‹ suvres de Bossuet SermonsChapitre 214 sur 243 · XXV · texte numérisé non relu

XXV

Je reviens aux paroles de l'institution avec un

1 t. Çor. xi , 24. Cnn*. — » h. tvni , 7. - * Hrb. xui , 10. — * /bût. r*. II.

nouveau goût , et j’y trouve ce mot qui me touche : Ceci est mon sang du nouveau Testament1. Je trouve, dans ce mot de Testament , je ne sais quoi qui me frappe , qui m’attendrit. C’est ici un testament : c’est l’assurance de mou héritage; mais II faut qu’il en coûte la mort à celui qui le lait. J’ouvre encore la divine épitre aux Hébreux , et j’y trouve ces paroles : Partout oùilyaun testament , il faut que la mort du testateur s’y rencontre : car le testament est confirmé dans la mort; et il n'a pas sa valeur, tant que le testateur est en vie : c'est pourquoi l'ancien Testament même « ’a pas été consacré sans sang. Car après que Moïse eut lu le commandement de la loi à tout le peuple , ii prit du sang de la victime , et le jeta sur le livre même , et sur tout le peuple, en disant : Cest ici le sang du Testament que le Seigneur a fuit pour vous*. Je vois donc l’héritage céleste donné par testament aux enfants de Dieu. Jésus-Christ est le testateur : il faut qu’il meure ; le testament n’est valable et ne reçoit sa dernière force que par la mort du testateur; jusque-là il est sans effet; on le peut même changer : ce qui le rend sacré et inviolable; ce qui lui donne son plein et entier effet, et saisit l’héritier de tout le bien qui lui a été laissé par le testateur, c’est sa mort. Et tout cela s’accomplit parfaitement en Jésus-Christ , qui meurt pour nous assurer notre héritage. C’est pourquoi l’ancien Testament, qui devait être la figure du nouveau, n’a pas été consacré sans sang : tout le peuple, et le livre même de la loi , où la promesse de l’héritage était renfermée, est sanctifié par l’aspersion de ce sang : tout est ensanglanté, et le caractère de mort paraît partout : et Moïse, en jetant ce sang sur le livre de l'alliance , lui donne le caractère de testament, en disant, selon que l'interprète saint Paul : C’est ici te sang du Testament que fait le Seigneur à cotre avantage 3 : ce que Jésus accomplit en disant aussi : Ceci est le sang , non de l’ancien Testament, mais du nouveau.

Ce qui paraît donc en ces paroles, et par le rapport qu’elles ont avec les anciennes figures, c’est que le sang de Jésus-Christ verse à la croix, et versé d’une manière très-réelle et très-véritable, quoique différente de celle-là, est le sang du nouveau Testament ; c'est-à-dire, le sang versé pour lui donner toute sa force. Il y a des testaments dont la loi est qu’ils sont écrits de la inain du testateur; mais la loi du testament de Jésus- Christ, c'est qu'il devait être confirmé, et comme tout écrit de son sang. L’instrument de ce testament, et l’acte où il est écrit, c’est l'eucharistie. Les promesses de Jésus-Christ et du nouvel héritage nous sont faites par la mort de Jésus- Christ, qui nous tire par là de l'enfer, et nous assure le ciel ; et Pacte où cette promesse est rédigée, l'instrument où la volonté et la disposition de notre Père est écrite; cet acte, cet instrument est tout écrit de son sang : son testament, en un mot, c’csl l’eucharistie.

• Mattk. WTI.M. — * Heb. IX, 16, 17 , fU. — * t/eb.n , 30-

MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE

Qui donc ne serait ému en entendant tous les I jours ces paroles du Sauveur : Ceci est mon sang du nouveau Testament : ou , comme le tourne saint laïc : Ce calice est le nouveau Testament par mon sang* y qu'il contient ; parce que telle est la nature de ce testament, qu’il doit être écrit tout entier du sang même du testateur. Venez lire, chrétiens; venez lire ce testament admirable : Tenez en entendre la publication solennelle dans la célébration des saints mystères; venez jouir des bontés de votre Sauveur, de votre Pcre, de ce divin testateur qui vous achète par son sang votre héritage, et qui écrit encore de ce même sang le testament par lequel il vous le laisse. Venez lire ce testament : venez posséder; venez jouir : l'héritage céleste est à vous.

LXU* JOUR.

Cesl te nouveau Testament par le aang de notre Seigneur.

Ce calice est te nouveau Testament par mon sang : c'est ainsi que saint Luc et saint Paul * tournent ce que rapportent saint Matthieu et saint Marc : Ceci est te sang du nouveau Testament.

Il n*y a pas lieu de douter que les paroles prononcées par Jésus-Christ en donnant son corps , ne soient celles-ci : Ceci est mon corps ; puisque tous ceux qui ont écrit cette institution, saint Matthieu, saint Marc, Saint Luc et saint Paul, le rapportent dans ces mêmes termes.

Il n'y a non plus lieu de douter que Jésus-Christ n'ait consacré son sang avec la même façon de parler, dont il a consacré son corps, c’est-à-dire, comme le rapportent saint Matthieu et saint Marc : Ceci est mon sang du nouveau Testament 3. Mais comme il y avait quelque chose de particulier à considérer dans ce sang du nouveau Testament, et qu'il y fallait entendre que ce sang versé pour nous sur la croix, et encore versé pour nous, et transformé en une liqueur dans l’eucharistie , y était la confirmation et le témoignage certain de la dernière disposition de notre Père; saint Luc et saint Paul l’expliquent àinsi : Cette coupe est le nouveau Testament en mon sang : comme si on disait : De même que ce papier où est écrite de la main de votre père sa dernière volonté, est son testament; ainsi cette coupe sacrée est le testament de Jésus- Christ par son sang qu'elle renferme, et dont la dernière disposition devait être écrite.

Il n'y a donc rien de plus simple, que les paroles dont Jésus-Christ a usé : Ceci est mon eorps : ceci est mon sang du nouveau Testament : il n’y a là aucune figure; et tout y est véri- j table au pied de la lettre. Dans ces paroles de 6aint Luc et de saint Paul , ou plutôt dans ces paroles de Jésus-Christ, ainsi que ces deux écrivains sacrés les ont tournées : Cette coupe est le nouveau Testament par mon sang , il y a une façon de parler un peu plus tournée, aisée toutefoiset du discours familier, et semblable à celle qui appelle

• Luc. 1111,20. — » Lue. ixn, 30 ; I. C«r.xi,35.— xxvi, 28; Mure. xnr,S4.

| du nom de testament, l'instrument où est déclarée la dernière volonté du testateur. Mais en même temps la vérité du sang est marquée avec une force particulière : car il y est expressément marqué, que si la coupe qu’on nous présente est le testament de Jésus-Christ; si elle est l’instrument sacré où sa dernière disposition est marquée; c'est par le sang de Jésus-Christ qu’elle contient; à cause que ce testameut, comme on vient de voir, était de nature à être écrit , non pas de la propre main , mais du propre sang du testateur. Et les paroles de saint Luc marquent ce sens évidemment. Car à les traduire mot à mot, selon qu’elles se trouvent dans l’original, il faut rapporter ces mots, répandu pour vous, non pas au sang, mais à la coupe; et on les doit traduire ainsi : cette coupe versée pour vous, est le nouveau Testament par mon sang : ce n’est pas seulement le sang qui est versé pour vous; c’est la coupe, au même sens qu’on dit tous les jours, quand une liqueur est répandue, que le vase où elle était est répandu. Entendons donc aussi que cette coupe est ici répandue pour nous; c'est-à-dire, que le sang qu’elle contient n’est pas seulement répandu pour nous à la croix ; mais qu’en tant qu’il coule encore dans cette coupe, et qu’il en découle sur nous, c’est encore une effusion qui se fait pour notre salut , et une oblation véritable.

Rendons grâces à Jésus-Christ, qui nous a expliqué en tant de sortes, et d’une manière 6i expresse , le sacrifice qu’il continue à offrir pour nous dans l’eucharistie. Voyons-y encore couler pour nous le sang de la rédemption en vérité comme sur la croix, quoique sous une forme étrangère. Il est puissant pour opérer tout ce qu’il a dit : son sang est ici ; cette coupe en est pleine ; il s’y répand tous les jours pour nous; c’est de ce sang qu’est écrit le testament de notre Père. Et quel est ce testament, sinon celui dont il est écrit : Cesl ici le testament que je ferai avec eux : je mettrai ma loi dans leurs cœurs , et je l’écrirai dans leur esprit ; et je ne me souviendrai plus de leurs péchés * ?

Et pourquoi nous léguer par testament la rémission des péchés, si ce n’est pour lever l’obstacle qui nous empêche d’entrer dans le ciel, qui est notre véritable héritage? Et pourquoi faire cela par un testament, si ce n’est pour nous faire souvenir que, pour être en droit de nous léguer cet héritage céleste , il en devait coûter la vie à celui qui nous le léguait par testament? Et pourquoi nous donner le sang du nouveau Testament; ou , comme le tourneut saint Luc et saint Paul, pourquoi nous

j donner ce testament scellé , confirmé , écrit avec le sang du testateur, sinon pour appuyer notre foi et enflammer notre amour? Qui ne serait attendri , en voyant un testament écrit de cette sorte ? Que l’héritage est grand , qui nous est légué par un testament si auguste, si précieux! Qui aurait le cœur si endurci, qui, voyant ruisseler encore de cette coupe sacrée le sang de ce testament , par lequel nos

1 Jrrcm. rni, SI , SJ, 34 ; Heb. TIII, 8. et seq. X, 16. 17.

no

MÉDITATIONS SDH L’ÉVANGILE.

péchés sont lavés, ne les aurait en horreur, et n’en déracinerait jusqu'aux moindres restes, à la rue et par la vertu de ce sang?

LXIU* JOUR.

La nmw est la conUnuallon de la cène de Jésus -Chr Ut.

Ibid.

Reconnaissions donc, chrétiens, que toutes grâces abondent dans ce sacrifice. Jésus est mort une fois, et n’a pu être offert qu'une fois en cette sorte; autrement ii faudrait conclure que la vertu de cette mort serait imparfaite; mais ce qu’il a fait fine fois de cette manière , qui était de s'offrir ainsi tout ensanglanté et tout couvert de plaies, et de rendre son âme avec tout son sang , il le continue tous les jours d'une manière nouvelle dans le ciel, où nous avons vu , par saint Paul , qu'il ne cesse de se présenter pour nous; et dans son Eglise, où tous les jours il se rend présent sous ces caractères de mort.

Peuple racheté , assemblez-vous pour célébrer lès miséricordes de votre Père céleste par Jésus- Christ immolé pour vous. Où est le corps de Jésus, là est le lieu de votre assemblée : où est ce corps , ta les aigles doivent accourir ■. Et qu’y ferons-nous? qu’a fait Jésus? il a pris du pain : il a béni : U a rendu grâces dessus : il a fait de saintes prières : il a pris une coupe * : il a fait de même dessus. Le prêtre fait comme lui ; on mange , on boit ce corps et ce sang: on dit l'hymne, et on se retire. Soyons attentifs; suivons le prêtre qui agit en notre nom , qui parle pour nous ; souvenons-nous de la coutume ancienne d'offrir chacun son pain et son vin , et de fournir la matière de ce sacrifice céleste. La cérémonie a changé., l'esprit en demeure ; nous offrons tous avec le prêtre ; nous consentons à tout ce qu’il fait , à tout ce qu’il dit. Et que dit- il ? Pries , met frères, que mon sacrifice et le votre soient agréables au Seigneur notre Dieu. Et que répondez-vous? Que le Seigneur le reçoive de vos mains. Quoi? notre sacrifice et le vôtre. Et que dit encore le prêtre? Souvenez-vous de vos serviteurs, pour qui nous vous offrons. Est-ce tout? ii ajoute : ou qui vous offrent ce sacrifice. Offrons donc aussi avec lui ; offrons Jésus- Christ, offrons-nous nous-mêmes avec toute son Église catholique, répandue par toute la terre.

Le prêtre Isénit, il rend grâces sur ce pain et sur ce vin , qui va être changé au corps et au sang; il prie pour toute l'Église : bénissez, rendez grâces, priez. Ou vient à cette spéciale bénédiction , par laquelle on consacre ce corps et ce sang : écoutez , croyez, consentez. Offrez avec le prêtre ; dites dmen qur son invocation, sur sa prière. Le voilà donc; il est présent ; la parole a eu son effet ; voilà Jésus aussi présent qu’il a été sur la croix , où il a paru pour nous par l’oblation de lui-même*; aussi présent qu’il est dans le ciel, où il parait encore pour dous devant la face de Dieu *. Cette consécration ,

1 Matth.xx iv, 2s. — » Ibid. xxvi, M,S7 , 30; Mare M, sa. M. - * Urb. IX , 58. —4 Ibid U.

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