‹ suvres de Bossuet SermonsChapitre 213 sur 243 · XCV|U,H · texte numérisé non relu

XCV|U,H

MÉDITATIONS SUR L'EVANGILE. ' îis

purs, dont il est écrit, qu'elle devait être offerte depuis le soleil levant jusque s au couchant '. Ce n'est plus ce sacrifice qui ne devait être offert que dans le temple de Jérusalem, et en un lieu particulier choisi de Dieu : c’est un sacrifice qui doit être offert parmi les gentils et dans toutes les nations de la terre. Où est donc l'appareil du sacrifice ? où est le feu ? où est le couteau ? où sont les victimes? (lent taureaux, cent génisses ne suffiraient pas pour exprimer la grandeur de notre Dieu. On offrait aux faux dieux mêmes des hécatombes, c'est-à-dire des boeufs par centaines : je ne vois rien de tout cela.

Quelle simplicité du sacrifice chrétien! Je ne vois qu'un pain sur l'autel , quelques pains au plus, un peu de vin dans le calice. Il n'en faut pas davantage pour faire le sacrifice le plus saint, le plus auguste, le plus riche qui se puisse jamais comprendre. Mais n’y aura-t-il point de chair, n’y aurat-il point de sang dans ce sacrifice? Il y aura de la chair, mais non pas la chair des animaux égorgés; il y aura du sang , mais le sang de Jésus-Christ : et cette chair et ce sang seront mystiquement séparés. Et d'où viendra cette chair, d’où viendra ce sang? Il se fera de ce pain et de ce vin : une parole toutepuissante viendra qui de ce pain fera la chair du Sauveur, et de ce vin fera son sang : tout ce qui sera proféré par cette parole, sera dans le moment ainsi qu’il aura été prononcé; car c’est la même parole qui a fait le ciel et la terre , et qui fait tout ce qu'elle veut dans le ciel et dans la terre. Cette parole prononcée originairement par le Fils de Dieu, a fait de ce pain son corps, et de ce vin son sang. Mais il a dit à ses apôtres : Faites ceci : et ses apôtres nous ont enseigné qu'on le ferait jusqu'à ce qu’il vint : doxec vkniat * ; jusqu’au dernier jugement. Ainsi la même parole répétée par les ministres de Jésus-Christ, aura éternellement le même effet. Le pain et le vin se changent ; le corps et le sang de Jésus-Christ en prennent la place. O Dieu ! ils sont sur l’autel ce même corps, ce même sang; ce corps donné pour nous, ce sang répandu pour nous. Quelle étonnante merveille! C’est une merveille pour nous; mais ce n’est rien d’étonnant pour le Fils de Dieu, accoutumé à faire tout par sa parole. Tu es guérie 5 : on est guéri : Tu es vivant 4 : on vit, et la vie qui s’en allait est rappelée. Il dit : Ceci est mon corps : ce n’est plus du pain ; c’est ce qu’il a dit : il a dit : Ceci est mon sang : ce n’est plus du vin dans le calice, c’est ce que le Seigneur a proféré; c’est là son corps, c’est le sang; ils sont séparés; oui, séparés; le corps d’un côté, le sang de l’autre : la parole a été l’épée, le couteau tranchant qui a fait cette séparation mystique. En vertu delà parole, il n’v aurait là que le corps, et rien là que le sang : si l’un se trouve avec l’autre, c’est à cause qu’ils sont inséparables depuis que Jésus est ressuscité : car depuis ce tempslà il ne meurt plus. Mais pour imprimer sur ce Jésus , qui ne meurt plus , le caractère de la mort qu’il

• Nalach.i, ||. — » I. Cor. XI, 24 , 25, ïfl. — * ,Va»r. f, H - ' Joan. xi, *3, 4t.

a véritablement soufferte, la parole vient, qui met le corps d’un côté, le sang de l'autre, et chacun sous des signes différents : le voilà donc revêtu du caractère de sa mort, ce Jésus autrefois notre victime par l’effusion de son sang, et encore aujourd’hui notre victime d’une manière nouvelle par la séparation mystique de ce sang d’avec ce corps?

Mais comment ce corps, comment ce sang? Cela se peut-il? et un corps humain peut-il être sous cette mince étendue? Qui en doute, si la parole le veut? La parole est toute-puissante : la parole est l’épée tranchante, qui va aux dernières divisions -, qui saura bien , si elle le veut , ôter à ce corps ses propriétés les plus intimes, pour ne nous en laisser que la nue et pure substance : car c’est cela qu’il me faut; c’est à cette pure substance que le verbe divin est uni; car son union est substantielle; son union se fait dans la substance : celle qu’il veut avoir avec moi , se fera aussi par la substance de son corps et de son sang : il l’a dit; et cela est fait dans le moment.

Mais je ne vois rien de nouveau sur cet autel ! Jo le crois bien ; la parole sait ôter au sens tout ce qu’elle veut, lorsqu’elle veut exercer la foi. Jésus- Christ, quand il a voulu, s'est rendu invisible aux hommes : il a passé au milieu d’eux sans qu’ils le vissent : deux disciples , à qui il parlait , ne le connurent qu’au moment qu’il le voulut : Marie le prit pour le jardinier jusqu’à ce qu’il l’eût réveillée, et lui eût ouvert les yeux par sa parole. Il entre, il sort; et on ne le voit ni entrer ni sortir : il parait, il disparaît comme il lui plaît. Qui doute donc qu’il ne puisse nous rendre invisible ce qui par lui-même ne le serait pas? La parole, ce glaive tranchant, est venue , et a séparé de ce corps et de ce sang, non-seulement tout ce qui pourrait les rendre visibles, mais encore tout ce par où ils pourraient frapper nos autres sens.

Mais je vois tout ce que je voyais auparavant; et si j’en crois mes sens , il n’y a que pain et que vin sur cette table mystique. Le pain y est-il ? le vin y est-il? Non; tout est consumé. Un feu invisible est descendu du ciel : la parole est descendue, a tout pénétre au dedans de ce pain et de ce vin : elle n’a laissé de substance sur la table sacrée , que celle quelle a nommée; ce n’est plus que chair et sang. Et comment? La parole est toute-puissante; tout lui a cédé, et rien n’est demeuré ici que ce qu’elle a énoncé : ce feu a tout changé en lui-même : la parole a tout changé en ce qu’elle a dit.

Mais je vois le même extérieur? Oui, parce quo la parole n’a rien laissé que ce qui lui était néces- 1 saire pour nous indiquer où il fallait aller prendre I ce corps et ce sang , et tout ensemble pour les couvrir à nos yeux. Les anges ont apparu en forme humaine : le Saint-Esprit même s’est manifesté sous la forme d'une colombe : la parole veut que le corps de Jésus-Christ nous apparaisse sous les espèces du pain, parce qu’il fallait un signe pour nous annoncer où il fallait l’aller prendre : ce qu’elle veut, s’accomplit. Elle a consumé toute la substance; ce que vous voyez est comme la cendre que

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ble! Un peu de pain , un peu de vin , et quatre paroles le composent! Je reconnais le caractère du Seigneur Jésus. Qui voyez-vous? un homme : Qui croyez-vous? un Dieu. Saint Paul dit : Qui mangera ce pain * ? il ne parle que de pain, direz-vous.

Il parle de ce qui parait, et il se plaît à marquer ce qu'il y a d'humble, de commun, de familier dans ce sacrifice; mais pénétrez la simplicité de cette parole; voyez ce qui suit, ce qui précède : vous entendrez alors quelle force, quelle grandeur il y a dans cette parole : Qui mange ce pain. Car ce pain, cest-ù-dire , ce pain fait corps : ce pain en apparence, mais corps en effet; ce pain par qui un autre pain, et le vrai pain de vie éternelle, nous est donné. Voilà ce que veut dire ce pain. Il faut entendre de même le calice du Seigneur. Les calices qui ont servi à l'eucharistie ont été des matières les plus précieuses, et cela dès l'origine du christianisme, et même durant le temps des persécutions et de la pauvreté de l'Église. Je ne m'en étonne pas : Jésus-Christ nous a fait entendre de quoi son corps était digne, quand il a permis et approuvé qu’on employât tant de parfums exquis, non-seulement à l’honorer pendant sa vie , mais encore à l'oindre après sa mort.

Mais quoiqu’il approuve ces choses , et que son Église les imite , elle n’est point attachée à cet appareil extérieur. La persécution lui peut ôter l'or et l’argent , dans lesquels elle sert le Fils de Dieu ; peut-elle lui faire perdre ta richesse de son sacrifice > Non : un peu de pain , un peu de vin lui peuvent fournir de quoi offrir a Dieu le plus auguste sacrifice, et de quoi donner à tous les fidèles le plus magnifique repas. Voilà les vraies richesses de l’Église : les autres non-seulement lui peuvent être ôtées; mais elle-même elle s’en est souvent défaite. Elle a loué ses évêques , qui , pour assister les pauvres, se réduisaient à porter le corps de Jésus-Christ dans un panier, et son sang dans un simple verre; ceux qui employaient les vaisseaux sacrés à racheter les captifs, à acheter de la place pour enterrer ses morts. Il faut donc avoir du zèle pour honorer les mystères, et ni l’or ni les pierreries ne doivent point être épargnés pour exciter la révérence des peuples. Mais cependant n'oublions jamais que ce qu'il y a de vraiment riche dans ce sacrifice , c'est ce qui est le plus caché , le plus humble. Mais que fait là Jésus- Christ ! Je ne vois pas qu’il y fasse rien qui soit digne de lui. C'est cela même qui est grand : cuir c’est par là qu’il fait voir que toute sa grandeur est en lui-même : c'est en cela qu'il fait voir que toute sa grandeur, aussi bien que toute notre félicité, est dans sa mort. Plus il est anéanti , plus il est mort, plus il nous transporte sa vie. Digne mémorial d'un Dieu, qui s'est anéanti luimême.

ce feu divin a laissée : mais plutôt ce n'est pas la cendre, puisque la cendre est une substance, et ce qui reste de eet holocauste n'est que l'enveloppe sacrée du corps et du sang : c’est enfin ce que la parole a voulu laisser pour nous marquer la présence occulte, quoique véritable, de ce corps et de ce sang de Jésus-Ciirist, qu’elle voulait bien mettre là en vérité et en substance, mais qu’elle ne voulait montrer qu'à notre foi. N’en disons pas davantage? car tout le reste est incompréhensible , et n'est vu que de celui qui l'a fait.

Voilà le signe que Jésus-Christ nous a laissé, signe auquel nous reconnaissons qu'il est véritablement présent. Car la parole nous le dit; et il ne faut pas être en peine de la manière dont elle exécute ce qu’elle prononce : il ne faut songer qu'à ce qu'elle signifie. Car elle a en elle-même une vertu pour faire tout ce que veut celui qui l’envoie. H a, dit-il , envoyé sa parole, et elle les a guéris, et elle les a arrachés des mains de la mort*. Sa parole ne revient point inutile : elle fuit tout ce qu’il a ordonné M. Entendez donc encore un coup cette parole : Ceci est mon corps. S'il avait voulu laisser un simple signe, il aurait dit : Ceci est un si>;ne : s'il avait voulu que le corps fût avec le pain, il aurait dit : Mon corps est ici. II ne dit pas : Il est ici , mais Ceci l’est: par là il nous définit ce que c'était , et ce que c’est. Quand on vous demandera : Qu'est-ce que ceci? il n’y a qu’un mot à répondre : I C'est son corps; la parole a fait cette merveille.

Elle n'en demeure pas là. Sortie de la bouche du prêtre comme de celle du Fils de Dieu, elle a fait sur le saint autel ce changement prodigieux : elle tourne ensuite sa vertu sur nous tous, qui assistons au sacrifice : elle éteint en nous tous nos sens : nous ne voyous plus; nous ne goûtons plus, par rapport à ce mystère. Ce qui nous parait pain, n'est plus pain : ce qui nous parait vin , n'est plus vin : c’est ie corps, c’est le sang de Jésus-Christ. Nous n'en croyons plus lejugementdc nos seus; nous en croyons la parole : elle a tout changé, et nousmêmes nous ne sommes plus ce que nous étions , des hommes assujettis à leurs sens, mais des hommes assujettis à la parole. En cet état nous approchons du saint autel : Venez, le désiré de mon cœur! sitivit in te anima mea : mon Ame a soif de vous : en combien de manières ma chair vous désire-t-elle 3! Oui, ma chair prend part au désir de l’âme : car c’est en elle que s'accomplit ce qui cause à l'âme ces transports. Mon cœur et ma chair se réjouiront dans le Dieu vivant * : tous mes os crieront : Seigneur, qui est semblable à cous*? Qui vous est semblable en puissance? Mais qui vous est semblable en bonté et en amour?

LVIll* JOUR.

Simplicité et grandeur de ce sacrifice.

Que le sacrifice des chrétiens est grand, qu'il est auguste! mais qu'il est simple! qu'il est luitn-

1 P*.CVI,20. — 1 1». LV,\l. — i Ps.LXU, '2. — ‘Ibid. LXXXIII, 3- — ‘ Ibid, xtxi», io.

L’Agneau devant le trtne de Dieu. Apoc. v, 6.

Les cieux s'ouvrent : je perce au dedans du voile :

• |. Cor. xi . 27

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l’entre dans le sanctuaire éternel , et j'y vois avec saint Jean , devant le trône , l'Agneau comme tué , et autour tes vingt-quatre vieillards vénérables C’est ce que je vois daus le ciel , c’est ce que je vois dans la terre. Là Jésus comme mort, comme tué, avec les cicatrices de ses plaies , au milieu de ses saints: ici le même Jésus encore comme tué, et revêtu des signes sacrés de la mort violente qu'il a soufferte, environné de part et d'autre de l’assemblée de ses prêtres. Que nous dit saint Paul , de ce Jésus considéré dans le ciel ? Qu'il parait pour nous devant la face de Dieu : qu’il est dans le ciel toujours vivant , afin d’intercéder pour nous * : qu’il intercède pour nous par sa présence. Et que dironsnous, à son exemple, de ce Jésus posé sur le saint autel , sinon que sa seule présence, et la représentation de sa mort, est une intercession perpétuelle pour le genre humain?

Accompagnons donc cette action de saintes prié- ! res : chargeons de nos vœux Jésus-Christ présent. Nous ne prions que par Jésus-Christ : le voilà présent : prions donc par lui plus que jamais. Agneau sans tache , Agneau qui ôtez les péchés du monde , détournez les yeux de votre Père de dessus mes péchés. Je comparais devant son trône, et j'en vois sorti t des éclairs et des tonnerres* , et des voix terribles et fulminantes contre moi , contre mes crimes. Où me cacherai -je ? je suis perdu, je suis foudro>é. Mais je vous vois entre deux. Agneau sans tache! Vous arrêtez ces foudres, et le feu de la justice divine s'amortit devant vous : je respire, j’espère, je vis. Mais cet Agneau doux et paisible me dit devant ce trône : Allez , et ne péchez plus * : il ne pardonne qu’à cette condition.

Jésus notre victime donné à la croix, donné dam l’cucha. ristie. Luc. xxn, iv,20.

Que je trouve de douceur à méditer votre parole ! que j’en trouve dans celte parole , par laquelle vous établissez et continuez ce banquet , qui est en même temps un sacrifice! Je ne me lasse point do la méditer : je la considère de tous côtés ; je la rumine, pour ainsi parler, et je la passe et repasse sans cesse dans ma bouche pour la goûter, pour en tirer tout le suc : Ceci est mon corps donné pour vous ; en temps présent : qui se donne : Ceci est mon sang répandu pour vous s; dans le même temps : qui se répand. Saint Matthieu parle ainsi , saint Marc , saint Luc, saint Paul : quatre témoins parfaitement uniformes de votre parole. Tous quatre parlent en présent ; cela est clair dans l’original , et l’interprète latin qui a traduit au futur : sera livré , sera répandu , par rapport à la croix , où ce corps allait effectivement être livré , et où ce sang allait être répandu, a conservé dans saint Luc le temps présent : Hoc cobpus, qüod pho vobis datub : afin que nous entendissions , non-seulement que Jésus-Christ en disant : Ceci est mon corps , Tcnten-

* Apoc. V, fl. — » Urb. IX , 24 ; VII , 25. — » Apoc. IV, 5. — * Joan. vin, Il — * Luc. xxn, 19.20.

dait de ce même corps qui allait être livré pour nous; mais encore qu’il entendait que ce même corps, qui allait être livré et donne pour nous, Tétait déjà par avance dans la consécration mystique , et le serait à chaque fois qu'on célébrerait ce sacrifice. Croyons donc, non-seulement que le corps de Jésus-Christ devait être donné pour nous à la croix , et Ta été en effet ; mais encore qu’à chaque fois qu’on prononce cette parole , il est par cette parole actuellement donné pour nous: Hoccobpus, quod PBO VOBIS DATUB.

Il veut donc dire que ce corps non-seulement nous est donné dans l'eucharistie : Prenez ; mangez : ceci est mon corps 1 : mais encore qu’il y est donné pour nous, offert pour nous, aussi bien qu’il Ta été à la croix : ce qui marque qu’il est encore ici notre victime, qu’il y est encore offert, quoique d’une autre manière. Ainsi ce terme : donné pour vous, se dit de Jé6iis-Christ sur la croix, et se dit de Jésus-Christ dans l’eucharistie; et convient à ce double état de notro Seigneur du corps présent dans l’un et dans l'autre. C'est pourquoi le Sauveur non-seulement parle en temps présent, pour nous montrer qu’il est ici comme en la croix , se donnant actuellement pour nous ; mais encore il choisit un terme qui convient à son sacré corps dans ces deux états. S’il avait dit : Ceci est mon corps, qui est crucifié, percé de plaies, misa mort pour vous; on ne pourrait pas dire que cela lui convient dans l’eucharistie; car il n'y meurt plus : et il faudrait expliquer nécessairement et uniquement : Ceci est ce même corps , qui sera mis en croix pour vous, et y rendra le dernier soupir pour votre salut. Mais il a dit : Ceci est mon corps donné : cela convient à ces deux états; ce corps est donné à la croix ; ce corps est encore donné dans l'eucharistie : et, dans l’un et dans l’autre état , donné pour vous. Dès-là qu’il est dans l’eucharistie pour vous y être donné , il est donné pour vous : avant que de vous le donner à manger, la parole de Jésus-Christ le rend présent : et cette présence est encore pour vous. Jésus-Christ est présent pour vous devant son Père ; il se présente pour vous, il s’offre pour vous; et sa présence seule est pour vous une Intercession toute-puissante.

Voilà donc ce qu’opère dans l’eucharistie ce prédeux terme : Ceci est mon corps donné.

Mais peut-être que les autres termes, rapportés par les écrivains sacrés, n'ont pas été prononcés avec le même choix , et ne conviennent pas également aux deux états de la présence de Jésus-Christ. Voyons, lisons, méditons : Ceci est mon sang répandu : il est répandu sur la croix ; mais n'est-il pas encore répandu dans le calice ? N’y a-t-il pas dans ce calice de quoi faire à Dieu pour notre salut la plus salutaire effusion qui fut jamais ? Ce sang est là pour être répandu sur les fidèles; il est là en état d'être répandu , et sous la forme d’une Üqueur, dont le propre est de sc répandre. Ce sang qui a été répandu à la croix , et qui a coulé de toutes les veines rompues du Sauveur, coule encore dans ceca*

1 Matth. xxvi, 20.

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lice de toutes 6es plaies, et principalement de celle du sacré côté. C’est pour cela que nous mêlons ce calice d’un peu d’eau, en mémoire de l’eau qui coula du côté ouvert , avec le sang. Seigneur Jésus, vous êtes la parole, et vos paroles sont prononcées avec un choix digne de vous. Kn disant : Ceci est mon sang répandu pour vous , en temps présent, vous me marquez que non 'Seulement il est répandu pour moi sur la croix, mais encore qu’il se répand pour moi , et pour la rémission de mes péchés dans ce calice; pour m’en assurer, pour me l’appliquer, pour continuer éternellement l’intercession toutepuissante que vous faites pour moi par ce sang.

Continuons à ruminer ces saintes paroles : Ceci est mon corps donné pour vous , avons -nous lu dans saint Luc; mais le mot que saint Paul a mis en la place est celui-ci : Ceci est mon corps rompu pour vous * : mais que veut dire ce terme, selon l’usage de la langue sainte? Isaïe nous l’a expliqué par ces paroles : Romps ton pain à celui qui a faim * : donne-lui ce pain, fais-lui-en part : saint Paul explique donc bien : Ceci est mon corps donné pour vous : par : Ceci est mon corps rompu pour vous. Ce corps est mis en état de nous être donné , de nous être distribué , de nous être rompu dans l’eucharistie; et dès qu’il est mis dans cet état , il est déjà rompu et donné pour nous, dans la destination, et par la parole de Jésus-Christ. Mais ce même terme a aussi son rapport au corps en croix , au corps froissé de coups et percé de plaies , suspendu à une croix dans un état si violent, où son sang ruisselle de tous côtés de ses veines cruellement rompues. Le mot de rompre convient donc encore aux deux états, et à celui de Jésus-Christ à la croix, et à celui de Jésus-Christ dans l’eucharistie : le corps est donné dans l’un et l’autre état; il est rompu dans l’un et l’autre. Il en est de même du sang. Le corps est partout donné pour nous, il est partout notre victime : le sang est partout versé pour nous ; il a coulé pour nous sur la croix , il coule encore pour nous dans la coupe sacrée.

Mon Sauveur, quel sacrifice ! mon Sauveur, encore un coup, que de douceur à méditer votre parole! J’y trouve toujours de nouveaux goûts, comme dans la manne : votre corps et votre sang sont mon oblation, mon sacrifice, ma victime, et sur la croix et sur la sainte table; et comme la croix, cette table est un autel. Ah! vraiment, ce que dit saint Paul est bien véritable! Mous avons un autel , dont ceux qui demeurent attachés au tabernacle ancien , et à l’autel de la loi, n’ont pas pouvoir de manger 5. Pour y participer, il faut entrer en esprit dans te tabernacle, gui n’est pas fait de main d’homme 4.

LXl* JOUR.

L’eacharislie est le sang du nouveau Testament. Mallh.

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