les autres.
C’est encore la même chose, que ce qui est dit aj^T. 5. Ils étendent des parchemins , où Us écrivaient des sentences de la loi de Dieu 3. Conformément au précepte du Deutéronome 4. Soit que ce fût une espèce d'allégorie, ou une obligation effective; ils voulaient bien avoir ces sentences roulantes et mouvantes devant les yeux : mais ils ne se souciaient pas d'en avoir l'amour dans le cœur. Il était commandé aux Israélites , pour se distinguer des autres peuples, d’avoir des franges au bord de leurs robes, qu'ils nouaient* avec des rubans violets 5. Ce qui leur était un signal , qu'ils devaient être attentifs à la loi de Dieu , et ne laisser pas errer leurs yeux et leurs pensées dans les choses qu’elle défendait. Les pharisiens se faisaient de grandes franges, ou dilataient ces bords de leurs robes , comme gens bien attentifs à la loi de Dieu , qui dilataient ce qui était destiné à en rappeler la mémoire. C’est tout ce que Dieu en aura : une vaine parade , une ostentation , une exactitude apparente aux petits préceptes aisés, un mépris manifeste des grands, et un cœur livré aux rapines et à l’avarice.
Prenez garde dans les religions : un voile; l’habit de l’ordre; les jeûnes déréglé. Mais que veut dire ce voile ? Pourquoi est-il mis sur la tête; comme l’enseigne de la pudeur et de la retraite? C’est à quoi il fallait penser, et ne mépriser pas les petites choses , qui sont en effet la couverture et In défense des grandes : mais aussi ne se pas imaginer que Dieu se paye de cette écorce et de ces grimaces.
Suite. Sépulcres blanchis. Matth. xxin, as et 27.
Aveugle pharisien , continue Îiotre-Seigneur6, qti nettoies le dehors d’une coupe , et laisses dans
'Mtettk.tx |{|, n.-*lbid. 23,2 K.—* Ibid. 5. — * Dent, vi,
• — * Mm», xv, 38. DeuL Illl, 12.— •Matth. 1*111,2», 28-
la saleté le dedans où l’on boit! Nettoie le dedans , afin que le dehors soit pur : car la pureté vient du dedans, et se doit répandre de là sur le dehors. Autrement, malgré ton hypocrisie, l’infection du dedans se produira par quelque endroit : ta vie se démentira: ton ambition cachée sera découverte; tu paraîtras de couleurs et de figures différentes ; et avec finfamie de ton ambition, celle de ton hypocrisie attirera la haine du genre humain.
Quelle affreuse idée d’un hypocrite! Cest un vieux sépulcre : tout s’y démentait : on Va reblanchi, et il parait beau au dehors : il peut même paraître magnifique. Mais qu’y a-t-il au dedans? Infection , pourriture , des ossements de morts * , dont l’attouchement était une impureté selon la loi. Tel est un hypocrite : il a la mort dans le sein ; que sera-ce, et où se cachera t-il , lorsque Dieu révélera le secret des cœurs, et qu’on verra ccs choses honteuses qui se passaient dans le secret , et qu’on a honte même de prononcer * ?
Docteurs Juifs persécuteurs des prophètes : Leur punition.
Ibid . 29 , 38.
Voici le comble de l'hypocrisie : des notion* de piété pour donner couleur au crime ; comme de bâtir les sépulcres des prophètes. Qu'il est aisé de les honorer après leur mort, pour acquérir la libertéde les persécuter vivants! lis ne vous disent plus mot , et vous pouvez les honorer sans qu'il en coûte à vos passions. On fait aisément les actes de piété qui ne leur font point de peine. On parera un autel; on y placera les reliques; tout y sera propre et orné; on bâtira des Églises et des monastères : les actions de piété éclatantes , loin de rebuter, on s’en fait honneur. Venons à ia pratique de la piété, et à la mortification des sens : on n’y veut pas eutendre.
Les Juifs étaient prêts h faire mourir le prophète par excellence et ses apôtres; et ils disaient : Si nous eussions été du temps de nos pères , nous n’eussions pas persécuté les prophètes, fous êtes leurs vrais enjants J, puisque vous voulez faire comme eux ; et vous voiliez avoir tout ensemble , et la gloire de détester le crime, et le plaisir de vous satisfaire en le commettant. Mais vous ne tromperez pas Dieu. Au lieu de recevoir les vaines excuses que vous semblez vouloir faire aux prophètes, il vous punira de tous les crimes que vous aurez imités; à commencer par celui de Caïn, dont vous avez imité ia jalousie sanguinaire 4. Le moyen de désavouer vos pères, est de cesser de les imiter. Que si vous les imitez, les tombeaux que vous érigez aux prophètes serviront plutôt de monument pour conserver la mémoire des crimes de vo* ancêtres, que de moyen de les éviter. C’est pourquoi il y a dans saint Luc5 : En bâtissant leurs sépulcres , pendant que dans votre cœur vous désirez d'en faire autant aux prophètes que vous avez
* Matth. xxiii, 57,— ’Ephcs. v, la. —•Ualih xxni. Je, si. — * tüè. es. — 1 Luc. xi, 48.
MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE
IU
parmi tous, vous montrez bien que cet extérieur de piété ne tend qu'à couvrir vos noirs desseins, et à les exécuter plus sûrement en les cachant.
Remplirez ta mesure de vos pères : et que tout le sang juste vienne sur vous depuis Abel'. On mérite le supplice de ceux qu'on imite : Dieu n’impute pas seulement le péché des pères aux enfants; mais encore celui de Caïn , quand on en suit la trace : et il y aura parmi les méchants qui se seront imités les uns les autres une société de suppliées; comme parmi les bons qui auront vécu en unité d’esprit , une société de récompenses.
Il prédit un supplice affreux aux Juifs ; et en effet le monde n’en avait jamais eu de semblable.
Tout viendra fondre sur cette génération * : le temps approchait , et ceux qui étaient vivants le pouvaient voir.
Appliquons-nous à nous-mêmes ce qne nous venons de voir. Chacun persécute le juste, lorsqu'on en médit , lorsqu'on le tourmente en cent façons. Et on dit en lisant la Vie des Saints, où l'on voit la persécution des justes : Je ne ferais pas comme cela; et on le fait, et on ne s’en aperçoit pas : et on attire sur soi la peine de ceux qui ont persécuté les gens de bien.
Tout est écrit devant mol ; je ne m'en tairai pas ; je vous rendrai la juste punition de vos péchés : je mettrai dans votre sein vos péchés , et ensemble les péchés de vos pères, et je mettrai dans leur sein à pleine mesure leur ancien ouvrage1 *.
I jmcntc.lKms , pleurs du Jésus sur Jérusalem. Matin, xxm, 37, 3e.
Jérusalem , Jérusalem , qtd tues les prophètes , et qui lapides ceux qui ont été envoyés vers Ici, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants , comme une poule rassemble ses petits sous ses ailes, et tu ne Tas pas voulu! Comme il a pleuré Jérusalem! avec quelle tendresse il a présenté ses ailes maternelles à ses enfants qui voulaient périr! Une poule , c'est la plus tendre de toutes les mères. Elle voudrait reprendre ses petits , non pas sous ses ailes, mais dans son sein , s’il se pouvait : digne d’être le symbole de la miséricorde divine.
Je trouve trois lamentations dans notre Sauveur, dont celles de Jcréinie n'égaleront jamais la tendresse. A son entrée : Ah! si tu savais au moins en ce jour qui t'est encore donné, ce qui peut t'apporter la paix a ! Ici : Jérusalem , Jérusalem s ! etc. Allant au Calvaire ‘.Filles de Jérusalem, pleurez sur vous-mêmes.... Heureuses les stériles; heureuses les entrailles qui n'ont poinl porté d'enfants, el les mamelles qui n'en ont point allaité6'. O malheureuse Jérusalem! O âmes appelées et rebelles ! que vous avez été amèrement pleurées ! Revenez donc aux cris empressés de cette mère cliari-
1 Maltk. XXIII, 35. — 1 Ibid. 30. — 1 h. LXV, S, 7. —
* Lue. XIX , 03. — 5 Mail A. XXIII , 37. — • Lite. XXIII , 28 , 20
table : ses ailes vous sont encore ouvertes. Ah ! pourquoi voulezvous périr, maison d'/srtiét’f
Fous ne me verrez point Jusqu’à ce que cous disiez : Bienheureux celui qui vient au nom du Seigneur * !
Ces dernières paroles , depuis ces mots : Jérusalem, Jérusalem, ont déjà été dites avant l’entrée du Sauveur 1 ; et alors il voulait dire qu’on ne le reverrait plus jusqu’au jour de cette entrée. Ici ['entrée était faite; et il veut dire qu'il s’en allait jusqu'au dernier jugement, qui n'arriverait pas que les Juifs ne fussent retournés à lui, et ne le reconnussent pour le Christ.
Le Sauveur a achevé ce qu’il voulait. Il a établi l’autorité de la chaire de Moïse; il a fait voir In, abus ; il a expliqué le châtiment ; il n’a pas tenu a sa bonté qu’ils ne l’aient écouté : et ils ont voulu périr, ü quel regret pour ces malheureux ! ô quelle augmentation de leur supplice!
Apprenons à louer la miséricorde divine dans les jugements les plus rigoureux; car ils ont toujours été précédés par les plus grandes miséricordes.
Combien de fois ai-je voulu! Ce n’est pas pour une fois que vous m’avez appelé, ô la plus tendre de toutes les mères! et je n'ai pas écouté votre voix.
Viora des docteurs déjà loi : ostentstkm , superstition , corruption : erreurs marquées par salut Marc rt par saisi
Luc.
Voyez en saint Marc et en saint Luc, la substance de tout ce discours de Notre- Seigneur*. Ils remarquent tous deux principalement l’affectation des premières places, et cet artifice de piller les veuves sous prétexte d’une longue oraison, comme les choses les plus odieuses, comme les plus ordinaires dans la conduite des pharisiens, dont aussi il se faut le plus donner de garde. Dieu nous en fasse la grâce!
Tout ce que Jésus-Christ blâme se réduit 4 ostentation, superstition, hypocrisie, rapine, avarice, corruption; en un mot, jusqu'à altérer la saine doctrine ; et en préférant le don du temple et de l’autel, au temple et à l'autel même.
Mais comment donc vérifier ici ce qu’il a dit : Faites ce qu'ils vous diront t car ils leur disaient cela qui éuit mauvais; et iis avaient encore beaucoup de fausses traditions , que le Fils de Dieu reprend ailleurs. Tous ces dogmes particuliers n’avaient pas encore passé en décret public, en dogmes de la synagogue. Jésus-Christ est venu dans le moment que tout allait se corrompre. Mais il était vrai jusqu’alors, que la chaire n’était pas encore infectée, ni livrée à l'erreur, quoiqu’elle fût sur le penchant. Qui uous dira, s'il n'en arrivera peut-être pas a peu près autant à la fin des siècles? Qui sait où Dieu permettra que la séduction aille dans les docteurs particuliers? Mais avant que ces
• Eztrh. xvxil, 31. — ’ MtsUK. xxm , 8*.— * Luc lui , U 35. — 4 Marc, xit , 38 , 38 , «ü.
Diqiti2
mauvais dogmes aient passé en décret public, le second avènement se fera. Prenons garde cependant à ce levain des pharisiens , et ne le faisons pas régner parmi nous.
O combien disent dans leur coeur : Le temple n’est rien , l’autel n’est rien : le don , c'est à quoi il faut prendre garde; et non-seulement ne le retirer jamais, mais l’augmenter, comme ce qu’il y a de plus précieux dans la religion!
Prenons un esprit de désintéressement, pour éviter ce levain des pharisiens.
Prenons garde , tout ce que nous sommes de supérieurs, de ne nous réjouir pas de la prélature ; mais de craindre d’imiter les pharisiens dans ce point , que saint Marc et saint Luc ont observé comine le plus remarquable.
Nous porterons la peine de tout le sang juste répandu , de tous les canons méprisés , de tous les abus autorisés par notre exemple : et tout sera imputé à notre ordre depuis le premier relâchement.
La prodigieuse révolte du luthéranisme a été une punition visible du relâchement du clergé. Et on peut dire , que Dieu a puni sur nos pères , et qu’il continue de punir sur nous, tous les relâchements des siècles passés , à commencer par les premiers temps où l’on a commencé à laisser prévaloir les mauvaises coutumes contre la règle. Nous devons craindre que la main de Dieu ne soit sur nous , et que la révolte ne dure jusqu'à ce que, profitant du châtiment, nous ayons entièrement banni du milieu de nous tout ce levain pharisaîque; cet esprit de domination, d'intérêt, d’ostentation; cet esprit qui fait servir la domination au gain et à l'intérêt , soit que ce soit celui de l'ambition , soit que ce soit celui de l’argent.
Pour mieux entendre notre devoir et notre péril, considérons le même sermon de Notre-Seigneur, déjà fait dans saint Luc une autre fois et avant son entrée.
Le* Fm, ou lr* malheur* prononcé* par Notre-Seigneur
contre les docteurs de la loL En saint Luc. xi. 37, 38
et sulv.
L'occasion de ce discours fut l’orgueil de ce pharisien qui blâmait le Sauveur, en son cœur, parce qu'il ne t'était pat lacé avant le repat. Il commence, à cette occasion , à leur reprocher qu’iüi lavaient le dehors , et négligeaient le dedans » .
La comparaison du sépulcre est tournée ici , au f . 44, d’une manière différente de saint Matthieu ; car, au lieu que dans saint Matthieu Jésus-Christ propose des sépulcres reblanchis : ici on parle de sépulcres cachés y lorsque les hommes marchent « dessus sans le savoir * : ce qui fait voir des hypocrites tout à fait cachés , avec qui on converse sans les connaître pour ce qu’ils sont, tant leur malice est profonde. Mais tout cela se révélera au grand jour : et plus leur désordre était caché , plus leur honte , qui paraîtra tout d’un coup, sera éclatante.
* Luc. Il, 37 , 84 , 39. — » Malt h. XXIII, 37. Luc. xi , 44.
CSS
Un docteur de la loi interrompt eette pressante invective contre les pharisiens , et présuma assez de lui-même pour croire que le Sauveur se tairait, quand il lui aurait témoigné la part qu’il prenait à son discours : Maître , lui dit-il • , roux nous faites Injure à nous-mêmes. Son orgueil lui attira ces justes reproches : Malheur a vous aussi , docteurs de la loi »! et le reste.
Ce qui est dit dans saint Matthieu, Je vous envoie des prophètes* , est expliqué en saint Luc: La sagesse de Dieu a dit* : pour montrer que le Sauveur est la sagesse de Dieu.
Fous avez pris la clef de la science s. On distingue la clef de la science d’avec celle de l’autorité. Les docteurs voulaient s’approprier la clef de la science : que n’ouvraient-ils donc au peuple? Mais ils se trompaient eux-mêmes, et trompaient les autres ; et non contents de se taire, ce qui suffirait pour leur perte, ils étaient les premiers à autoriser les fausses doctrines.
Dés lors les pharisiens et les docteurs de la ht commencèrent a le presser et à Jaccabler de questions , en lui dressant des pièges pour exciter confre lui la haine du peuple 6. Iis sont pris dans les pièges qu’ils tendaient au Sauveur, et ils croient n’en pouvoir sortir qu’en le perdant. Ainsi périt le juste pour avoir fait son devoir à reprendre les orgueilleux et les hypocrites.
LXVl* JOUR.
Quel est le vrai prix de l’argent. Veuve donnant de ton Indigence. Marc. XU, 41 , 44. Luc. XXI , 1 , 4.
Jésus-Christ venait de parler des pharisiens, et de leur artifice à tirer l’argent des veuves : il va montrer ce qu’il faut estimer dans l’argent, et quel en est le vrai prix.
Jésus s’assit , et regarde ceux qui mettaient dans le tronc ou dans le trésor : Une paurre veuve donna deux petites pièces d'un liard : Elle a plus donné que tous 7. Que l’homme est riche ! Son argent vaut tout ce qu’il veut : sa volonté y donne le prix. Un liard vaut mieux que les plus riches présents. Manquez-vous d’argent, un verre d’eau froide vous sera compté; et on ne veut pas même vous donner la peine de la chauffer. N’avez-vous pas un verre d’eau à donner; un désir, un soupir, un mot de douceur, uu témoignage de compassion : si tout cela est sincère, il vaut la vie éternelle! O que l’homme est riche, et quels trésors il a en main!
Heureux les chrétiens d’avoir un maître qui sait si bien faire valoir les bonnes intentions de ses serviteurs! Aussitôt qu’il voit cette veuve qui n’a que deux doubles, ravi de sa libéralité, il convoque ses disciples , comme à un grand et magnifique spectacle.
Elle a donné plus que tous les autres ; quoique tous les autres eussent donué largement : Mais
« Luc. XI , 46. — * Ibid. 46. — 3 Malth. xxm ,34. — * Lmc. XI, 49. — 4 Ibid. 62. — 5 Ibid. 63, 64. — • Marc. XU, 43, 44. Luc XXI , 1 , 2, 1. - 1 Marc, xii , 43 , 44. Luc. xxi , 4.
MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE
1rs autres on. donné le superflu , et le reste de leur abondance, sans s'apercevoir d'aucune diminution; au lieu que celle-ci a donné tout ce quelle arait, et tout son vivre ‘ : s’abandonnant avec foi à la divine providence.
Voilà les aumônes que Jésus-Christ loue : celles où on prend sur soi : car de telles aumônes sont les seules qui méritent le nom de sacrilice.
LXVIl' JOUR.
Itulue de Jérusalem , et du temple. Volt». ISIT, I as.
.Wanr. III! , 1 , 28. lue. XXI , S, 28.
Ce que Jésus-Clirist avait prédit de la ruine de Jérusalem, est ici plus particuliérement explique, et Jésus-Christ y déclare ce qu'il n'avait pas encore dit ■ que le temple ne serait pas excepte d'un malheur si prochain, et périrait comme le reste. Il ne voulait pas laisser ignorer a ses disciples un événement si important; et il choisit pour s'en expliquer les jours prochains de sa mort , dont il devait être la punition.
Maître, voyez quelles pierres , cl quelle structure ■ ! C’est ainsi que parlent les disciples en montrant le temple au Fils de Dieu : ces deux paroles en font la peinture ; Quelles pierres, de quelle beauté, de quelle énorme grandeur! Quelle Structure , quelle solidité, quelle ordonnance, quelle correspondance de toutes ses parties! Saint Luc ajoute la richesse des dons, dont le temple était rempli U II n’y avait donc rien de plus solide, ni de plus riche, et néanmoins il périra: tant de richesses , une si belle structure, tout sera réduit en cendres.
r oyez-vous tous ces grands bâtiments? En vérité, je vous le dis : Il n'y demeurera pas pierre sur pierre 4. Enorgueillissez-vous de vos édifices, ô mortels : dites que vous avez fait un immortel ouvrage , et que votre nom ne périra jamais ! Ce grand'politique Hérode croyait s’ètre immortalisé, en refaisant tout à neuf un si admirable édifice, avec une magnificence qui ne cédait en rien, pour la beauté de l’ouvrage, à celle de Salomon. Si quelque chose devait être immortel, c’était un temple si auguste, si saint, si célèbre : tout semblait le préserver des injures du temps; sa structure, sa solidité. On épargne même dans les villes prises , ces beaux monuments comme des ornements , non des villes, ni des royaumes, mais du monde. Mois sa sentence est prononcée : Il faut qu’il tombe. En effet Tite avait défendu surtout qu'on ne touchât point à ce temple : mais un ‘soldat animé par un instinct céleste, comme Josèphc, historien juif, qui était présent à ce siège et qui a tout vu , le témoigne , y mit le feu ; et on ne le put éteindre s. Les Juifs avaient voulu le rebâtir sous Julien l'Apostat : le feu consuma les ouvriers qui y travaillaient 6. Il fallait que tout fôt détruit et à jamais ; car Jésus-Christ l’avait dit. Dieu voulait punir les
• Man xil, 43, 44. Luc. XXI, 4.— 1 Marc. XHI, I. — * l.uc. xil, b. — » Marc, xili, 2. — * Joseph. 1il>. de bel. Jud. c.»p 10. — • 4mm. Marrtll. lib. XXUI , init.
Juifs, et en même temps par un excès de miséri> corde leur montrer qu’ils devaient chercher dans l’Église un autre temple, un autre autel, et un sacrifice plus digne de lui. Ainsi les justices de Dieu sont toujours accompagnées de miséricorde ; et il instruit les hommes en les punissant. Il instruit les Juifs en deux manières : il leur fait sentir leur crime en frappant jusqu'à sa maison : en la détruisant, il les détache des ombres de la loi, et les attache à la vérité.
Le temple avait accompli, pour ainsi parler, tout ce à quoi il était destiné. Le Christ y avait paru, selon les oracles d’Aggée et de Malachie ». Qu'il périsse donc, il est temps : quelque saint que soit celui-ci pour tant de merveilles, et par le sacriGce qu' Abraham y voulut faire d’Isaac son fils * il faut qu’il cède aux temples , où l’on offrira, selon le même Malachie* un plus excellent sacrifice , depuis le soleil levant jusque s au couchant.
LXVIID JOUR
La ruine de Jérusalem , et celle du monde : pourquoi prédites ensemble? Ibid.
Dites -nous quand arriveront ces choses , et quel est le signe de votre avènement et de la fin des siècles 3. C’est la demande que ürent à Jésus ses principaux apôtres, Pierre, Jacques, Jean et André, pendant qu'il était assis sur la montagne des Olives 4.
Remarquez que, dans leur demande, ils confondaient tout ensemble la ruine de Jérusalem et celle de tout l’univers à la fin des siècles. C’est ce qui donne lieu à Jésus - Christ de leur parler ensemble de l'une et de l’autre.
On demandera pourquoi il n'a pas voulu distinguer des choses si éloignées. C’est , premièrement, par la liaison qu’il y avait entre elles; l'une étant figure de l'autre : la ruine de Jérusalem, figure de celle du monde, et de la dernière désolation des ennemis de Dieu. Secondement, parce qu’en effet plusieurs choses devaient être communes à tous les deux événements. Troisièmement, parce que, lorsque Dieu découvre les secrets de l’avenir, il le fait toujours avec quelque obscurité; parce qu’il s’en réserve le secret; parce qu’il ne veut pas contenter la curiosité, mais édifier la foi; parce qu'il veut que les hommes soient toujours surpris par quelque endroits C’est pourquoi en tes avertissant , pour les obliger à prendre des précautions, et encore pour leur faire voir que l’événement qu’il leur prédit est un ouvrage de sa main, préparé depuis longtemps, il ne laisse pas de réserver toujours quelque chose qui surprenne, et qui inspire une nouvelle terreur lorsque le mal arrive.
Voilà pourquoi la prédiction de la ruine de Jérusalem , est en quelque sorte confondue avec celle
• A$g. il, 8, 10. Malach. iii, I. — » Ibid, l, l|. — s Matth. xxiv, 3. Marc, xill , 4. Luc. sxt, 7. — * Matth. ri Ma k. Ibid.
MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE
du monde. Apprend, 6 hommes! par l'obscurité que Jésus-Christ même veut laisser dans sa prophétie, apprenez à modérer votre curiosité, à ne vouloir pas plus savoir qu’on ne vous dit , à ne vous avancer pas au delà des bornes, et à entrer avec tremblement dans les secrets divins.
Quoique Jésus-Christ confonde ces deux événements, il ne laisse pas dans la suite, comme nous verrons, do donner des caractères pour les distinguer.
Voilà de grandes choses, mais encore en confusion. Considérons-les en particulier : et tâchons de tirer de chacune toute l'instruction que Jésus- Christ a voulu nous y donner.
Ln marque» particulières de la mine de Jérusalem , et de la
fin du monde. A tatth. xuv, j, 32. Mare. im, j u
Luc. XXI, S, 39. *
Selon ce que nous venons de dire , il faut qu'il y ait dans ces deux événements, dans le dernier jour de Jérusalem , et dans le dernier jour du monde, quelque chose qui soit propre à chacun, et quelque chosequi soit commun à l'un et à l'autre.'
Ce qui est propre à la désolation de Jérusalem, c’est qu’elle sera investie d'une armée : c’est que l’abomination de la désolation sera dans le lieu saint. C est qu alors on pourra encore prendre la fuite, et se sauver des maux qui menaceront Jérusalem : c’est que cette ville sera réduite à une famine prodigieuse, qui fait dire à notre Sauveur: Malheur aux mères; malheur à celles qui sont grosses; malheur à celles qui nourrissent ries enfants ■ ! C’est que la colère de Dieu sera terrible sur ce peuple particulier, c'est-à-dire sur le peuple juif; en sorte qu’il n’y aura jamais eu de désastre pareil au sien. C’est que ce peuple périra par l’épée , sera traîné en captivité par toutes les nations, et Jérusalem foulée aux pieds par les gentils. C'est que la ville et le temple seront détruits , et qu’il n’y restera pas pierre sur pierre, comme nous avons déjà vu. C’est que cette génération , celle où l'on était, ne passera point, que ces choses-ci ne soient accomplies, et que ceux qui vivent les verront •.
Ce qui sera particulier au dernier jour de l'univers, c'est que le soleil sera obscurci, la lune sans lumière, les étoiles sans consistance , tout l’univers dérangé que le signe du Fils de l'homme paraîtra; qu'il viendra en sa majesté: que ses anges rassembleront ses élus des quatre coins de la terre , et le reste qui est exprimé dans l'Évangile* : que.le jour et l’heure en sont inconnus; et que tout le monde y sera surpris 4.
De là résulte la grande différence entre ces deux événements, que Jésus-Christ veut qu'on observe. Pour ce qui regarde Jérusalem , il donne une marque certaine. Quand vous verrez Jérusalem investie*: et ce qui est, comme nous verrons, la
’ Luc. Ml, Malth. XXIV, .Voit, xm — • Marc. 1111 — Luc. xxi. Matth. XXIV, — Marc. xm. — • Malth. xxir,
*7, 3(1 , Ï7. — » Luc. xxi, 90.
même chose : Quanti vous verrez l'abomination de la désolation dans le lieu saint, où elle ne ,hU pas être : sachez que sa perte est prochaine et et sauvez-vous. On pouvait donc se sauver de ce trtste événement. Mais pour l’autre, qui regarde la fin du monde; comme ce sera, non pas ainsi que dans la chute de Jérusalem, un mal particujer, niais un renversement universel et inévitable: H no dit pas qu’on s’en sauve, mais qu'on s\ uréparc Ce qui sera commun à l’un et à l’autre jour, sera I esprit de séduction , et les faux prophètes la persécution du peuple de Dieu; les guerris £rtout univers, et une commotion universelle dans les empires , avec une attente terrible de ce qui devra
Considérons toutes ces choses dans un esprit d humiliation et d’etonnement. O Dieu, que votre main est redoutable! Par combien de terribles ef-
n « ' T’Z ' Ï0US VOtre j“slice “"Ire les hom-
mes! Quelles miseres précèdent la dernière et inexplicable misere de la damnation éternelle' Qui ne vous craindrait, a Seigneur! qui ne glorifiera votre nom. O Seigneur tout-puissant, vos œuvres sont grandes et merveilleuses! vos voies sont justes et véritables, 6 Hoi des siècles! vous seul (tes saint, et toutes les nations vous adoreront J' saut genou se courbera devant vous*; les uns en éprouvant vos miséricordes; les autres se sentant soumis à votre implacable et inévitable justice.
Les marques de distinction dr ces deux événements exotique, encore plus ra détail en saint Matthieu, en tint M.irc cl en, sainl Luc. Ibid. mï
En continuant la même lecture, nous avons à considérer les marques de distinction des deux évé nemenu qui uous sont données dans l’Évangile. La distinction paraît assez clairement dans saint Luc Ce qui regarde en particulier Jérusalem commence au chapitre xxt, f. au, et se continue jusqu’au f. 25; et ce qui regarde le dernier jour de I univers, commence au f. 25, et se termine au ÿ 31. La même chose parait à peu près en saint Matthieu, chap. XXIV, *. 14, à ces paroles : Lorsque vous verrez l'abomination de la désolation, d'où se continue le récit des maux de Jérusalem jusqu'au f. V , où l’on commence à parler de l'avénement du Fils de l'homme: ce qui se continue principalement depuis le f. 29, jusqu’au 34. On voit encore la même chose en saint Marc, chap. xm , depuis le f. 14, où l’abomination nous est montrée où elle ne doit point être : d’où se continue la ruine de Jérusalem jusqu'au f. 24 : et là commence la prédiction de la dernière catastrophe de l’univers jusqu’au ÿ. 30. 1
Il nous sera maintenant assez aisé d’arranger la suite des événements, premièrement dans la ruine de Jérusalem , et ensuite dans celle du monde. L'a-
' M.ath XXIV, 15. Marc. XUI, !«. Luc. Md. — s Melin xxiv, t. Marc, xm, &. Luc. xxi, «etieqq. — » Jaac xv a I- - « 11. XLV, 24. M
bamlnalion de In désolation dans le lieu saint, séton saint Matthieu , et où elle ne doit /ms être, dans saint Marc, est visiblement la même chose, que Jérusalem enelronnée d'une armée , dans saint Luc, comme la seule suite le fera paraître à un lecteur attentif. Mais ce qui ne laisse aucun doute, c’est le rapport de ces mots : Quand votts verrez l'abomination de la désolation dans le lieu saint; avec ceux-ci : Quand Jérusalem sera investie dé une année. L'abomination, selon le langage de l'Ecriturc, signifie des idoles, lé abomination de ta désolation, et sont donc des idoles désolantes , tant à cause de l’affliction quelles causent par leur seul aspect au peuple de Dieu, qu’à causede la dernière désolation dont elles leur étaient un présage. Or on sait que les armées romaines portaient dans leurs étendards les idoles de leurs dieux, celles de leurs empereurs, qui étaient du nombre de leurs dieux, et des plus grands; l'aigle romaine qui était consacrée avec des cérémonies qui la faisaient adorer ellemême. Ainsi investir Jérusalem d'une armée romaine, et en porter les étendards aux environs de cette ville, c'était mettre des idoles dans le lieu saint; aux environs de Jérusalem, qui était appelée la cité sainte; auprès du temple, qui était appelé par excellence le lieu saint ; dans la Judée , dont la terre était consacrée à Dieu, sanctifiée par tant de miracles, et pour cela appelée la terre sainte. Selon les ordres de Dieu , les idoles n’y devaient jamais paraître. Et c'est pourquoi ce que saint Matthieu exprime par ces mots : L'abomination , c'est-à-dire l'idole, dans le lieu saint, saint Marc l'exprime par ceux-ci : L'abomination et l’idole où elle ne doit pas être : c'est-à-dire dons un lieu et dans une terre dont la sainteté la devait éternellement bannir de son enceinte : ce que saint Luc a explique plus particulièrement, lorsqu'il a marqué. Vne armée autour de Jérusalem ; une armée de gentils, puisque c'était par les gentils gue Jérusalem devait être foulée aux pieds ' ; par conséquent une armée remplie d'idoles, puisque même elle les portait dans ses étendards; et en un mot, une armée romaiiie.
Ainsi le premier présage de la ruine de Jérusalem, é'est d'étre environnée d'idoles. Car auparavant on voit dans losèphe, que lorsqu'une armée romaine traversait la Judée , ou obtenait des princes qu'on n'y passât point avec les étendards, de peur de souiller d'idoles une terre qui n'en devait jamais voir aucune. Mais à celte fois l'armce étalait ses idoles : on n’avait plus de ménagement pour la terre sainte : c'était là le commencement de la dernière hostilité contre Jérusalem, et le prochain présage de sa chute.
Chrétien, ton corps et ton âme sont la terre vraiment sainte, où jamais les idoles ne doivent paraître. Toute créature mise à la place du Créateur, c'est une idole abominable, une idole désolante : tout ce que tu aiuies plus que Dieu, ou avec Dieu, ou au préjudice de Dieu, reuverse son
trône, ou le partage : c'est là le premier présage de ta perte. Toute désobéissance , tout ce qui 1er e l’étendard contre Dieu , c'est le commencement de ton malheur. De quelle affreuse désolation sera suivi ce désorde! de quels maux ne sera-t-il pas le présage!
LXXlc JOUR.
[>*«■ jl*-gMi de Jérusalfin prédite par Notrc-Sfigiwur. Ix* premier rn saint Mntlh. wiv, 15, 18. Marc, xm, 14. Luc. xxi, 20. Le second en saint Luc, xix, 43, 44.
Ces paroles de saint Matthieu et de saint Marc : L’idole dans le lieu où elle ne doit pas être ; et celles de saint Luc : Jérusalem environnée d'une armée; ne marquent pas encore le dernier siège de Jérusalem sous Tite, où elle périt sans ressource. Car les évangélistes disent ici : Quand vous verre* ces idoles , ce siège * fuyez dans les montagnes. Or depuis le siège de Tite, il n’y avait pas moyen de 1 fuir, ni de sortir delà ville: car elle était tellement Serrée de tranchées, de murailles et de forteresses, qu’il n’y avait plus aucune issue. CYst ce siège par Tite que le Sauveur avait prédit en entrant dans Jérusalem, lorsqu’il disait avec larmes : Ville infortunée, les ennemis t’environneront de tranchées, et te fermeront été toutes parts*. Aussi 11e leur parle-t-il pas alors, comme ici, de prendre la fuite : car il savait bien qu’en cet état il n’y aurait plus aucune espérance : mais d’une perte totale et d’im entier renversement , et jnmr la ville et pour ses enfants ». Ici donc il parle d’un autre siège, qui arriva à Jérusalem quelques années avant celui de Tite, lorsque CesÜUS Florus l’investit. Ces deux sièges sont bien marqués dans Josèphe, et très-nettement distingués dans l’Évangile. Hans le premier, dont il est parlé dans les chapitres que nous méditons1, on ne voit ni tranchées ni forts mais seulement une armée qui se répand aux environs : et ce qu’elle avait de plus détestable, c’était ses idoles. Dans le second, ou voit des forts, des tranchées, et un siège dans toutes les formes. On pouvait échapper dans la première occasion; car les troupes n’arrivent pas lotit à coup, et la garde n’est pas si exacte : dans la seconde, il n'y a rien à attendre qu’à périr.
On voit là deux états de l'âme. Lorsque le péché commence à l’investir, pour ainsi dire, et à répandre de tous cotés, comme des idoles, les mauvais désirs; cette année impure ne fait que nous entourer, de manière que nous pouvons encore échapper. Les tranchées, les forts, le siège en forme, c’est le vice fortifié par l’habitude. Fuyons des le premier abord , des que nous voyons paraître Fétendard du péché : car si nous lui laissons élever ses forts, et former ses habitudes , il u’y a presque plus rieu à espérer.
IVcflcxloos »ur les mnax extrêmes «le ces dmx situes. Ibid. Si à ce premier abord de l’armée romaine, à
• Luc. XIX, *3. — * Ibid . 44. — î Nallh. XXIX , sut, Luc. XXI.
MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGII.E.
< Luc XXI , 30 , 34.
MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE
cette première Apparition de ses étendards et de ses idoles autour de Jérusalem , on ne prend la fuite vers les montagnes : si, sans en faire à deux fois, on n’emporte d’abord tout ce qu’on pourra, et de la ville et de la compagne : si l’on ne sort promptement de cette ville réprouvée , ou que ceux qui sont dehors osent y entrer; on sera ravagé /Hir l'épée : on sera traîne en captivité par toute la terre ». La famine sera si horrible, que les mères malheureuses verront |iérir leurs enfants entre leurs bras, (/est en effet ce qui arriva à Jérusalem dans un si grand excès, que l’univers n’avait jamais vu rien de semblable.
Jésus-Christ prédit encore la même calamité allant au supplice. Filles de Jérusalem , ne pleurez pas sur moi , mais pleurez sur vous et sur vos en fants : parce qu'il viendra des jours où l'on dira : Bienheureuses les stériles ! bienheureuses les entrailles qui n'ont pas engendré , et les mamelles qui n’ont pas nourri *\ qui est précisément la même chose qu’il marque ici par ces mots : Malheureuses les mères ! malheureuses les nourrices 3 ! et, pour montrer l’excès de cette misère, il finit par ces paroles : Alors ils commenceront à dire aux montagnes : Tombez sur nous ; et aux collines : ( ouvrez-nous : car si Ton fait ainsi au bois vert, à la justice, à la sainteté, à Jésus-Christ même, que fera-t-on au bois sec*, qui n’est plus bon que pour le feu; aux pécheurs destitués de tout sentiment de piété , qui n’ont plus à attendre que le dernier coup?
Méditons ceci en tremblant, pécheurs malheureux ! Pesons les maux qui nous sont prédits. Tout l’univers renversé sur nous, en sorte que les montagnes nous écrasent, et que les collines nous enterrent, ne sont rien en comparaison. Ce renversement, qui en lui-même parait si affreux, devient désirable, à comparaison des maux qui nous attendent. Tombez sur nous, montagnes; enterreznous, coteaux. Plrit à Dieu que nous en fussions quittes pour cela ! De plus grands maux nous sont prépares : Dieu déploiera sa main vengeresse par des coups plus insupportables. Et en voici la raison : Si Jésus-Christ a tant souffert pour avoir seulement porté la ressemblance du |>éché; que sera-ce de nous, en qui il a versé tout son venin, qui en portons au dedans de nous toutes les horreurs?
0 Seigneur! chadtait le psalmiste, vous arez donné un signe à ceux qui vous craignent , ajin qu'ils pussent éviter Tare tendu contre eux 5. O Seigneur! vous avez aiguisé vos flèches, elles ne respirent que le sang : votre arc est prêt h tirer, et nos cœurs seront percés de vos coups : mais avant que de lâcher la inain , vous menacez , vous avertissez, afin qu’on fuie votre colère menaçante: c’est le signe de salut que vous nous donnez. Mais vous ne le donnez qu’à ceux qui vous craignent : ies autres , endormis dans leurs péchés , ne veulent phs seulement vous entendre, ni écouter d’autre tuix que celle qui les |>orte au plaisir : mais ceux
1 Luc. \xi, ai. — » Luc. xxiii, M, 29. — * Luc. xn, 23. - * Luc XXIII, 30, 31. — » Pt. ux, o.
à qui il reste encore quelque crainte de vos jugemuuts, o Dieu ! qu’ils tremblent à vos menaces, afin qu’ils évitent vos coups.
Serpents, engeance de vipères , qui vous apprendra à fuir la colère qui vous poursuit 1 ? C’est ce que saint Jean disait aux Juifs. Jésus- Christ leur en dit encore beaucoup davantage; et il redouble ses menaces à la veille de sa mort, qui devait causer tous ces maux à son peuple ingrat. Il leur avait montre tant d’amour, il avait confirmé sa mission par tant de miracles; il leur dénonce en core le terrible châtiment qu’ils avaient à craindre pour n avoir pas profité du temps où il les avait visités «| Il leur prédit ces maux avec larmes, afin de leur faire voir qu’il n’en faisait pas seulement une sèche prédiction. Ils sont insensibles : nous nous en étonnons; mais notre étourdissement n’est pas moins grand que le leur : étonnons-nous de nousméines.
LXXIIl* JOUR.
Suite des réflexions sur les mômes calamités. Vbi supra.
Ce sont ici les jours de vengeance, pour accomplir tout ce qui a été écrit : Malheur aux femmes grosses, et à celles qui nourrissent ! car U y aura de grandes nécessités, et une grande colère se déploiera sur ce peuple : ils passeront par le fil de l’épée : ils seront emmenés captifs par toutes tes nations : et Jérusalem sera foulée aux pieds par les gentils , jusqu'à ce que le temps des gentils soit accompli 3. Après que cette ville aura été investie, après qu’elle aura été assiégée régulièrement , et environnée de tranchées et de forteresses , trois plaies tomberont sur elle : l’épée, la famine, la captivité.
L’épée : c’est la blessure de l'Ame , la division entre ses parties, nulle continuité, nulle union : le sang de l'âme s’écoulera par cette ouverture , toutes ses forces se dissiperont, elle n’aura plus de résistance. Ah! quel état! On ne résiste plus aux tentations, le péché emporte tout. C’est la faiblesse de l’âme à qui tout échappe, et qui s’échappe à elle-inéine.
Les chutes sont continuelles et irréparables : on ne se peut plus relever. Telle est la plaie de l’épée : le cœur est ouvert, et ne retient plus ni la grâce ni la vérité.
La famine : c’est la soustraction des aliments : non-seulement quand ils manquent; mais encore, ce qui est bien pis, quand le principe pour en profiter manque tout à fait. Tout abonde autour du malade; les restaurants sont tout prêts : mais on ne peut les prendre; ou l’estomac contraint par force à les recevoir, ni ne les digère, ni ne les distribue, ni n’en profite. Au milieu des sermons , des bons exemples, des saintes lectures, des observances d’une vie toute consacrée à Dieu, on périt, on demeure sans nourriture. La vérité ne fait plus rien à cette âme : elle ne s’en nourrit pas : elle n'eu vit
' Mallh. el Luc. iii, 7. — * Luc. XIX, 41, 42, *3, 4». —
! * Luc. XXI. 22. M, 24.
MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE
pas. Ses œuvres , qui sont les enfants qu'elle nourrit, tombent eu langueur; tout y dépérit visiblement : ou elle ne produit rien de bon : ou , si elle produit, ce bien ne se soutient pas. Hélas! hélas! qu’y a-t-il de plus déplorable que cette famine?
La captivité : Jérusalem sera foulée aux pieds par les gentils : l'âme abattue par tous les vices , accablée de fers, qu’elle ne peut porter ni rompre : elle est traînée en captivité d'objet en objet : toutes les passions la dominent et la tyrannisent tour à tour. Elle pense être en repos contre l’amour des plaisirs : l’ambition la met sous le joug, l’avarice l'assujettit, et ne lui laisse pas le temps de respirer; tant elle l’accable d’affaires, de soins, de travaux. Hélas! bêlas! où eu es-tu, âme raisonnable, faite à l’image de Dieu? blessée, percée de tous cotés : outre cela affamée : pour comble de maux , captive : sans force, sans nourriture pour te rétablir, sans liberté : ah! quel malheur est le tien!
Il faut remarquer ce dernier mot, jusqu'à ce que les temps des nations soient accomplis '. Il y a un temps des nations : un temps que les gentils doivent persécuter l’Église : un temps qu’ils y doivent entrer. Après ce temps, les Juifs que les nations devaient jusqu’alors fouler aux pieds, reviendront ; et après que la plénitude des gentils sera entrée , tout Israël , tout ce qui en restera, sera sauvé J. L’aveuglement d’Israël n’a été permis que pour préparer les voies à l'accomplissement d‘un si grand mystère.
Ame pécheresse! il y a pour toi, malgré tes péchés, une ressource infaillible : l’excès même de ton malheur peut être , comme à Israël , le commencement de ton retour. Israël fatigué de ses révoltes, de ses malheurs, de sa vaine crédulité, et de ses frivoles espérances ; las de toujours attendre sans rien voir, de soupirer après un Messie qui ne vient point, parce qu’il est déjà venu, se réveillera : il commencera à connaître combien il avait tort de se consumeren espérances frivoles, au lieu de jouirde son Christ, qu’il avait si longtemps méconnu ; et déplorant l'excès de son aveuglement, il ouvrira enfin les yeux à la véritable lumière. Fais ainsi, âme chrétienne! Le péché a eu son temps : Le temps que tu y as consumé te suffit pour contenter des désirs frivoles, et nourrir des espérances trompeuses. En un mot, comme dit saint Pierre J, le temps passé est plus que suffisant pour accomplir la volonté des gentils ; pour mener une vie païenne, selon les désirs de la chair, comme si on n’avait point de Dieu, et qu’on ne connût pas Jésus-Christ. Nous avons passé assez de temps dans la débauche , dans la convoitise, dans le vin, 'dans la bonne chère, dans C ivresse, dans le culte des idoles : non-seulement de celles que la gentilité adore, mais encore de celles que nos passions érigent dans notre cœur. Il est temps de revenir de si grands excès : l’égarement a été assez grand, pour être enfin aperçu : il faut maintenant revenir h soi , et qu’où le péché a abondé , la grâce surabonde 4 à son tour.
1 tue. i»i, 34. - » pôm. il, 36, 36. -M. Pet. iv, s.
* ttom. ▼ , ao.
Réflexions sur les circonstances de la fin du monde. La terreur de l'impie. Lj» conüanae du Adèle. Matih. xxiv 27