MÉDITATIONS S
XXVe JOUB.
L*enr barUlie csl le gage de la rémission do* porlkos.
A fatlh. xxvi, 27,28.
Eurez- en tous : ceci est mon sang, le sang de ta nouvelle alliance ; le sang répandu pour vous en rémission de vos péchés *. C’est ici b partie la plus étonnante du mystère, et celle aussi, comme on voit, où Jésus parle avec plus de force. Qu’il nous donne à manger la chair de son sacrilice, la chair de la pâque; c’est la coutume; c’est le dessein de ce sacrifice : mais jamais on n’en a bu le sang, ni celui d’aucune victime, encore qu’on eût mangé les chairs. Moïse , dit saint Paul, ayant récité devant tout le peuple toutes les ordonnances de la loi, prit du sang des victimes avec de l’eau , et en fêta sur le livre même et sur tout le jteuple , en disant : C'est le sang du testament que Dieu a déjà fait pour vous *. Voilà, ce semble, tout ce qu’on peut faire du sang des victimes ; en arroser tout le peuple, mais non pas le lui donner à boire. Jésus-Christ seul va plus avant. Moïse dit, en jetant le- sang des victimes sur le peuple : Ceci est le sang de l’alliance ; à quoi le Sauveur regarde manifestement, lorsqu'il dit : Ceci est mon sang de la nouvelle alliance. C’est donc du sang en l’une et en l’autre occasion. Tout le peuple en est touché , mais différemment ; car il en est touché par aspersion sous Moïse; et l'aspersion qu’ordonne Jésus, c’est de le boire : c'est la bouche, c’est la langue, qui en doit être arrosée par cette aspersion : Euvez-en tous , dit-il , car c’est mon sang, le sang de la nouvelle alliance ; le sang répandu en rémission des péchés 3.
Cette différence des deux testaments est pleine de mystère. Une des raisons qui étaient données aux anciens pour ne point manger le sang , c’est à cause qu'il était donné, dit le Seigneur, afin qu’étant répandu autour de l’autel, il soit en expiation de nos âmes et en propitiation pour nos péchés ; et pour cela j’ai commandé aux enjants d'Israël, et aux étrangers qui demeurent parmi eux , de n’en manger point*. On leur défend de manger du sang, a cause qu'il est répandu pour la rémission des péchés : et au contraire le Fils de Dieu veut qu’on le boive , à cause qu’il est répandu pour la rémission des péchés.
C'est par la même raison qu’il était écrit : Toute victime qu'on immolera pour expier le péché dans le sanctuaire ne sera pas mangée, mais elle sera consumée par le feu 5 : et cette observance signifiait que la rémission des péchés ne pouvant pas s’accomplir par les sacrifices de la loi , ceux qui les offraient demeuraient sous l’interdit, et dans une espèce d’excommunication, sans participer à b victime qui était offerte pour le péché. Mais, par une raison contraire, Jésus-Christ ayant expié nos Ames , et ayant parfaitement accompli la rémission des péchés, par l’oblation de son corps et l’effusion
* Mitlh. XXVI, 28. Marc. XIV, 2». Lue. XXII, SO. — » Exod. xxiv // h-. i\, i9, 20. — 1 Btatih . xxvi, 27. — 4 Levit. xvti.
Il f*. - s Jbid. vi, ao.
Bo** n*. — TOME III.
R L’ÉVANGILE
de son sang , il nous ordonne de manger ce corps lirré pour nous , et de boire le sang de la noue elle alliance, versé /mur la rémission des péchés) pour nouamoiilrcrqii’eile était faite, et que nous nations plus qu’à nous l’appliquer.
Goiltons donc dans l’eucharirtie la grâce de la rémission des péchés, en disant avec David : Bienheureux ceux à qui leurs iniquités sont remises , et dont les péchés sont couverts . Bienheureux celui a qui le Seigneur n’impute point de péché, et qui ne s impose point à lui-méme '.dans la pensée qu’il a qu'ils lui sont pardonnes. Et encore : Mon dme, bénis le Seigneur, et que tout ce qui est en mol bénisse son saint nom. Mon âme, bénis le Seigneur el n'oublie pas ses bienfaits. (“est lui gui remet tous les péchés; c'est lui gui guérit toutes tes maladies. ... Il ne nous a pas traités selon nos péchés ; il ne nous a pas rendu ce que méritaient nos fautes... Autant que le levant est loin du rouchaut , autant U a éloigné de nous nos iniquités '.
Quel repos a une conscience troublée deson crime, et alarmée de la justice divine qui la presse, de godter dans le corps et dans le sang de Jésus la grâce de la rémission des péchés, et par là même d’en effacer tous les restes !
Apprenons que l'eucharistie est un remède des péchés. Si nous nous purgeons des grands, elle effacera les petits , et nous donnera de la force pour éviter et les petits et les grands.
C’est le péché qui met la séparation entre Dieu et nous. Se purifier des péchés, c’est ôter tout empêchement , et rendre les embrassements entre l’Epoux céleste et son Église plus ardents, plus purs, plus intimes.
xxvr jour.
Jéaux-Chrôt notre victime et notre nourriture.
Dieu a tant aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique, afin que celui qui croit en lui ne périsse point , mais qu'ilait ta rie éternelle >.
Qu’est-ce à dire , qu’il a donné son Fils unique ? C’est qu’il l’a donné à la mort . ainsi qu'il avait dit auparavant : comme Moïse a élevé le serpent dans le désert , il faut de même que te Fils de l'homme soit élevé* : c’est-à-dire qu’il soit élevé et mis en croix. C’est donc ainsi que Dieu a donné son Fils unique : il l’adonné à la mort, et à la mort de la croix.
Mais comment est-ce que Dieu a fait pour donner son Fils unique à la mort? I.e Fils de Dieu , en qui est la vie et qui est lui-même ta vie. peut-il mourir? Afin qu’il pilt mourir. Dieu l’a fait homme, l’a fait Fils de l'homme d’une manière admirable, incompréhensible, très-véritable, très-réelle, mais singulière , qui étonne toute la nature ; et par ce moyen s’est accompli ce que Dieu voulait , que le Fils de l’homme, qui est en même temps le Fils de Dieu , filt élevé à la croix , et donné à la mort pour la rie du monde.
1 Pt. XXXI. r, S. — > Ibid, cil, I ,S, S, 10, Il Joan Ul, le. — s Ibid. 14.
n»0 MEDITATIONS SUR L’ÉVANGILE .
Dieu donc a tant aimé le monde , 7// 7/ « donné ton /ils unique. II l'a premièrement donné au monde, quand il s’est fait homme; et il l’a en second lieu donne au monde, quand il l’a donné pour en être la victime. La même chair qu’il avait prise, pour se rendre semblable à nous et s’unir à nous, il nous la donne de nouveau, en la donnant pour nous en sacrifice.
Voilà deux choses qui devaient être accomplies dans la chair de noire Sauveur : l'une, que le Fils de Dieu devait venir en chair, pour s’unir à nous et nous être semblable , l’autre , que le même Fils de Dieu devait s'immoler dans la même chair qu'il avait prise, et l'offrir pour nous en sacrifice. Une troisième chose se doit accomplir en cette chair immolée : il faut encore qu’elle soit mandée pour la consommation de ce sacrifice, en gage certain que c’est pour nous que le Fils de Dieu l’a prise et qu’il l’a offerte, et qu'elle est tout à fait à nous. Osl une troisième merveille qui doit s'accomplir dans la cliair de Jésus-Christ. Comment le fera-t-il ? Nous faudra-t-il dévorer sa chair, ou vive ou morte, en sa propre espèce et nature ? Kl puisqu’il faut que son sang nous soit aussi bien donné à boire que sa chair à manger, afin que, donné ainsi, il nous soit en gage que c'est pour la rémission de nos péchés qu’il a été répandu , faudra t-il avaler ce sang en sa propre forme ? A Dieu 11e plaise ! Dieu a trouvé le moyeu que , sans rien perdre de la substance de son corps et de son sang, nous les prissions seulement d'une manière differente de celle dont ils sont naturellement exposés à nos sens. Parce moyen, nous avons toute la substance de l'un et de l’autre ; et Dieu, en nous les donnant dans une forme étrangère , nous sauve l'horreur de manger delà cliair humaine, eide boire du sang humain, en leur propre forme.
Et comment a-t-il fait cela ? Il a pris du pain , et il a dit : Ceci est mon corps, mon vrai corps , mais sous la ligure du pain; il a pris une coupe pleine de vin , et il a dit : Ccci est mon sang , mon vrai sang, sous la figure de ce vin dont j'ai rempli la coupe que je vous présente. Comme donc, afin que son Fils éternel et immortel prtt mourir, il l’a fait Fils de l'homme : ainsi afin qu’on put manger cette chair et boire ce sang, il a fait ce corps , pain d’une certaine manière; puisqu'il a revêtu son corps de l’espèce et de la forme du pain : il a voulu que son sang fût encore versé dans nos bouches, et coulât en nous sous la forme et la figure du vin. Nous avons donc toute la substance de l’un et de l’autre; les figures anciennes s’accomplissent , notre foi est contente, notre amour a ce qu’il demande : il a Jésus-Christ tout entier, en sa propre et véritable substance ; et l’Église le mange: l’Église le reçoit : comme épouse elle jouit de son corps; clic lui est unie corps à corps, pour lui être aussi unie cœur îi cœur, esprit à esprit. Comment tout cela s’cst-il pu faire ? Dieu a tant aimé le monde : l’amour peut tout; l’amour fait, pour ainsi dire, l’impossible pour se contenter, et pour contenter son cher objet. Dieu a fait aussi pour nous l’impossible; je dis
pour nous, car pour lui, il n’y en a point; tout lui est possible. Mais ce qui était impossible il la nature à faire, et au sens humain à comprendre, il l’a fait : son Fils est devenu le Fils de l’homme; et il s’est approche de nous :1a nature humaine, qu’il a mise en quelque façon entre lui et nous, n’a point empêché que ce ne soit lui-mêine en personne qui vînt a nous, même comme Dieu : au contraire , il y est venu par l'homme même, et la chair qu'il a prise a été notre lien avec lui. De même, quand le Fils de l'homme a été donne à la mort , il a été vrai que le Fils de Dieu mourait lui-niêine, dans la nature qu’il avait prise. S’il faut ensuite manger cette chair donnée pour nous en sacrifice , son amour en trouvera le moyen : Prenez , mangez : ceci est mon corps: ne vous informez pas de la manière, c’est la substance qu’il vous faut ; car c'est à la substance qu'est unie la divinité et la vie. Sous la figure de ce pain, c’est mon propre corps ; sous la figure de ce vin, c’est le même sang qui a été répandu pour vous. Mangez , buvez : tout est à vous : ne songez pas à ce que vos sens vous présentent ; c’est à votre foi que je parle ; c’est à elle que je dis : Ceci est mon corps. Souvenez-vous donc que c’est moi qui vous le dis. Nul autre que moi, nul autre qu’un Dieu, nul autre que le Fils de Dieu , par qui tout a été fait, ne pourrait parler de cette sorte. Souvenezvous que, sous la figure de ce pain et de ce vin, c’est mon corps, c’est mon sang, que je vous donne, ce corps donne à la mort , ce sang répandu pour vos péchés.
Et comment tout cela s'est-il fait? Dieu a tant aimé le monde. Il ne nous reste qu'à croire, et à dire avec le disciple bien-aimé : Mous avons cru à F amour que Dieu a eu pour nous *. La belle profession de foi! le beau symbole! Que croyez -vous, chrétien? Je crois l’amour que Dieu a pour moi. Je crois qu’il m’adonné son Fils; je crois qu’il s’est fait homme; je crois qu’il s’est fait ma victime; je crois qu’il s’est fait ma nourriture , et qu’il m’a donné son corps à manger, son sang à boire , aussi substantiellement qu’il a pris et immolé l’un et l’autre. Mais comment le croyez-vous ? C’est que je crois à son amour, qui peut pour moi l’impossible , qui le veut, qui le fait. Lui demandeé un autre comment, c’est ne pas croire à son amour et à sa puissance.
Si nous croyons à cet amour, imitons-le. Quand il s’agit de la gloire de Dieu et de son service , notre zèle ne doit rien trouver d'impossible. Si vous pouvez croire , dit-il , tout est possible à celui qui croit \ Remarquez: si vous pouvez croire : toute la difficulté est de croire ; mais si une fois vous croyez bien, tout vous est possible. Dieu entre dans les desseins de voire zèle ; et sa puissance vient à votre aide. L’obstacle que vous avez à vaincre n’est pas dans les choses que vous avez à exécuter pour Dieu : il est en vous même , il est en votre fui : Si vous pouvez croire. Mais Dieu nous aide a croire. Je crois, Seigneur! Aidez mon incrédulité 5.
• * I. Joan. iv. IC — 1 Mitre, ix , 23. — 3 Ibid. 23.
MÉDITATIONS * XXVII' JODR.
rfotrt^- Seigneur avait promis aa chair et son sang dans l'eucharistie. Joan. vi , :i2, 5s).
Pour comprendre tout le dessein du Fils de Dieu dans l'eucharistie, il faut encore écouter ce qu'il en dit en saint Jean, vi. Nous trouverons qu'il y fait trois choses. Il y explique premièrement cequ'il nous donne-, secondement, le fruit qu'on en doit tirer; troisièmement, le moyen d'en tirer ce fruit.
Cequ’il nous donne, c’est lui-méme, et c'est sa chair et son sang : et dès qu’il en parie, les hommes s’écrient : Comment cet homme nous peut-il donner sa chair à manger 1 ? I.'hommc raisonne toujours contre lui-méme, et contre les bon tés de Dieu. Quand Jésus , pour nous préparer au mystère qu’il devait laisser à son Eglise au jour de la cène, dit qu’il nous donnerait sa chair à manger et son sang à boire, les Juifs tombèrent dans trois erreurs. Ils crurent qu'il leur parlait delà chair d’un homme pur, du Gis de Joseph, voilà leur première erreur; d'une chair semblable à celle dont les hommes nourrissent leur corps, voilà fa seconde ; d'une chair enfin qu'ils consumeraient en la mangeant , c'était la troisième.
Contre la première ; Je suis, dit-il, te pain rivant descendu du ciel'. La chair que nous mangeons n'est donc pas la chair du fils de Joseph; c'est la chair du Fils de Dieu, une chair conçue du Saint- Esprit, et formée du sang d'une vierge. Le Saint- F.sprit surviendra en vous , et ta vertu du l'res- Haut vous couvrira de son ombre ; et la chose sainte qui naîtra de cous aura le nom de Fils de Dieu >. Qiiod >’asc et un ex te sanctum. Sanctum, au substantif, pour ceux qui savent un peu la grammaire , et qui entendent la force de ce neutre , c’està-dire une chose substantiellement sainte : manière de parler qui fait voir que la sainteté est substantielle en Jésus-Christ. Pourquoi ? Parce que sa personne est sainte par elle-même , par la sainteté esseniielle et substantielle du Fils de Dieu. Et c’est pourquoi, continue l'ange, il sera appelé te Fils de pieu. Qu'est-ce à dire, il sera appelé t est-ce qu'il ne le sera pas essentiellement, et qu'on lui en donnera le nom par quelque figure ? A Dieu ne plaise! au contraire, il le sera appelé par excellence Le Pcre, qui l'engendre dans l'éternité, l'engendrera dans le sein de Marie : la vertu du 'Tris-Haut ta couvrira de son ombre, s'insinuera dans son sein ; et la chair que prendra le Fils de Dieu dans le sein de cette vierge sera formée par le Saint-Es- 5r,l'.p* !era <ionc une chair sainte , de la sainteté du Fils de Dieu , qui se l’unit : elle sera pleine de vie, source de vie: vivante et vivifiante par elloméine. Ainsi la première erreur est détruite.
Pour réfutor la seconde, qui consistait à s’imaginer que la vie que Jésus-Christ promettait par sa chair serait cette vie commune et mortelle, il répété, il inculque, dans tout son discours, que cest la vie éternelle, tant de l’dmc que du corps, quil nous veut donner : La volonté de
' J°"" VI, 63. — 'Ibid. 12,33, ai, <1, U.M.-’inc. 1,3s,
JR L’ÉVANGILE. eo,
mon Père est que je ne jierde aucun de ceux qu’il m’a donnés , et que je les ressuscite au dernier jour Qui mange de ce pain , de celte
viande céleste, de machair, que je donnerai pour la vie du monde , vivra éternellement '.
Pour détruire la troisième erreur des Juifs qui s'imaginaient une chair qu'on consumerait en la mangeant, il leur dit : Cela vous scandalise? Vous serez donc bien plus étonnés quand vous verrez le Fils de l’homme monter au Heu d’où il est venu ». Comme s’il disait : On mangera ma chair, je l'ai dit; mais je n’en demeurerai pas moins vivant et moins entier. D’où il conclut : Ne vous imaginez donc pas que je vous parle d'une chair humaine à l'ordinaire, ou de la chair du fils de Joseph; ni que je vous parle d'une chair qui doive vous être donnée pour entretenir cette vie mortelle, ni par conséquent d'une chair qui doive être mise en pièces et consumée en la mangeant : La chair, en ces sens , ne sert de rien : c’est l’esprit qui vivifie : les paroles que je vous dis sont esprit et vie3. Quoiqu’il n'oit parlé, pour ainsi dire, que de sa chair, que de son sang, que de manger celle-là, que de boire l'autre; tout cequ'il a dit est esprit, c'cst-à-dirc manifestement que dans sa chair, dans son sang, tout est esprit, tout est vie, tout est uni a la vie et à l'esprit ; parce que sa chair et son sang sont la chair et le sang du Fils de Dieu.
Autant donc que nous désirons la vie, autant devons-nous désirer cette chair qui nous la donne , qui la contient, qui est la vie même. Il est sorti de moi une vertu; je fai sentie sortir *. C'était une vertu pour guérir 1rs corps : combien plus en sortira-t-il pour vivifier les âmes? Approchons-nous donc de cette chair, touchons-la , mangeons-ia : il en sortira une vertu qui portera la vie dans nos duies , et qui dans son temps ia donnera à nos corps.
Il en est de même du sang de Jésus : ce sang est plein de vertu pour nous vivifier; car c'est le sang du Fils de Dieu, le sang du .Xoureau Testament, comme il l'appelle lui-méme; et c'est-àdire, comme l'interprète saint Paul1, te sang du Testament éternel, par lequel te grand pasteur des brebis a été tiré de la mort. Il est doiic lui-méme ressuscité des morts par la vertu de son sang; parce qu'il devait entrer dans sa gloire par ses souffrances. C’est par ce même sang , par ce sang du testament et de l’alliance éternelle, que nous devons aussi hériter de son royaume , et avoir la vie éternelle. Mangeons, buvons, vivons, nourrissons-nous, unissons-nous à la vie par celte chair, par ce sang vivifiant. Il les a pris pour s'approcher de nous. Ce n’est pas aux anges qu’il a voulu s'unir; c’est la postérité if Abraham, c’est la nature humaine, qu'il a voulu prendre. Et parce que tes hommes sont composés de chair et de sang, il a voulu aussi (Ire composé de fun et de
’ Joan. VI, 30 , 52 et U 9. — » Ibid. 62 , 03. — » Ihd A4 —
* Lu r. VIII ,16. — » llebr. xm , 30.
,,92 MÉDITATIONS SLR L’ÉVANGILE.
l'autre’: c'est par là qu’il s'unit à nous, et c'est
par là qu’il nous sauve. Nous l’avons dit souient, et il ne se faut point lasser de le dire : cette chair et ce sang sont devenus le lien de notre union avec lui, l’instrument de notre salut, la source de notre vie; parce qu'il lésa pris pour nous; parce qu'il les a offerts pour notre salut; parce qu’il nous les donne encore pour nous vivifier. Allons avec une sainte avidité à cette viande céleste : tout y est esprit et vie.
XXVIII' JOUR
La foi donne l’intelligence de ce mystère. Joan. vl, 43, 70.
Ce n’est pas tout de savoir quel don nous recevons de Jésus-Christ, il fout encore apprendre de lui deux choses trés-nécessaires; dont l’une est le fruit que nous en devons retirer, et l’autre est le moyen de le recevoir. Tout cela noua est expliqué dans le même chapitre vt que nous avons commencé. Mais ce qu’il y faut d’abord entendre , c’est que Dieu seul nous en peut donner l’intelligence; conformément à celte parole : Ne murmurez point entre vous : personne ne peut venir à mol, si mon Père, gui m'a envoyé, ne le tire’. Afin donc de venir à Jésus, et pénétrer scs paroles , il faut être tiré par le Père. Et qu’est-ce qu’être tiré par le Père, sinon être enseigné de Dieu , comme ajoute le Sauveur : Il est écrit dans tes prophètes : Ils seront tous enseignés de Dieu. Ceux qui ont oui ta voix de mon Pere , et qui ont appris ce qu’il leur enseigne , viennent à moi3. Ainsi être tiré de lui, c’est écouter sa voix, et être enseigné par la douce et toute-puissante insinuation et inspiration de la vérité. Quand on est instruit de cette sorte , on ne murmure point de scs paroles ; on les entend , on les goûte : et c’est pourquoi il dit à la fin : Il y en a parmi vous qui ne croient point ; et c'est pour cela que je vous ai dit que personne ne peut venir à moi, s'il ne leur est donné par mon Père J. Celui-là donc est tiré à Jésus-Christ , à qui il est donné de croire. Le Père nous tire à Jésus-Christ , quand il nous inspire la foi. Je crois. Seigneur, je crois; je ne suis pas de ceux qui veulent se retirer de vous, à cause de la hauteur de vos paroles : au contraire, je suis de ceux qui vous disent avec saint Pierre : Maître , à qui irions nous? vous area des paroles de vie étemelle : nous avons cru et connu que vous êtes le Christ , k Fils de Dieu !. Croyez donc et connaissez : croyez premièrement comme vrai enfant de l’Eglise, docile et soumis, et vraiment enseigné de Dieu. Après avoir été enseigné de Dieu , et avoir été doucement tiré à la foi , vous le serez encore à l’intelligence , autant qu’il est nécessaire pour confirmer votre foi; et vous direz en toute occasion , mais particulièrement dans la communion : Nous avons cru et sonnu que vous êtes le Christ , le Fils de Dieu ®.
1 Hlb. Il, », 19 — ’Joau. VI, 43, 44. — 5 Ibid- 45. — Ibid, VI, 05 . 60. — s Ibid, 09 , 70. — 6 Ibid. 70.
Ce n’est pas assez; an jour suivant nous irons plus loin, s’il plaît à Dieu. Prions le Père «le Jésus-Christ, qui a bien voulu être le notre, qu’il nous tire, qu’il nous enseigne au dedans , qu’il nous fasse entendre sa voix et pénétrer sa parole.
XXIXe JOUR.
La vie éternelle c$l le fruit de feucharblie. Joan. vi, SC,
Le même chapitre. Nous y devons trouver deux choses : la première est le fruit spirituel que nous devons tirer de l’eucharistie : la seconde est le moyen d’en tirer ce fruit. Pour le fruit, il est aisé de l’entendre : ce fruit est de nous détacher de la vie, et de nous attacher à Dieu. C’est sur quoi Jésus-Christ s’explique clairement par ces paroles : En vérité , en vérité, je vous te dis : vous me cherchez , non pas parce que vous avez vu des miracles ; mais parce que vous avez mangé des pains que j’ai multipliés dans le désert, et que vous en avez été nourris. Travaillez, non point à la nourriture qui périt, mais à celle qui ne périt pas , que le Fils de V homme vous donnera : car cest celui que le Père céleste vous a désigné , en imprimant sur lui son sceau et son caractère* , et en confirmant sa doctrine et sa mission par tant de miracles. Vous vous expliquez, mon Sauveur! Votre dessein est de nous détacher de la nourriture et de la vie périssable, qui fait tous nos soins, à laquelle nous travaillons toute l’année ; et transporter . notre diligence et notre travail à la nourriture et à la vie qui ne périt point. Enseîgnez-moi , mon Sauveur : tirez-moi do cette manière admirable, qui fait qu’on va à vous : dégoûtez-moi de tous les soins qui n’aboutissent qu’à vivre pour mourir : faites-moi goûter cette vie où l’on ne meurt jamais.
Quel miracle faites-vous, q/în que nous croyions en vous 1 ? Que faites-vous de si merveilleux? Il est vrai, vous nous avez rassasiés de pain dans le désert. Mais ce pain est-il comparable à la manne que Moïse a donnée à nos pères, de laquelle il est écrit : Il leur a donné à manger le pain du ciel. Le pain que vous nous avez donné était le pain de la terre : et il y a autant de différence entre vous et Moïse , qu’il y en a entre la terre et le ciel.
On voit clairement, par ce discours, qu’ils ne songeaient qu'aux moyens de sustenter cette vio mortelle; et que ce n’était pas sans raison que Jésus-Christ leur avait reproché leurs désirs charnels. Car ils ne portent point leur pensée plus loin que la manne, dont leurs corps furent nourris dans le désert; ni ils ne connaissent d’autre ciel, que les nuées d’où elle leur avait été envoyée; sans songer quelle n'avait été appelée le pain du ciel, et le pain des anges, qu'en figure de Jésus-Christ, qui leur devait apporter In vie éternelle. Il sc sert donc de l’expression dont
I Joan. VI, 10,27- — 1 Ibid. 30, 31-
MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE
rficriture s« «rt pour relever la merveille de la j manne, à élever les esprits au vrai pain des anges, à la vérité qui les rend heureux, et qui s'é- ; tant incarnée s’est rendue familière et sensible aux ■ hommes pour les faire vivre.
Il leur dit donc qu'il est descendu du ciel; que qui vient à lui n’a jamais faim, et que qui croit en lui n’a jamais soif; qu'il est par conséquent le vrai />ain • , la vraie nourriture des âmes qui viennent à lui par la foi; qu’il ne faut pourtant pas que les hommes espèrent de le pouvoir atteindre par sa divinité, ni de s’y unir en ellemême ; que c’est un objet trop haut pour une nature pécheresse, et livrée aux sens corporels; qu’il s'est fait homme pour s’approcher d eux; que la chair qu’il a prise, est le seul moyen qu'il leur a donné pour s’unir à lui; et que pour cela il l'a remplie de la divinité même, par conséquent d’esprit et de grâce, ou, comme parle saint Jean, de grâce et de vérité ; et ailleurs : L’esprit ne lui est pas donné avec mesure : el nous avons tous reçu de son esprit 1 ; que de là donc il s'ensuit que nous avons en lui la vraie vie, la vie éternelle, la vie de l’âme et du corps : et non pas précisément en lui comme Fils de Dieu , mais en lui comme Fils de l'homme : car c'est par là qu’il commence. Travaillez à vous préparer la nourriture qui vous sera donnée par le Fils de l'homme : pourvu que vous le croyiez en même temps le pain descendu du ciel , c’est-à-dire le Fils de Dieu, et que vous croyiez que sa chair, par laquelle il veut vous vivifier, est pleine d'esprit et de vie.
Ainsi la fin où il veut venir est de nous faire vivre; mais de la vie étemelle, et selon l’âme et selon le corps : C’est , dit-il, la volonté de mon Père, que je ne perde rien de ce que mon Père m’a donné , et que , pour donner la vie au corps comme l’âme, je le ressuscite au dernier jour ; et encore : V os pères ont mangé la manne , et sont morts : celui qui mangera de ce pain vivra éternellement 3.
C’est donc là le fruit de l’eucharistie ; elle est faite pour contenter le désir que nous avons de vivre, et pour cela nous donner la vie éternelle; dans l’âme, par la manifestation de la vérité; et dans le corps , par sa glorieuse résurrection. Seigneur, qu’ai-je à désirer? de vivre; de vivreenvous, de vivre pour vous, de vivre de vous et de votre éternelle vérité, de vivre tout entier, de vivre dans l’âme, de vivre même dans le corps; de ne perdre jamais la vie, de vivre toujours! j’ai tout cela dans l’eucharistie, j’y ai donc tout, et il ne reste qu’à jouir.
. Désir insatiable de l’eacharislie. Joan. vi , 34 , 40, 47. '
Seigneur , donnez-nous toujours ce pain 4 : ce pain dont vous avez dit qu’il donne la vie éternelle. C’est ce que disent les Juifs : et ils expriment par là le désir de toute la nature humaine ,
• Joan. vi, 33, 38, 48. — * Ibid, i, U, 10; m, 34. —
1 Ibid. VI, 39, 40, 69. — 1 Ibid. 31
| ou plutôt de toute la nature intelligente. File veut vivre éternellement : elle veut ne manquer de ! rien; en un mot , elle veut être heureuse. C’est encore ce qu’exprimait la Samaritaine, lorsque Jésus I lui ayant dit : O femme ! celui qui boit de Veau que je donne n'a jamais soif: elle répond aussitôt : Seigneur, donnez-moi cette eau , (fin que je ri aie jamais soif, et que je ne sois pas obligée à venir ici puiser de Veau • dans un puits si profond , avec tant de peine. Kncore un coup, la nature humaine veut être heureuse; elle ne veut avoir ni faim ni soif; elle ne veut avoir aucun besoin, aucun désir à remplir, aucun travail, aucune fatigue : et cela, qu’est- ce autre chose, sinon être heureuse? Voilà ce que veut la nature humaine, voilà son fond. Elle se trompe dans les moyens; elle a soif des plaisirs des sens; elle veut exceller; elle a soif des honneurs du monde. Pour parvenir aux uns et aux autres, die a soif de richesses; sa soif est insatiable : elle demande toujours, et ne dit jamais : C’est assez; toujours plus et toujours plus.’ Elle est curieuse; elle a soif de la vérité ; mais elle ne sait où la prendre, ni quelle vérité la peut satisfaire : elle en ramasse ce qu’elle peut par-ci par-là, par de bons, par de mauvais moyens : et comme toute âme curieuse est légère, elle se laisse tromper par tous ceux qui lui promettent cette vérité quelle cherche. Voulez-vous n’avoir jamais faim, jamais n’avoir soif? venez au pain qui ne périt point, et au Fils de l’homme qui vous l’administre; à sa chair, à son sang, où est tout ensemble et la vérité et la vie; parce que c’est la chair et le sang, non point du fils de Joseph, comme disaient les Juifs, mais du Filsde Dieu. O Seigneur, donnez-moi toujours ce pain! Qui n’en serait affamé ? qui ne voudrait être assis à votre table? qui la pourrait jamais quitter?
Mais, pour nous piquer davantage du désir d’en approcher, Jésus-Christ nous dit que ce n’est pas une chose aisée ou commune. Il faut être aimé de Dieu, touché, tiré, prévenu, choisi. Voyez combien de ses auditeurs s’en éloignent, combien murmurent, combien se scandalisent! Ses disciples même se retirent d’avec lui; il y en a même parmi ses apôtres qui ne croient pas. Plus ces infidèles se rebutent , plus les vrais disciples doivent s’approcher. Venez, écoutez; suivez le Père qui vous tire, qui vous enseigne au dedans, qui vous fait sentir vos besoins, et en Jésus-Christ le vrai moyen de les rassasier. Mangez, buvez, vivez, nourrissezvous, contentez-vous, rassasiez-vous. Si vous êtes insatiables, que ce soit de lui, de sa vérité, de son amour : car la Sagesse éternelle dit en parlant d’elle-méine ; Ceux qui me mangent auront encore faim, et ceux qui me boivent auront encore soif1. Hé! nous venons d’entendre de sa bouche : Celui qui boit de Veau que je donnerai n’aura jamais soif 3; et encore : Celui qui vient à mol n'aura jamais faim, et celui qui croit en moi n'aura jamais soif *. Il n’aura jamais ni faim
• Joan. iv ,10,11,13,16.-’ Eccli. xxiv , 39. — 3 Joan. IV , 14. — * Ibid. VI, 98.
fl!) 4
MEDITATIONS SDK L’ÉVANGILE.
ni soif d’autre chose que de moi ; mais il aura une faim et une soif insatiable de moi : et jamais il ne cessera de me désirer. En même temps qu’il sera insatiable, il sera néanmoins rassasié; car il aura In bouche à la source : les fleuves d'eau vive lui sortiront des entrailles. L'eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d'eau jaillissante pour la vie éternelle Il aura donc toujours soif de ma vérité; mais aussi il pourra toujours boire, et je le mènerai à la vie où il n’aura plus même à désirer; parce que je le réjouirai par la beauté de ma face, et je remplirai tous ses désirs. Jetiez donc t Seigneur Jésus, venez; l’Esprit dit toujours: tenez : l’Épouse dit toujours : tenez. J vus tous qui écoutez , dites : t enez : et que celui qui a soif vienne : vienne qui voudra recevoir gratuitement Veau vive *. Venez, ou n'exclut personne : venez, il n’en coûte rien, il n’en coûte que le vouloir. Viendra le temps qu’on ne dira plus : Venez. Quand cet Époux tant désiré sera venu, alors ou n’aura plus besoin de dire : Venez. On dira éternellement : Amen : il est ainsi, tout est accompli : Allcluia 3 : louons Deiu ; il a bien fait toutes choses; il a fait tout ce qu'il avait promis, et il n’y a plus qu’à le louer.
XXXI0 JOUR
Nouveaux murinurateurs capharnaïtes. Joan. vil. Cl.
Ecoutons un peu nos murinurateurs; je ne dis pas ceux du peuple juif, les Capharnaïtes, et les autres dont il est parlé dans saint Jean. Ecoutons les murinurateurs chrétiens, qui font semblant de s’éloigner du sentiment des murinurateurs de Cnpharnaüm, et qui disent : Nous ne leur ressemblons pas. S'ils avaient compris que ce manger et ce boire, dont le Sauveur leur parlait, était la foi, ils n'auraient pas murmuré, ils u'auraient pas à la (in abandonné Jésus-Christ. Ainsi tout le déuoûment, c’est qu’il faut avoir la foi , et que tout le reste ne sert de rien , conformément, disent-ils, à cette dernière explication du Sauveur : C’est C esprit qui vivifie : la chair ne sert de rien : les paroles que je vous dis sont esprit et vie *.
Mon Snureur, je ne suis pas ici recueilli devant vous pour disputer, ni pour faire une controverse , mais comme vous ne permettez pas en vain les hérésies, cl que vous voulez tirer des contradicteurs un plus grand éclaircissement de vos vérités, j’écouterai les murmures des hérétiques, pour mieux entendre, pour mieux goûter votre vérité. Ils sont. Seigneur, je le crois, ils sont vraiment, quoi qu’ils disent, de nouveaux Capharnaïtes, qui viennent étourdir votre Église douce et modeste, et vos enfants qui ne sont pas disputeurs , ni contentieux , mais fidèles, du bruit de cette question : Comment celui-ci nous peut-il donner sa chair à manger s? Et ils répondent hardiment : Il ne le
• Joan. vil, iv, U. — * .ipoc. xxii, 17, 20. — * Ibid. xu, 4. — • Ibid. VI, Ct. — * Joan. VI, M.
peut pas, au pied de la lettre : il faut entendre spirituellement, c’est-à-dire, selon leur pensée, il faut entendre figurément tout ce discours. Qu'on est grossier, continuent-ils, de préparer autre chose que la foi et que l'esprit pour manger votre chair et votre sang ! Ecoutons donc ces hommes si spirituels, si élevés, qui regardent avec dédain votre humble troupeau, parce qu’il croit simplement à votre parole, et ne cherche point à en détourner le sens ni la force , pour contenter sa raison. Donnez-moi la grâce, ô Seigneur! de décourrir leurs vaines subtilités, ct les pièges qu’ils tendent aux ignorants, qui en même temps sont superbes. Car ils passent jusqu'à cet excès de nous prendre pour de vrais Capharnaïtes, à cause que nous ne voulons pas croire avec eux, qu’avoir dit que c’est l'esprit qui vivifie, c’est avoir dit qu’on ne mange votre chair ct qu'on ne boit votre sang que par la foi. Voici donc leur explication : Im chair ne sert de rien, c’est-à-dire qu’il ne sert de rien de manger réellement votre chair : Mes paroles sont esprit et vie, c’est-à-dire, tout ce que j’ai dit de ma chair ct de mon sang n’est qu’une figure. Voilà Seigneur, ce qu’ils disent; mais je ne vois point tout cela dans votre Évangile. Je le vais relire. Seigneur, et en peser de nouveau toutes les paroles: et j’espère non-seulement croire toujours d’une ferme foi, comme je le crois, mais encore entendre clairement, si vous le voulez, que ces murinurateurs sc trompent; qu’ils vous font dire ce que vous ne dites pas. Mais , Seigneur, je remettrai à un autre temps cette humble lecture : aujourd'hui j’ai assez gagné de m’être humilié, et d’avoir soumis mon esprit à la foi de votre Église catholique.
XXXIIe JOUR.
Notre -Seigneur nous donne à manger le même corps
qu’il a pris pour nous. Joan. Vf, 29, 33, 60 , 55, 59.
L’oeuvre de Dieu est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé. Je suis le pain de vie : celui qui vient à mol n’aura jamais faim; et celui qui croit en moi n’aura jamais soif : qui croit en moi a la vie éternelle Il est donc constant que c’est par la foi que nous devons profiter de cette céleste nourriture, pour en recevoir la vie éternelle : et il ne s’agit plus que de savoir ce qu’il nous enseigne aujourd'hui, que nous devons croire pour cela. Or il nous enseigne clairement qu’il faut croire deux choses : la première, que le Fils de Dieu est descendu du ciel et qu'il a pris une chair humaine, en laquelle il est venu à nous; la seconde, que pour avoir part h la vie qu’elle contient, il la faut manger.
La première de ces vérités est clairement enseignée dans ces paroles si souvent répétées : Je suis descendu du ciel : ce n 'est pa r Moïse q ui vous de nne le vrai pain descendu du ciel , mais c’est mon Père qui vous donne le vrai pain descendu du ciel;
1 Joan. vn, 29,35, 47.
MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE
car le pain de Dieu est celui qui descend du ciel , et qui donne la vie au monde 1 ; et encore : Je suis descendu du ciel pour faire la volonté de mon Père, et ressusciter tout cc qu’il m 'a donné * ; et encore : C’est ici le pain descendu du ciel ; et encore : Je suis le pain descendu du ciel ; et encore : C'est ici le pain descendu du ciel J.
Voilà donc le fondement de toute ln doctrine du Sauveur très-clairement expliqué : qui est qu’il est descendu du ciel, c'est-à-dire qu'il s’est incarné, qu’il a pris chair.
Mais la seconde vérité, qu’il faut manger cette chair pour avoir part à la vie qu’elle contient , n’est pas moins expliquée ni moins inculquée dans tout le discours du Fils de Dieu, à commencer par ces paroles : F.t le pain que je donnerai , c’est ma chair pour Ut rie du monde; ou comme porte l’original : Le pain que je donnerai est ma chair , que je donnerai pour la rie du monde * : ce qui avant donné lieu aux Juifs do dire entre eux : Comment cst-ce qu'il nous peut donner sa chair à manger 5 ? le Fils de Dieu s'explique encore davantage, et insiste de plus en plus à dire : Si cous ne mangez ma chair et ne buvez mon sang , vous naurez point ht vie en vous (parce que la vie est pour vous dans cette chair que j'ai prise); et sans discontinuer : (Jul mange ma chair et boit mon sang aura lu vie éternelle °. Il ne *e lasse point de le répéter, puisqu’il ajoute aussitôt après : Car ma chair est vraiment viande , et mon sang est vraiment breuvage : qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui ; qui me mange vivra pour moi ; qui mange de ce pain aura la vie éternelle!.
On voit comme Jésus-Christ enfonce, pour ainsi dire, toujours et de plus en plus dans la matière : il introduit le discours de la nourriture cclcste à l'occasion du pain matériel qu’il venait de leur donner : et il en vient jusqu’à dire qu'il faudra manger sachair et boire son sang : ce qu'il inculque aussi pressamment qu’il a fait son incarnation ; nous enseignant clairement par là que nous devons aussi réellement manger sa chair et boire son sang, qu’il les a pris l'un et l’autre : et c'est là notre salut, c'est notre vie; car par ce moyen il ne prend pas seulement en général une chair humaine, il prend la chair de chacun de nous, lorsque chacun de nous reçoit la sienne. Alors il se fait homme pour nous, il nous applique son incarnation : et, comme disait saint Hilaire, il ne porte, il ne prend la chair que de celui qui prend la sienne : il n'est point notre Sauveur, et ce n'est point pour nous qu'il s'est incarné, si nousmêmes nous ne prenons la chair qu'il a prise. Ainsi l'œuvre de notre salut se consomme dans l'eucharistie, en mangeant la chair du Sauveur. Il y faut apporter la foi ; car c'est par là qu'il commence : il faut croire en Jésus-Christ qui donne sa chair à manger, comme il faut croire à Jésus-Christ descendu du ciel, et revêtu de cette ciiair. Ce n'est pour-
• Jour». VI , 38 , 32 , 33. — * Ibid. 3* , 39. *— Ibid. &0 , SI ,
— * Ibid. 62. Ibid. W, SI. — ** Ibid. U». — 1 Ibid. Ui,
tant pas la foi qui fait que Jésus-Christ est descendu du ciel , et a paru en chair; cc n’est non plus la foi qui fait que cette chair est donnéeà manger. Croyons ou ne croyons pas, cela est ; croyons ou ne croyons pas, Jésus-Christ est descendu du ciel en chair humaine; croyons ou ne croyons pas, Jésus-Christ donne à manger la même chair qu'il a prise; car il est dit absolument : Ceci est mon corps ■ ; et non pas : Ceci U sera , si vous y croyez ; comme il est dit absolument. Ije / erbe a été fait chair9; le Verbe est descendu du ciel en terre; et non pas : Il est fait chair par votre foi : et il descend du ciel si vous y croyez. O \érité de la chair mangée! je vous crois, comme je crois la vérité de la chair prise par le Fils de Dieu, la vérité du Fils de Dieu descendu du ciel. Mon Sauveur, avec quelle force vous me confirmez votre incarnation! Ah! celui qui ne croit pas qu’on reçoit réellement votre propre chair, en sa propre et véritable substance , ne croit pas connue il faut que vous l’avez prise ; et il n'a point de part au pain de vie.
XXXIII' JOUR
Prewnpe nrlle du corps rt du san? de Jcsux-OlirUt dans
IVurliariblii". Juan. VI, St, SS, 60, 67. Matth. xwi, 36,
Si vous ne mangez ta chair du Fils de l'homme : Prenez , mangez : ceci est mon corps : Si vous ne buvez son sang : buvez-en tous : ceci est mon sang. De dire qu’il n’y ait pas un rapport manifeste dans ces paroles; que l'une n’est pas la préparation et la promesse de l'autre, et que la dernière n’est pas l'accomplissement de celle qui a précédé, c’est vouloir dire que Jésus-Christ, qui est la sagesse éternelle, parle et agit au hasard. Visiblement il a parlé en saint Jean, chapitre vi , pour préparer l’institut on de l’eucharistie. Il a dit en saint Jean : Travuitlizu 1 la nourriture que le Fils de l’homme vous donne rc; et encore : Et te pain que je donnerai , c’est ma chair que je donnerai , pour la vie du monde*. II la donnera , dit-il ; c’est visiblement une préparation et une promesse, avec laquelle il ne faut pas s'étonner que l'institution et l’exécution ait un rapport si manifeste : autrement on pourrait dire de même que lorsqu’il est descendu dans le Jourdain , et que le Saint- F.sprit y est descendu sur lui visiblement * , il ne songeait ni à consacrer l’eau, ni à nous montrer l'esprit, desquels il a dit que nous renaîtrions. Mais si la manifestation de la Trinité dans son baptême' a préparé la déclaration qu’il en voulait mettre dans le notre, lorsqu'il a dit : Allez , baptisez au nom du Père, et du Fils , et du Saint-Esprit 5 ; et que son baptême et le nôtre aient entre eux un rapport si manifeste, et en aient en même temps un pareil avec ce qu’il a dit en saint Jean : Si mus ne renaissez d’eau et du Saint-Esprit 6 : on doit croire qu'il a aussi préparé l’institution de l’eucharistie, et que ce qu’il a dit en saint Jean , chapitre vi, est fait pour cela : et sans tout ce raisonnement la chose parle.
‘ MoUh. XXVI, 20. — * Jonn. | , H- — * Ibid. VI, 27, SJ. — *Ihid. 1,31,31; III, 6. — XXVIII, 19 .—,Jwin lll, S.
MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE
1 e rapport des paroles qu'on lit dans saint Jean , et de relies de l’institution, est visible 1 : là manger, et ici manger; là boire , et ici boire; là la chair, et ici la chair; ou , ce qui est la même chose, le corps : là fe sang , ici le sang ; là le manger et le boire, tachairex h' sang séparément ; et ici la mémo chose. Si cela ne fait pas voir précisément que tout cela n’est qu'un seul et même mystère , une seule et même vérité, il n’v a plus d'analogie ni de convenance; il n’y a plus de rapport ni de suite dans notre foi , ui dans les paroles et actions du Sauveur. Mais, si le manger et le boire de saint Jean est le manger et le boire de l'institution, donc en saint Jean, c'est un manger et un boire par la bouche; puisque dans l’institution visiblement c’en est un de cette nature. Si la chair et le sang, dont il est parlé en saint Jean , n’est pas la chair et le sang en esprit et en figure, mais la chair véritable et le sang véritable , en leur propre et naturelle substance, il en est de même dans l’institution : et l’on ne peut non plus interpréter : Ceci esl mon corps; ceci est mon sang, d’un corps en ligure, d'un sang en ligure, (pie dans saint Jean : Si cous ne mangez ma chair, cl si cous ne buccz mon sang, de la ligure de l’un et de l'autre. Or qui pourrait seulement songer que Jésus-Christ ait voulu dire : Si vous ne mangez ma chair en figure, et mon sang de même, il n'y a point de vie pour cous : et , ma chair en figure est vraiment viande, et mon sang en figure est vraiment breuvage, et ainsi du reste? cela serait insensé. Il ne l’est donc pas moins de dire, que ceci est mon corps : ceci est mon sang, ne soit pas la vérité; mais la ligure de l'un et de l’autre.
Vous dites que souvent, dans l'Écriture, monger, c’est croire; boire, c’est croire; et que c'est là le manger et le boire dont il est parlé dans saint Jeau. Mais puisque manger et boire à la fois, c’est la même chose; Jesus-Christ ne se serait pas arrêté jusqu'à quatre fois réitérées à distinguer le manger d’avec le boire , ni la viande d'avec le breuvage .s’il n'avait pas regardé à autre chose. Visiblement donc il a regardé aux paroles de l’institution, où manger, c’est prendre par la bouche; où boire, c'est boire dans une coupe et en avaler la liqueur. Ainsi , quoi qu’il en soildes autres passages, où manger et boire, c'est croire; dans- l'endroit que nous méditons, il n'est plus permis de dire que le manger et le boire soit un manger et un boire impropre et allégorique, ni autre chose qu'un monger et un boire véritable et proprement dit, un manger et uu boire par la bouche du corps.
Je le crois ainsi, mon Sauveur! si cous ne mangez ma chair, si vous ne buvez mon sang : c’est-à-dire si vous n'obéissez à cette parole ; Prenez, mangez : ceci esl mon corps; buvez, ceci est mon sang : et il n’y a d’autre différence entre ces paroles sinon que par l’une vous promettez, dans l’autre vous donnez; dans l'une vous préparez, dans l’autre vous instituez ; dans l’une vous vous étendez davantage sur lefruit, dans l’autre vous vous attachez plus pré-
’ Mutlh . xxvt , as , 2S. Joe II. vi, st , ss.
cisément à exposer la chose même. Mais partout, c’esl le même corps , le même sang , reçu delà même manière, et toujours pour la même fin, qui estdes'unir, substance a substance, à la chair et au sang que vous avez pris. Encore un coup, voilà, mon Sauveur ce que je crois. La foi me vivifie; il est certain : mais cette foi qui me vivifie, c’est de croire que vous avez pris une chair humaine, un sang humain, et que vous me les donnez aussi véri tableinent à manger et à boire, même par la bouche du corps, que vous les avez pris dans le sein de votre bienheureuse mère.
M.xnger'ct boire le corps de Nulre-Sdeneur réellement et \ avec toi. Ibid.
Que l’homme es» insensé de se servir de la fol pour en délruirc l’objet! Il faut manger votre chair et boire votre sang; il faut croire qu’on la mange, et qu’on le boit : donc manger et boire, c’est croire : on ne mange point, on ne boit point aulremcot : et parce qu’il le faut faire avec foi.ee n’est que par la loi qu’on le fait. C’est de même que si l’on disait : Jésus-Christ est descendu du ciel , et il a pris chair humaine dans le sein d’une vierge : eette vierge a cru , et ce qu’elle a cru s’est accompli en elle, conformément à cette parole ; Bienheureuse, gui ores cru : ce gui vous a été dit s’accomplira en vous '. Vous avez cru que vous concevriez le Fils de Dieu , et que vous en seriez la mère ; vous l'avez conçu ; vous l’enfanterez ; et tout ce que vous avez cru vous arrivera : vous l’avez conçu en quelque sorte dans votre esprit par la foi, avant que de le concevoir véritablement dans votre sein ; donc cette conception n’est qu’une conception par la foi, et vous n’avez pas véritablement conçu le Fils de Dieu dans vos entrailles; il n’y est pas véritablement descendu en chair et en os ; et tout cela n'est que ligure et allégorie. C’est ainsi que raisonnent ceux qui disent : Il faut manger la chair du Sauveur; il en faut boire le sang; il faut faire l’un et l’autre avec foi : donc la foi est tout ce manger et tout ce boire, et il n’y a rien davantage. C’est ainsi que les hommes disputent contre Dieu et contre eux-mêmes : contre Dieu , en ne croyant pas qu'il puisse foire pour l'amour de nous des choses incompréhensibles; contre eux-mêmes, en refusant leur croyance à ses bienfaits, à cause qu’ils sont trop grands.
De même, quand le Sauveur a dit . Quelqu'un m’a touché: car j’ai senti sortir de moi une vertu-, et qu’il a si vivement distingué celte femme qui le touchait avec foi , de toute la troupe qui le touchait simplement en pressant son corps, il a voulu dire que cette femme ne l’a pas touché véritablement selon le corps, et qu'elle ne l'a touché que par la foi et selon 1 esprit. C’est ainsi que pensent ceux qui disent : Manger le corps, boire le sang, par la bouche simplement, ce n'est rien; et la vertu no sort que lorsqu'on mange et qu'on boit avec foi : donc il ne faut entendre ici que la seule foi; et pour tirer la vertu qui est dans le corps et dans le sang
' Luc . i , *i*. — > J latih. v, ao. Luc. id.
MEDITATIONS SUR L’ÉVANGILE
de Jésus, on n’a pas besoin de joindre ces deux choses ensemble : c'est à savoir, d'un côté, manger et boire selon le corps , et de l'autre , s’v unir avec la foi. Je me perds, mon Sauveur! je me perds, encore un coup : non point dans la hauteur de vos myslères; car je les crois sans les comprendre, et je ne vous demande pas, à l’exemple des incrédules, comment vous pouvez les accomplir. Mais je me perds dans l'égarement des hommes et dans la perversité de leurs voies ; parce que je vois qu’ils aiment mieux raffiner sur vos paroles , pour en éluder la force, que d’y croire simplement et de vivre.
f XXXV JOUR.
Manger le corps, el boire le sang dr Jcsas-Christ , c’«t y participer véritablement et réelfttaicut. Ibid.
Tout ceci, dites-vous, n'est que mystère et allégorie : manger et boire, c’est croire; manger la chair et boire le sang, c'est les regarder comme séparés à la croix, et chercher la vie dans les blessures de notre Sauveur. Si cela est, mon Sauveur, pourquoi ne parlez-vous pas simplement, et pourquoi laisser murmurer vos auditeurs jusqu’au scandale et jusqu'à vous abandonner , plutôt que de leur dire nettement votre pensée?
Quand le Sauveur a proféré des paraboles , quoique beaucoup moins embrouillées que cette longue allégorie qu’on lui attribue, il en a si clairement expliqué le sens, qu'il n’y a plus eu à raisonner ni à questionner après cela ; et si quelquefois il n’a pas voulu s'expliquer aux Juifs, qui méritaient par leur orgueil qu’il leur parlât en énigme, il n'a jamais refusé à ses apôtres une explication simple et naturelle de ses paroles? après laquelle personne ne s’y est jamais trompé. Ici , plus on murmure contre lui, plus on se scandalise de si étranges paroles; plus il appuie, plus il répète, plus il s’enfonce, pour ainsi parler, dans l'embarras et dans l’énigme. Il n’y avait qu’un mot à leur dire; il n’y avait qu’à leur dire : Qu’est-ce qui vous trouble? Manger ma chair, c’est y croire; boire mon sang, c’est y penser; et tout cela n’est autre chose que méditer ma mort. C'était fait; il n'y restait plus de difficulté, pas une ombre. Il ne le fait pas néanmoins; il laisse succomber ses propres disciples à la tentation et au scandale, faute de leur dire un mot. Cela n’est pas de vous, mon Sauveur; non, cela assurément n’est pas de vous, vous ne venez pas troubler les hommes par de grands mots qui n'aboutissent à rien; ce serait prendre plaisir à leur débiter des paradoxes seulement pour les étourdir.
Quand le Sauveur eut prononcé cette sentence : Ce qui entre dans la bouche ri est pas ce qui souille C homme, mais ce qui en sort • : ses apôtres lui vinrent dire : Savez-vous bien que cette parole a scandalisé les pharisiens ? Laissez- les , dit-il, ce sont des aveugles et des conducteurs d'aveugles. Mais pour ses apôtres, il leur expliqua tellement l’allégorie, qu'il n’y eut jamais sur cela le moindre
» MaUh.w, ii ei *cq.
embarras, ni dans leur esprit, ni dans l'esprit de ceux qui les ont suivis.
Prenez garde , leur disait-il , au levain des pharisiens et des saducéens : et iis pensaient en euxmêmes qu’il leur reprochait qu’ils avaient oublié à porter des pains : mais connaissant leur pensée , il leur dit : Gens de petite foi , qui croyez que je ne songe qu’au pain ; ne vous souvenez-vous pas combien de milliers d'hommes j’ai nourris premièrement de cinq pains, et ensuite de sept? Comment donc n’avez-vous pas entendu que ce n’est pas du pain que je vous parle ? Ils entendirent alors qu’il parlait de la doctrine des pharisiens *.
Il les vit embarrassés de cette parole : Encore un peu de temps , et vous ne me verrez plus ; et encore un peu de temps , et vous me verrez. Comme il leur vit l'esprit peiné, et qu’ils se disaient l’un à l'autre : Que veut-il dire? Nous ne savons ce qu’il veut dire : il leur répondit : Hé bien! il faut donc maintenant vous parler sans allégorie, sans proverbe, sans similitude; et il leur parla si clairement, qu’ils lui dirent enfin eux-mémes : Maître, cette fois vous parlez nettement, et il n’y a point de proverbe ni d’ambiguïté dans vos discours *. N’y^a-t-il que cette occasion où les paroles vous manquent ? N’aviezvous point de moyen de vous expliquer, ni d’empécher vos disciples, non pas de s'embarrasser dans vos discours, mais de s’y perdre, et de vous quitter tout à fait?
La Samaritaine s’embarrasse, et croit que l'eau dont vous lui parlez est une eau de la nature de celle qu’elle venait puiser au puits de Jacob, pour étancher sa soif; mais vous lui expliquâtes nettement que l’eau dont vous lui parliez était une eau qui devenait une source inépuisable et intarissable dans ceux qui en buvaient, et qui leur donnait la vie éternelle. Qui depuis a jamais cru, après cela, que l'eau que vous donniez à boire à vos disciples fût une eau matérielle? Il est vrai que cette femme demeure encore un peu dans l’embarras, et qu’elle dit encore au Sauveur : Seigneur, donnez-moi cette eau, afin que je ne sois plus obligée de venir à ce puits. Mais Jésus-Christ, qui sentit qu’il s’était assez expliqué, et que ce reste de doute se dissiperait de lui-méme, changea de discours. La femme entre dans d'autres matières; et ravie de la doctrine du Sauveur, sans s'embarrasser davantage de cette eau , elle laisse sa cruche auprès du puits , pour aller dire à ses citoyens : Feriez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. N'est-ce point le Christ 3 ? ce qu’elle dit , non pas en doutant ; mais pour les induire à croire aussi ce qu’elle croyait déjà. Àt-clle quitté le Sauveur, comme font ici ses propres disciples, sous prétexte de cette eau, qu'elle semblait n'avoir pas encore bien entendue? Point du tout; elle sentit bien que ce n'était rien : personne aussi n’a relevé son doute; et s'il eût pu rester quelque embarras, il est levé clairement dans im autre endroit par l’évangéliste, lorsqu’après avoir raconté ce discours de Notre-Seigneur, semblable
1 Matth. XVI, «, 7, R, 0, 13 — 1 Joan. xti , IC, 17, 18, 20. — 1 Ibid. IV, 10, ||, 13, II, 15, 16,29, 20.
MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE
à ceux qu’il avait tenus à la Samaritaine : Celui qui croit en moi , il sortira de ses entrailles des fleuves d'eau vive : ajoute aussitôt après : Il disait cela de C esprit que ses fidèles devaient recevoir *.
Mon Sauveur, vous ne laissez rien sans explication : tout ce qui pouvait donner de fausses idées est clairement expliqué dans votre Évangile : personne ne s’y trompe ; personne n’est tenté de vous quitter. Je ne vous quitterai pas, à Dieu ne plaise, pour vous avoir entendu parler de votre chair qu’il nous faut manger, ni de votre sang qu’il nous faut boire : je ne chercherai non plus à éluder la force de cette parole ; je la prendrai au pied de la lettre , comme vous l’avez prononcée : s’il le fallait prendre autrement, vous me l’auriez expliqué comme tout le reste des paraboles, des similitudes , des allégories.
XXXVIe JOUR.
Rcnalssai** spirituelle expliquée par Nolrc-Sdgneur S Nicodérae. Joan. lll , 1 , 2 , 3 et seq.
Venons enfin à Nicodême, et au discours que lui tint le Fils de Dieu sur le sujet du baptême. Il entendit trop charnellement ce qui lui avait été dit : qu'il fallait renaître de nouveau : et il poussa l’ignorance jusqu’à demander : Comment est-ce que l'on peut renaître étant déjà vieux ? Faudra-t-il rentrer dans le ventre de sa mère • , pour en sortir encore une fois, et redevenir dans sa vieillesse un enfant nouvellement né? Jcsus-Christ pouvait ici lui répéter : Oui , je vous le dis, il faut renaître : encore un coup , il faut renaître : si on ne renaît, on n’a point de part à mon royaume : il pouvait, dis-je, répéter sans cesse son premier discours, et sans s’expliquer davantage , laisser Kicodéme dans ses grossières idées. Il ne le fait pas : et aussitôt que ce pharisien lui a fait sentir sa difficulté , il la résout par ces paroles : Si vous ne renaissez de ie.au et du Saint-Esprit, vous n'aurez point de part à mon royaume 3 : ce qui veut dire manifestement : Ce n’est pas dans le ventre de sa mère, c’est dans l’eau, qu’il faut entrer : ce n’est pas pour y recevoir une naissance charnelle, c’est pour y être renouvelés par le Saint-Esprit. Il n’en fallait pas davantage, et toute la difficulté était résolue. Mais le Sauveur ne s’en tient pas là, et pour ôter toute idée d’une naissance charnelle , il poursuit en cette sorte : Ce qui est né de la chair est chair : et ce qui est né de l'esprit est esprit. Ne vous étonnez donc pas si je vous dis qu'étant né selon la chair, il faut encore naître * selon l’esprit. Que pouvait-on désirer de plus sur la difficulté proposée? Être baptisé, c’est-à-dire se plonger dans l’eau pour être purifié, était chose bien connue des Juifs : et il ne restait qu’à leur expliquer qu’il y aurait un baptême, où le Saint-Esprit se joignant à l’eau , renouvellerait l’esprit de l'homme. Cela est dit clairement; et Nicodéme n'en revient plus à sa naissance charnelle , ni personne ne se l'est jamais imaginée à son exemple.
1 Joan. vu, as, 38. — * Ibid, ni , 4 — * Ibid. &. — *
Il est vrai qu’il lui restai! à entendre l'opération du Saint- Esprit, dont Jésus-Christ lui parla d'une manière admirable, de laquelle il n’est pas ici question. Mais comme sa difficulté sur la naissance chamelle était résolue sans retour, et qu'il n’était pas nécessaire de l’instruire davantage sur la manière dont le Saint-Esprit agissait en nous, et y formait des pensées, dont la fin comme le principe passaient notre intelligence; Jésus-Christ ne lui parle plus que de la foi qu'il faut avoir à ses paroles : Nous disons ce que nous savons : et nous rendons témoignage des choses que nous avons vues : et on ne veut pas le recevoir » ; et le reste, qu’il serait aisé d'expliquer, s’il en était question. Quoi qu’il en soit, il est bien certain qu’il ne reste aucun doute à Nicodéme : il n’est point tenté de quitter le Fils de Dieu : et la renaissance du corps n’a fait aucune dispute parmi ses disciples. Pourquoi ne parler pas avec la même netteté à un si grand peuple, qui croyait en lui, jusqu’à dire qu'il était vraiment ce prophète qui devait venir *; c'est-à-dire qu’il était le Christ? Pourquoi ne leur ôter pas cette peine qui les troublait tant , d’avoir à manger son corps et boire son sang par la bouche ; et ne leur pas dire en un mot , que tout cela n’était rien , et qu’il ne voulait parler que de la représentation et application qu'il se fallait faire à soi-même par la foi, dans son esprit, de la mort et des blessures du Sauveur des âmes?
XXXVIIe JOUR.
LYucharltUc est la participation réelle au corps et au sang
de Moire-Seigneur, en raéfboire de sa mort soufferte pour
nous. Ibid.
On dira : Mais n’cst-il pas vrai qu’il faut se souvenir de cette mort , la méditer avec foi , croire en cette chair percée et en ce sang répandu ; et par ce moyen avoir la vie? Il est vrai : mais ce n’est pas là ce qui faisait la difficulté; ce n’est pas ce qui faisait dire : Comment cet homme nous ]>eut- il donner sa chair à manger fe t : Cette parole est dure, qui la peut ouïr 3 ? C'était bien assez pour des hommes, de les obliger à croire que le Fils de Dieu avait pris une chair humaine, et qu'il la devait livrer à la mort ; sans ajouter à la peine de voir percer cette chair, et verser inhumainement ce sang, la dureté de la manger et de le boire. Car c’est là précisément ce qui les oblige, non pas à dire : Cela est haut, cela est incroyable, cela, si vous voulez, u'est pas possible; mais, Cela est dur et insupportable, d’avoir à prendre par la bouche la chair et le sang d'un homme. Et si cette difficulté ne se trouvait pas en effet dans le mystère du Sauveur, on ne pouvait expliquer trop nettement ni trop tût un tel discours.
Qu’ainsi ne soit : mon Sauveur, j’écoute sans peine qu'il faut se souvenir de votre mort ; qu’il faut contempler par la foi votre chair blessée, et votre sang répandu ; et que c'est par là que vous m'avez racheté. C'est ce que je fais en effet dans l’euclu-
1 Joan. tn, 11. —'Md. VI, U. — 'Md. Sa, SI.
Ibid.
MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE. 699
ristie , dont le fruit est de in’iniprimer votre mort dans la pensée, d’y mettre nion espérance, de m’y conformer par la mortification de mes sens. Il n’y a pas là de difficulté particulière; et si vous vous étiez expliqué ainsi, on n’aurait pas trouvé dans vos discours cette dureté dont on sc plaint. J’entends donc que vous voulez dire autre chose; que vous voulez dire , qu’il faut à la vérité se souvenir de votre mort; mais qu’il faut encore s’en souvenir comme d’un sacrifice offert pour nous, dont la chair doit être mangée, même par In bouche, comme on mangeait celle de l’ancienne pâque , et celle des autres victimes qui vous figuraient, pour nous être un gage certain que c’est pour nous que s'est faite cette immolation , et en imprimer dans nos cœurs un souvenir plus vif et plus efficace. Je le crois ainsi , mon Sauveur! ce souvenir, où les incrédules veulent tout réduire, est trop humain.
Un homme peut s'immoler pour sa patrie; je dis même s’immoler au pied de la lettre, et les exemples n’en sont pas si rares que les livres sacrés et profanes n'eu soient pleins : il n’est pas difficile aux hommes , qui s’immoleraient de cette sorte , de recommander le souvenir de cette mort, ni d’établir quelque fête , quelque signal pour en perpétuer la mémoire. Mais de laisser à perpétuité sa chair à manger et son sang à boire, afin qu'en se les appropriant de cette sorte on se souvienne plus tendrement qu’ilsont été immolés pour nous; il n’y a qu’un Dieu qui le puisse faire, et il y a là autant de puissance que d’amour. Il est vrai , cette parole est dure à son sens; elle est insupportable, elle est absurde; mais votre parole est véritable : je croirai cette absurdité ; je dévorerai cette dureté ; si vous ne me l’dtez en me l’expliquant. Car je sais que ce qui est folie selon les hommes , est sagesse selon. Dieu;t\ par la même raison , que ce qui est dur et absurde selon Dieu est consolation et vérité.
Je le crois, mon Sauveur, je le crois; me voilà prêt à prendre au pied de la lettre tout ce que vous dites de plus dur, si vous-même vous ne m’apprenez à le prendre d’une autre manière. Mes sens seraient soulagés par une interprétation plus humaine ; mais si je cherche à les soulager de cette sorte, où vais-je, mon Sauveur? où suis-je entraîné ? dans quelle incrédulité ? dans quel éloignement de vos mystères? Je veux croire, encore un coup, et non pas raisonner selon l'homme ; et s’il faut rabattre quelque chosede la précise vérité de vos paroles, il faut que vous me l’appreniez vous-même.
XXXVIII® JOUR
Scandale des disciples. Joan. vi, flO, 61 , 63 et seq.
Jésus dit ces choses à Capharnaüm dans la synagogue. Plusieurs de ses disciples dirent donc : Cette parole est dure : qui la peut ouïrt Et Jésus sachant en lui-méme que plusieurs de ses disciples murmuraient , il leur dit: Ceci vous scandalise f Si donc vous voyiez le Cils de l'homme remonter
* 1. Cor. i, 3ft.
où il était auparavant ? C'est l'esprit qui vivifie : h chair ne sert de rien. Les paroles que je vous dis sont esprit et vie : mais il y en a parmi vous qui ne croient pas. Car, dés le commencement , Jésus savait qui étaient ceux qui ne croyaient pas, et qui était celui qui le devait trahir. Et pour cela , continuai t-il,t/> vous ai dit que personne nej>eut venir à mol , s’il ne hd est donné par mon Père *.
Voilà les paroles où l’on prétend que Jésus tempère son discours. Vous croyez que vous me mangerez de votre bouche , mais il n’en sera pas ainsi ; car vous me consumeriez , et je ne pourrais pas retourner entier et vivant au ciel , d'où je viens. Vous vous attachez à ma chair et à mon sang ; vous croyez, pour avoir la vie, qu’il la faut manger, qu’il le faut boire, au pied de la lettre; mais c'est l'esprit qui vivifie , ce n’est point la chair : au contraire, elle ne sert de rien. Les jxiroles que je vous dis sont • sprit et vie ; ce n’est donc point chair et sang, comme vous pensez; tout est figure et allégorie dans mon discours : et il n’y a rien à prendre au pied de la lettre. Ainsi tout est apaisé; le scandale s’évanouit, les murmures cessent. Lisons pourtant ce qui suit, et voyons.
Dès lors plusieurs de ses disciples se retirèrent de sa suite , et n'allaient plus avec lui*. Dès lors : nous avons lu ces paroles jusques au >. 66 ; et sans interruption , celles qui suivent dans le k. 67 , contiennent ce qu’on vient d’entendre : Dès lors : depuis ces paroles qui levaient, à ce qu'on prétend, la difficulté, et qui étaient le scandale, plusieurs de ses disciples se retirèrent, et n’allaient plus à sa suite. Les voilà perdus ; qu’est-ce qui les obligeait à se retirer? Est-ce à cause qu'il avait dit : Personne ne peut venir à moi , s'il ne lui est donné par mon Père J? Mais il l’avait déjà dit, sans que personne s’en fût allé ; et il remarque lui-méme qu’il ne fait que le répéter. Est-ce à cause qu’il avait dit : Il yen a parmi vous qui ne croient pas? ce n'est pas de quoi s’en aller ; et il n’y a rien là de si incroyable ni de si rebutant : car il n’en blâmait que quelques-uns, et ce n'est pas là de quoi rebuter les autres. Ainsi, ce qui les rebute, c’est précisément ce qui précède : Que sera-ce si je retourne dans les deux*? et : C'est l'esprit qui v iv{fie. Voilà , dis-je, ce qui rebute : c’est ce qu’on veut qu'il ait dit pour prévenir le rebut, c’est cela précisément qui le cause ; tant Jésus s'est bien expliqué ; tant il a levé le scandale. Cela n’est pas, mon Sauveur. Ce n'est pas vous qui vous expliquez ma) ; à Dieu ne plaise ! ce sont nos murmurateurs et nos incrédules, qui donnent un mauvais sens à vos paroles.
XXXIX® JOUR
Quel est le sujet de ce scandale? Joan. vi, SI, OT, W.
Cela vous scandalise ? Que sera-ce donc, si je m'en retourne au ciel, d'où je viens i? Vous vous scandalisez de m’entendre dire que vous
* Joan. VI, 00 et wh| - * Ibid. «7. — * Ibid. <55, W. — » * Ibid. VI , 63 , 6t. — » Ibid. 02 , «3.
700 MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE
mangerez miment ma chair, et que tous boirez f vraiment mon sang : que sera ce donc , si avec cela ! je vous dis encore que je retournerai entier et vi- | vaut au ciel où je suis? Il n'y a rien de fort mer- : veilleux, que celui dont on ne mange la chair et ' dont on ne boit le sang qu'en croyant en lui et en méditant sa mort , s’en retourne au ciel tout en- 1 tier et tout vivaut. L'esprit il est pas accoutume de démembrer sa nourriture, c'est-à-dire son objet; < la foi ne consume pas ce quelle s'approprie; c'est ; le manger qui fait cet effet; et ce qui ctonne les Capharnaïtes , c’est de leur apprendre qu'il ne le , fait pas à celte fois. Ils ne songent donc pas seulement que le manger et le boire , au pied de la lettre, soit retranché du discours du Fils de Dieu ; ni que tout cela soit réduit à méditer et à croire ; car l'ascension du Sauveur n'y serait pas contraire; étonné s'avisera jamais qu'un manger et un boire métaphorique empêchent un homme d'aller où il voudra, ni même au ciel, s’il y peut parvenir. Mais de croire qu’on mange, au pied de la lettre, la chair de cet homme, et que cependant après cela il monte au ciel tout entier, c'est ajouter au discours une nouvelle difficulté qui passe toutes les autres. On peut bien s'imaginer qu’on dévore un homme et qu'on vive de sa chair; mais qu'on la mange et qu’on en vive , et qu'elle demeure entière jusqu’à être avec cela portée dans le ciel , c'est dire que cette chair est indivisible et iuconsomptible; qu'on la donne d’une manière spirituelle, surnaturelle, invisible, incompréhensible, et tout ensemble réelle et substantielle; car autrement ce ne serait rien, et il ne faudrait pas étourdir le inonde par cette emphase de mots, ni alléguer la réalité de l'ascension, pour expliquer une métaphore. C’est pourquoi à ces mots ils se retirent. Cette nouvelle difficulté les pousse à bout , et ils ne peuvent plus porter la hauteur de ce mystère.
Ah! qu’on fait tort au Sauveur, quand on mesure ses paroles au sens humain ! Tout ce qui est à moi esta vous : tout ce qui est à vous est à moi ». Personne ne connaît le Père , si ce n'est le Fils : jiersonne he connaît le Fils , si ce n'est le Père ». Tout ce que le Père fait, non-seulement le Fils le fait; mais encore il le fait semblablement J. Comme le Père a la vie en soi , ainsi le Fils a la vie en soi 4. Qui me voit , voit mon Père. Moi et mon Père ce n'est qu'uni. Le Fils est Dieu : il est le vrai Dieu, il est le Dieu béni au-dessus de tout , celui par qui tout est fait6. Tout cela n’est rièn, nous dit-on; il est Dieu en représentation; Dieu et lui ce n’est qu’un en affection et en concorde. Et pourquoi donc ces grands mots, s’il en fallait tant rabattre, et les réduire enfin à des choses si intelligibles? Mon Sauveur! vous et vos apôtres vous n’êtes pas venus étourdir le monde par un langage prodigieux : et parce que vous n'étes pas venus pour Ietouê-
* Joan. XTII, 10. — » Luc. x, 22. — > Joan. V, 19. — * Ibid. 20. — XIV, 9, 10; x , Ht.— •Ibid. 1,1,84, 49. Kom. IX, 6. toan 1,3. Ucb. I, 3, a, 4, 6, 6, fi, D, 13. Jet. XIII, 33-
dir, ceux qui énervent ainsi vos paroles sont venus pour le tromper.
De même, dire avec tant de force ; SI vous ne mangez ma chair, si vous ne buvez mon sang * : le répéter quatre et cinq fois, et le répéter d'autaut plus qu’on le trouve plus étrange; et après l’avoir tant répété, et avoir rebuté le inonde qui ne le voulait pas croire, en venir encore à l’effet, et dire aussi crûment , aussi durement : Prenez , mangez ; ceci est mon corps ; buvez ; ceci est mon sang : ce même corps donné pour vous, ce même sang répandu à la croix * : il le faut croire ; et croire encore avec tout cela qu’on ne les consume point en les mangeant , et que je suis dans le ciel en mon entier, avec tout ce que j’ai pris de l’homme, et la nature humaine tout entière : ou cela est vrai, au pied de la lettre, ou tout cela est inventé pour mettre le trouble et la division dans le inonde. Que ; Dieu fasse des choses hautes , incompréhensibles, il n’y a rien là au-dessus de lui ; que le monde en | soit rebuté et résiste à une si haute révélation,
! c'est le naturel de l'homme animal ; mais qu'on accable les esprits de difficultés qui ne sont que dans le langage; que tout soit exagération, et qu'il en faille venir a tout rabaisser a la capacité du sens humain, cela n’est pas. Que ceux-là le ! croient , qui veulent nous ôter la vérité simple des paroles de Jésus-Christ et réduire à rien son Évangile.
Quelle fut llnerédolité des Capharnaïtes. Joan. vi, 41 , 43, 60, SI et wq.
Cest l'esprit qui vivifie; donc la chair ne vivifie pas. Si cela est, il ne fallait pas dire : Le pain que je donnerai, c'est ma chair que je donnerai pour la vie du monde; ni : Celui qui mange ma chair, et qui boit mon sang , aura la vie éternelle. La chair ne sert de rien : si cela veut dire que la chair de Jésus-Christ ne sert de rien, il u’en fallait donc pas parler avec tant d'avantage. Les paroles que je vous dis sont esprit et vie : si cela veut dire qu'il ne faut pas s'attacher à la chair et au sang, il n'était pas besoin d'eu parler tant , ni de tant obliger à les manger et à les boire; et si tout cela voulait dire qu'il ne fallait les manger et les boira ! qu’en esprit, il ne fallait point tant inculquer des paroles qui portaient visiblement à de contraires idées. Il y a donc ici un autre sens, qui a frappé les Capharnaïtes. Si la chair de Jésus-Christ donne j la vie, et que l'esprit vivifie aussi , c'est donc que cette chair est remplie d’un esprit vivifiant : et I si cela est, quand Jésus-Christ dit que ta chair ne sert de rien, ou il ne l'entend pas de sa chair, ou si c'est de sa chair qu’il veut parler, il veut dire que sa chair ne sert de rien en la prenant toute seule; mais qu’il la faudra prendre avec l’esprit dont elle est pleine. Et, lorsqu'il conclut de là que ses paroles sont esprit et vie, après avoir tant
' Joan. V, 61 , 65, te, 67. — * Atatlh. XXVI, 20, 27, 2». Luc. XXXI, 19, 20.
MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE
parlé de chair et de sang, c’est dire que cette chair et ce sang sont eux-mêmes esprit et vie, tout remplis de divinité, de l’esprit de Dieu et de la vie de la grâce; et de plus, qu’il les faut manger d’une manière qui passe les sens, d’une manière divine qui ne les consume ni ne les altère, mais qui les laisse tout entiers pour le ciel comme on a vu. Enfin, ne paraissant rien dans tout ce discours de ce manger en figure, de ce boire en allégorie qu’on y veut trouver, ni rien par conséquent qui doive obliger à renoncer au manger et au boire au pied de la lettre; mais seulement à entendre qu’il faut manger cette chair et boire cc sang, comme pleins d’esprit et de vie, d’une manière si haute et si divine , il s’ensuit que le Fils de Dieu n’a point tempéré, mais plutôt fortifié ce qu’il avait dit : d’où vient aussi qu’à ce coup les Capharnaïtes l’abandonnent , et ne veulent plus marcher dans sa compagnie.
Qui ne serait étonné du progrès de leur incrédulité, et ne le regarderait avec frayeur? Quand Jésus-Christ leur dit qu’il était descendu du ciel , ils commencent à murmurer, et ils disent : JV’cstce pas ici le fils de Joseph ? F.t comment donc se dit-il descendu du ciel*? Quand il enfonce plus avant, et qu’il dit que la nourriture qu’il leur veut donner à manger est sa chair qu'il donnera pour la vie du monde ; ils disputent les uns contre les autres, en disant : Comment cet homme nous peut-il donner sa chair à manger*? ce qui marque des gens encore irrésolus et plutôt ébranlés que déterminés à le quitter. Il poursuit et il leur dit si affirmativement et si souvent qu'il faudra manger et boire son corps et son sang , qu’ils ne voient aucun moyen de s’en dispenser; ce qui leur fait dire : Cette parole est dure , qui pourrait l'entendre*? Par où ils se précipitent dans un scandale formel , et dans une incrédulité déclarée. Cependant ils ne s’en vont pas encore : ils attendent s’il viendra enfin quelque sorte d’adoucissement. Mais Jésus-Christ leur avant dit , pour toute explication, qu’ils ne se trompaient qu’en ce qu’ils croyaient manger sa chair et boire son sang d’une manière qui les consumât, et que d’ailleurs ils n’entendaient pas de quel esprit elle éfhit pleine, ni la façon incompréhensible dont il voulait les leur donner, ils voient tout poussé à bout, et la dureté qui troublait leur sens et scandalisait leurs esprits, portée au comble : si bien que , ne pouvant la porter, ils renoncent tout à fait & la compagnie de Jésus Christ, et ne veulent plus se ranger au nombre de ses disciples.
Lui aussi qui avait tout dit de son côté , et qui avait expliqué tout ce qu’il voulait qu’on silt de son mystère, s’adresse à ses apôtres, en leur demandant ; Et vous , voulez-vous aussi vous en aller4 ? comme s’il eût dit : Je n'ai rien à augmenter ni à diminuer à mon discours ; je n’y veux rien ajouter, ni je n’en puis rien rabattre : prenez maintenant votre parti : je ne veux point de disciple
' Joait. Tl , 12. — 1 Ibid. M et srq. — 1 Ibid. 61. — ' Ibid.
(jui n'aille jusque-là, et je mets leur fol à cc pris.
Les Capharnaïtes ont trouvé étrange qu'il se dît descendu du ciel ; et pour tout adoucissement , il leur répète qu'il est descendu du ciel * , parce que cela est vrai au pied de la lettre : ils commencent à murmurer en demandant comment il pourra donner sa chair a manger; et ils reçoivent pour toute réponse qu'il leur donnerait sa chair à manger ; et il y ajoute son sang • , aün qu'il ne manque rien à ce qu'il avait à leur dire. Il le répète, il l'inculque : encore un coup , parce que cela était vrai au pied de la lettre. Ils disent que cela est dur et insupportable ; et il l'était en effet, de la manière qu’ils l'entendaient ; puisqu’ils croyaient démembrer son corps et consumer son sang : il leur ôte ce doute en leur disant qu’avec tout cela il remonterait au ciel dans toute son intégrité, et qu'au reste , ce qu'il avait dit de sa chair et de son sang, et quant au fond et dans la manière de les prendre, était chose au-dessus des sens, et pleine d'esprit et de vie1; sans rien rabattre du littéral, mais y ajoutant seulement le spirituel et le divin. A ce coup donc ils s* en vont : leur soumission est à bout, et ils ne veulent plusd'un maître qui met leur raison à rette épreuve.
Allez, malheureux; suivez Judas: pour nous, nous suivrons saint Pierre, et nous dirons : Maître, où irions-nous? vous avez des paroles de vie éternelle 4. où irions-nous. Seigneur, où irionsnous? Quoi! à la chair et au sang? à la raison? à la philosophie? aux sages du inonde? aux niurmurateurs?aux incrédules.’à ceux qui sont encore tous les jours à nous demander : Comment nous peut-il donner sa chair à manger? Comment est-il dans le ciel , si en même temps on le mange sur la terre ? Non, Seigneur! nous ne voulons point aller à eux, ni suivre ceux qui vous quittent : vous seul avez des paroles de vie étemelle.
XLl* JOUR.
Qu’ct-ce a dire : La chair ne sert de rirn? Joon. Iv , SC
Il y a encore une vérité à pénétrer dans ces paroles de notre Sauveur : La chair ne sert de rien : et il me semble que Jésus, conçu dans les entrailles bénites de la sainte Vierge , mê la va faire entendre. Cherchons, demandons, frappons, et il nous sera ouvert : nous entendrons cequi rend Marie heureuse. L'ange lui vint annoncer qu’elle serait la mère de Jésus-Christ. Elle crut, et ce qui lui avait été promis s’accomplit dans son bienheureux sein. Mais que lui dit sur cela sa cousine sainte Élisabeth? Vous (tes heureuse d’avoir cru : ce qui vous a été dit de la part du Seigneur, s’accomplirai. Une partie en a déjà été accomplie, puisque vous avez conçu; il faut encore que cet enfant que vous portez en votre sein, naisse de vous, et cela s’accomplira en son temps comme le reste. Voila ce qui vous rend heureuse; mois pour entendre tout votre bonheur, il faut encore savoir que vous avez cru : ce Sauveur
■ Jœ n. vi. ta, so , si , ss. — s nu. st, ei.— es, m. 67. — 4 Ibid. 69. — * Luc. 1 , 45.
MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE
que vous portez dans votre sein , vous vous y êtes encore unie par la foi : vous avez cru qu'il serait non-seulement votre fils , mais encore le Fils de Dieu : vous avez cru à la descente du Saint-Esprit sur vous, à l’infusion de la vertu du Très-Haut, à ia manièreadmirable et inouïe dont vous concevriez ce béni fruit de vos entrailles : Fous êtes bénite par-dessus toutes les femmes ; et le fruit de vos entrailles est béni * : vous êtes bénite par où vous êtes heureuse , bénite et heureuse par deux choses : heureuse , par le grand mystère qui s’est accompli en vous selon la chair, et heureuse par la foi qui vous y a unie selon l’esprit.
Cette même vérité nous est encore expliquée en un autre endroit par Jésus-Christ même. Une femme, ravie de son discours, s’écria parmi la troupe : Heureuses les entrailles qui vous ont porté et les maitieUes que vous avez sucées ! Et Jésus dit : Mais plutôt heureux sont ceux qui écoutent la parole de Dieu y et qui la gardent *. Mais plutôt : est-ce qu’il veut dire que sa mère n’est pas heureuse de l’avoir nourri et de l’avoir eu pour fils? Non sans doute, ce n’est pas cela : il ne dédit pas sainte Élisabeth, qui a dit , par l’instinct du Saint-Esprit : f ous êtes heureuse : ce qui vous a été dit s'accomplira : mais il veut qu’on reconnaisse avec elle que la vraie cause du bonheur de sa sainte mère, c'est d’avoir cru ; non pour détruire la vérité de ce qui s’est accompli en Marie selon la chair , mais pour y joindre le fruit intérieur qu’elle a reçu en croyant. Il faut donc joindre de même à ce qui s’accomplit en nous, selon la chair, dans l’eucharistie, ce qui s’y doit accomplir par la foi et selon l’esprit : et l’esprit nous vivifiera, si nous croyons que le bonheur qui nous est promis nous vient à la vérité de l’un et de l’autre, mais qu’il nous vient, comme à Marie, plutêt de l’esprit et de la foi que de la chair et du sang.
De même, quand on lui vient dire : t'otre mère et vos frères sont là ; et qu’il répondit : Ma mère et mes frères sont ceux qui écoutent la parole de Dieu y et qui C accomplissent1 : ce n’était pas qu’il renonçât à la liaison du sang où il était entré en se faisant homme, et encore moins pour nier que, comme les autres hommes, il n’eût été conçu du sang de sa mère ; mais afin que l’on entendit d’où venait la liaison véritable qu'il voulait qu’on eilt avec lui; et que sa mère , qu’on estimait avec raison bienheureuse, selon la parole de sainte Élisabeth , ne l’était pas tant pour l’avoir conçu selon la chair , qu’à cause qu’ayant cru à la parole de l’ange, elle l'avait auparavantconçu selon l’esprit, comme parlent les saints Pcres.
Rendons-nous donc heureux à son exemple. Le Fils de Dieu devait prendre en elle le corps et le sang, qu’il voulait non-seulement donner pour nous , mais encore nous donner, aussi véritablement qu'il les a pris de Marie , et aussi véritablement qu’il lésa donnés pour nous à la croix , aussi véritablement devait-il nous les donner : et c'est autant la propre substance de sa chair et de son sang qui est en nous
1 Luc. | , 45. — * Ibid. XI, rj , SS — ’ Ibid, vui , 3(1, 21.
quand il nous les donne à manger et à boire, que c’en était la propre substance qui a été en Marie, quand elle l’a conçu , et qui était à la croix quand il y est mort. Croyons donc avec la Vierge ce qui s'accomplit en nous selon le corps : mais tâchons avec elle de l’accomplir en même temps selon l’esprit. L’esprit nous vivifiera , comme il a vivifié la saint Vierge : il ne lui edt servi de rien de le concevoir selon la chair, si elle ne l'eût conçu selon l’esprit : il ne nous servirait dericn de le recevoir comme elle en notre corps, si en même temps nous ne le recevions, à son exemple , dans notre esprit par la foi. C’est par une manière admirable , c’est par uue opération particulière du Saint-Esprit, qu’il a été conçu dans le sein de Marie : c’est par une maniéré admirable et par une opération aussi étonnante du même Esprit, qu’il est tous les jours comme conçu et enfanté sur l'autel. Le Fils de Dieu n’a pas plus d’horreur de nos corps qu’il en a eu du sein de Marie. Marie a cru que celui qu’elle concevait n’était pas seulement le Fils de l'homme, niais encore le Fils de Dieu : nous avous la même croyance de ce Dieu, qui se donne à nous. Sommes-nous grossiers et charnels en croyant toutes ccs choses, comme la été la sainte Vierge?
Pourquoi vous quitter , mon Sauveur? Marie crut ; et ce qui luiavail été dit fut accompli : nous croyons, et tout ce que vous nous avez dit s’accomplit tous les jours: Marie est appelée bienheureuse ; nous serons aussi bienheureux , et il n’y a de malheureux que ceux qui vous quittent.
XLH* JOUR.
Discernement «les disciples lidèles et des incrédules.
Joatj. vi, 14, 15,21,25 et seq.
Mon Sauveur, je me tairai devant vous, pour considérer, en silence et avec tremblement, cette prodigieuse différence qui se manifeste aujourd’hui entre vos disciples, les uns demeurant avec vous, pendant que les autres vous abandonnent. Et qui sont ceux qui vous abandonnent? Ceux qui avaient dit : Celui-ci est vraiment le Messie; ceux qui vous cherchaient pour vous enlever et vous faire roi malgré vous 1 ; ceux qui, après votre retraite au delà de l’eau, la passent pour vous aller joindre à Capliarnaüm * ; de tels hommes ne semblent-ils pas être disposes à profiter de votre parole? Ce sont néanmoins ceux-là qui vous quittent, qui murniureut contre vous , qui ne peuvent supporter votre doctrine.
Combien y en a-t-il qui paraissent croire au Sauveur, et qui au fond n’y croient pas, parce qu'ils n’y croient pas comme il faut, et cherchent Jésus- Christ par intérêt , comme ceux-ci à qui il dit : En vérité , en vérité, je vous le dis : vous me cherchez à cause des pains dont vous avez été rassasiés *! A combien d'autres pourrait-il dire : Vous me cherchez, afin que je contente votre ambition, votre avarice: c'est là dans le fond coque vous me demandez par tant de vœux, par tant de prières que
• Joan. VI , I* , 15. — * Ibid. 21 , 25. — 3 Ibid. 26.
>gle
MÉDITATIONS SUR L'EVANGILE. 703
vous faites dire. Ce n'cst pas ma volonté que vous cherchez , mais la votre ; et vous n’étes pas contents de moi que je ne vous ôte tout ce qui vous peine dans l'esprit et dans le corps. Sondez vos cœurs : voyez vos œuvres , quelles elles sont ï examinez-vous à fond; vous ne trouverez rien que de charnel dansvos pensées : Travaillez à une autre nourriture '. Remplissez-vous d'autres objets.
Mais, Seigneur, si ceux-ci étaient charnels, vos apôtres l'étaient encore beaucoup : et néanmoins ils demeurent avec vous, pendant que ces murmurateurs se scandalisent et vous quittent. Vous nie découvrez ici un terrible secret; car, dès que vous voyez naître l'esprit de murmuredans ces incrédules , vous leur dites : Me murmurez point: personne ne peut venir à moi , si mon Père , qui m'a envoyé , ne le tire * ; et lorsque vous les vîtes déterminés à vous quitter, vous répétâtes encore une fois : // y en a parmi vous qui ne croient point ; et c’est pour cela que je vous disais : Personne ne vient à moi , qu'il ne lui soit donné )tar mon Père 3. Quand donc saint Pierre vous dit , et les autres fidèles avec lui : Seigneur , à qui irions -nous ? / nus êtes le Christ , le Fils de Dieu*, c'est que votre Père les avait tirés au dedans; c'est qu'il leur avait donné de venir à vous; et non-seulement d’v venir , mais encore d’y demeurer; c’est qu’ils étaient de ce bienheureux nombre dont il est écrit, comme vous-même vous le rapportez : Ils seront tous enseignés de Dieu 5 ; de ce bienheureux tout, dont vous prononcez : Tout ce que mon Pêi e me donne vient à moi : c’est-à-dire tout ce qu'il tire de cette manière secrète, qui fait qu’on vient; tous ceux à qui il donne de venir : voila ce tout bienheureux qui vous est donné par votre Père, tous ceux-là viennent à vous; et comme vous ajoutez: Cous ne les mettez point dehors6: vous les admettez à votre intime secret, à vos intimes douceurs. Vous leur dites encore ici secrètement , comme vous fîtes autrefois à saint Pierre : Cous êtes heureux , Simon fils de Jonas , parce que ce n’est pas la chair et le sang qui vous Ta révélé , mais mon Père qui est dans les cieuxn. Réjouissez-vous , peuple béni; réjouissez-vous, petit trnujteau , parce qu'il a plu à votre Père de vous donfier son royaume de vous révéler son secret, de vous tirer à son Fils. Et les autres, qu'en faitesvous? ô Seigneur, je frémis en le lisant ! vous les livrez à eux-mêmes par un juste jugement : ils se cherchent eux-mémes , et vous les livrez à euxmèmes, à leur orgueil, à leur sens charnel , à leur murmure, à leur scandale : et ils y demeurent volontairement : ils demeurent dans leur mauvais choix auquel vous les avez abandonnés par un jugement caché, mais toujours juste. C'est pour cela , dites- vous, que je vous ai dit que personne ne peut venir à moi , s’il ne lui est donné j>ar mon Père 9 : personne ne peut sortir de lui-même, de ses sens, de son orgueil , que votre Père ne le tire
1 Joan. VI, 27. — * Ibid 4a, 44. Ibid. 65, 66.— • Ibid.