‹ suvres de Bossuet SermonsChapitre 210 sur 243 · TI, W · texte numérisé non relu

TI, W

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MÉDITATIONS SUR I/EVANGILE

vous le croyez. Que cela est étonnant ! Et néanmoins Jésus le dit sans rien expliquer; les apôtres l’écoutent sans rien demander : ces questionneurs perpétuels , s’il m’est permis une fois de les appeler ainsi , se taisent : ils font ce qu’on leur dit , non-seulement sans contradiction et sans murmure, mais encore sans avoir besoin d'autre instruction que de celle qu’ils avaient reçue. Les murmures avaient été trop repoussés, les questions trop précisément résolues ; tout est calme, tout est soumis : le Père les a tirés. Et les autres ? Al» ! fidèles , retirez-vous de leur compagnie : séparez-vous de ces séditieux , de ces impies qui murmurent, non pas contre Moïse' , mais contre Jésus-Christ même : séparez-vous-en , pour n’étre point enveloppés dans leur péché. Quoi ! que leur va-t-il arriver? La terre se va-t-elle ouvrir sous leurs pieds, pour les engloutir tout vivants? Non; c’est quelque chose de pis : ils quittent l’Église; ils sont livrés à leur propre sens.

Communion indigne. I. Cor. xi, 27 , 29.

Et ceux qui, sans quitter l’Église, conservant la vraie foi du corps et du sang de Jésus-Christ, les reçoivent indignement , sont-ils tires par le Père céleste? les a-t-il donnés à Jésus-Christ? et viennent-ils à lui comme il faut? Non sans doute; puisquc.bien éloignés de recevoir la vie, saint Paul dit*, qu’i/5 boivent et mangent leur condamnation, parce quUs ne discernent pas le corps du Seigneur .

Le saint apôtre parle ici d’une manière terrible, puisqu’après avoir rappelé dans la mémoire des fidèles que Jésus-Christ avait dit que ce qu’il donnait à manger était son corps, le même qui devait être percé et rompu à la croix ; et que la coupe qu’il leur donnait à boire, était, par le sang versé qu’elle contenait, Tinstrument de l’alliance et du testament que le Sauveur faisait à leur avantage; il en conclut que ceux qui mangent ce pain, remarquez ce pain, c’est- à-dirc ce pain fait corps, ainsi qu'il vient de le raconter; et boivent la coupe du Seigneur indignement, sont coupables de son corps et de son sang 3. Et qu*est-cc qu’en être coupable ? si ce n’est non-seulement les profaner, mais encore leur faire un outrage de même nature que celui qui leur avait été fait par les Juifs, lorsqu’ils déchirèrent l’un , et répandirent l’autre. Et c’est pourquoi ils boivent et mangent leur condamnation ; parce que, semblables à ces perfides, ils n'avaient mis aucune différence entre le corps de Jésus-Christ < t celui des voleurs qu’ils avaient crucifiés avec lui. 1 1 remarquez que l’outrage que les Juifs avaient fait à Jcsus-Christ, regardait précisément son corps; car ce n’est qu’au corps qu’on peut nuire, en le livrant à la mort ; conformément à cette parole : Ne craignez pas ceux qui ne peuvent que tuer le corps, et ne peuvent pas étendre plus loin leur puis-

■ ]Vw. xv| , 26. — * I. Cor. XI, 20 , 30. — 1 JW 27. DOSAI' ET — T. HJ.

sance *. Les Juifs donc outragèrent ce corps en luimême, et en sa propre substance, lorsqu’ils le mirent en croix; ils outragèrent ce sang en lui-même et en sa propre substance, lorsqu'ils le firent couler sur la terre par un infâme supplice, comme si c'eût été le sang d’un coupable. Vous faites un semblable sacrilège, lorsque vous mangez et buvez indignement ce corps et ce sang ; vous les profanez , vous les outragez en eux-mêmes; et cet outrage que vous faites au corps du Sauvpur est de ne le pas discerner, de n’en pas connaître la sainteté ni le prix. Il ne dit pas qu’ils ne le reçoivent point faute de foi , comme le disent nos hérétiques; mais qu’ils ne le discernent pas, en supposant qu’ils le reçoivent : comme on dirait d’une pierre précieuse que vous jetteriez dans la boue comme une autre pierre, après l’avoir reçue, non pas que vous ne l’avez point reçue , mais que vous n’en avez pas fait le discernement et l’estirne qu’il fallait.

Ce n’est pas non plus ce que disent encore ces hérétiques : Vous êtes coupable de ce corps et de ce sang, comme on est coupable envers la personne du prince, lorsqu’on en dcchire injurieusement le tableau. Car il n’est point ici parlé de tableau ni de figure : l’apôtre fait aller de même rang : Ceci est mon corps : Coupable du corps : et , ne pas discerner le corps. Il ne faut point diminuer le crime de ceux contre qui l’apôtre s'élève, ni affaiblir l’horreur qu'on en doit avoir. Il est vrai qu'en traitant indignement l’image du prince, on l’attaque, on le déshonore lui -môme ; mais par une injure bien inférieure à celle qu’on lui ferait en attentant ftiu sa persoune sacrée. L’attentat des chrétiens, qu: mangent indignement le corps du Sauveur et boivent indignement son sang, est de ce dernier genre ; c’est un attentat fait immédiatement sur la personne : en un mot, il y a deux choses à considérer dans le supplice de Jésus-Christ ; le crime des Juifs et l’obéissance du Sauveur. Ceux qui reçoivent dignement sou corps et son sang, participent au mérite de son obéissance ; ceux qui les reçoivent indignement, participent au sacrilège de ses meurtriers et attentent comme eux immédiatement sur sa personne adorable.

Seigneur , tirez-nous à vous, iuspirez-nous un juste discernement du corps que nous recevons : ne le traitons pas comme une chose immonde, en le recevant dans un corps impur et souillé. Les choses saintes sont pour les saints, comme on criait autrefois au peuple fidèle, lorsqu’on allait distribuer le corps de Jésus-Christ. Ne le touchons pas avec des mains sacrilèges, ne le recevons pas avec une bouche impure, ne lui donnons pas un baiser de Judas, un baiser de traître ; que ce soit un baiser d’épouse, un kaiser rempli d'ardeur, et qui soit le gage d’un chaste et perpétuel amour. Qu'il me baise du baiser de sa bouche 1 , d’un baiser d’époux : que je lui donne aussi le baiser d’épouse; celui que lui donnent les vierges, des âmes chastes dont il est aimé. Tirez-nous, Seigneur, à ce chaste et

1 Luc. Xll , 4. — * Cant. | , |.

MÉDITATIONS SUD L'ÉVANGILE

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doux baiser : tirez-nous , et nous courrons après vos parfums. Ceux qui sont droits vous aiment'. Ce sont ceux-là qui vous donnent ce saint baiser, ce baiser de paix et d'un amour éternel. Car personne ne vient <t moi que mon Pire ne le tire * : personne ne vient à moi, qu'il ne lui soit donne par mou Père; nul ne communie dignement que par cet attrait.

Qui sont ceux qui communient indignement.

Lisez I. Cor., chap. x, depuis le verset 1 6 jusqu'au 22. C'est encore une terrible sentence contre ceux qui communient indignement : Cous ne pouvez pas boire du calice du Seigneur , et du calice des démons : vous ne pouvez pas participer à ta table du Seigneur , et à la table du démon J.

Boire la coupe des démons, ce n’est pas seulement boire dans la coupe dont on leur fait une effusion : c’est boire à longs traits les plaisirs Ja monde, par lesquels on se livre à eux. Participer à la table des démons, ce n’est pas seulement manger des viandes qui leur ont été immolées : c'est se livrer à l’avarice, qui est une idolâtrie; à la gourmandise, par laquelle on fait un dieu de son ventre; à tous les antres vices, par lesquels on livre aux démons ce qui était dd à Dieu.

Mais un des péchés que l’eucharistie souflre le moins, c'est celui de la dissension et de la haine contre son frère ; car le propre effet de l’eucharistie, c'est de nous unir pour ne faire qu'un même corps, selon ce que dit saint Paul : Quoique nous soyons plusieurs , nous ne sommes tous ensemble qu'un mime pain et un mime corps ( nous tous qui participons à un mime point. Quiconque donc prend ce pain de vie; qui prend ce corps, qui nous est donné sous la forme et sous l'espèce du pain, pour sustenter notre âme, qui étant distribué à plusieurs , demeure toujours le même et parfaitement le même , ne souffrant aucune division en sa substance ; doit être un avec tous les membres, comme il doit être un avec Jésus- Christ. Et c'est l’impression que porte en soi le pain sacré de l’eucharistie. Celui-là donc qui la reçoit ayant la haine dans le cœur contre son frère, fait violence au corps du Sauveur ; puisqu il vient pour nous faire un même corps , et que nous demeurons dans la division. .

Mais qu’arrivera-t-il à ceux qui demeurent ainsi divisés, pendant que le corps de Jésus-Christ les vient unir? Ce divin corps ne peut demeurer sans cfllcace : ceux qui ne veuleut pas se laisser unir , il les brise, il les met en pièces, il les divise contre eux-mêmes; leur propre conscience les condamne : il les arrache de son unité , il les sépare de son corps mystique. S'ils y demeurent à l'extérieur, ils en sont séparés selon l'esprit : ce sont des membres pourris ; des arbres infructueux , doublement morts , dira-

• Cant. 1,3. — ’ Jour», Vl , 44 , Û«. — * I. Cor. x , 30 , St , — « Ibid, x , 17.

cinés, comme disait l’apôtre saint Jade*. Ils semblent être encore sur pied et se tenir sur leur racine ; mais ils ont la mort dans le sein, et leur racine ne tire plus de nourriture.

Allez, donc, et comme le Sauveur vous l’a ordonné lui-même, allez roui réconcilier avec votre frère * ; non-seulement vous n’étes pas digne de participer à l'autel , mais encore vous n’étes pas digne d’y offrir votre présent; non-seulement vous n 'êtes pas digne de participer à l’oblation de l'autel, mais vous n’étes pas digne d’y assister. Le sang de Jésus- Christ, qu’on lève au ciel, crie vengeance contre vous, parce que c’est un sang qui o pacijié et réconcilié toutes choses dans le ciel et dans la terre 5 ; et non-seulement les hommes avec Dieu , mais encore les hommes entre eux. Et vous n’écoutez pas la voix de ce sang qui parle mieux que celui d'Abel*. Car il parle pour la paix, et le sang d’Abel criait vengeance ; mais vous le contraiguez à crier vengeance, si vous rejetez la paix fraternelle pour laquelle il est répandu. Ce sang crie au meurtre, à la vengeance; vous êtes le meurtrier contre qui il crie : car celui qui hait son frère est homicide 5. Retirez-vous, malheureux, fuyez la voix de ce sang.

XLVle JOUR.

U communion est la préparation à la mort de Jésus-Chriat.

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