‹ suvres de Bossuet SermonsChapitre 199 sur 243 · XL · texte numérisé non relu

XL

F.n vérité , en vérité , je vous le dis : Cette génération ci ne finira point, jusqu’à ce que toutes ces choses-ci soient accomplies : te ciel et la terre passeront; mais mes paroles ne passeront point. Mais pour ce jour et cette heure-la , ni les anges mêmes qui sont dans le ciel, ni le Fils, ne la savent pas ; ni personne que mon Hère J.

Voilà deux temps bien marqués, l/xc, et ilia, en grec comme en latin , marquent deux temps opposes, l’un plus proche, l’autre plus éloigné. Celle génération-ci verra toutes ces choses-ci accomplies : gener vtio hæc : omnïa h*c : omni a ista ; Mais pour ce jour-là, pour cette heure-là: De die autbm ill*. et uora -.personne ne la sait. Comme s’il -disait : Je vous ai parlé de deux choses : de la ruine de Jérusalem, et de celle de tout l’univers au jugement. Ce qui doit arriver dans la génération où nous sommes, et dont les hommes qui vivent doivent être les témoins, je vous en marque le temps ; et eotte génération ne passera pas , qu’il ne s’accomplisse. Voilà pour l'événement auquel nous touchons. Mais pour ee jour-là, ce jour où je viendrai juger le monde; personne n’en sait rien, et je ne dois pas vous le découvrir. Il est donc marque clairement que la chute de Jérusalem était proche ; et l’Église le devait savoir. Mais pour ee jourlà , pour ce dernier jour, où tout l'univers sera en trouble, et où le Fils de l'homme viendra en personne, on n’en sait rien : on ne sait, ni s'il est loin, ni s’il est près : et le secret en est impénétrable, ét aux anges qui sont dans le ciel, et à l’Église même , quoiqu’elle soit enseignée par le Fils de Dieu.

Il faut donc entendre ici, par les choses que

» Mutth. XIV, 31. — » Ps. CXXIV, I , a. — 3 Mallh. XXIV , SI , OS, S. Marc. XUI, 30 , 31 , 32.

KOS41LT — T. ni.

le Fils ne sait pas, celles qu'il ne sait pas pour son Église, ni dans son Église, et qu'il ne doit point lui révéler, conformément à cette parole ; fous êtes mes amis, et je vous ai fait connaître tout ce que j’ai oui de mon Père ' ; tout ce que j'ai ouï pour vous, tout ce qui était compris dans mon instruction. Ou, comme il dit ici : Je vous ai tout prédit » , tout ce que je devais vous prédire. Le reste , je le suis bien par l'étroite société qui est entre mon Père et moi : mais je ne le sais pas par rapport à vous, et scion le personnage que je suis venu faire parmi les hommes.

Adorons l'impénétrable secret de Dieu, et renfermons-nous dans les bornes où il a voulu terminer les lumières de son Église.

Le Fils de Dieu doit venir comme un voleur. Mille ans de délai, c’est devant lui le délai d’un jour 3. Ce n’est point en devinant les moments que vous éviterez la surprise : il viendra de nuit, parmi les ténèbres, et sans bruit, comme un voleur *, deux choses qui rendent sa marche impénétrable. Voulez-vous donc n’étre pas surpris, veillez toujours : ne dormez jamais pour votre salut ; et vivez comme des enfants de lumière, sans participer aux œuvres infructueuses des ténèbres 5.

Le Jour du jugement dernier n’a pu être inconnu au FUi de Dieu. Marc. XIII, 32.

Sans entrer dans un esprit de curiosité et de dispute, pèrinettez-moi , ô Jésus! de vous demander d'où vient que vous avez dit que personne ne connaît l'heure du jugement dernier, non pas même les anges, ni le Fils. Car vous n’avez pas ignoré combien on abuserait de celte parole qui a fait dire aux ariens, ennemis de votre divinité, que vous ignoriez quelque chose, même comme Dieu et comme Verbe : et que vous n’étiez pas de même science, et par conséquent de même perfection ni de même nature que votre Père. Et néanmoins, en nommant ceux qui ne savent pas la dernière heure , il vous a plu non-seulement de nommer les anges; mais encore, votre évangéliste saint Mathieu n’ayant nommé qu'eux , votre évangéliste saint Marc, instruit par saint Pierre, le prince de vos apôtres et le chef visible de votre Église, et votre Esprit qui les conduisait , a voulu que nous sussions que vous avez dit, ni le llis, ni autre que le Hère 6.

Pour moi, mon Dieu, je confesse avec votre apôtre saint Thomas , que vous êtes mon Seigneur et mon Dieu i : avec votre apôtre saint Paul , que vous êtes égal a Dieu • ; et Dieu béni au-dessus de tout 9 : et avec votre apôtre saint Jean, que vous êtes te ferbe gui était au commencement avec Dieu , et qui était Dieu lui-même 10 : et que vous êtes le vrai Dieu , et la vie éternelle * 1 : et enfin ,

* Joan. xv, 16. — * Marc, xtll, M. — 5 H. P*t. ni, 8, 10. — 4 1. The u. v , 2 , 4. — 5 Eph. f , 8 , II. — * Marc. Xlll, S9. — ’ Joan. xx .28. — * Philip, il ,8. — * Rom. IX, 5. — *• Joan.

I, t. — •» Ibid, v, ao.

MEDITATIONS SUR L’ÉVANGILE

*vec «ouïe votre Église catholique , que vous êtes le Fils unique de Dieu, cocterncl et consubstantiel à votre I’erc. Et loin de croire que comme Verbe vous avez pu ignorer quelque chose , et ignorer en particulier le jour du jugement , je ne veux même pas croire que vous ayez pu l'ignorer comme homme, et selon la dispensation de votre chair.

F.t premièrement, malheur il ceux qui osent dire que vous , qui êtes le Verbe, la parole, la raison, l’in- , telligence, la sagesse de votre Père ; celte sagesse 701 lui assistiez lorsqu’il a créé l'univers, avec laquelle \ il disposait et composait toutes choses par qui | toutes choses ont (té faites >, n’avez pas su de toute éternité ce qu'il devait faire par vous! Or il devait faire par vous toutes choses, et plus encore, s’il se peut, le siècle futur que le siècle présent; puisque vous êtes celui dont il est écrit : que par vous il a fait même tes siècles >. Car n’est-ce pas dire clairement que tous les siècles se développent par votre ordre, et sont disposés dès Ictcrnilé par votre volonté? Et si c'est par vous que tous les siècles sont faits, le dernier jour ne sera-t-il pas aussi votre ouvrage? F.t ce jour auquel aboutit tout votre ouvrage , qui en est la consommation, qui en est la fin, sera-t-il le seul que vous n’aurez pas fait? ou l'avant fait, sera-t-il le seul que vous n'ayez pas connu? Et ce jour, qui est le terme où se "rapportent tous vos conseils, n’aura-t-il pas entré dès le commencement dans vos desseins ? Où, y aura-t-il quelque chose que Dieu n’ait pas disposé par sa sagesse, ni ordonné par sa parole? quelque chose qu'il ait caché à celui qui est sa sagesse et son conseil? Et le Fils unique qui réside dans le sein du l'ère, n'y a-t-il pas vu ce secret? Personne n’a vu Dieu que lui, et c'est lui-même qui est renu nous l'annoncer Mais y a-t-il quelque chose dans le sein de Dieu, qui lui ait été caché? Erreur, impiété, blasphème; retirez-vous : rentrez dans l'enfer dont vous êtes sortis. Car faudrait-il dire encore que le Saint-Esprit, qui sonde, qui jiénétre tout, et même les secrets et les profondeurs de Dieu 5 , ce qu’il y a de plus caché dans ses desseins, n'aura pas vu un secret si important, ni connu le le dernier jour? ou, que cet Esprit l'aura vu, pendant que le Fils de qui il prend, comme du Père 6, l'aura ignoré? Absurdité par dessus 1 impiété , que l'Esprit qui annonce l’avenir, et qui distribue comme il veut les dons et les connaissances s, n'ait pas tout dans la perfection qui convient au principe et à la source. Cnr il faudrait l'excepter comme Fils , s'il fallait prendre à la rigueur ce que vous avez prononcé : que ni les anqes, ni le Fils ne savent ce jour, ni aucun autre que le Père*.

Ce dernier Jour est connu »n Fils de Dieu; mais mm pu pour nous l’apprendre. Marc. xill, 32.

Je continuerai , ô mon Sauveur , à considérer en

» Sap. n . 4 . 9. - * «/cw*. 1 , S. - » Heb. 1,2.- *Joo*. I , 18. — *1. Cor. Il, 10, 11. — *JoaH. 1VI, 14. — 1- Cor. ail, 4. — 1 Marc. III! , «

tremblant cette parole que vous avez prononcée ni te Fils. Où est donc cette autre parole où vous disiez : Tout ce qu’a mon Père est à moi 1 ? et celleci : Tontes choses ont été mises entre mes mains par mon Père : et personne ne cannait le Fils, si ce n’est le Père : et personne ne connaît te Père, si ce n'est te Fils , et celui à qui il a plu au Fils de le rérc/er *?Toutestcommunentre votre Père et vous : et la connaissance du dernier jour ne vous sera pas commune! vous qui seul connaissez le Père, et qui seul le faites connaître à qui il vous plaît , ne I l’aurez pas connu tout entier, ni pénétré tout son secret! S’il faut excepter quelque chose dans la connaissance que vous avez de lui, il faudra donc excepter quelque chose dans celle qu’il a de vous , puisqu’en pariant de celte connaissance incommunicable à tout autre qu’à vous deux, que vous avez l’un de l’autre, vous dites également : A ul ne connaît le Père, sice n'est le Fils: et nid ne connaît le Fils , si ce n’est le Père. Tout vous est donné par le Père : te Pèrè aime le Fils , et lui a tout mis entre les mains 3 : et vous ne saurez pas tout ce qu’il vous a mis entre les mains ! Mais comment cela se pourrait-il , puisque vous dites encore : Le Père aime le Fils, et lui montre tout ce qu’il fait * ? Ainsi avec le même amour qu’il lui donne tout, il lui montre tout aussi, Est-ce ici le seul endroit où il ait donné des bornes à son amour? la seule connaissance qu’il lui ait déniée? le seul don qu’il ait reçu avec mesure, lui qui a reçu sans mesure tout le reste 5 , afin que nous reçussions tous , et chacun de nous, ce qu’il a • du fond de sa plénitude6}

Mais parmi toutes choses, que votre Père a mises ! entre vos mains, ce qu’il y a le plus mis c’est le jul gement ; puisqu’il s’en est en quelque sorte dépouillé lui-même pour vous le donner : d'où vient aussi que vous avez dit : Le Père ne juge personne ; mais il ! a remis au Fils tout le jugement 7. Mais en même temps vous avez dit, que le Fils ne fait que ce qu'il voit faire à son Père. Ce qui fait aussi que le Père l'aime , et tui montre tout ce qu'il fait9 1 comme on vient de voir.

Mais si vous devez connaître tout ce que lo Père a ordonné sur le jugement dernier, parce que c’est à vous qu’il est remis, et que vous êtes vous-même ce souverain juge, qui paraîtrez en ce jour avec une 1 majesté et une puissance divine; il s’ensuit que vous | connaissez tout cela, même comraehomme, parce que c’est comme homme que vous devez juger : ce | qu’il vous a plu de nous expliquer en disant que te ! Père adonné au Fils ta puissance déjuger, parce | qu’il est le rds de l’homme 9. Vous savez donc tout, I même comme homme : vous savez tout ce qui re- ! garde le jugement: vous en savez sans difficulté le jour et l’heure , puisque vous en savez toute la sagesse , et que la sagesse consiste principalement à ; prendre les moments, conformément à cette parole : Chaque chose a son temps et dans le monde tout est compassé, tout est rangé dans son | • Joan. XVI, 16. — ’ JMih. XI, 27. — » Joan. III, 33- —

! 4 Ibid. V , 20. — 1 Ibid. 34. — 6 Ibid. 1 , 16. — 5 Ibid. V, 22. J — » Jbid. 10, 20. —'•Ibid. 27. — '• £cdc». ni , I.

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