‹ suvres de Bossuet SermonsChapitre 209 sur 243 · Ibid. 45. —6 Ibid. 37. — 1 .Vatth. XVI · texte numérisé non relu

Ibid. 45. —6 Ibid. 37. — 1 .Vatth. XVI

» Lue. xii , 32. — * Joan. vi , «0.

de là , pour vous le donner. Seigneur, tirez-moi *f je vous livre tout.

XLIIlc JOUR.

Saint Pierre et les catholique* s’attachent k Jésus- Christ

et k l'Eglise : les CapharuaUes et les hérétiques s’en séparent. joan. vi, 63.

Seigneur, vous me jetez dans des vues profondes : je perce dans les siècles à venir. Dans ceux qui demeurent avec Jésus-Christ, saint Pierre à leur tête, je vois tous les catholiques immuablement attachés à Jésus-Christ et à son Église; et, dans ceux qui quittent Jésus , je vois tous les hérétiques qui doiveut quitter son Église. Dans saint Pierre et dans les apôtres , je vois tous ceux où la foi prévaut sur le sens humain, c'est-à-dire tous les fidèles; et dans ceux qui font bande à part et cessent de suivre Jésus, je vois tous ceux où le sens humain l’emporte sur la foi; c’est-à-dire, tous les incrédules qui abandonnent l’Église ; et surtout ceux qui l’abandonnent à l'occasion de ce mystère. Ils se perdent avec ceux qui disent : Comment cet homme nous peut-il donner sa chair à manger * ? et ils tournent la vérité en allégorie.

Ma chair est viande , mon sang est breuvage 1 * : ils le sont vraiment : il les faut manger, il les faut boire; trois et quatre fois : c'est là une allégorie? Mais qui en vit jamais une si outrée? Il ne s’en trouve aucun exemple. Mais qui en vit jamais une si peu expliquée, si peu démêlée? Il y en a encore moins d’exemple : en un mot, il n’y en a point; nous l’avons considéré, nous l’avons vu , et néanmoins ils s’obstinent à l'allégorie. Que le sens humain est opiniâtre à demeurer dans ses préjugés ! C’est qu’ils ne peuvent sortir de cette première peine , qui a été celle des Capharnaïtes, comme elle est encore la leur : Comment cet homme nous peut* il donner sa chair à manger ? Ils y succombent ; ils y périssent avec ces grossiers et superbes murmurateurs.

Et cependant, à les écouter, c’est nous qui sommes ces Capharnaïtes : c’est à votre humble troupeaa, c’est aux petits de votre Église , qui écoutent en simplicité votre parole, qu’ils reprochent d'être les grossiers, d'être les charnels et de ne pas écouter votre parole.

Eh quoi, qu’y a-t-il que nous n'écoutions pas? Jésus-Christ a dit : Que sera-ce , si vous me voyez remonter au ciel*? Et il a montré par là que sa chair ne serait point démembrée, mise en pièces, consumée : croyons-nous qu’elle le soit? Ne croyons-nous pas que Jésus-Christ est monté au ciel , et qu'il y vit tout entier? Nous le croyons, mon Sauveur; toute la terre le sait. Si nous croyons avec cela que nous vous mangeons , et que ce qu’il vous plaît nous donner à recevoir dans nos corps, est votre corps et votre sang; si nous le croyons ainsi, c’est pour ne pas dire avec les murmurateurs : Comment cet homme nous peut-il donner sa

* Joan. VI , 63. — * Ibid. 56. — * Ibid. 63.

MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE

chair à manger f Qui sont donc ceux qui le disent, puisque visiblement ce n’est pas nous? Qui sont ceux qui le disent, sinon ceux qui ne peuvent se résoudre à croire qu’on puisse manger la chair de Jésus-Christ sans la consumer, la mettre en pièces ; ni la manger véritablement en sa propre substance sur la terre, sans la tirer du ciel?

Jésus-Christ a dit : C'est l'Esprit qui vivifie 1 : est-ce nous qui le nions ? .Ne croyons-nous pas que sa chair est toute pleine de l’esprit qui vivifie ? S’il a été conçu en chair, il y a été conçu du Saint-Esprit : nous le croyons. Le Saint- Esprit est survenu en Marie 1 : nous le croyons. S’il a etc offert en la même chair avec laquelle il a été conçu , c'est par C Esprit saint qu'il s'est offert 3 ; ou comme porte l’original , c'est par l'Esprit éternel : nous le croyons. Tout ce que Jésus-Christ accomplit en chair, s’accomplit en même temps en esprit. Ce n’est pas précisément de la chair, c’est encore principalement de l’esprit qui lui est uni, que vient la vie : nous le croyons. Nous ne disons pas avec les Capharnaîtes que Jésus soit le Fils de Joseph, ni simplement le Fils de l’homme; nous disons que le Fils de l’horame , qui est conçu de. Marie , est en même temps le Fils de Dieu, et doit, comme lui dit l’ange, être appelé véritablement et proprement de ce nom. Nous croyons de même que ce Fils de l’homme, qui a expiré en la croix, n’est pas seulement le Fils de l’homme; et nous disons avec le centenier : C'était vraiment le Fils de Lieu*. Et quand on mange sa chair et qu’on boit son sang , nous croyons qu’il le faut faire en corps et en esprit tout ensemble , et que c'est C Esprit qui vivifie.

11 a dit : la chair ne sert de rien 5 : nous le croyons et nous remarquons premièrement, car nous pesons avec foi toutes ses paroles , nous remarquons, dis-je, qu'il ne dit pas : Ma chair ne sert de rien : car ce ne serait pas interpréter, comme vous le prétendez, mais détruire son premier discours , où il a dit tant de fois que sa chair nous servait à avoir la vie. S’il dit donc, que la chair ne sert devient c’est la chair comme l’entendaient lesCapharnaïtes, la chair du fils de Joseph : et encore la chair tellement mangée avec la bouche du corps, qu’elle soit mise en pièces et consumée, en sorte qu’elle ne puisse rester pour être transportée au ciel ; car c’est ainsi que l’entendirent ces murmuraleurs. Nous ne l’entendons point de cette sorte : et quand enfin il faudrait entendre que la chair de Jésus- Christ y quoique prise, quoique mangée avec la bouche du corps , de cette manière admirable que les incrédules ne peuvent entendre, ne sert de rien; nous le croyons encore de cette sorte : car en mangeant cette chair nous savons qu’il la faut manger comme une victime qui a été immolée, et se souvenir de lui en la mangeant , s'attendrir dans ce souvenir, se rendre avec lui une hostie sainte , participer à son esprit comme à son corps, en un mot , lui être uni

' JiMn. TJ, Cl. — • Luc. 1, 36- — 1 Hcb. ix , 14- — 1 Matlh. Xxvii, M. — * Joan. « . «.

de corps et d’esprit comme le fut la sainte Vierge, lorsqu’elle le conçut dans ses entrailles : autrement cette chair ne sert de rien , quoiqu'on la mange , quoiqu'on la reçoive dans son corps. Jésus-Christ ne dit pas aussi qu'on ne la mange point, qu’on ne l’a point en substance ; mais qu'elle ne sert de rien : comme saint Paul ne dit pas qu’on n’a point le corps du Sauveur quand on le reçoit indignement; mais qu’on ne le discerne pas1. Il faut donc, non-seulement le recevoir par le corps, mais le discerner par l’esprit; autrement, loin de servir, il nous condamne, et nous sommes rendus coupables du corps et du sang du Seigneur *. /.a chair ne sert donc de rien, de quelque façon qu’on l’entende : elle ne sert de rien toute seule, ni par ellemême : ce n’est point à elle qu’il faut s’arrêter. Et si l’on veut encore entendre par cette parole, ta chair ne sert de rien , c’est-à-dire le sens charnel ne sert de rien : nous le croyons encore ; car ce n'est point la chair ni le sang qui nous a révélé 3 ce que nous croyons, ni cette manière incompréhensible avec laquelle nous croyons manger la chair du Sauveur. Ainsi tout ce qu'il a dit de sa chair mangée et de son sang bu , encore qu’il le faille entendre au pied de la lettre, de sa chair et de son sang pris en leur propre substance , est esprit et vie , à cause qu’en toute manière il y faut toujours joindre l’esprit : nous le croyons : et pour bien entendre toutes les paroles du Sauveur, nous ne croyons pas que les dernières , où il a parlé de l’esprit, excluent les autres où il a parlé de la chair ; mais nous apprennent à unir l’un et l'autre ensemble, et à chercher l’espritdans la vérité et dans la propriété de la chair.

Où est donc la foi des catholiques? Elle est dans les paroles de saint Pierre : Seigneur, à qui irionsnous; vous avez des paroles de vie éternelle * ? Nous les croyons toutes ; et celles où vous inculquez avec tant de force qu’on mangera en substance votre chair; et celles où vous enseignez avec la même netteté, qu’il faut profiter de votre esprit. Voilà quelle est notre foi : voilà ce que nous croyons. Et où est la foi de ceux qui quittent l’Église ? sinon dans ces paroles des Capharnaîtes : Comment cet homme nous peut-il donner sa chair à manger? Nous la donner pour la consumer, c’est chose absurde et inhumaine; nous la donner sans la consumer, et en sorte qu'en même temps elle demeure entière dans le ciel , c’est chose impossible.

Seigneur, nous ne sommes point de cette troupe ; on ne peut nous attribuer en aucun sens ce Comment des murmuraleurs. Nous nous rallions avec saint Pierre , nous retournons au cénacle pour y faire la cène avec vous et avec vos disciples. Quelle simplicité ! quel silence! Prenez, mangez, c'est mon corps : IJuvez , c'est mon sang. Il ne dit pas : Ils seront en vous parla foi; mais ce que je vous présente, Ce/a t'est. Croyez-y, n’y croyez pas; cela est. ccla est, parce que jeledîs,etnon pas parce que

* I. Cor. XI, 29. — » Ibid. 27. — » MaUh. xvi. — 4 Jvam

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