III« JOUR
lavement dm pltxl*. Puissance (le Jésus-Christ ; ton humilité. Joan. xiii, I, 6.
Comme il avait toujours aimé les siens , il les aima jusqu’à la fin'. En ce moment de son passage, lorsqu'il les allait quitter, il les aima plus que jamais, et leur donna des marques plus sensibles de son amour. C’était la consolation qu’il leur voulait laisser en les quittant. Eli effet, tout ce qu’il leur dit est plus tendre; tout ce qu'il fait, plus rempli d’amour : témoin l'eucharistie qu’il leur va donner. Mais voici par où il commence. ./près le souper t le diable ayant déjà mis dans le cœur de Judas , fils de Simon Iscariote , le dessein de le livrer : Jésus sachant que son Père lui avait tout mis entre les mains, et qu’il était sorli de Dieu, et qu'il y retournait ; il se leva de table , quitta scs habits , et mit un linge devant lui ; puis ayant versé de l’eau dans un bassin , il commença à laver les pieds de ses disciples, et tes essuya arec le linge qu’il avait attaché autour de lui ». Voilà notre lecture d'aujourd'hui. Qu’elle est belle! qu’elle est ravissante! Mon Sauveur, vous me remplissez de consolation par la lecture de votre Evangile! En quelque endroit que je l’ouvre, j’y trouve partout ces consolations, et des paroles de vie éternelle ; mais je ne sais si j’y ai lu rien de plus touchant que cet endroit. Mou Sauveur, augmentez ma joie dans cette sainte lecture, aliu que la chaste délectation dont elle nie remplit m’ôte tout le goût des joies du monde. Mais pour cela il faut peser toutes les paroles.
Jprès le souper 3 : saint Jean va parler d’un autre souper, où il était couché sur le sein de Jésus ; où Jésus donna à Judas le morceau trempé*. Voilà donc un autre souper. Il y en eut deux, dont le dernier se fit apres le lavement des pieds; et ce fut celui où il institua l'eucharistie : souper de cérémonie, qui peut-être fut précédé du souper de l’agneau pascal. Je n’entre pas dans ces questions, je ne cherche qu'à m'édifier : et il me suffit d'entendre que le festin où l'eucharistie fut instituée fut un festin particulier, qui fut tout plein de mystère, comme nous le verrons bientôt. Que le premier donc soit celui où l’on satisfit au besoin. Voilà Jésus qui se lève, et qui sort de table; et pour préparer ses disciples au mystérieux festin qu’il leur préparait, il leur lave les pieds.
Jésus sachant que son Père lui avuit fout remis entre les mains , et qu’il était sorti de Dieu et retournait à Dieu'*. Arrêtons-nous : saint Jean est ici tout occupé des grandeurs et de la puissance de Jésus; et il nous veut remplir de cette idée, afin que la peinture qu'il nous va faire de son humilité et de sou amour soit plus vive. Arrêtons-nous donc, encore un coup, et goûtons cette première parole : Son Père lui a tout remis entre les mains , selon ce qu’il a dit
* Juan, xill , I. — 1 Ibid. 2, 3, 4, G. t* Ibid 3. — * Ibid. 23, 20 — 1 Joan XIII, 3.
R L’ÉVANGILE
lui-même : Tout a été mis •entre mes mains par mon Père ’. Et ailleurs : l.a toute-puissance m’est donnée dans te ciel et dans la terre*. Kt quoique cette puissance lui appartint naturellement, parce que dès le commencement il était' Dieu, toujours résidant en Dieu et inséparable de lui, et qu’il était ce Verbe-Dieu, par qui Dieu a tout tiré du néant; le Père par ce moyen ne pouvant avoir aucune créature qui ne soit la créature du Fils et ne lui doive le même hommage, conformément à cette parole : Tout ce qui est à moi, est à vous; et tout ce qui est à vous , est a moi i : néanmoins cette puissance lui venait de son Père , qui , la lui ayant déjà donnée par son éternelle naissance, la lui donnait au temps de sa passion d'une façon particulière; parce que c'était par sa passion qu’il devait tout acquérir, et avoir à titre d'achat et d’acquisition ce qu'il avait déjà naturellement et par le droit de sa naissance. Et celui à qui tout est donné d'une manière si excellente, c’est celui qui nous va laver les pieds. Voilà où saint Jean en veut venir. Humilions-nous donc de notre côté. O Jésus! je me soumets à votre empire; à celui qnc vous avez sur inoi , comme Créateur, à celui que vous avez comme Rédempteur : vous êtes mon souverain Seigneur, mon doux et unique Maître : Tous êtes le l its de Dieu , vous êtes te roi d’ Israël*. Quelle obéissance ne vous dois-je pas, étant à vous à tant de titres, et par des titres de ectte nature, si authentiques, si immuables, si aimables, si divins!
IVe JOUR.
Tout remis entre le* main* de Jésus-Christ, spécialement les élu*. Ibid.
Tout lui a été remis en main par son Père*. Ce tout , qui lui a été remis en main par son Père , est principalement ce tout dont il a dit : Tout ce que mon Père me donne, vient à moi6. El ce tout c’est son Eglise ; c’est dans son Église spécialement les saints, et parmi les saints ceux qui le sont jusqu'à la fin, et, en un mot, les élus. Voilà ce tout bienheureux qui est spécialement remis par le Père entre les mains de Jésus, et dont il a dit lui-même : Ils étaient à vous, et vous me les avez donnés. Et un peu devant : t ous avez donné puissance sur toute chair , sur tous les hommes, à votre Fils, afin qu’il donne la rie étemelle à tout ce que vous lui avez donné1}. Ajoutons toujours : Et celui à qui le Père a remis en main tout ce qui lui est de plus cher, c’est-à-dire ses élus, ses bien-aimés, c’est celui qui va nous laver les pieds. Mou Sauveur, vous vous abaissez jusque-là! Il est juste que je m'abaisse devant vous. Mon Sauveur, que je sois de ce tout que votre Père vous a donné, afin que vous lui donniez la vie éternelle! J’en serai, si je suis fidèle à votre grâce , si je garde vos commandements. Donnez-moi ce que vous me com-
» .Va II h. xi, 27. — * Ibid. XXVIII, I*. — * Joan. XVII, IQ. — * Ibid. 1 , 40.— 1 Matlh. XI , 27 , — * Joan. J\, 37. — * Ibid. W ||, A, 2.
mandez; afin que je sois de ce troupeau béni, , dont vous avez dit : Mes brebis entendent ma voix y je les connais , et elles me suivent ; et je leur donne la vie éternelle. Ce que mon Père m’a donné est plus grand que tout ; lui-méme gui me Ca donné, est au-dessus de toutes choses : et l’on ne peut rien ôter de mes mains non plus que des siennes, parce que mon Père et moi ne sommes qu'un '. Qu’y a-t-il à craindre après cela? Rien du tout, sinon de manquer à sa vocation; il n’y a qu'à s’abandonner à ces mains toutes-puissantes, et à dire à Jésus : O Seigneur! j'espère en vous; je me livre à vous, je ne serai point confondu *.
Ve JOUR.
Jé*u»-ChrUt, vrai Dieu, et vrai homme. Joan. nu, 3.
La même lecture, et s’arrêter à ces paroles ; Jésus sachant que tout lui était remis entre les mains, et qu'il était sorti de Dieu, et qu'il retournait à Dieu 3. Sorti de Dieu sans altération , sans succession, sans ordre de temps , «avec une inexplicable pureté, comme le rayon sort du soleil sans s’en séparer, et toujours portant en lui-méme toute la vertu de son principe ; ce qui fait que saint Paul l’appelle, V éclat et le rejaillissement de ta gloire de son Père * : sorti néanmoins, non par extension comme le rayon qui n’est que la lumière étendue, et portée bien loin nu dehors ; mais sorti de Dieu comme la pensée sort de l’esprit, en y demeurant toujours : sorti de lui, par conséquent, comme quelque chose de vivant, ou plutôt comme la vie même; ce qui fait dire à saint Jean, que la rie était en lui 4 : c'est-à-dire qu'elle y était comme dans le Père, qu’elle y était comme dans sa source; selon ce qu’il dit lui-méme de sa propre bouche : Comme le Père a la vie en lui-méme ; ainsi a-t-il donné au Fils d'avoir la vie en lui-méme6. Il est donc sorti de Dieu de cette manière, vivant de vivant, vie de la vie; sorti par la parfaite connaissance qu'il a éternellement de lui-méme, comme sa pensée , son intelligence, sa sagesse; comme sa parole intérieure, par laquelle il se dit à lui-méme tout ee qu’il est; comme l’expression vive et naturelle de ses perfections et de tout son être ; comme portant en lui-même toute sa beauté; comme étant sa vive et parfaite image , et l’ empreinte de sa substance 7. Sorti par conséquent comme un autre lui-méme, comme son Fils, de même nature que lui; Dieu comme lui; mais un même Dieu avec lui , un meme Dieu que lui : parce qu’il ne sort pas par l’effusion d’une partie de sa substance; mais il Sort de toute sa substance, puisque sa substance ne souffre pas de division ni de partage : de sorte que sa substance, sa vie, sa divinité lui est communiquée tout entière; lui est commune avec le Père , à qui il ne reste rien de propre et de particulier que d'étre Père : comme il ne reste à la source que d’être la source, tout le
1 Joan. X, 27, 2*, 20,3 o. — *P#. XXX, I.— */<*»», nu, S.
— * tltbr. I, 3 — * Joan. l, 4. — * Ibid, v, 26. — 1 tttbr. l , 3.
Dowrr. — Tour. ni.
reste, pour ainsi parler, passant tout entier dans le ruisseau.
Voilà, autant qu’il est permis aux hommes de bégayer, voila, dis-je, ce que c'est que sortir de Dieu. Ce sont les expressions dont se sert récriture sainte, pour aider notre faible intelligence, pour l'élever au-dessus d'elle-même. Et tout cela nous est dit en abrégé dans le symbole de Nicée, lorsqu’il y est dit que le Fils de Dieu est engendré, et sorti de la substance de son Père, Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu d’un vrai Dieu, de même substance que son Père, et un même Dieu avec lui , parccque le Seigneur notre Dieu est un seul Dieu, et que tout ce qui est Dieu et vrai Dieu, ne peut être qu'un ; l’unité étant la substance et l’essence même de la divinité. Mais pourquoi se perdre aujourd'hui dans ces sublimes pensées? si ce n’est pour considérer avec saint Jean , par une ferme et vive foi, qu? vous, mon Sauveur, étant Dieu, égal à Dieu, un et même Dieu avec votre Père, d’où vous êtes sorti en demeurant éternellement dans son sein; néanmoins vous avez voulu vous rabaisser jusqu'à laver nos pieds, vous humiliant de cette sorte devant votre créature pour nous apprendre à nous humilier, uon-sculement devant vous, mais encore devant nos frères, devant nos égaux, devant des hommes faits comme nous, devant nos inférieurs, si notre bassesse naturelle nous permet de mettre quelqu’un eu ce rang.
Jesus-Chrisl Pi«’ii île Dieu, sorti de P»pu. Ibid.
Encore la même lecture , le même mot : Sorti de Dieu *. Vous êtes, mon Sauveur, sorti de Dieu; sorti premièrement dans l’éternité, conformément à cette parole de Miellée : Sa sortie est des les jours de l’éternité * ; d’une parfaite coexistence avec Dieu, de qui vous sortez : autrement, vous ne seriez pas le rayon de ce soleil , vous ne seriez pas l’éclat de sa gloire, ni l'empreinte de sa substance, puisque sa substance c’est l’éternité : vous ne seriez pas sa pensée, vous ne seriez pas son Fils, le Fils parfait d’un Père parfait; d’un Père toujours parfait , pour produire, pour engendrer, comme pour être. Vous êtes donc sorti de Dieu dans l'éternité, avant tous les temps; mais sorti de Dieu dans le temps, lorsque votre Père qui vous engendre, et vous porte éternellement dans son sein , unit à votre personne qui lui est égale et coéternelle , dans le sein de In bienheureuse Vierge, la nature humaine tout entière, c’est-à-dirc une âme unie «i un corps humain, afin que le même qui est Dieu parfait fôt aussi homme parfait : Fils de Dieu et Fils de Marie, le même Fils, le même Dieu. En cette sorte, ô Jésus ! vous êtes encore sorti de votre Père éternel, parce que vous n’avez point eu d’autre Pcre que lui; cl que la mère que vous avez eue est demeurée vierge, n’ayant été rendue féconde qu’à cause que le Saint- Esprit est survenu en elle, et que la vertu du Très -
1 Joan xiii, 3. — 1 * Nich. v, 2.
Dit
J by CaOOgl
MEDITATIONS SUR L’ÉVANGILE
Haut l’a couverte de son ombre*. Conçu d’une manière si pure el si divine , celle dont vous êtes né ne l’est pas moins : puisque conçu du Saint-Esprit, vous êtes né de Marie toujours vierge ; et vous sortez en cette sorte pour paraître aux hommes, comme vous dites vous-méme : Je suis sorti de mon Père, et je suis venu dans le monde 1 : non que vous soyez venu où vous n’étiez pas; mais vous avez paru, où vous ne paraissiez pas : et voilà votre sortie dans le temps, lorsqu'étant fait homme mortel, vous avez paru parmi les mortels.
C’est ainsi que vous êtes venu dans le monde en qualité d'homme; mais en même temps vous êtes demeuré comme Dieu dans le sein de votre Père , selon ce que disait saint Jean votre précurseur : Personne n'a jamais vu Dieu; mais le Fils unique qui est dans le sein de son Père nous en a raconté les merveilles 3, nous l’a fait connaître. Et , comme vous dites vous-même, Personne n’est monté au ciel que celui qui est descendu du ciel, à savoir, le Fils de l'homme qui est dans le ciel 4 : vous en êtes descendu , et vous y êtes. Comme Dieu vous ne quittez jamais le ciel , qui est le lieu de la gloire de votre Père, et vous ne le pouvez jamais quitter. Comme homme mortel vous avez quittécctte gloire , qui vous était naturelle , et vous nous avez paru clans la bassesse : et vous vous êtes fait homme, et vous avez habité au milieu de nous, et nous avons ru votre gloire , comme la gloire du Fils unique plein de grâce et de vérité *.
Mais comment est-ce que saint Jean a dit qu’il avait vu votre gloire? Est-ce à cause qu'il vous a vu ressuscité et montant aux deux? ou même qu'il vous a vu transfiguré sur le Tliabor? Tout cela entre dans sa pensée; mais il déclare qu’il vous a vu dans votre gloire., lorsqu'il vous a vu plein de grâce et de vérité; plein de la grâce des miracles, et guérissant tous les maux de nos corps ; plein de la grâce qui nous sanctifie, puisque vos apdtres vous disaient : O Seigneur , augmentez-nous la foi6l et que cet affligé vous criait du fond de son cœur : Je crois , Seigneur! aidez mon incrédulité!. C’est donc ainsi que saint Jean vous a vu plein de grâce, et par la même raison il vous a vu plein de vérité; parce que vous annonciez la vérité aux hommes par vos prédications, et qu’en même temps vous la leur mettiez dans le cœur par l’inspiration de votre grAce, les illuminant tout ensemble et au dedans et au dehors. Nous avons donc vu votre gloire, même au milieu de vos bassesses; parce que nous y avons vu la vérité et la grâce dont vous étiez plein, et plein non-seulement pour vous, mais encore pour nous : puisque nous avons tout reçu de votre plénitude , et grâce pour grâce *, comme le disait saint Jean- Baptiste votre précurseur.
Nous voyions donc alors votre gloire au milieu de vos infirmités : et si nous ne la voyions pas tout entière ; si en même temps que nous nous voyions des yeux de la foi , comme le Fils unique de Dieu,
1 Luc. i , as. — * Joan. xvi , — 3 Ibid, i, l». — 4 Ibid.
lit . IX — * Ibib. i , u. — • Luc. xvn , r». — ' Marc, ix , 23. — * Joan. I, IC.
nous vous voyions des yeux du corps comme le dernier des hommes, comme l'homme de douleurs et tout rempli d’infirmités, comme un ver et non pa» comme un homme; c’est que vous cachiez volontairement votre gloire ; vous en suspendiez l’effet ; ce n’était point par force que vous étiez dans l’abaissement; c'était par amour et par bonté. Et néanmoins avec cette gloire dont vous étiez plein, et que vous aviez apportée en sortant de Dieu, vous venez nous laver les pieds ! Quand donc j'aurais de la gloire, je la voudrais supprimer. Mais je n’en ai point : je n’ai rien ; je ne suis rien ; et il ne s’agit que d'abaisser, ou plutôt il ne s’agit que de tenir bas un pur néant.
VIIe JOUR.
Jésus-CbrM sorti de U gloire de Dieu, y devait retourner.
Joan. xiii, 3.
Les mêmes paroles: Sachant qu'il était sorti de Dieu, et quit y retournait'. Celui qui est sorti de Dieu de cette manière, ne peut pas qu'il n'v retourne. Il y avait en lui une grandeur , qui devait enfin l’emporter. Il ne pouvait s'abaisser que par condescendance, pour s'approcher de nous; puur nous apporter ses grâces ; pour nous donner un parfait modèle d'humilité, de douceur, de patience, de toutes les vertus; pour se rendre la victime de nos pèches. Pour cela il fallait qu'il descendit jusqu'au tombeau; mais, comme dit saint Pierre, il n’y pouvait pan tire détenu'. Kl il fallait que la vie qui était en lui, prévalût. Il fallait donc aussi que s'il quittait sa gloire, il la reprit bientôt; s'il s'humiliait jusqua la mort, et à ta mort de ta croix, Dieu devait eusuile l'exalter et lui donner un nom qui fût au-dessus de tout nom1, pour accomplir aussi ce qu'il a demandé à son Père : Mon Père, glorijicz-mol eu vous-même decette gloire que j'ai eue en cous, aoant que le monde fût*. C’est ce que veut dire saint Jean par ces paroles ; Sachant qu'il sortait de Dieu, et qu'il y retournait. Car il n était pas possible qu'il demeurât toujours séparé d'une gloire qui lui était si naturelle; et non-seulement il y devait retourner, mais encore nous y ramener avec lui : ce qui aussi lui a fait dire : Mon Père ,je veux que la oit je suis , ceux que vous m’avez donnés y soient aussi avec moi iofm qu'ils contemplent nia gloire, que vous m'avez donnée, parce que vous m’avez aimé avant ta création du mondei. U contempler, c'est en jouir , c’est y participer, selon ce que ditsaint Jean : JV dus lui serons semblables, parce que mus le verrons comme il est6. Et c'est l’aecomplissement de ce qu’il a dit : Je leur ai donné ta gloire que vous m'avez donnée, afin qu'ils soient un, comme nous sommes un ; et que te monde sache que vous les avez aimés, comme vous m'avez aiméi.
Que ceux qui aiment Jésus-Christ goûtent ces paroles; et qu'ils goûtent encore eeJlcs-ci : Je m'en
1 Joan. sut, s — » Ad. n, ai. — J Philip, n, s, s. — 1 Jnun. xvn , 5. — 1 Ibid. îv, IS , 24. — i |. /Serf, m , s. — ’ Ibid. XVII , 22 , 23.
Digil
île
MÉDITATIONS SIJR L'ÉVANGILE.
rrïi.t vous préparer la place : et quanti je m'en rerai allé , et que je roui aurai préparé la place , je reviendrai, et je rom retirerai a moi; afin que là où je suis , vous y soyez aussi '.Voilà donc l:i manière dont Jésus-Christ devait retourner à Dieu; voilà ce que veulent dire res paroles de saint Jean : était sorti de Dieu, et y retournait. Et lorsqu'il fut sur le point d'accomplir ce glorieux retour, étant tel , et se sachant tel , comme le remarque saint Jean , il voulut bien nous laver les pieds. Silence , silence encore un coup ; taisez-vous , mes pensées; laissez-moi contempler Jésus aux pieds de ses apôtres, à nos pieds de tous, et aux pieds de tous ses fidèles, qu'il regardait dans ses apôtres.
VIII* JOUR
Jésus-Christ en vient au lavement des pied*. Joan. \m, '•
Lisez f.Aeli.ll se leva de laide , et il posa ses habits ; les habits d'honneur que portaient le» personnes libres, et ne se laissant que cette sorte d'habits que ceux qui servaient avaient accoutumé de garder. Etayant pris un linge. Use l'attacha devant lui : de mot à mot , il s’en ceignit. Se ceindre. en général, était la posture de celui qui allait servir, selon ce qui est écrit : Que vos reins soient ceints ; et un peu après : Soyez comme les serviteurs qui attendent leurs maîtres; et un peu après: U maître se ceindra lui-même, et fera asseoir à table ses fidèles serviteurs; il viendra lui-même les servir ’. Voilà en général ce que c'est que se ceindre; mais se ceindre d'une linge est l'habit d'un service encore plus vil, qui est celui de laver les pieds. Et remarquez que Jésus fait tout luimême : lui-même il pose ses habits; il se met luimême ce linge ; il verse l'eau lui-même dans le bassin : de ces mêmes mains qui sont les dispensatrices de toutes les grâces; de ees mains qui sont les mains d'un Dieu , qui a tout fait par sa puissance ; de ces mains dont iaseule imposition, le seul attouchement guérissait les malades et ressuscitait les morts; de ces mêmes mains, il versade l’eau dans un bassin, il lava et essuya les pieds de ses disciples. Ce n'est pas ici une cérémonie; c'est un service effectif qu’il leur rend à tous , et le service le plus vil , puisqu'il faut se mettre à leurs pieds pour le leur rendre ; il faut laveries ordures et la poussière qui s'amassaient autour des pieds en niarclumtnu-picds, comme on faisait en ces pays-là. Voilà ce que fait Jésus, sachant tout ce qu'il était, dès l'éternité, et dans le temps, et ce qu'il allait devenir par sa résurrection , et son ascension triomphante, l’énétrez-moi , 6 Jésus ! de votre grandeur naturelle, et de vos bassesses volontaires; afin que du moins dans ma petitesse naturelle, je n’aie point de difficulté à me tenir bas , et à servir mes frères !
Pierre refuse de sc laisser laver les pieds; puis il oWiL Joan. xiii, K, 0.
Que saint Pierre était pénétré de ccs grandeurs
‘ Joan. XIV, a, a. — * Luc. XII, 3b, M, 37.
et de res bassesses de son maître, lorsqu’il s’écrie tout transporté : Quoi } Seigneur, vous me laveriez /es pieds ■ ! Vous? à qui? à moi : Tu, mihi. Vous, le Fils de Dieu! y moi, un pécheur. Il lui disait autrefois : /(étirez-vous de moi, Seigneur , car je suis homme pécheur * : un homme, un mortel, un néant; mais, ce qui est encore pis, un pécheur : Ah î retirez*vous de moi; je ne puis souffrir votre approche. A plus forte raison , maintenant , que vous veniez me laver les pieds, et me rendre un service si indigne de vous ; un maître à son disciple; un Seigneur, et un tel Seigneur, à son esclave : Ah î Seigneur! quoi que vous disiez, je ne le souffrirai jamais ; jamais vous ne me laverez les pieds 3.
Le caractère de saint Pierre était la ferveur. Elle n'était pas encore bien réglée, mais elle était extrême ; et quoique Jésus lui dit ; f'ous ne savez pas encore ce que je veux faire, mais tous le saurez bientôt, et en son temps; comme s’il eût dit î Laissez-moi faire, je sais pourquoi je le fais; Pierre s’obstine, pour ainsi parler, et contraint Jésus de lui dire : Si je ne rous lace , vous n’aurez point de part avec moi. Et en même temps, avec la même ferveur qui lui faisait dire : Jamais vous ne me lacerez les pieds ; il s'écrie : Ah ! Seigneur! nonseulement Us pieds; mais encore les mains et ta Me*. Il ne savait pas encore ce que c'était d’être lavé par Jésus , et dans quel baptême il fallait être plongé à son exemple : il n’avait pas encore pénétré cette, parole de son maître : J'ai à être baptisé d’un baptême 5 ; il faut que je sois baptisé de mon propre sang , et je réserve ce baptême de souffrance à mes serviteurs ; je leur laverai les pieds , je leur laverai les mains, je leur laverai la tète par ce baptême. Pierre ne savait pas encore tout ce mystère; il ne savait pas encore paifaitcmcnt combien nos pensées, combien nos actions étaient impures; ni combien nous avions besoin que notre tête et nos mains fussent lavées. Et néanmoins, possédé du désir d’être avec son maître , et d’avoir part avec lui , à l’abandon, il s’écrie : Je vous livre tout , les pieds , les mains, la tête même; tavez-moi comme vous voudrez; je veux être avec vous quoi qu’il en coûte ; à quelque prix que ce soit, je veux vous avoir; faites ce que vous voudrez, non-seulement de mes pieds, mais encore de mes mains et de ma tête. Vous serez écouté, Pierre; vos pieds et vos mains seront lavés; vous serez crucifié comme votre maître; votre tête aura son partage dans votre crucifiement, et vous serez crucifié la tête en bas. C’est ainsi que votre maître vous lavera : voila le bain qu’il vous prépare ; / bus ne le savez pas encore; mais» on vous le fera savoir en son temps. O Seigneur! non- seulement les pieds , mais encore les mains et la Me. Imitons saint Pierre ; abandonnons-nous à notre Sauveur. Nous ne savons pas encore ce qu’il veut faire de nous ; notre faiblesse ne le pourrait pas souffrir; mais, quoi que ce soit, mon cœur est prêt : mon cœur est prêt, ô Dieu 6 ! encore un coup, je vous livre tout; pieds et mains, tout ce
1 Joan. xti|, fi, 7. — 1 Lue. v, s. — * Joan. un, G. — * liai» 7, H , — 1 Luc. xu , &0. — 6 Ps. l.vi , «.
Dion
MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE
que je suis , la tjle même , et l’une dont elle est le «iége.
Se laver de» moindre» tache», Cou» f te» pur», mais non ptis tous. Joan. xm ,8, lo.
En Orient, dans les pays chauds, l'usage du bain était fort fréquent, et après qu’on s'était lavé le matin , et pendant le jour, il ne restait plus sur le soir que de se laver les pieds pour se nettoyer des ordures qu’on amassait en allantet venant. C’est le sens de cette parole de l'Épouse : J'ai lavé mes pieds : pourquoi voulez-vous que je me lève pour les salir " ? Jésus-Christ se sert de cette similitude , pour faire entendre à ses fidèles qu’après s’être lavé des grands péchés, il reste encore le soin de se purger de ceux que l’on contracte dans l'usage de la vie humaine, lesquels, bien que plus petits à comparaison des autres , ne laissent pas en euxmêmes d’être toujours grands , parce qu’une âme qui aime Dieu ne trouve rien de léger dans ce qui l’offense; et si elle négligeait de se purifier de ces fautes , elles la mettraient dans un état funeste , affaiblissant insensiblement les forces de l'âme : en sorte qu’il ne lui resterait que très-peu de résistance contre les grandes tentations; ce qui la ferait succomber trop aisément, parce que ces tentations violentes ne peuvent être vaincues que par une tres-ardentc charité. C'est ce que Jésus-Chiist nous apprend par ces paroles : Celui qui a été lavé n'a plus besoin que tle laver ses pieds , et il esf pur danstouHe reste ; et vous, vous fies purs, mais non pas tous*. Jésus-Christ nous apprend donc, par cette parole, qu'il ne nous est pas permis de négliger ces moindres péchés; et c’est ce qu’il a voulu signifier par le lavement des pieds. Et afin de pénétrer tout le mystère , le soin qu’il prend de laver les pieds 5 ses apôtres, au moment qu’il allait instituer l’eucharistie et les y faire participer, nou9 apprend que le temps où nous devons nous appliquer à purger ces fautes vénielles, c’est celui où nous nous préparons à la communion, où il s’agit de s'unir parfaitement avec Jésus-Christ ; à quoi ces péchés apportent un si grand obstacle, que si on mourait avant que de les avoir expiés , la vision bienheureuse en serait retardée, et peut-être durant plusieurs siècles. On doit donc se sentir d’autant plus oblige à purifier ces péchés avant la communion, que c'est par elle pri ncipalement qu'on s’en doit relever, les autres étant lavés par un autre sacrement ; et la négligence de purger ces fautes pouvant aller à un excès qui rendrait l’attache à ces péchés non-seulement dangereuse , comme elle l’est toujours , mais encore mortelle. Car celui qui ne se soucie des péchés qu'à cause qu’ils damnent , montre que c’est la peine qu’il craint , mais qu'il n'aime pas véritablement la justice , c’est-à-dire , qu'il n'aime pas Dieu comme il y est obligé; et il doit craindre de perdre bientôt, par son extrême langueur, tout ce qui lui reste de ce feu divin. La-
vons donc soigneusement, non-seulement nos mains et notre tête, mais encore nos pieds, avant que d’approcher de l’eucharistie; autrement l’Époux viendra à nous avec une espèce de dédain : et encore que ces péchés journaliers n’empêchent pas qu'il ne nous dise, ainsi qu'aux apôtres : Cous êtes purs; il nous avertit néanmoins de nous en purger, quand nous voulons nous approcher de son corps et de son sang avec toute la pureté requise.
Et il fait bien voir combien est grande cette obligation , lorsqu'on lavant les pieds à ses apôtres, pour leur inspirer le soin de se purifier de ces péchés, il leur dit : Si je ne vous lave : c’est-à-dire, si je ne lave ces taches des pieds : vous n’aurez point de part arec moi 1 ; non-seulement 5 cause qu’elles retardent , comme on vient de voir, la vision bienheureuse, et la parfaite union avec Dieu; mais encore à cause que la négligence de les nettoyer peut causer de dangereuses froideurs entre l’âme et Jésus-Christ, et même dans un certain degré devenir mortelle. Lavez-vous donc, chrétien, lavezvous de tous vos péchés, jusqu'aux plus petits, lorsque vous devez approcher de la sainte table. Lavez vos pieds avec soin, renouvelez-vous tout à fait, de peur qu’il ne vous arrive de manger indignement le corps du Sauveur ; puisque vous voyez si clairement que ce péché, qui peut-être ne serait que véniel par sa nature, deviendrait mortel par l'attache que vous y auriez. Et quand même vous ne seriez pas tout à fait indigne, de cette indignité qui nous rend coupables du corps et du sang du Sauveur, nous pourrions nous rendre indignes des grandes grâces, sans lesquelles nous ne pouvons vaincre les grandes faiblesses, ni les grandes tentations dont la vie est pleine. Nous pourrions nous rendre indignes de cette parfaite communication avec l’Époux, et causer entre lui et nous, sinon la rupture, du moins ces froideurs qui sont des dispositions à la rupture même.
Seigneur! lavez-moi les pieds, afin que je dise avec l’ Épouse : Je me suis taré tes pieds ; puis-je les salir de nouveau? I.a pureté est un attrait pour conserver la pureté : plus un habit est blanc, plus les taches qui sont dessus se font remarquer : plus on est net, plus on doit éviter de se souiller; dans le désir d’être rangé avec ceux dont il est écrit, qu’fis sont sans tache devant te trône de Dieu*. C’est à quoi il faut aspirer, et se souvenir de cette belle doctrine de saint Augustin : qu 'encore qu’on ne puisse vivre ici sans péché, on en peut sortir sans péché, parce que, comme les péchés y abondent, les remèdes pour le» guérir n’y manquent pas.
\T JOUR
Judas lavé connue le» autre». Joan. xm, 10, 11.
Cous êtes purs , mais non pas tous : car U savait qui était celui qui le derait trahir , et c'est pour cela qu'il dit : Cous êtes purs , mais non pas tous J. Et cependant , quoiqu'il le connût, et que te diable
' Joan. XIII, S. — * ApoC. xiv, *Jo,tn. xin, 10, 11»
• C'ant. v, 3. — * Joan. xiu, 10.
fût déjà entré dans son cœur » pour lui inspirer le dessein de livrer son maître , il lui lave les pieds comme aux autres; et il l'avertit qu'il voit son crime, pour le porter à se corriger ! Arrêtons-nous à considérer avec saint Paul * la bonté de Dieu qui nous attend, disons plus, qui nous invite à ta pénitence; pendant qu’arec notre dureté et notre cœur impénitent,' nous nous amassons à nous-mé • mes des trésors de haine. Telle était la disposition de Judas.
Que de Judas parmi les chrétiens! Que de malheureux, que mille démonstrations des bontés de Dieu ne peuvent détourner de la résolution de mal faire! Ne soyons point de ce nombre. Si nous en avons été , n'en soyons plus; songeons du moins qu'il nous voit , qu'il voit celui qui le doit trahir .* et cependant il lui lave les pieds; une eau sainte lui est présentée dans la pénitence ; Jésus est prêt à le recevoir à son amour et à ses grâces, pourvu qu’il se lave et se repente.
XIIe JOUR.
Lavement des pieds commandé. Bonté et humilité. Jouit .