XIII, 12, IG
Il fallait joindre l'instruction de la parole à celle de l’exemple. Jésus reprit ses habits , et s’étant remis à table; avant que de reprendre le souper qu'il avait interrompu, avant que d'en venir au repas céleste, il y parla en cette sorte : fous voyez ce que je viens de faire : vous m’appelez votre Maitre et votre Seigneur ; et vous avez raison, car je le suis1. Continuez la lecture, k. 14, 15, IG.
Vous y apprendrez que le Sauveur nous enseigne à rendre à nos frères le service que nous pouvons, même corporel , même sans y être tenus. Celui de laver les pieds était alors en grand usage , comme i il parait par ces paroles de saint Paul, où il compte , parmi les conditions de la veuve qu’on devait choisir pour servir les pauvres : qu'cite ait été hospitalière, quelle ait lavé les pieds des saints*. Choisissons à cet exemple quelque service de cette nature, qui revienne à celui-là selon nos mœurs. Par exemple, allons servir les malades dans un hôpital; ou plutôt encore quelque malade qui soit sans secours, et qui ait besoin d'un tel service : et toutes les fois que nous le rendrons à quelqu’un, rendons-le comme Jésus-Christ, le plus sérieux, le plus effectif, et par conséquent le plus humble qu'il se pourra; et que ceux qui rendent quelquefois aux pauvres de tels services par cérémonie , comme les princes, les prélats, les supérieurs des communautés, entrent dans l'esprit de cette cérémonie : qu'ils entrent dans une profonde et sincère humilité ; qu'ils considèrent que dans le fond notre nature est servile, que nous sommes nés serfs par le péché , et que la différence des conditions ne peut pas effacer ce titre.
Ne servons pas seulement nos frères avec humilité comme a fait le Sauveur ; mais servons-les avec amour, en nous souvenant de celle parole :
' Joan. xiii, 2. — * Rom. Il, 4,5. — * Joan. XIU, 19, 13 — 4 1. Tint, v, 0, 10.
I Jésus ayant toujours aimé les siens, tl les aima ! jusqu'à lajin‘. Ce ne fut donc pas seulement pour pratiquer l'humilité, et;nous en donner l’exemple, qu’il lava les pieds à ses disciples; niais ce fut par j un tendre amour, par le plaisir qu'il avait à leur montrer combien il les estimait; pour relever la dignité de la nature humaine tombée dans la servitude. Servons donc nosfrères dans le même esprit, par estime, par tendresse, et pour honorer Jésus- Christ en eux.
Dans un sens moral, mais très-véritable et trèssolide, nous nous lovons les pieds les uns aux autres, lorsque nous prenons soin de nous avertir mutuellement de nos fautes, toujours prêts Ii les excuser, ne souffrant pas qu’on déshonore notre prochain dans les moindres choses, et le purgeant par ce moyen même des plus petits défauts ; ei cela,
' non-seulement par humilité, de peur qu’en jugeant les autres, nous nous attirions à nous-mêmes un sévère jugement pour nos défauts; mais par une sincère et véritable tendresse pour tous les chrétiens qui sont nos frères, et pour tous les hommes, qui sont notre chair.
Jésus-Christ, après avoir dit : Faites comme Je mus ai lait ■, et avoir montré aux hommes le service qu’ils doivent rendre à leurs semblables; afin de leur faire entendre à combien plus forte raison ils doivent servir ses ministres, il ajoute : Celui qui reçoit ceux que j'envoie , me reçoit mot-méme ; et celui qui me reçoit, reçoit celui qui m’a envoyé s. Le bel enchaînement : de remonter des ministres de Jésus-Christ à lui-même, et de lui-même à Dieu son Père! Accoutumons-nous à regarder Jcsus- Christ dans nos pasteurs, et dans Jcsus-Christ toute la majesté de son Père.
En tenant ces discours à ses a poires , Jésus- Christ y insère toujours quelque chose du traître Judas pour les confirmer, non-seulement dans la foi, en leur faisant sentir qu’il savait tout; mois encore dans les sentiments de bonté et d'humilité : puisque connaissant , comme il dit , ceux qu'il avait choisis, et sachant les noirs desseins de ce traître, il n’avait pas laissé de lui laver les pieds; et nonseulement cela , mais encore de le faire mettre à sa table , de lui servir à manger comme aux autres, et, ce qui est au-dessus de tout, de lui donner, comme aux autres, son corps et son sang.
XIIIe JOUR.
Trouble de Jésus : Un de rom me trahira . JoAn. xiii, 9f.
Jésus ayant dit ces choses, se troubla en son esprit, et sc déclara, en disant : Un de vous me trahira. Ce trouble dans l'âme sainte et dans l'esprit de Jésus, est digne d'une attention extraordinaire. Ce qui se présente d'abord à notre esprit, c’est la cause de ce trouble : Un de vous me trahira. Le crime, la trahison, la perfidie d'un des disciples de Jésus, c'est ce qui lui cause ce trouble intérieur. Ce qui le trouble donc , en généra! , c'est le péché : c’est, en particulier, les péchés de ceux
1 Jouit. XIII , 1. — » Ibid. 15. — J Ibid. 20.
MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE
qui lui étaient le plus unis, comme Judas, qu’il avait mis au nombre de ses apôtres. Quand il songeait que sa passion, par laquelle il venait détruire le péché , devait introduire dans le monde tant de nouveaux crimes, des crimes si énormes, si singuliers, si inouis, la trahison d'un Judas, les inhumanités des Juifs, leur ingratitude, en un mot, le déicide : c'est là ce qui lui causait , plus que tout le reste, ce trouble intérieur ; et on ne sc trompera pas en croyant que c’était là la partie la plus amère de son calice.
Nous voyons trois endroits principaux, où il est parlé du trouble de la sainte Ame de Jésus; celui-ci , au chapitre xii du même évangile, ÿ. 27 , lorsqu’il dit : Mon âme est troublée ; et dans le chapitre xi, \\ 33, où voyant les larmes des Juifs et de Marie sccur de Lazare, qui pleuraient sa mort, il frémit en son esprit , et se troubla lui-méme.
Il n'y a nul doute, dans l’endroit où nous sommes , que le sujet de son trouble ne fût le crime de Judas et de tous ceux qui devaient coopérer à sa mort, car l'évangéliste le remarque, lorsqu'il dit qu'i/ se troubla et qu'il dit en même temps : Un de vous me trahira. On doit croire aussi que lorsqu’il dit , à la veille de sa passion : Mon Ame est trou bléef c’était là principalement ce qui le troublait; c’était, dis-je, le péché, puisque rien ne méritait tant de l’cmouvoir. Enfin s'il a paru si troublé à la mort de Lazare et aux larmes qu'elle fit verser, il ne faut pas croire que la seule mort du corps lui causât ce frémissement et ce trouble : c’est qu’il regardait la mort de l'Ame dans celle du corps qui en était la figure; il regardait que c’est le péché qui a amené la mort dans le monde. Lazare était l'image du pécheur, et du pécheur dans son état le plus funeste et le plus affreux , qui est celui où l’on est par le péché d'endurcissement et d'habitude , lorsqu'on pourrit dans son crime.
Ainsi, ce trouble que Jésus ressentit ici dans son esprit, c’est l'horreur dont il fut saisi en considérant le péché : c’est ce qui lui causa ce saisissement qu'il fit paraître en frémissant. Et s'il nous est permis de pénétrer dans scs sentiments les plus intimes ; ce qui le troubla le plus vivement en cette occasion, c'est qu’il regarda le mauvais effet que sa mort et le mérite de son sang répandu , devaient produire dans les pécheurs , en leur étant une occasion de s'abandonner au péché , par l’espérance qu’elle leur donnait d'en obtenir le pardon. C’est là ce qu'il y a de plus horrible dans le péché, d’y faire servir la bonté de Dieu et la grâce de la rédemption. Si c’est là ce que le péché a de plus horrible , c’est là aussi, par conséquent, ce qui causait au Sauveur le plus d’horreur, le plus de saisissement , le plus de trouble.
Et, pour venir au troublequ’il ressentit aux approches de sa mort , il n'était pas seulement causé par les crimes , par les cruautés , par les injustices et les perfidies qui devaient le mener ou dernier supplice; mais encore, parce qu’il voyait qu’il en serait en quelque façon l’occasion innocente. Car encore que bien éloigné de donner lieu à la jalousie
et aux injustices des Juifs il n’ait rien omis ponr les corriger, et que leur malice seule fdl la cause de leurs fureurs : néanmoins il ne Inissaitpas d’être véritable que In sainteté de Jésus , sa doctrine, ses miracles, ses vives et pressantes repréhensions, qui devaient opérer leur salut excitèrent cette jalousie , et cette haine implacable contre Jésus-Christ; et que Judas prit occasion de s'éloigner de lui, des paroles qu’il avait dites en faveur de Marie lorsqu'elle avait épanché sur lui tant de parfums précieux.
11 faut ajouter à tout cela, qu'il avait à souffrir la mort comme la juste punition de tous les péchés dont il était chargé; et il y allait en quelque façon comme coupable. Ainsi l'horreur du péché le saisissait; il s’en voyait tout environné, tout pénétré. Il voyait, d cruel spectacle pour le Sauveur du genre humain ! il voyait croître le péché par le mauvais usage qu’on ferait de sa mort. Elle faisait dire à plusieurs qu'il n’était pas le Fils de Dieu; que tons les miracles par lesquels il l’avait prouvé, notaient qu'illusion. Elle était scandale aux Juifs, et folie aux gentils , et aux fidèles mêmes. Quelle occasion de vengeance! puisqu’en général tous ceux qui ne voudraient pas en profiter, en devenaient plus coupable, plus punissables, plus damnes. Combien était touché de leur malheur ce bon Sauveur, qui aimait si tendrement tous les hommes, particulièrement ses fidèles, et qui ne s'était fait homme que pour les sauver! O Jésus ! c’est ce qui troublait principalement votre sainte Ame : c’est ce qui lui causa cette émotion , et les autres que nous verrons dans la suite. Ayons donc horreur du péché ; et voyons, dans le trouble de Jésus , combien notre conscience en devrait être troublée.
QuVfct-ce que le trouble de Jésus? Joan. xm , 2|.
Il me semble , ô mon Sauveur ! que vous me faites entendre en quelque façon ce que c’était que ce trouble , dont il est si souvent parlé dans votre Évangile. C’est déjà bien certainement un trouble dans l’intérieur; autrement l’Évangéliste ne dirait pas : Il se troubla dans son esprit; ni lui-méme : Mon âme est troublée. Mais qu’est-ce donc , dans son intérieur, que ce trouble, si ce n’est l’horreur d’un grand mal, d’un mal extrême, du plus grand de tous les maux , qui est le péché avec toutes les affreuses circonstances qu’on vient de voir que Jésus ai'ait en vue : horreur qui, excitée dans son Ame sainte, rejaillissait sur le corps, et y causait des effets à peu près semblables à ceux que nous éprouvons a la vue des objets les plus fAciieux ; à quoi il faut ajouter, an temps de la passion ; ce que je vais tâcher de pénétrer avec le secours de l’Écriture?
Le trouble de l’Ame consiste principalement dans la diversité des pensées qui nous montent dans l’esprit à l’occasion des objets extraordinaires. Pour - ; quoi êtes-vous troublés , et pourquoi s'rlere-bUtant [ de différentes pensées dans votre, cœur ? dit Jé- | sus lui-méme à ses disciples 1 , lorsqu'il les vit si ef-
• Luc. xxiv.
MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE
frayés de ce qu’il leur apparaissait après sa mort. Ces pensées, dont l'âme est distraite et agitée, en sorte qu’elle ne sait quel parti prendre et à quoi se déterminer, c'est ce qui la trouble : elle ne se possède plus, elle n’est plus maîtresse d’elle-méme.
Oserons-nous dire qu’il y a eu quelque chose de semblable dans l'âme sainte de Jésus? Maintenant \ dit-il , mon Ame est troublée : et que dirai -je t Dirai- je à mon Père : Mon Pire , sauvez-moi de rette heure affreuse où j'aurai tant à souffrir? Mais c'est poitrcette heure-là que je suis venu: mon Père , glorifiez votre nom*.
Voilà cette diversité de pensées : on voit une espèce de perplexité dans ces paroles : Que diraije? une espece d’irrésolution dans celles-ci, Que demanderai-je à mon Père ? qu’il me delivre de tant de maux? Mais tout sc termine enfin par s’abandonner tout entier à Dieu et n’avoir pour objet que sa gloire.
Y a-t-il eu une véritable irrésolution dans la sainte âme de Jésus ? A Dieu ne plaise ! car l’irrésolution ne venant que de la faiblesse de la raison , lorsqu’on ne voit pas assez clair poursc déterminer à ce qu’il faut faire , une telle disposition pouvaitelle se trouver dans l’âme du Sauveur, à qui la sagesse éternelle était unie et ne cessait de la diriger dans tous ses mouvements ? Mais encore qu’il n’y eût point une véritable irrésolution dans une âme si ferme et si éclairée , il y a eu quelque chose de semblable; puisqu’il a souffert en lui-ménie ces différentes pensées , que causent d'un côté l’horreur naturelle d’une mort accompagnée de tant de terribles circonstances, et, de l’autre, une parfaite détermination à s’y livrer, parce que Dieu le voulait ainsi.
XVe JOUR.
L’horreur du péché, cause du trouble de Notrc-Selgncur.
JoilH. XIII , 21.
Pour comprendre combien cet état est fâcheux et affligeant, il ne faut que se souvenir que ce qui faisait l’horreur de Jésus-Christ n’était pas seulement la mort douloureuse qu’il avait à souffrir. Car encore que cette horreur de la mort et de la douleur soit naturelle au genre humain ,' et que Jésus-Christ l’ait dü prendre avec toute sa vivacité en prenant notre nature tout entière ; c’était le péché qu’il regardait comme l’objet qui lui était le plus opposé, et qui faisait son aversion. Il regardait la mort, ainsi qu’on l’a vu, comme l’effet, comme la peine du péché; la sienne était causée par mille énormes péchés : elle en augmentait la griéveté et le nombre, à la manière qui a été dite. Ah ! quel calice! combien grande, combien excessive en est l’amertume !
Un ancien Père raconte la disposition de trois solitaires dans les injures qu’on leur faisait. L’un se recueillait en lui-même, et examinait en trem-' blant s’il ne s’était point emporté, s’il n’avait point manque de patience. L’autre regardait celui par qui
* Joan. XU, 27, 28.
il était outragé comme un homme qui s’attirait à lui-même de grands maux par les justes jugements de Dieu , et il en était attendri jusqu’à en pleurer. Mais les larmes du dernier étaient bien plus abondantes, et bien plus amères; parce qu’il s’attachait à considérer que les outrages qu’on lui faisait étaient autant d’offenses contre Dieu , dont encore il avait été l'occasion quoique innocente. Laissons la première disposition, qui ne peut convenir au Sauveur: mais les deux autres étaient en lui d’autant plus vives , qu'il avait plus de tendresse pour les hommes , une impression beaucoup plus forte des jugements de Dieu, et une horreur du péché au-dessus de tout ce qu’on peut penser.
Quand donc il lui plaisait, quand il était convenable, et il l’était principalement dans le temps de sa passion, de se livrer tout entier à ce sentiment de compassion pour les pécheurs , et d’horreur pour le péché même; ce qu’il souffrait est inexplicable : et il ne faut pas s’étonner de lui avoir entendu dire : Mon Ame est troublée * ; ni de lui entendre dire bientôt : Mon Ame est triste jusqu'à la mort ».
Mon Sauveur ! ce trouble de votre sainte âme était nécessaire, d’un côté, pour exciter et pour guérir l’insensibilité de la mienne , qui , loin d’être troublée de son péché, n’en sent ni le poids ni la blessure; et de l’autre, pour expier ce trouble de mes sens émus par les diverses passions qui me tyrannisent tour à tour. Seigneur, guérissez- moi de tant de maux; que je cesse d'être insensible au péché; que je cesse d’être si sensible aux plaisirs et aux douleurs qui viennent du corps, où je me trouve plongé par l’acquisition et la perte des biens périssables.
XVIe JOUR.
Ce trouble éUll volontaire en Notrr-Seignear cl nécessaire
pour nous. Ibid.
Comment s’accorde ce trouble, cette agitation et , pour tout dire à la fois, cette profonde tristesse de Pâme de notre Sauveur, avec la parfaite union du Verbe, et la bienheureuse jouissance quelle attirait avec elle? C’est un mystère qu’il ne faut pas espérer de pénétrer en cette vie. Il nous suffit de penser que, comme l’union de l’âme avec le corps a ses règles, qui font que l’âme, selon ses divers rapports et ses différents objets, a des sentiments, reçoit des impressions, forme des pensées contraires en quelque façon les unes aux autres , ce qui donne lieu non-seulement aux philosophes, mais encore à l’apôtre même, de distinguer Yûme d’avec V esprit*, c’est-à-dire de distinguer l’âme comme en deux parties, et la partie animale d’avec la spirituelle et la raisonnable : ce qui souffre encore plusieurs autres subdivisions, en sorte qu’il semble quelquefois qu'il y ait plusieurs hommes dans un seul homme, tant ces sentiments différents sont véritables et vifs des deux côtés : ainsi l’uuion du Verbe avec l’âme, et par l’âme avec le corps, et encore celle du Verbe fait homme avec les Ùdcles
• Joan. XII. 27. — » SI au h. xxvi, 3#. — * tic b IV, 12.
Digitizi
MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE
qui sont ses membres, et avec tout le genre humain qu'il porte en lui-même, ont leurs règles prescrites par le Verbe même, qui, demeurant toujours immuable , excite dans l'âme qui lui est unie et appropriée de cette admirable manière qui la fait être véritablement l'âme d'un Dieu, des sentiments différents, selon les divers rapports quelle a avec lui , avec son corps naturel , avec son corps mystique, avec tous ses membres, et en tin mot avec tous les hommes; en sorte qu'il a dd souffrir par rapport à nous , et, comme parlent les Pères, par économie, par dispensation, par condescendance, ce qui n’edt point convenu à son état s'il u’eût été qu'une personne ordinaire et particulière : d'où aussi il est arrivé que, sans aucune diminution de la force qui le tenait invinciblement et inviolablement uni à la volonté de Dieu, et nu Verbe qui réglait tous ses mouvements; par le ministère qu’il exerçait de chef, de victime, de modèle du genre humain, il a dd souffrirles délaissements et les faiblesses que demandaient l'expiation de nos péchés, l'exemple qu’il uous devait, et les grâces qu’il fallait nous mériter par ce moyen. C'est pour nous que sans déroger à la vérité de cette parole : Je ne suis pas seul , car mon Père demeure avec moi* , il n‘a pas laissé de s’écrier: Mon Dieu! mon Dieu ! pour quoi m'avez-vous délaissé *? C’est pour nous que tout heureux qu'il était dans la haute partie de l'âme, par la jouissance du Verbe qu’il ne pouvait pas ne pas posséder, puisqu’il faisait avec lui une seule et même personne; il a fallu qu'il pdt dire selon la partie inférieure : Je suis triste jusqu'à la mort; et encore : L’esprit est prompt, mais la chair est infirme* ; et le reste que nous trouveroos dans la suite. Car ces peines intérieures faisaient partie de ce qu'il devait souffrir pour le péché : ees faiblesses faisaient partie du remède qu’il devait apporter aux nôtres, et de l’exemple qu'il nous devait donner pour les soutenir et pour les vaincre. Il fallait qu'il y eût en lui des infirmités, des détresses , des désolations, des délaissements auxquels nous pussions nous unir pour porter les nôtres. C'est par là qu'il est devenu et pontife compatissant , qui sait nous plaindre dans nos maux , à cause qu’il les a expérimentés , et qu’il a passé par toute sorte d’épreuves ; tenté, comme dit saint Paul * , ainsi que nous, en toutes choses , à la réserve du péché.
C’est pour toutes ces raisons , et sans doute pour beaucoup d’autres qui ne sont pas encore révélées , que Mme de Jésus-Christ a été livrée par le Verbe aux horreurs, aux troubles, aux faiblesses, aux délaissements que nous avons vus; qu’elle s’v est livrée elle-même volontairement, en s'appliquant aux objets capables de les exciter, et se mettant dans des dispositions qui y étaient le plus convenables : ce qui fait dire à saint Jean, qu'il était troublé à la vérité ; mais aussi qu'iV se troublait lui- mè me*, n’y ayant rien de forcé dans le trouble
5 Jouit. XVI, 33. — * VntlH. XXVII, 4fl. — * Ibid. XXI, 08, Il ,— *Hch. rr, i&;v, 2, a. — y©an. xu, 27; xi, 30.
qu’il souffrait, et au contraire tout y étant dirigé et ordonné par le Verbe qui présidait dans cette personne adorable , et par l'âme qui s'abandonnait à cette conduite, de toute sa volonté et de toute sa pensée.
C'est par une intime participation de ces états du Sauveur, que des âmes saintes, au milieu du trouble des sens , et parmi des angoisses inexplicables , jouissent dans un certain fond , d'un imperturbable repos , où elles sont dans la jouissance autant qu’on y peut être en cette vie. Elles n’ont donc qu'à s'unir au trouble, aux infirmités, aux délaissements de Jésus , pour, par ce moyen , trouver leur soutien dans l'union intime qui le tenait si inséparablement attaché à la divinité, et aux ordres de la sagesse incréée.
Ainsi le saint homme Job, poussé en quelque façon de deux esprits opposés , pendant qu’il dispute avec Dieu , pour soutenir devant lui son innocence; qu'il fulmine, pour ainsi dire, contre lui , et qu'il lui fait son procès, comme à celui qui l'a condamne par un jugement inique et par une espèce d’oppression et de calomnie * : pénétré en même temps de sa souveraine justice, il lui demande pardon avec une humilité admirable, et reconnaît en tremblant, qu’il n’y a point de sainteté irrépréhensible à ses yeux * : et pendant que les objets affreux que Dieu lui met dans l'esprit, même durant son sommeil , sans lui vouloir laisser aucun repos, semblent lui faire perdre tout courage, jusqu’à dire qu’i/ est au désespoir, qu'il en est réduit au cordeau, et à se défaire lui-même 3 ; dans le fond de sa conscience il jouit du repos des justes , et pousse la confiance jusqu'à dire : Quand il me tuerait, j'espérerai en lui; et encore : Mon témoin est dans le ciel , et celui qui me justifie dans les lieux hauts : mes amis sont des discoureurs : c’est devant cous que mes yeux répandent leurs larmes 4.
XVIIe JOUR.
J’ai désiré d'un grand désir de manger rrtte jutquc. Jt*sus- Uirist notre p&que. Luc. xxu, 18.
Pendant que Jésus parlait à ses disciples de celui qui le devait trahir, ils continuaient le souper : et le Fils de Dieu voulant établir la nouvelle pâque par l'institution de l’eucharistie , la commença par ces paroles : J’ai désiré d'un grand désir de manger celte f)dque avec vous , devant que de souffrir* : ce qui fut suivi , comme on verra, de l'institution de l'eucharistie : et cette institution , et ce grand désir qu'il uous témoigne en ce lieu, de faire avec nous cette pâque , avant que de souffrir, fait partie de l’amour immense dont Jésus, qui avait toujours aimé les siens, les aima, comme dit saint Jean Jusqu'à la fin 6.
Pour donc entrer dans son dessein , et dans des dispositions convenables aux siennes, souvenonsnous que la pâque, la sainte victime d'où devait
» Job. x, 3; XIU, 3; XVI. 18; xvn, 2; xix, 6; XXW », 4, &, fl. — * Ibid. IX, 16 cl SMJ. — * Ibid. VU , IV, 18, — * Ibid. xiu, 15; xvi, 2o, si. — 1 Luc. xxu , IB. — • Joan. xm, l.
MÉDITATIONS SDH L’ÉVANGILE.
sortir le sang de la délivrance, devait, comme beaucoup d'autres victimes de l’ancienne alliance, non-seulement être immolée , mais encore mangée , et que Jésus-Christ voulut se donner ce caractère de victime, en nous donnant à manger à perpétuité ce même corps , qui devait être une seule fois offert pour nous à la mort; c’est pourquoi il disait :
J ai désiré avec ardeur de manger avec vous cette pâque avant que de mourir1. Ce n’était pas la pâque légale, qui allait finir, que Jésus-Christ désirait avec tant d’ardeur de manger avec ses disci pies : il l’avait souvent célébrée et mangée avec eux : et une autre pâque faisait ici l'objet de son désir; et c’est pourquoi quand il dit : J’ai désiré avec ardeur démanger avec vous cette pâque , la pâque de la nouvelle alliance; c’est de même que s’il disait : J’ai désiré d’être moi-même votre pâque , d’être l’agneau immolé pour vous, la victime de votre délivrance; et par la même raison que j’ai désiré d’être une victime véritablement immolée, j’ai désiré aussi d’être une victime véritablement mangée : ce qu’il accomplit par ces paroles : Prenez , mangez : ceci est mon corps donné pour vous 1 : c’est la pâque d’où doit sortir le sang de votre délivrance. Vous sortirez de l’Égypte, et vous serez libres aussitôt apres que ce sang aura été versé pour vous : il ue vous restera plus qu’à manger à l'exemple de l'ancien peuple, la victime d’où il est sorti. C’est ce que vous accomplirez dans l'eucharistie que je vous laisse en mourant, pour être éternellement célébrée après ma mort. Manger les chairs de l’agneau pascal, était aux Israélites un gage sacré qu’il avait été immolé pour eux. La manducation de la victime était une manière d'y participer ; et c'était en cette sorte qu’on participait aux sacrifices pacifiques, ou d’action de grâces, comme il est marqué dans la loi3. Saint Paul dit aussi que les Israélites qui mangeaient la victime y par là étaient rendus particijxmts de l'autel et du sacrifice , et s'unissaient même à Dieu à qui il était offert; de même que ceux qui mangeaient les victimes offertes aux démons t entraient en société avec eux L Si donc Jésus est notre victime, s’il est notre pâque, il doit avoir ces deux caractères : l’un d’être immolé pour nous à la croix, l’autre d'être mangé a la sainte table comme la victime de notre salut. Et c’est ce qu'il désirait, avec tant d’ardeur, d’accomplir avec ses disciples. L’un et l'autre caractère devait être également réalisé en sa personne : comme il devait être immolé, en son propre corps et en sa propre substance, il fallait qu’il fût mangé de même: Prenez, mangez: ccci est mon corps livré pour vous: aussi véritablement mangé, qu’il est véritablement livré; aussi présent à la table où on le mange qu'à la croix où on le livre à la mort, où il s’offre épuisé de sang pour l’amour de vous.
Entrons donc, comme dit saint Paul5, dans tes mêmes dispositions où a été le Seigneur Jésus. S’il a désiré avec tant d’ardeur de célébrer cette
• Luc. WH, 15. — * Matth. XXVI, 26. — * Luc. xxil, 10. — 4 Lcvit. lll,7. — 5 1. Cor. x , 18, 19,20,21.
pâque avec nous, ayons le même désir de faire la pâque avec lui. Cette pâque est la communion; Jésus a faim pour nous de cette viande céleste : il désire d’être mangé, et par ce moyen d’être en tout point notre victime. Ayons la même ardeur de participer à son sacrifice, en mangeant ce divin corps immolé pour nous. S’il est notre victime, soyons la sienne. Offrons nos corps, comme dit saint Paul , ainsi qu’une hostie vivante , sainte et agréable *. Mortifions nos mauvais désirs : éteignons en nous toute impureté, toute avarice , tout orgueil » ; humilions-nous avec celui qui, se sentant égal à Dieu , n’a pas laissé de s’anéantir lui-même 9 en se rendant obéissant jusqu'à ta mort , et à la mort de la croix 3. Prenons des sentiments de mort : si nous sommes à Jésus-Christ, si nous le mangeons, crucifions notre chair avec ses vices et ses convoitises *. C’est là notre pâque : notre pâque, c’est d’être unis avec lui pour passer do cette vie à une meilleure, des sens à l’esprit, du monde à Dieu. C’est a ce prix que nous pourrons nous rendre dignes de manger avec Jésus- Christ la pâque qu’il a tant désirée, et de nous nourrir de la chair de son sacrifice.
XVIIIe JOUR.
Haas-Christ mange la pftque avec anus : noos devons la manger avec lui.
Lisez les mêmes paroles de saint Luc, xxil, 15 , 16, et appuyez sur ccs mots : avec vous, devant que de souffrir.
Jésus, qui nous a institué un baptême, a voulu le recevoir lui-même; Jésus, qui nous a institué l’eucharistie pour être notre pâque, a voulu avant toutes choses la recevoir avec nous. P est notre chef, eomprenons-Ie bien; car c’est là le grand mystère de notre salut. Il est notre chef : et co qui est fait pour nous, il le prend lui-même. Il commence en sa personne l’usage du baptême : il commence aussi en sa personne l’usage de l’eucharistie. Quand il est baptise, nous sommes baptisés en lui : nous recevons aussi en lui l’eucliaristie qu’il reçoit. Il ne faut donc point douter qu’en l’instituant il ne la reçoive; il ne faut, dis-je, point douter qu’il n’ait mangé ce qu’il a présenté à ses disciples. Quoi donc, aura-t-il mangé sa propre chair? cela fait horreur. Homme charnel! que craignez-vous, et jamais ne cesserez-vous d’écouter vos sens ? Ignorez-vous le pouvoir de celui qui vous parle? S’il se donne lui-même à manger aux siens , d’une manière qui , loin de leur faire horreur, leur inspire de la confiance, du respect et de l’amour; qui doute qu’il n’ait pu se manger lui-même en cette sorte? Sans quoi il n’aurait pas dit : J'ai désiré arec ardeur de manger avec vous cette pâque*. Or cette pâque, cet agneau pascal, nous avons vu que c’était son propre corps. Il le mange donc d’une manière aussi réelle, et tout ensemble aussi élevée au-dessus des sens, qu’il nous le donne : et c’est là sa pâque et la notre; c’est son
1 Philip, h, b. — 1 Rom. xii, l. — » Catau. iii, b. — 1 Philip, ii , o , h. — » Gai. v, 21.
MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE
passade et le nôtre. Je m'en vais, dit-il Je monte vers mon Pire et vers le vôtre , vers mon Dieu et vers le vôtre1 *. Je monte vers lui, parce qu’il est mon Père et mon Dieu : vous y monterez aussi avec moi, parce qu’il est, quoique d'une autre manière, votre Père et votre Dieu. Nous avons donc, vous et moi , à accomplir ce passage, où nous passons du monde à Dieu.
Mais quand Jésus retourne à Dieu, il retourne au sein de son Pcre, au lieu de son origine, à sou lieu natal, pour ainsi parler, où il est toujours, et qu’il ne peut jamais quitter : il retourne à son propre bien, à sa propre gloire : il retourne en quelque façon à lui-même : il vit de lui-même. La vie était en lui, comme elle était dans le Père : il est lui-même la vie : il est la nôtre, il est la sienne : il est la nôtre, et nous avons besoin de le manger; il est la sienne, et il n’a besoin, pour ainsi parler, que de se manger lui-méme. C’est le mystère qu’il accomplit par cette pâque, qu'il désirait tant de manger avec ses disciples. Nous le mangeons, nous vivons de lui : il se mange, H vit de lui-méme, et il retourne à son Père , pour jouir dans son sein de cette vie; et c’est pourquoi il ajoute : Je vous dis en vérité que je ne mangerai point de cette pàque si désirée, jusqu'à ce que le mystère en soit accompli dans te royaume de Dieu *. Dans ce bienheureux royaume ma pâque sera accomplie, parce que j’aurai passé du monde à mon Père. Mais ma pâque, c’est aussi la vôtre; et parce que je suis votre chef, et que vous êtes mes membres , il faut que vous fassiez le même passage. Mangez donc la victime du passage : mangez mon corps, et passez à Dieu avec moi; commencez à y passer en esprit : vous y passerez un jour en personne et selon le corps, lorsque vous ressusciterez par la vertu de mon corps, qui aura sanctiGé le vôtre. Alors la pâque sera accomplie en vous comme elle le va être en moi; vous passerez à ma gloire : votre corps y passera comme votre âme, et il sera revêtu d’immortalité; et tous ensemble, le chef et les membres, nous jouirons de la gloire et de la félicité de notre passage, et il n’y aura plus rien à désirer pour le parfait accomplissement de notre pâque. Cclcbrons-cn donc, en attendant, le sacré symbole dans l’eucharistie , et mangeons avec Jésus- Christ la pâque si désirée.
Mon Sauveur, par combien de prodiges y signalez-vous votre amour envers nousl c’est vous qui nous donnez ce sacré banquet. Vous êtes la viande qu’on y mange : vous êtes celui qui la mangez, puisque ceux qui la mangent sont vos membres, c’est-à-dire sont d’autres vous-méme. Remplissonsnous donc de Jésus-Christ : on lui est uni dans ce banquet corps à corps, âme à âme, esprit à esprit. Qui est digne de cette union (*) [sinon celui qui peut dire avec l’apôtre : Je vis , non plus moi; mais Jésus-Christ vit en moi *]? qui est déjà en
quelque façon un Jésus-Christ, pour le devenir eucore davantage en s'y unissant? Qu'il n'y ait donc plus rien d'humain en nous. Revêtons-nous comme dit saint Paul ■, de. notre- Seigneur Jésus- Christ, de sa bonté, de sa douceur, de son humilité de sa patience, de son zèle, de son immense charité; ne respirons que le ciel, où Jésus-Christ est assis à la droite de son Père : qu’il n’y ait plus que notre corps qui soit sur la terre ; mais’ que nous vivions dons le ciel’, comme en étant citoyens. Soyons affamés de Jésus-Christ, de son royaume, de sa justice, ear il est aussi affamé de nous : il dè sire d un grand désir de manger arec nous cette, /nique ; de nous unir à lui , et d'agir sans cesse sur nous et en nous par son esprit, pour nous rendra de plus en plus conformes it lui, jusqu'à ce qu'en nous mettant entièrement avec lui, nous lui soyous tout-à-fait semblables, en te voyant face a /ace, et tel qu’il est1. Et c'est là -celte pàque, qu’il accomplira dans le royaume de /Heu, dans le texte que nous méditons. Amen! amen!
L'eucbftrtsttc mémorial de te mort du Sauveur.
Avant que de souffrir. Ce sont les dernières paroles du verset 15 du chapitre xxn de saint Luc. Cherchons avec humilité pourquoi il fallait que Jésus-Christ instituât et qu'il mangeât cette pàque avec ses disciples avant que de souffrir, plutôt qu'après et lorsqu'il fut ressuscité.
Il avait dessein dans ce mystère de nous rendre sa mort présente; de nous transporter en esprit au Calvaire, où son sang fut répandu, et coula à gros bouillons de toutes ses veines. Ceci, dit-il est mon corps , donné pour vous, rompu pour vous, et percé de tant de plaies : Cerf est mon sang répandu pour vous*. Voilà ce corps, voilà ce sang, qui nous sont mis devant les yeux, comme séparés l'un de l'autre. Afin que tout cadrât à son dessein , il fallait que ce mystère fût institué à la veille de cette mort sanglante, ta nuit même où il devait être livré, comme remarque saint Paul 6 , lorsque Judas machinait son noir dessein, et qu’il était prêt à partir pour l’exécuter. Que dis-je, prêt à partir : Il part de la table i où lui et les autres disciples mangeaient pour la dernière fois avec leur maître, où il venait de leur donner son corps et son sang , et à Judas comme aux autres : Il part à ce moment pour l'aller livrer : dans deux heures il le mettra entre les mains de ses ennemis! Jésus est lui-même déjà tout troublé de sa mort prochaine, du trouble mystérieux que nous avons vu : c’est en cet élat , c’est parmi ce trouble, et la mort, pour ainsi parler, déjà présente, qu’il institue la nouvelle pàque.
Toutes les fois donc que nous assistons, que nous communions à son mystère; toutes les fois que nous entendons ces paroles : Ceci est mon corps, ceci est mon sang; nous devons nous sou-
1 Cal. Il, 20. — » Rom. lin, 14, — J Philip, m, 10. —
* I. Joan. ni, 2. — s Notth. XXVI , 20, 28. Lue. xxlr, 10, ao. — r I. Cor. xl , 20. — 1 /.(m. XIII , 3e.
1 Luc. XXII, IS. — ’ Joan. XX , 12. — 1 l.uc. XXII, 10.
C) l.ni mots placés entre deux f | ne sont pas dam l'original.
MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE
venir dans quelles conjonctures, à quelle nuit, an milieu de quels discours, elles furent proférées. Ce fut en disant devant, cc fut en répétant après : t'n de vous me trahira : la main de celui qui me trahira , est avec moi a la table'. L'institution de la ccne est faite dans cette conjoncture : pendant que les apôtres , avertis de la perfidie d’un de leurs compagnons , se regardaient les uns les autres, et demandaient avec étonnement et avec frayeur : Sera-ce moi? que Judas le demandait luiinêine, et que le Sauveur lui dit : Oui , c’est vous , vous l’avez dit * ; ajoutant encore, pour lui faire sentir qu’il lisait au fond de sou cœur ses noires machinations : Va, achève, malheureux : fais promptement ce que tu as à faire1. C’est au milieu de ces actions et de ces paroles-, et pendant qu'il désignait des yeux et de la main , celui qui allait faire le coup : c'est, dis-je, parmi toutes ces choses , qu'il institua l'eucharistie.
Ne la mangeons donc jamais, n'assistons jamais à la célébration de ce mystère , que nous ne nous transportions en esprit à la triste nuit où il fut établi, et que nous ne nous laissions péuctrer des préparatifs affreux du sacrifice sanglant de notre Sauveur; car c'est pour cette raison que saint Paul, en racontant cette institution , nous remet devant les yeux cette nuit affreuse : J’ai, dit-il, appris du Seigneur ce que je vous ai enseigné : que le Seigneur Jésus , la nuit oii il devait être livré, prit du pain ; et le reste *. C’est dans cette nuit ; songez-y bien , et remarquez cette circonstance.
Il pourrait sembler que l'eucharistie étant un mémorial de cette mort, en devait être précédée. Mais non : c'cst aux hommes , dont les connaissances sont incertaines , et la prévoyance tremblante, à laisser arriver les choses, avant que d'ordonner qu'on s'en souvienne. Mais Jésus, bien assuré de ce qui allait arriver, et du genre de mort qu’il devait souffrir , sépare par avance son corps et son sang : Ceci est mon corps , ceci est mon sang , dit-il5 : mon corps livré; mon sang répandu : souvenez-vous-en : souvenez-vous de mon ainour, de nia mort, de mon sacrifice , et de la manière admirable dont s’accomplira votre délivrance.
Ainsi quand Dieu institua la pAque, à la veille de la délivrance du peuple de Dieu ; lorsque tout le monde était en attente de ce qu’il ferait la nuit suivante, pour accomplir cet ouvrage, il leur dit : Immolez un agneau , prenez-en le sang , lavez-en vos portes : je viendrai, je verrai ce sang , et je passerai; f ange exterminateur ne vous frappera pas ; et j’épargnerai à cette marque les maisons des Israélites , pendant que je remplirai celles des Égyptiens de carnage et de deuil, en faisant mourir tous leurs premiers-nés : et cc sera là le coup de votre délivrance. C’est ce que Dieu dit dans l’F.xode6. Mais que dit-il dans le même lieu? l'oux renouvellerez tous les ans ta même cérémonie; vous immolerez un agneau , vous le mangerez avec
1 St ntl U. XXVI, 21. Luc. XXII , 21. — 1 M'Kth. XXVI, 22, 25* — 5 J'Htn. XIII ,27. — * I. C»r. XI , 23. — 1 Matth. XXVI , 20, 38. Luc. xxil, 19, 2U.— * Exod. XU, 3,0,7, 13, 13, 23.
, les mêmes observances ; et quand vos enfants vous demanderont : Quelle est cette religieuse cérémonie? vous leur répondrez : C’est la victime que nous célébrons en mémoire du passage, du Seigneur, lorsque, frappant toute l'Égypte , il épargna, U passa les maisons des Israélites, et nous délivra par ce moyen de la servitude où nous étions *.
Dieu donc, qui savait ce qu’il voulait faire, en institua aussi le mémorial, avant que la chose fût arrivée; afin qu’en faisant la pAque , non-seulement ils se souvinssent de leur délivrance, mais qu’ils se souvinssent encore que ce sacré mémorial avait été établi à la veille d'un si grand ouvrage, et pendant que tout le peuple était en attente d’un si grand événement.
La nouvelle pAque est instituée dans le même esprit : et toutes les fois qu’on la célèbre parmi nous f et on la célèbre non pas tous les ans, comme la pA* que ancienne , mais tous les jours ; toutes les fois, dis-je, qu’on la célèbre, et que nos enfants, qui nous la verront célébrer avec tant de religion et de respect, nous demanderont : Quelle est cette cérémonie? nous leur dirons : C’est le mystère que Jésus- Christ institua avant sa mort, mais cette mort déjà présente, pendant qu’on tramait le noir complot qui le devait mettre en croix le lendemain; pour nous laisser un mémorial de cette mort , et la perpétuer en quelque sorte parmi nous. Venez , venez , mes enfants ; préparez-vous à communier avec nous , et souvenez-vous de votre Sauveur immolé pour l’amour de vous.
Il fallait donc pour accomplir l’ancienne figure de la pAque, il fallait que la nouvelle pAque qui devait être le mémorial éternel de la mort de Jésus- Christ. fût instituée avant cette mort. J’ai désiré, dit Jésus, delà manger avec vous avant que de souffrir *. Et qu'était-ce, en effet, que la pâque ancienne, si ce n' était la figure de la véritable délivrance du peuple de Dieu? Immolez un agneau , prenezren le sang, lavez-en vos portes , je vous délivrerai à cette marque 3.Dieu avait-il besoin du sacrifice d’un agneau, pour accomplir ses ouvrages? avait-il besoin d’un signal, et de cette marque de sang, pour connaître les maisons qu'il voulait épargner? Tout cela manifestement se faisait en notre figure, pour nous apprendre que nous ne serions délivrés que par le sacrifice de Jésus-Christ, l'agneau sans tache immolé pour le péché du monde , et en vue du sang de son sacrifice. Et Jésus-Christ établit le mémorial d’un si grand bienfait comme Dieu avait établi celui de la délivrance du peuple ancien , avant que la chose fût arrivée; afin que nous connussions que notre Dieu n’est pas comme les hommes, qu’il sait prévoir toutes choses, et les faire comme il convient à un’Dieu.
Accoutumons-nous donc, en assistant au saint sacrifice, et encore plus en communiant, à nous remplir la mémoire de la mort de notre Sauveur , et de la nuit où il fut livré. Regardons l'institution de l’eucharistie comme un nouvel engagement
1 Exod. XII , 25 , 28 , 37. — * Luc. XXII , IR. — J Exod. XU,
68 1 MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILK.
qu'il prenait encore arec nous et arec son Père , pour se dérouer à la mort. Kt quelle merveille, qu’il l’ait prérue à la veillequ'elle arriva : puisque nonseulement il Tarait prévue longtemps auparavant, oomme on le voit en tant de lieux de son Évangile ; mais encore , comme on le voit dans la loi et dans les prophètes , dès l’origine du monde , par tant de prédictions, par tant de ligures admirables?
Paroles de Jésus, pour loucher Judas de componction.
Juan, llll, 10, ï7.
Rappelons à notre mémoire toutes les paroles de Jésus-Christ sur le sujet de Judas, dans cette nuit, dès le lavement des pieds, Cous êtes purs, disait-il , mais non pas tous. Car U savait qui était celui qui devait le trahir ; et un peu après : Je ne parle pas de vous tous ; je connais ceux que fai choisis ; uuiisil faut que V Écriture soit accomplie , où il est dit : Celui qui mange à ma table lèvera te pied contre moi ; et je vous le dis avant que la chose arrive, afin que vous connaissiez qui je suis, lorsqu'elle sera arrivée *.
Ce n’était pas seulement pour l’instruction de ses fidèles disciples que Jésus-Christ parlait ainsi; c’était pour la conversion de ce perfide. Car qu’y a-t-il de plus puissant pour convertir un pécheur, que de lui dire : Tu es vu; comme Nathan disait à David : C'est vous qui êtes cet homme » ; vous êtes cet adultère, cet homicide: vous l’avez fait en secret, et moi je le découvrirai à toute la terre? Et David, averti de cette sorte, confessa son péché, et commença sa pénitence. C’est ainsi que le Sauveur lui-mêniedità Judas3: C’est toi, c’est toi, malheureux ! tu caches en vain tes noirs desseins; tu vas en vain chercher les Juifs dans le secret et parmi les ténèbres de la nuit : tu es vu; on lit dans ton cœur: perfide, tu veux trahir ton Sauveur. Pourquoi nous cachons-nous, malheureux, si nous ne pouvons éviter les yeux de Jésus-Christ? N’est-ce pas assez que Dieu nous voie? Le comptons-nous pour rien, et ses yeux nous sont-ils indifférents?
Il poursuit; et de peur de n’être pas assez entendu : Un de poux, dit-il, me trahira... Us se regardaient les uns les autres , ne sachant de qui il voulait, parler ; et comme ils lui demandaient chacun en particulier : Est-ce moi. Seigneur? il leur répondit : Celui qui met la main au plat avec mol me trahira*. Mais comme plusieurs pouvaient l’y mettre ensemble, et que ce signal n’était pas précis, Pierre fit signe à Jean, le disciple bien-almè de Jésus, qui reposait dans le repas sur sa poitrine, qu'il lui demandât qui c'était : Et c'est celui, dit Jésus, à qui je donnerai un morceau trempé ; et rayant trempé, il le donna à Judas fils de. Simon Iscariote s. Le voilà bien connu et bien désigné par son nom, par sa famille, par son caractère. Il s’appelait Judas , son père était Simon , le titre de sa famille était Iscariote, Y homme de meurtres,
• Jonn. xill, 10, II, 14, 19. — * 11. Reg. xil, 7. 13. — » Maith. livi, 26. — ‘ Jouit, mi, 31 , 23. \fntth. XXVI, 22, UJ. — 1 Jonn. lui, 33, 2», 26-
paree qu’il devait tuer le Sauveur , et parce qu’il devait enfin se tuer lui-méme. Où fuiras-tu, malheureux? tu es vu : ta destinée est marquée. Et nous, sommes-nous moins vus, quand nous trahissons notre maître , quand nous allons souvent de l’église , souvent de la table même du Sauveur, où? à quel complot? à quelle entreprise? Dieu lésait! quand nous nous cachons pour vendre notre maître ; à quel prix ? qui n’en rougirait , et oserons-nous le penser ?
Ils furent extrêmement affligés à ces paroles du Sauveur, de savoir qu’un de leur compagnie devait trahir leur maître. Quel scandale pour les Juifs : C’est un méchant, ses propres disciples le livrent, et ne le peuvent plus souffrir! Quelle douleur à ceux qui avaient de l’amour pour leur maître , de lui voir faire un tel affront! Quand quelqu’un offense le Sauveur, ce devrait être une aflliction pour tous ses disciples; c’est-à-dire, pour tous les chrétiens. Tous furent affligés, et lui demandaient : N’est-ce pas moi ‘ , qui suis ce traître et ce malheureux? Et Judas, qui devait se confondre et se convertir en voyant l’horreur et l’affliction que ce discours causait à tous ses frères, loin d’en être touché, prend avec les autres un air de confiance et dit comme eux : Seigneur, est-ce moi? et Jésus lui répondit : Cous t'avez dit, c’est r ous-méme*l Cependant il n’est point ému; et content de faire bonne mine, il persiste dans son dessein. Vous en êtes étonné! Mais quoi? quand vous machinez quelque crime, et que vous faites cependant bonne contenance, Jésus ne vous voit-il pas? Ignorez-vous qu’il ne vous dise : C’est vous-même? N’est-ce pas pour vous qu’il dit : Le Fils de l'homme s’en va, ainsi qu'il a été écrit de lui? Il n’y a pour lui rien de surprenant, ni de nouveau dans cette entreprise : mais malheur à celui par qui te Fils de l'homme sera livré! llvaudrail mieux pour cet homme qu’il neût jamais été1. Il ne dit pas : Il vaudrait mieux absolument : car par rapport au conseil de Dieu , et au bien qui revient au monde de la trahison de Judas, il faut bien qu’il vaille mieux qu’il ait été : mais la puissance de Dieu n’empêche ni n’excuse la malice de l’homme. Le bien qu’il tire de notre crime ne nous justifie pas. Malheur, malheur à cet homme, par qui Jésus est offensé! Il vaudrait mieux pour cet homme qu’il n’eût jamais été , puisqu’il est né pour son supplice , et que son être ne lui sert de rien que pour rendre sa misère éternelle.
Disons donc, non plus sur Judas, mais sur tous les pécheurs endurcis, et sur nous-mêmes : Malheur, malheur à cet homme! Maudit soit le jour de ma naissance, disait Job, disait Jcrémie, en la personne des méchants et des réprouvés: Ma mère , pourquoi m’avez-vous conçu ? Malheureux celui qui est venu annoncer à mon père : Un fils vous est né! Pourquoi le sein de ma mère n'a (il pas été mon tombeau? Nuit affreuse, nuit malheureuse , où j'ai été conçu ! Que ce soit une nuit d’horreur, de tourbillon et de tempête ! que les étoiles n'y luisent jamais! que l'aurore n’en dissipe ja-
1 f Maith. xwi, 22. — 1 Ibid. 36. — * Ibid. 24-
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MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGH.F..
mais r obscurité, puisqu'elle ne m'a pas étouffé en venant au momie, et n’a pas fait de mol un avorton ! Mais s’il fallait que je naquisse , pourquoi m'at-on nourrit Que ne suis-je mort dans mon enfance! Et pourquoi faltait-il ftro/onger mes jours pour augmenter mes malheurs avec mes crimes • ? Il n’y mirait de remède à mes maux que le néant, et je ne l'obtiendrai jamais. Je subsisterai malheureux jtour honorer ta puissance de Dieu par mon supplice, pour être en butte à ses traits , pour être un spectacle de sa r engeance*. Éternellement , éternellement : ah! malheureux que je suis! malheureux, encore un coup! Disons sans cesse, malheureux! disons-le pendant qu'il est temps : viendra le temps qu'on le dira inutilement , et qu'il ne servira de rien de connaître son malheur.
Malheur à celui par qui le Eils de l'homme sera trahi ; malheur à lui! Jésus le plaint: s’il le plaint, s'il en a pitié, il veut qu'il sc convertisse : ce n’est pas en vain qu’il dit : U vaudrait mieux pour cet homme que jamais il ne fût né1. Il est encore temps de se convertir; mais après le crime consommé, la miséricorde épuisée, tant de salutaires avertissements rendus inutiles, il n'y a plus pour lui de miséricorde. Jésus lui parle pour la dernière fois avant son crime : Fais vite ce que tuas à faire 4; de même qu'il dira bientôt : Donnez maintenant, et reposez-vous , le Eils de l'homme va être livré*. C’était dire : Il serait honteux de dormir en cette occasion , veillez donc. Le Fais vite dit de ce ton, veut donc dire : Ne le fais pas , tu es connu , tu es découvert ; reconnais-toi aussi toi-méme , ne passe pas outre : ou bien, Fais vite pour moi , car je suis pressé de souffrir, et de sauver les hommes : mais pour toi , que veux-tu faire ? ami Judas , quel est ton dessein? Pourquoi viens-tu? tu trahis le Eils de l’homme avec un baiser 6. Ah! tu es encore mon ami , si tu le veux ; et ce baiser, qui est de ta part un baiser de traître, pourrait encore être de la mienne un baiser d'ami et de Sauveur, si tu avais recours à ma clémence:.
Reviens , retiens, prévaricatrice d’ Israël ; et pourquoi voulez-vous périr , maison de Jacob t Pour moi, je ne veux point la mort du pécheur ; mais qu’il se convertisse, et qu’il vive.
XXIe JOUR.
Pacte et trabhon de Judas. Joan. un, 27, 90.
Et après qu’il lui eut donné le morceau trempé , Satan entra en lui; et Judas rayant reçu, il partit incontinent 8. C’était là le dernier avertissement qu’il devait recevoir de Jésus-Christ avant qu'il allât consommer son crime. Ce signal donné à saint Jean de servir Judas a table, de lui présenter un morceau qu'il avait trempé pour lui , n’en était pas moins à ce traître, selon la coutume, une marque d’honneur et de familiarité. Ce fut apparemment
•Job. ni, 1,3,), et wq./emn. xv, 10;xx, 14, Uetseq.- • Exod. IX, 14. Rom. IX, 17. — 3 Matth. XXVI, 34. Mort. xiV,2t. — * Joan. XIII, 27. — * Matth. xxvj ,45 — « Ibid. 50. Luc. XXII, 4 H.—iJcrrm. III, ». Ezech. XXXIH, II. - • Joaü.xm, 14,27.
dans le même temps qu'il lui dit t C’est toi' , je te connais ; ce qui était la manière de l’avertir la plus pressante. Judas y fut insensible; et en même temps Satan s’empara de lui *. Dès auparavant il lui avait mis dans le cœur de trahir son maître*. Mais maintenant, après ce morceau, il entre en lui, il sc met en possession de ce malheureux, et il lui est entièrement livré. Et voilà un moment après qu’il sort delà compagnie de Jésus, pour ne plus y revenir que pour le livrer.
II reçut bien un autre morceau, si on peut rappeler ainsi, mais qui n’est point marqué en particulier, parce qu'il fut donné à tous; ce fut le corps du Sauveur. Car saint Luc marque expressément, qu’il dit encore après la cène : La nlftin de celui qui me trahira est avec moi dans cette table*. Il a mis sa main jusque sur la viande céleste , jusque surla coupe qui est remplie de mon sang : morceau funeste, breuvage terrible pour Judas! Je ne puis douter que sa communion impie et sacrilège ne hâtât sa perte, et ne lui fût une occasion de scandale contre son maître. Or encore que l'Écriture ne marque point on ce lieu que Judas ait été scandalisé du mystère de l’eucharistie, il suffit qu'elle nous le marque en un autre endroit. Judas fut du nombre de ceux qui murmurèrent à Capharnaüin à la première proposition de ce mystère. Ce fut lui qui donna occasion au Sauveur de demander à ses apôtres : Et vous, voulez-vous aussi roux en aller avec, les autres qui me quittent? Car comme saint Pierre lui eut répondu au uoin de tous, ainsi qu’il avait accoutumé : Seigneur, à qui irionsnous? Fous avez des paroles de vie éternelle ; et nous avons cru et connu que vous êtes le Christ , te Fils de Dieu; Jésus lui fit bien connaître qu’il ne recevait pas sa déclaration pour tous, puisqu’il repartit : Ne vous ai-je pas choisi vous douze? et il y en a un de tous qui est un diable. Et, dit saint Jean , il entendait Judas , fils de Simon Iscariote, qui le devait livrer 5, encore qu’il fût uu des douze.
Cette parole nous fait voir que Judas fut un do ces impies murmurateurs, à qui la promesse de Jésus , de donner son corps à manger, et son sang à boire, fut un scandale. S'il fût scandalisé de la promesse, on doit croire qu’il ne le fut pas moins de l’effet. Judas fut précipité de crime en crime. Aveuglé premièrement par son avarice , qui lui faisait dérober l'argent dont son mai/re l’avait fait le gardien6, il s’accoutumait à murmurer contre lui. Il commença ses murmures a l’occasion de la promesse de l'eucharistie; il les continua lorsque Marie répandit tant de précieux parfums sur la tête et sur les pieds du Sauveur, et il crut qu’elle lui ôtait tout l’argent qu’elle employait pour cela 7. Il partit incontinent après, pour aller faire son marché avec les Juifs*.Un esprit corrompu tourne tout en poison. Le sacré banquet de l'eucharistie acheva de
'Matth. XXVI, 26. — * Joan im, 27. — » Ibid. 2. —
* Luc. xxn, 21. — * Joan. Vi.0O,«M,e9, 70, 71, 7*. — • Ibid. XII , 4. — 1 Ibid. 5, 0. — • Matth. XXVI, 13, 14. Marc. XIV,
MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE
A8fi
perdre le traître disciple; et ee fut en sortant de cette table sacrée qu’il alla premièrement ù la trahison , et de là au désespoir et au cordeau.
Jésus , qui fait tout pour notre salut , permit que Judas reçût le don sacré avec les autres ; afin que nous vissions les effets funestes d’une communion indigne. Voyez lo bicn-aimé disciple à la table du Sauveur, et y reposant sur sa poitrine ; voilà l’image de ceux qui communient dignement. Ils se reposent sur la poitrine de Jésus : à l’exemple de saint Jean , ils apprennent à cette source les secrets célestes : comme lui ils sont honorés de la familiarité et des caresses de leur maître : et fidèles imitateurs de sa chasteté, rie sa bonté, de sa douceur, qui sont les vrais caractères de saint Jean, ils sont dignes d'être , comme lui , ses disciples bien-aimés. Voyez de l’autre côté un Judas à la communion : la disposition où il est, celle où il entre : 6 Dieu, quelle opposition! quel effroyable contraste! qui ne tremblerait à cette vue I
XXII* JOUR
Institution de l'eucharistie.
Lisez les paroles de l’institution de la cène , en saint Matthieu, xxvi ,26, 27, 28 : en ajoutant les paroles des autres auteurs sacrés , qui sont du même sujet. Pen/fanl qu'ils soldaient; comme ils mangeaient encore ( suivant le grec ), Jésus prit du pain , le bénit, et, après avoir rendu grâces ' , le rompit, et le donna à ses disciples, en leur disant : prenez, mangez ; ceci est mon corps, donné pour vous : faites ceci en mémoire de moi ». Et prenant la coupe après le souper , il rendit grâces , et la donna à ses disciples, en leur disant : Buvez-en tous ; c’est mon sang; le sang de la nouvelle alliance , qui est répandu pour plusieurs en rémission de leurs péchés : toutes les fois que vous le boirez, faites-lc en mémoire de mol3. Voilà tout ce qui regarde l’institution. Seulement au lieu que saint Luc fait dire au Sauveur : Ceci est mon corps donné pour vous; 6aint Paul lui fait dire : Ceci est mon corps rompu pour vous* : toujours dans le même sens; il est livré à la mort, il est froissé de coups, percé de plaies , violemment suspendu à une croix : en ce sens rompu et brisé . voilà le corps que Jésus nous donne; le même corps qui allait bientôt souffrir ces choses, qui les a maintenant souffertes. Encore un mot sur le texte. Au lieu que la Vulgate traduit : le sang qui sera répandu pour vous; l’original porte : qui est répandu , qui se répand; en temps présent, dans saint Matthieu et dans saint Marc : et sur le corps , le même original porte dans saint Paul : le corps qui est rompu; qui se rompt, pareillement en temps présent. Et, en effet, dans saint Luc, la version porte, aussi bien que l’original : qui est donné , qui se donne : quod datur , et non pas un futur, sera donné s; dans le même sens que Jésus disait : Pâque sera dans deux jours, et te Fils de l’homme sera livré6-, est
«t. Cor. *0. I.Cor. Il,
*r». • Ibid 54, dan» lr grec — s Lme. Ult, l». — • Mailk. «iv»,*.'
livré , selon le grec; il le va être; l'ouvrage est en train, on tient déjà le conseil pour trouver le moyen de le prendre et de le faire mourir* : Et te ftls de l’homme s’en va , comme U a été écrit ae lui : mais malheur à celui par qui le Fils de l’homme sera livré', est livré, selon le grec». Il parle toujours en temps présent, à cause que sa perte était résolue, tramée pour le lendemain, et qu’on allait dans deux heures commencer à procéder à l’exécution; et afin aussi qu’en quelque temps que nous recevrious son corps et son sang, nous regardassions sa mort comme présente.
Chrétien , te voilà instruit : tu as vu toutes les paroles qui regardent rétablissement de ce mystère : quelle simplicité! quelle netteté dans ces paroles! il ne laisse rien à deviner, à gloser : et s’il y faut quelque glose , c’est seulement en remarquant que , selon la force de l’original , il faudrait traduire : Ceci est mon corps, mon propre corps ; te même corps qui est donné pour vous : Ceci est mon sang , mon propre sang ; le sang de la nouvelle alliance ; le sang répandu /tour vous en rémission de vos péchés. Car c’est aussi pour cette raison que le syrien, aussi ancien que le grec, et fait du temps des ap<5tres , lit : Ceci est mon propre corps ; et que dans la liturgie des Grecs il est porté, que ce qu’on nous donne , ce qu’on fait de ce pain et de ce vin, c'est le propre corps de Jésus , son propre sang. Voila la glose s’il en faut. Quelle simpücité, encore un coup! quelle netteté! quelle force dans ces paroles! S’il avait voulu donner un signe, une ressemblance toute pure , U aurait bien su le dire : il savait bien que Dieu avait dit, en instituant la circoncision : Cous circoncirez votre chair : ce sera le signe de l’alliance entre vous et moi 3. Quand il a proposé des similitudes, il a bien su tourner son langage d’une manière à le faire entendre ; en sorte que personne n’en doutât jamais : Je suis la porte : celui qui entre par moi, sera sauvé *. Je su s ta vigne , et vous les branches : et comme ta branche ne porte de fruit qu’attachée au cep ; ainsi vous n’en pouvez porter, si vous ne demeurez en moi 5. Quand il fait des comparaisons, des similitudes, les évangélistes ont bien su dire : Jésus dit cette parabole ; U fit cette comparaison. Ici , sans rieu préparer , sans rien tempérer, sans rien expliquer, ni devant , ni après, on nous dit tout court : Jésus dit : Ceci est mon corps ; ceci est mon sang : mon corps donné; mon sang répandu: voilà ce que je vous donne. Et vous, que ferez-vous en le recevant? Souvenez-vous éternellement du présent que je vous fais en cette nuit : souvenez-vous que c’est moi qui vous l’ai laissé, et qui ai fait ce testament; qui vous ai laissé cette pàque, et qui l’ai mangée avec vous avant que de souffrir. Si je vous donne mon corpscommcdcvantétre, commeayantétclivrépour vous ; et mon sang comme répandu pour vos péchés; en un mot, si je vous le donne comme une victime : mangez-le comme une victime ; et souvenez- vous que c’est là un gagequ’elle a été immolée pour vous. O mon
» Mallh.TXW. 3, — » Ibid. 54. Marc. XIV, 51. Luc. xxil,
M. - * Cm. xvii, II. — * Joan. x, 9. — * Ibtd. xv, k
Sauveur ! pour la troisième fois , quelle netteté ! quelle précision ! quelle force ! Mais en même temps quelle autorité et quelle puissance dans vos paroles! Femme, tu es guérie 1 : elle est guérie à l'instant. Ceci est mon corps; c’est son corps : Ceci est mon sang ; c'est son sang. Qui peut parler en cette sorte, sinon celui quia tout en sa main? qui peut se faire croire, sinon celui à qui faire et parler c’est la même chose?
Mon Ame, arrête-toi ici, sans discourir: crois aussi simplement , aussi fortement que ton Sauveur a parlé, avec autant de soumission, qu'il fait paraître d’autorité et de puissance. Encore un coup, il veut, dans ta foi, la même simplicité qu’il a mise dans ses paroles. Ceci est mon corps; c’est donc son corps : Ceci est mon sang; c’est donc son sang. Dans l’ancienne façon de communier, le prêtre disait : Le corps de Jésus-Christ ; et le fidèle répondait : Amen : Il est ainsi : Le sang de Jésus Christ , et le fidèle répondait : Amen : Il est ainsi. Tout était fait , tout était dit, tout était expliqué par ces trois mots. Je me tais, je crois , j'adore : tout est fait, tout est dit.
XXIII* JOUR
Fruit de l'eucharistie : vivre de U vie de Jésas-Chrlst.
Ibid.
Mon Ame, tu as établi le fondement; tu as cru en simplicité, par un simple acte. Épanche-toi maintenant, dans la méditation d’un si grand bienfait; développe-toi à toi-même tout ce qu’il contient, tout ce que Jésus t’a donné par ce peu de mots. Vous êtes donc ma victime, ô mon Sauveur! mais si je ne faisais que vous voir sur votre autel et sur votre croix , je ne saurais pas assez que c'est à moi , que c’est pour moi que vous vous offrez. Mais aujourd’hui que je vous mange*, je sais, je sens pour ainsi parler, que c’est pour moi que vous vous êtes offert. Je suis participant de votre autel , de votre croix, du sang qui y purifie le ciel et la terre , de la victoire que vous y avez remportée sur notre ennemi, sur le démon, sur le monde , victoire qui vous fait dire : le monde vous affligera , mais prenez courage; fai vaincu le monde ».
Si vous vous êtes offert pour moi , donc vous m'aimiez : car pour qui donne-t-on sa vie, si ce n’est pour ses amis? Je vous mange en union avec’ votre sacrifice; par conséquent avec votre amour : je jouis de votre amour tout entier, de toute son immensité; je le ressens tel qu'il est : j’en suis pénétré. Vous venez vous-même me mettre ce feu dans les entrailles, afin que je vous aime d’un amour semblable au vôtre. Ah! je vois maintenant, et je connais que vous avez pris pour moi cette chair humaine; que vous en avez porté les infirmités pour moi ; que c’est pour moi que vous l’avez offerte ; qu’elle est à moi. Je n’ai qu’à la prendre , à la manger, à la posséder, à m’unir à elle. En vous incarnant dans le sein de la sainte Vierge, vous n'avez pris qu'une chair individuelle : maintenant vous
1 tue. UH , II—* Joan. xvi , 33.
prenez la chair de nous tous, la mienne en particulier : vous vous l’appropriez, elle est à vous : voua la rendez comme la vôtre par le contact, par l’application de la vôtre: premièrement pure, sainte, sans tache ; secondement, immortelle, glorieuse : je recevrai le caractère de votre résurrection, pourvu que j’aie le courage de recevoir celui de votre mort. Venez, venez, chair de mon Sauveur; charbon ardent, purifiez mes lèvres, brillez- moi de l’amour qui vous livre à la mort. Venez , sang que l’amour a fait répandre; coulez dans mon sein, torrent de flamme. O Sauveur! c’est donc ici votre corps, ce même corps percé de plaies. Je m’unis à toutes ; c’est par lù que tout votre sang s’est écoulé pour moi. Vous languissez , vous mourez, vous passez; c’est ici votre passage : je passe, j’expire avec vous. Que m’est le monde, rien du tout. Je suis crucifié au monde , et le monde à moi. Il ne me plaît pas, et je neveux pas lui plaire. Il ne me goûte pas : tant mieux pour moi, pourvu que je ne le goûte pas aussi. La rupture s’est faite de part et d’autre : ce n’est pas comme quand l’un aime et l’autre hait : je ne puis souffrir le monde, qui de son côté ne me peut souffrir : tel qu’est un mort à l’égard d’un mort , tel est le monde pour moi , et moi pour le monde. Heureuse rupture! Mais le inonde dira ceci, dira cela; le inonde dira que je veux encore lui plaire dans ma séparation : qu’importe qu’il dise? Je suis attaché a la croix avec Jésus-Christ . je vis, non plus moi , mais Jésus Christ en moi: et ce que j ai de vie dans la chair, je l'ai en la foi du Fils de Dieu, qui ma aimé, et s est livré pour moi ».
Si je suis encore touché d’un amour humain , je vis encore ; si je hais celui qui me liait, je vis encore; si je ressens les injures, je vis encore; si je suis touché du plaisir, je vis encore; si la douleur me pénètre, je vis encore. Adieu, adieu ; je m’en vais ; je ne suis plus de rien; je ne suis plus moi : c'est pour Jésus-Christ que je vis , c’est Jésus- Christ qui vit en moi. C’est ainsi qu’il faudrait être : c'est le fruit de l’eucharistie : ha ! que j’en suis loin! mais je n’y viendrai que par elle.
XXIVe JOUR.
Par la communion , la fidèle consommé en un avw; J&n»- CbrisL MaUh. XXVI , 20.
Cfd est mon corps * : c’est donc ici la consommation de notre union avec le Sauveur : son corps n’est pas à lui, mais à nous; notre corps n’est pas à nous, mais à Jésus-Christ. C’est le mystère de la jouissance, le mystère de l’Époux et de l’Épouse. Il est écrit : Le corps tk f Époux n'est pas en sa puissance, malsen ceüede l'Époux1. Sainte Église, chaste Épouse du Sauveur; 9me chrétienne, qui l'arc* choisi pour votre Époux dans le baptême, en foi, et avec des promesses mutuelles : le voyez-vous , ce corps sacré de votre Époux; le voyez-vous sur la sainte table où on le vient de consacrer? il n’est
> Gai. n , t», ro; VI, u. -» Matth.xvn, se. -M. Cor. ni «.
r.H* MEDITATIONS SUR L’EVANGILE.
pltiK en sa puissance , mais en la vôtre : Prenez-le, dit-il, il est à vous: C'est mon corps livré pour vous 1 , vous avez sur lui un droit réel. Mais aussi votre corps n’est pas à vous : Jésus le veut posséder. Ainsi vous serez unis corps à corps : et vous serez deux dans une chair; qui est le droit de l'Épouse, et l’accomplissement parfait de ce chaste, de ce divin mariage.
L’usage passe, mais le droit demeure. On n’est pas toujours dans ce chaste embrassement ; mais on y est de désir, on y est de droit. Ainsi , dit notre Sauveur, qui me mange demeure en moi , et moi en lui » : il n’y demeure pas pour un moment; cette jouissance mutuelle a un effet permanent : Qui me mange y qui jouit de moi, demeure en moi : tuais l'union est réciproque : demeure en moi, et moi en lui. Que cette union est réelle! que l’effet en est permanent! Le corps de Jésus-Christ est en ma puissance : j'ai reçu ce droit sacré par le baptême; je l’exerce dans l’eucharistie : mon corps est donc au Sauveur, comme le corps du Sauveur est à moi. Il y faut joindre un chaste et parfait amour. Comme mon Père est vivant, et que je vis pour mon Père; ainsi celui qui me mange vivra ffour moi 3; il ne respirera que mon amour; il n'aura de vie que celle qu’il recevra de moi.
C’est aussi à quoi nous conduit le souvenir de la mort de notre Sauveur. Dans ce tendre, dans ce bienheureux, dans ce cher souvenir, f amour de Jésus-Christ nous presse , pendant que nous pensons que si un seul est mort pour tous, tous aussi sont morts ; et un seul est mort et ressuscité pour touSy afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mémes , mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux
Prenons donc ce corps sacré avec transport, avec ce bienheureux excès dont parle saint Paul dans le même endroit : St, dit-il *, nous sommes transportés en notre esprit , et hors de nousmêmes, c'est pour Dieu. Oui , à la présence de ce corps , je suis hors de moi ; je m’oublie moi-même : je veux jouir de l'Époux, et de lui seul. Quoi! je prendrais ce qui est uni avec Jésus-Christ , jusqu'à faire un corps avec lui, pour l’unir à une impudique\ et devenir avec elle un même corps! A Dieu ne plaise 6! Mais tout ce qui partage mon cœur, tout ce qui en ôte à Jésus-Christ la moindre parcelle, est pour moi cette impudique qui veut m’enlever à Jésus-Christ. Que tous les mauvais désirs se retirent : Mon corps uni au corps de Jésus n'est pas pour F impureté , mais pour Jésus-Christ , et Jésus-Christ aussi est pour mon corps 7. Voici le parfait accomplissement de cette parole : l’eucharistie nous explique toutes les paroles d'amour, de correspondance, d'union, qui sont entre Jésus- Christ et son Église, entre l’Époux et l’Épouse, entre lui et nous.
Dans le transport de l’amour humain , qui ne sait qu’on se mange, qu’on se dévore , qu'ou vou-
• Lttc. xxu. II; 1. Cor. vi, Ifl. — * Joan. vi, 57. — * Ibid. fcs. • II. Cor. v , 14, 16. — • Ilid 13. - « I Cor. Tl, 16, 10. — » Ibid. 13
drnit s’incorporer en toutes manières, et, comme disait ce poète, enlever jusqu’avec les dents ce qu’on aime, pour le posséder, pour s’en nourrir, pour s’y unir, pour en vivre? Ce qui est fureur, ce qui est impuissance dans l'amour corporel , est vérité, est sagesse dans l’amour de Jésus : Prenez , mangez , ceci est mon corps: dévorez, engloutissez, non une partie, non un morceau, mais le tout.
Mais il faut que l’esprit s’y joigne; car qu’estce aussi que s'unir au corps, si on ne s’unit àTesprit ? Celui qui est uni au Seigneur, qui lui , lemeure attaché, est un même esprit avec lui1. Il n’a qu’une même volonté, un même désir, une même félicité, un même objet , une même vie.
Unissons-nous donc à Jésus, corps à corps, esprit à esprit. Qu’on ne dise point : L’esprit suffit : le corps est le moyen pour s’unir à l'esprit; c’est en se faisant chair que le Fils de Dieu est descendu jusqu’à nous : c’est par sa chair que nous devons le reprendre pour nous unir à son esprit, à sa divinité. Sous sommes faits participants, dit saint Pierre », de la nature divine; parce que Jcsus-Christ a aussi participé à notre nature. 11 faut donc nous unir à la chair que le. Verbe a prise , afin que par cette chair nous jouissions de la divinité de ce Verbe, et que nous devenions des dieux, en prenant des sentiments divins.
Purifions donc notre corps et notre esprit , puisque nous devons être unis à Jésus-Christ, selon l’un et selon l’autre. Rendons-nous dignes de recevoir ce corps virginal, ce corps conçu d’une vierge, né d’une vierge. Purifiez-vous, sacrés ministres, qui nous le donnez. Que votre main, qui nous le donne, soit plus pure que la lumière; que votre bouche , qui le consacre, soit plus chaste que celle des vierges les plus innocentes. O quel mystère! avec quelle pureté «doit-il être célébré! Le mariage est saint et honorable entre tous ; et la couche nuptiale est sans tache 3 : mais elle n'est pas eucore assez sainte pour ceux qui doivent consacrer la chair de l’Agneau. Par cette sainte institution de la continence, que l'Église a toujours eue en vue, les doctes le savent, depuis le temps des apôtres; qu’elle a enfin établie, quand elle a pu , dès les premiers siècles, partout où elle a pu, et d'une manière plus particulière dans l'Église d’Occident, et dans celle de Rome spécialement consacrée et fondée par les deux princes des apôtres, saint Pierre et saint Paul; l'Église veut préparer à ce corps vierge, à ce corps formé d’une vierge , des ministres dignes de lui , et nous donner une vive idée de la pureté de ce mystère. Prenez, mangez , ceci est mon corps ; purifiez votre corps qui le doit recevoir; votre bouche où il doit entrer. La pureté de la boqche, c'est qu’il n’en sorte que des paroles de bénédiction; la pureté de la bourbe, c’est de modérer sa langue, la tenir le plus qu'on peut dans le silence; la pureté de la bouche, c'est de désirer le chaste baiser de l'Époux , et renoncer à toute autre joie qu'à celle de le posséder. Amen amen !
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