‹ suvres de Bossuet SermonsChapitre 215 sur 243 · XIV · texte numérisé non relu

XIV

cette sainte cérémonie, ce culte plein de sang, et néanmoins non sanglant, où la mort est partout, et où néanmoins l’hostie est vivante, est le vrai culte des chrétiens; sensible et spirituel, simple et auguste , humble et magnifique en même temps.

Quoi! durant un si grand mystère, pas un soupir sur vos péchés, pas un sentiment de componction! Vous assistez de corps seulement! Eh quoi! Jésus n’est-il ici que selon le corps ?son esprit n'estii |ias aussi avec nous? Et que veut donc dire le prêtre, lorsqu'il nous salue, en disant : Do m vus vobiscum : Le Seigneur est avec vous : Ht avec voire esprit, répondez-vous. C’est donc à l’esprit du prêtre, à l’esprit du sacrifice, que vous voulez vous unir; et votre corps est là comme mort, sans esprit, sans foi! Quoi donc, vous ne sentez rien! Vous ne songez pas que ces espèces sacrées sont l'enveloppe où est renfermé le corps de votre Sauveur, et comme le drap mortuaire dont il est couvert! Vous assistez au tombeau , où est votre Père qui est mort percé de plaies pour vous sauver; et vous êtes insensibles! Vous vous réveillez à ces paroles; mais songez-vous bien que ce Jésus ici présent ne veut pas vous voir avec le moindre ressentiment contre votre frère; ou, pour parler comme lui, avec le moindre ressentiment de votre frere contre vous ■ ! Vos autres dérèglements ne lui causent pas moins d'horreur. Allez, hypocrites, qui ne m’honorez que des lèvres, et dont le cœur est loin de moi > : retirez-vous. Non : revenez ; ranimez, vous ; rentrez en vous-mêmes : donnez du moins un soupir au déplorable état de votre âme. Dites : Je confesserai à Dieu mon péché, et vous me Paves remisi. Oui; vous le pourrez confesser avec tant de componction et de si bon cœur, qu’il vous sera pardonné à l’instant.

La communion. Il faut communier au moius en esprit Ibid .

On vient à la communion : h>ure terrible ! heure désirable! Le prêtre a communié : préparez-vous; votre tour viendra dans un moment. Communiez d'abord en esprit; croyez, adorez, désirez. C'est ma viande, c'est ma vie; je la désire, je la veux. Vous n'étes pas préparé à communier; pleurez, gémissez. Hélas ! où est le temps où nul n'assistait que les communiants, où l’on chassait, où l’on reprenait, du moins où l’on blâmait ceux qui assistaient au banquet sacré sans manger ? En effet . y assister sans manger, n'est-ce pas déshonorer le festin et en mépriser les viandes ? Quel mépris ! quelle maladie ! quel dégoût! Mais ce n’est plus la coutume. Écoutez ce que dit l’Église dans le concile de Trente : le saint concile désirerait que tous ceux qui assistent au sacrifice y participassent <. Pourquoi le saint concile le désire-t-il, si ce n’est que Jésus- Christ le désire? Car il ne se change en viande que pour être mangé. L’Église désire donc que vous communiiez, vous tous qui assistez au sacrifice.

'Mattk. v, aa. —i ibid. xv, 7, a. ->/>«. xtxi, s. —

mi, cap a.

MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE

Le concile toutefois ne dit pas qu’il désire; il dit qu’il désirerait : Optaret sancta synodus . Pourquoi ? l'Église n’ose former un désir absolu d’un si grand bien; elle désirerait que tout le monde le fit, que tout le monde en filt digne. O prêtre, désirez aussi que tout le monde communie avec vous ! Et vous tous qui assistez, répondez à ce désir de l'Église et de son ministre. Si vous ne communiez pas , encore un coup, pleurez du moins, gémissez, reconnaissez en tremblant que le chrétien devrait vivre de manière qu'il pût communier tous les jours. Promettez à Dieu de vous préparer à communier au plus tôt : vous aurez communié du moins en esprit. Le prêtre communie : le prêtre achève, affligé de communier seul; ce n’est pas sa faute; il ne faut pas laisser de dresser la table, encore que tous n’en approchent pas. Telle est la libéralité, telle est la bonté du grand Père de famille. Enfin donc le sacrifice est consommé : retirez-vous avec douleur de n’y avoir pas eu toute la part qui vous était destinée.

LXVe JOUR

L'action de grâces. Malth. xxvi, 30.

Et après avoir dit l’hymne, ils s'en allèrent à la montagne des Oliviers *. Ils y allèrent à la vérité; mais avant que Jésus-Christ partit, il se passa plusieurs choses, que nous verrons dans la suite. Arrêtons-nous un moment sur cet hymne, sur ce cantique d’action de grâces et d’allégresse, par lequel Jésus et ses apôtres finirent le saint mystère. Que pouvaient chanter ceux qui étaient rassasiés de Jésus-Christ, et enivrés du vin de son calice, sinon celui dont ils étaient pleins? L'Agneau qui a été immolé est vraiment digne de recevoir la force, la divinité , la sagesse, ta puissance, l'honneur , la gloire, la bénédiction. Et j’entendis toute créature qui est au ciel, sur la terre, sous la terre, sur la mer et dans la mer, et tout ce qui est dans ces lieux , qui criaient en disant : A celui qui est assis sur te trône et à l'Agneau , bénédiction , honneur, gloire, et puissance aux siècles des siècles * !

Le monde chante les joies du monde; et nous que chanterons-nous après avoir reçu le don céleste, que les joies éternelles?

Le monde chante ses passions, ses folles et criminelles amours; et nous que chanterons-nous sinon celui que nous aimons ?

Le monde fait retentir de tous côtés ses joies dissolues; et qu’entendra-t-on de notre bouche, après avoir bu ce vin qui germe les vierges 5, sinon des cantiques de sobriété et de continence? Remplis de la mort de Jcsus-Christ, qui vient de nous être remise devant les yeux, et de la chair de son sacrifice, que chanterons-nous, sinon : Le monde est crucifié pour moi , et moi pour le monde « ?

Ne vous en allez pas sans dire cet hymne , sans réciter le cantique de la rédemption du genre humain. Quoi! Moïse et l’ancien peuple chantèrent

» Matth. XXVI, 30. — 1 Apoc. y, H. 13. - 5 Zach. IX, 17. ** * Gai. vi, 14.

hOf.SC ET. — TOME Itl.

avec tant de joie le cantique de leur délivrance, après être sortis de l'Égypte et avoir passé.la iner Rouge! Chantez aussi, peuple délivré, chantez le cantique de Moïse et le cantique de l’Agneau, en disant : Que vos œuvres sont grandes et admirables, ô Seigneur, Dieu tout-puissant! Que vos voies sont justes et véritables, ô Roi des siècles ! Seigneur, qui ne vous craindrait , et qui ne glorifierait votre nom î car vous seul êtes saint : toutes les nations viendront, et adoreront devant votre face : parce que vos jugements sont manifestes1, t ous avez détruit par votre mort celui qui avait l’empire de la mort : c’est-à-dire le diable • : le prince do ce monde est chassé 5 : et attachant a votre croix ta cédule de notre condamnation, vous avez désarmé les principautés et les puissances , vous les avez menées en triomphe hautement , et à ta face de tout l’unicers, après les avoir vaincues par votre croix *. Et maintenant, en mémoire d’une si belle victoire, nous offrons par vous et en vous, à votre Père céleste , ce sacrifice de louanges et d’actions de grâces, qui au fond n'est autre chose que vousinéine, parce que nous n’avons que vous à offrir pour toutes les grâces que uous avons reçues par votre moyen.

LXVl* JOUR.

Trahison de Judas découverte. Joan. xiu, 30.

A près la cène achevée ; après que Jésus eut donné à Judas le morceau trempé, qui fut un signe à saint Pierre et à saint Jean pour connaître ce traître, 4e malheureux se retira incontinent; et il était nuit i.

Pour l’ordre de l'histoire, on peut observer eu qui a déjà été remarqué dans l'évangile de saint Luc, qu'après la cène Jésus parla encore à ses disciples de celui qui le devait trahir : ce qui redoubla leur inquiétude sur l’auteur de la trahison. Ce fut alors que saint Pierre lit signe à saint Jean , et que Jésus leur donna à eux seuls la marque du morceau trempé.

Il ne le fit pas connaître à tous les disciples comme saint Jean le dit expressément 6. Cela aurait causé parmi eux un trop grand tumulte, et ils se seraient peut-être portés à quelque violence; à laquelle aussi , par sa bonté, il ne voulait pas exposer le traître, ni le divulguer plus qu’il ne fallait. Mais comme il voulait qu'ils sussent qu’il connais* sait parfaitement toutes choses, et que cela leur était utile, il en choisit parmi ses disciples deux, dont il connaissait mieux la discrétion, pour être, quand il le faudrait , témoins aux autres qu'il i e savait pas les événements par de vagues connaissances, ou des pressentiments confus; mais avec uoe lumière claire et distincte.

Il parla donc à saint Jean assez bas, pour n'être entendu que de lui seul , ou tout au plus de saint Pierre, qui y était attentif: les autres ne connurent rien à ce signal ; et Judas , après avoir pris ce morceau, se retira incontinent, selon saint Jean.

• Apoc. XV, 3, *. — * Heb. Il, 14. — * Joa ». XII, 31 - « Colon, il , 14 , 14. — i Joan. xm , 30. — • Ibid. 2s.

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MEDITATIONS SUR L’ÉVANGILE

Otle sortie précipitée du traître disciple eiU [ étonné les autres autres , s'ils n'eussent ouï Jésus- Christ» qui lui avait dit : Fais vite ce que tu as à \ faire * : ce qu’ils avaient entendu de quelque or- | dre qu’il lui donnait pour la fête ou pour les pauvres. Ils connaissaient la tendresse de leur maître pour ces derniers. Il donnait souvent de pareils ordres pour eux; et on jugeait bien qu'il ne les oublierait pas au milieu de ses extrêmes périls. Aimons donc les pauvres» et prenons-en tant de soin» qu'on ait sujet de penser que nous songeons toujours à eux.

Quelques-uns ont cru que ce morceau, après lequel Satan entra en Judas, fut celui du pain sacré de l’eucharistie. Mais visiblement ce fut un morceau que Jésus-Christ trempa dans quelque plat; ce qui ne convient point à ce pain divin.

Il faut donc entendre que ce morceau fut à saint Jean le signe qu’il demandait, et à Judas, la dernière marque de familiarité et de communication qu’il aurait avec lui; après quoi ce cœur iugrat, que rien ne put fléchir, fut livré à Satan.

Quant à ce que dit saint Jean , que Judas sortit incontinent après , on peut entendre cet incontinent en deux manières. L’une, que ce morceau trempé fut donné au traître pendant le souper ; duquel cas, l’incontinent ne voudrait pas dire le moment immédiatement suivant, puisqu’il y eut entre deux la consécration du sang qui se fit après le souper, et à laquelle Judas assista selon saint Luc, comme il a été dit souvent. L’incontinent, en ce cas, voudrait dire peu de temps après, et signifierait seulement qu’il n’y eut point d’autre action entre la sortie de table, qui devait arriver un moment après, et la retraite de Judas. L’autre manière d'expliquer ce morceau trempé, c’est qu’il fut donné à Judas après la consécration de la coupe sacrée. Car, encore que le souper fût achevé, on voit, par saint Luc, qu’on demeura encore quelque temps a table, puisque Jésus-Christ y parla encore du traître. Ce put donc être alors qu’il donna ce morceau à Judas comme extraordinairement, et après le souper; peut-être même, pour le mieux marquer aux deux disciples, à qui il voulut bien le faire connaître. Au reste, il n’est pas besoin d’être curieux sur ees circonstances : et lorsqu’on voit quelque obscurité dans les évangiles sur de telles choses, on doit croire qu'elles ne sont pas fort importantes, ou du moins qu’elles ne le sont pas pour tout le monde. Quoi qu’il en soit, après la cène, Judas sortit; et ce n'est pas sans raison que saint Jean remarque, qu'il était nuit; afin de nous faire entendre que tout ceci, et ce qui suit, arriva peu d’heures avant que le Sauveur fût livré. Car il fut livré la même nuit. Cette circonstance du temps auquel Jésus parle, sert à nous rendre attentifs à ses dernières paroles, qui contiennent son dernier adieu et ses dernières instructions; celles par conséquent qu’il veut laisser le plus profondément gravées dans le cœur de ses disciples. En voici une très-importante que nous tirerons de saint Luc.

1 Juan. xtil, 27.

LXVTIe JOUR.

Autorité légitime établie; domination interdite dans iTgllse. Luc. xxii, 24.

Il s’éleva aussi une dispute entre eux , teque • deux tous paraissait être le plus grand • . Cette dispute, assez fréquente parmi les apôtres, est renouvelée au temps de la cène. Saint Luc la place incontinent après qu’il en a fait le récit, et celui de l’étonnement où se trouvèrent les apôtres, lorsqu'ils se demandaient les uns aux autres, lequel d’entre eux trahirait leur maître ». Rien ne peut éteindre l’ambition dans les hommes. L’exemple de la douceur et de l’humilité de Jésus-Christ devait faire mourir ce sentiment. Et cependant ses disciple», gens grossiers, qu’il avait tirés de la pêche et de la nacelle, s'y laissent emporter. C’est ce qu’on voit souvent dans l'histoire de l’Évangile; et Jésus les avait réprimés par les paroles les plus fortes : surtout lorsque les deux fils de Zébédée lui demandèrent les premières places de son royaume 3 . Cependant la même dispute renaît, et dans le plus grand contre-temps qui fût jamais. Us venaient de voir le lavement des pieds : et Jésus , qui leur ordonnait de suivre cet exemple, pour les y exciter davantage les avait fait souvenir que lui, qui le leur donnait, était leur Seigneur et leur maître. Combien plus se devaient-ils abaisser, eux qui n'étaient que les serviteurs!

Ils l'allaient perdre; déjà il ne leur parlait que de sa mort prochaine , de la trahison qui se tramait contre lui, et de toutes les suites funestes de ce complot. Quoiqu'ils ne dussent être occupés que d’un si triste et si étrange événement , leur ambition les emporte. Et, encore assis à la table où Jésus leur avait donné la communion, mystère d’abaissement , où le caractère de l'humilité de Jésus jusqu’à la mort de la croix était imprimé, l’action de grâces étant à peine achevée, ils se disputent entre eux la première place. Connaissons le génie de l’ambition , qui ne nous quitte jamais au milieu des événement» j les plus tristes, et parmi les pensées et les exemples qui nous devraient le plus porter à des sentiments contraires.

Jésus-Christ leur dit sur ce sujet ce qu’il leur avait déjà dit dans les occasions que nous venons de marquer; et il le répète dans un temps dont toutes les circonstances le devaient encore plus imprimer dans les esprits , puisque c’était celui de sa mort prochaine, et de sûn dernier adieu.

Mais il faut encore regarder plus loin. Il venait établir un nouvel empire, qui aurait son gouvernement, et, pour ainsi parler, ses magistrats; et il sc sert de cette occasion pour montrer quel devait être le génie de ce nouveau gouvernement.

Ce qu’il a dessein d'établir, c’est la différence des empires et des gouvernements du monde, d'avec celui qu’il venait former. Dans ceux-là est le faste , tout s'y fait avec hauteur et avec empire, souvent même avec arrogance, avec violence; mais parmi

• Luc XXII , 24. — * Ibid. 2J. — * MiUth. XX , 16. Marc. X,

MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE

vous le premier et te plus grand doit devenir le plus petit, H celui qui gouverne doit être le serviteur de tous. De mime que le Fils de l’homme n'est pas venu se faire servir, mais servir lui-même , et donner sa vie pour ta rédemption de plusieurs. Car vous voyez que je suis parmi vous comme celui qui sert ■ ; puisque même pendant que vous étiez assis à table J'en suis sorti pour vous servir, et pour vous laver les pieds.

Il ne dit donc pas qu'il n'v a point de conducteur, ni qu'il n'y a point de premier parmi eux; mais il dit à ces conducteurs, et à celui même qu’il avait déjà désigné tant de fois pour être le premier, que leur administration est une servitude : qu’ils doivent, à son exemple, être la victime de ceux qu’ils ont à conduire; et qu’ils doivent paraître les derniers de tous par leur humilité.

C’est ce qu’ont pratiqué les apôtres. Paul se rend serviteur de tous , et se fait tout à tous , afin de les sauver tous* : Pierre, qui était le premier : Je parle à vous , qui êtes prêtre, moi qui suis prêtre comme vous , et qui suis de plus témoin des souffrances de Jésus-Christ , et devant participer à sa gloire : paissez le troupeau de Dieu qui vous est commis , veillant sur sa conduite , non par nécessité et par contrainte, ni par intérêt ; mais avec une affection sincère et volontaire ; non en dominant sur C héritage du Seigneur , mais en vous rendant le modèle de tout le troupeau : et lorsque le prince des pasteurs paraîtra, vous recevrez une couronne de gloire qui ne se flétrira jamais 3.

Voyez comme il se souvient des paroles de Jésus- Christ. Le maître dit : Les rois des nations les dominent; mais Un en est pas ainsi parmi vous * : et le disciple. Ne dominant point sur l’héritage du Seigneur. Il faut donc ôter du milieu de nous l'esprit de domination , l’esprit de flerté et de hauteur, l’esprit d’orgueil, l’esprit d’intérêt; mais songer à gagner les cœurs par l’humilité, par amour, et on donnant bon exemple.

I.e maître dit : Ceux qui exercent la domination et fa puissance sur eux , sont appelés bienfaiteurs 5 : c’était un titre qu’on avait donné à de grands rois, qu’on appelait Evergètes , bienfaiteurs; et on le donnait ordinairement aux grandes puissances de la terre. Elles aimaient à être honorées de titres qui marquaient bonté, libéralité, magnificence. Les plus grands titres des grands rois sont ceux qui sont tirés de la douceur : témoin ce titre de très-clément, qu’on donnait aux empereurs ; et celui de scrénissime, dont on honore encore les rois et les princes. Mais vous, dit le Sauveur, ne soyez ppint bienfaiteurs en cette sorte, pour vous faire honneur de ce titre; mais en vous rendant en effet serviteurs de ceux que vous aurez à conduire.

Le maître dit : fai été parmi vous comme serviteur : et je suis venu pour donner ma vie en rédemption pour plusieurs 6. Et saint Paul a

• MaUh. *x , 20 , 27 , 28. Luc. xxn , 28 , 27. — 1 1. Cor. IX , 19, 2J. — 3 I. Rrt. V, 1 , 2, 3, 4. — 4 Luc. XXII, 25 , 28. — */W. 25. — • Mail, xx , 28.

dit aussi , comme on a vu , non-seulement : Je me suis rendu serviteur de tous; mais encore : S’il faut que je sois immolé, et tout mon sang répandu en effusion sur le sacrifice de votre foi ' je on ’ en réjouis * : et encore : Je vais être immolé , et l’ejfusion commence déjà ».

Ce n’est pas qu’il ne doive y avoir dans les pasteurs de l'Eglise une autorité; et s’ils ne devaient pas agir d’une certaine façon avec empire, saint Paul n'aurait pas écrit à Tite : Parlez avec tout empire : que personne ne vous méprise 3 : et il n'aurait pas menacé lui-même de venir avec la verge , et de châtier toute désobéissance *. Mais c'est, dit saint Augustin, que ce n’est pas nous, mais Dieu et sa vérité, que nous voulons faire craindre dans notre parole.

Voila donc comme à cette fois, et après l'exemple de la mortde Jésus-Christ, ses apôtres sont changés. Ils ne songent plus à exercer un empire hautain : ils gagnent tout par l’humilité et par la douceur ; ils n’envient plus h Pierre la prééminence. Il prend partout la parole, et personne ne la lui conteste 5. l'oyez, dit saint Chrysostôme 6 . comme il se met partout a la tête, et comme il agit dans cette sainte société, comme en étant le chef. Personne ne s’y oppose plus; et ce désir de préséance, dont ils ont été autrefois si animés , a entièrement cessé. Pierre, qui agit partout comme le premier, se laisse reprendre par Paul 7 : sur quoi les Pères remarquent : Il ne dit pas : Je suivie premier, et je dois être révéré et obéi par ceux qui sont après moi; mais il se laisse contredire jusqu’à lui résister en face, et il loue les lettres de saint Paul *, où il est expressément porté, qu’il ne marchait pas droit selon la vérité de C Évangile 9, jusqu’à les mettre au rang des Écritures inspirées de Dieu.

Changeons donc aussi avec les apôtres. Si la mort de Jésus-Christ a éteint en eux ces sentiments d'une ambition toujours renaissante, faisons-les aussi mourir en nous; et puisque les chefs du troupeau sont si humbles, songeons à l'humilité qui convieut aux simples brebis.

LXVIIl* JOUR.

Royaume de Dieu , à qui destiné. Luc. xxu, 28, 2f , 30.

Cous êtes ceux qui êtes demeurés avec moi dans mes tentations ÏB, dans mes peines : comme s’il disait : Le désir de la gloire vous tourmente: voici en quoi vous devez mettre votre gloire , c’est de ne m’avoir point abandonné au milieu de mes périls et de mes peines. Et moi aussi, je tous prépare le royaume, comme mon Père me l’a pré paré 11 , le même qu'il m’a préparé, un royaume éternel et inébranlable. N’y a-t-il pas là de quoi contenter votre ambition? au lieu de vous amuser à vous disputer l’un à l’autre sur des préférences

* Philip, n, 17. — * II. ri#». IV, 8. — * Tit. Il, 15. — * I. Cor. iv, 21. — » Ad. I, 13, 16; U, 14; m , 12; iv, 8; v, 29; x , 5; XI , 4, 17; xv, 7, etc . — • In Act. Àpost. hum. j et alibi. — 7 Gai. il, U , 14. — • II. Pd. m, 15, 18. — • GaL Ibid. — • Luc. xxu , 28. — 14 Ibid. 29.

MÉDITATIONS SCR L’EVANGILE

temporelles. Quand vous serez dans ce royaume, je vous y ferai asseoir à ma table; vous y mangerez et vous y boirez avec moi *. Vous y mangerez tous sans distinction les mêmes viandes; vous serez tous également rassasiés des délices et de l'abondance de ma maison : nul ne portera envie aux autres, parce que tous ensemble vous serez heureux. On se dispute les avantages de la terre , parce que qui les possède les partage, et ne peut les laisser aux autres en leur entier : mais à ma table et dans mon royaume la plénitude du bien y est si grande, que tout le monde le peut posséder sans diminution.

Vous demandez des trônes et des premières places; voici le trône que je vous prépare : t'ous serez assis sur douze trônes, et cous jugerez avec moi les douze tribus (T Israël Vous les jugerez et avec moi , vous serez tous mes assesseurs : et vous sougez aux petits honneurs et aux petits avantages que vous pouvez espérer sur la terre! Levez les yeux aux grandeurs, à la puissance, aux trônes que je vous prépare dans ces dernières assises, où tout l'univers sera jugé par une dernière et irrévocable senteuce.

Quoi! l'ambition ne mourra pas à ccs paroles! Il ne reste plus qu’à songer à qui cette gloire est promise. C’est à ceux qui persévèrent avec Jésus- Christ dans ses tentations, qui le suivent à la croix, qui portent sa croix avec lui tous les jours, qui ont tout quitté pour lui : t ous, dit-il, qui avez tout quitté pour me suivre , vous serez assis sur douze sièges , jugeant les douze tribus d'Israël*.

Pouvoir de Satan.

Elle Seigneur dit: Simon, Simon ; je t’appelle par deux fais : sais attentif. Satan a demandé à vous cribter tous vous autres , comme on crible te froments. Quelle puissance de Satan I Cribler les hommes , les apôtres mômes , les agiter, les jeter en l’air, les précipiter en bas, en faire, en un mot tout ce qu’il veut. Qui a donné ce droit b Satan ’ sinon le péché? C’est par le péché qu’il a vaincu l'homme , qui , ensuite de la victoire , lui a été livré comme son esclave. C’est pourquoi il en use avec un pouvoir tyrannique : néanmoins il ne fait rien de lui-même ; il demande : c’est une puissance maligne, malfaisante, tyrannique; mais soumise à la puissance et b la justice suprême de Dieu.

Il a demandé qu’on mit Job en sa puissance i. Il est appelé l'accusateur de nos frères 6. Et Dieu lui livre qui il lui plaît selon les règles de sa justice. selon lesquelles le démon a droit de lui demander ceux en qui il trouve du sien , c'est-à-dire ceux où il trouve le péché. C’est pourquoi Jésus dira bientôt ; Le prince de ce monde avance; il n’a rien du tout en moi 7 ; mais pour le reste des hommes, il n'a que trop en eux. I! n'avait que

■ Lue. un, 30. — 'Ibii. — > .Vans. XIX, 27, 38, 39. — • Lue. XXII, 31. — • Job. I, Il , 12; II, 3, S, S, 7. — • Apoc. SU, 10. — 1 Joan. Xlv, 30.

I trop sur les apôtres, qui étaient encore possédé* de la vaine gloire, l'un des plus mauvais caractères de Satan, qui est devenu Satan par ambition et par orgueil. Et c'est pourquoi Jésus-Christ prend occasion de leur parler de la demande de Satan , à l'occasion de la vaine gloire qui venait de paraître en eux, et de leur dispute ambitieuse. Vous vous tourmentez qui aura la première place; vous avez bien d’autres affaires qui devraient vous occuper : Satan entre au milieu de vous par vos disputes ; vous lui avez donné lieu , et lui avez fait une ouverture bien grande pour vous dissiper, pour vous cribler. Tout ce qui est possédé de ia vaine gloire est léger, et propre au crible de Satan. Au lieu donc de vous disputer sur des préséances ridicules, et de devenir par là la risée et la proie de l’enfer, unissez-vous contre une puissance si redoutable.

Primant, de saint Pierre. Prédiction de ta chute par tou orgueil. Lue. xxil, 31 , ai

Satan a demaïuté de vous cribler tous; mais, Pierre, j'ai prié pour toi ■. Jésus-Christ nuus apprend que nous n'avons de secours contre Satan que dans l'intercession et la médiation de Jésus- Christ inéine.

Admirons la profondeur de sa sagesse. Parce qu’en réprimant l’ambition de ses apôtres, il avait parlé d'une manière qui edt pu donner lieu à ceux qui n'auraient pas bien pesé ses paroles, de croire qu’il n'avait laissé aucune primauté dans son Eglise, et qu’il avait même affaibli celle qu’il avait donnée à saint Pierre, il parle ici d'une manière qui fait bien vuir le contraire. Satan, dit-il , a demandé de vous cribler tous; mais , Pierre, j'ai prié pour toi, pour toi eu particulier, pour toi avec distinction : non qu’il ait négligé les autres; mais, comme l'expliquent les saints Pères, parce qu'en affermissant le chef, il voulait empêcher par là que les membres ne vacillassent. C'est pourquoi il dit : /’ al prié pour toi ; et non pas , J'ai prié pour vous. Et que l'effet de cette prière qu’il faisait pour Pierre, regardât les autres apôtres ; la suite du discours le fait paraître manifestement , puisqu'il ajoute aussitôt après : Et toi, quand tu seras converti, confirme tes frères ■.

Quand il dit : J'ai prié pour toi, que ta foi ne défaille pas : il ne parle pas de cette foi morte qui peut rester dans les pécheurs, parce que cellelà n’empêche pas qu'on ne soit criblé par Satan : c’est cette foi qui opère par la charité, laquelle, dit-il, j’ai demandé qu’elle ne défaillit point en toi. Jésus-Christ le demandant ainsi, lui qui dit : Je sais, mon Père, que vous m'écoutez toujours1; qui peut douter que saint Pierre n'ait reçu par cette prière une foi constante, invincible, inébranlable , et si abondante d'ailleurs , qu'elle fût capable d'affermir, non-seulement le commun des fidèles , mais encore ses frères les apôtres , et les

1 Luc. xxn, 31 , 33. — • Ibii. 32. — » Juan. Il , 43.

MÉDITATIONS SUR L’ÊVANGItE.

pasteurs du troupeau, en empêchant Satan de les cribler?

Et cette parole revient manifestement à celle où il avait dit : Tu es Pierre , je t'ai changé ton nom de Simon en celui de Pierre , en signe de la fermeté que je te veux communiquer, non-seulement pour toi, mais encore pour toute mon Eglise; car je la ceux bâtir sur cette pierre. Je veux mettre en toi, d'une manière éminente et particulière, la prédication de la foi, qui en sera le fondement, et les portes d'enfer ne prévaudront point contre elle ', c'est-à-dire, qu’elle sera affermie contre tous les efforts de Satan, jusqu'à être inébranlable. Et cela , qu'est-ce autre chose que ce que Jésus-Christ répète ici : Satan a demandé de vous cribler; mais, Pierre, j’ai prié pour toi, ta foi ne défaudra pas; et toi, confirme tes fréresl

Il est donc de nouveau chargé de toute l’Église : il est chargé de tous ses frères, puisque Jésus-Christ lui ordonne de les affermir dans cette foi , qu'il venait de rendre invincible par sa prière.

Voilà quelque chose de grand pour saint Pierre. Mais il ne faut pas oublier que, de peur qu'il ne s’enorgueillit d’une si haute promesse, elle est suivie incontinent de la prédiction de sa chute : car voici ce qui suit : Et Pierre lui dit : Seigneur, je suis prêt d'aller avec vous , et dans la prison, et à la mort même : et Jésus lui répondit ■■ Je te le dis , Pierre, je te le déclare, que le coq ne chantera point aujourd'hui, que tu n'aies nié trois fois que tu me connaisses *.

Quand Dieu fait ou promet de grandes grâces , il faut s'humilier, et reconnaître de qui elles viennent. Au lieu de considérer sa faiblesse, Pierre s'emporta jusqu’à dire avec fierté et arrogance : Seigneur, je suis prêt à vous suivre partout et jusqu'à la mort. Mais Jésus - Christ, qui l'avait élevé si haut, sait bien rabattre son orgueil : Simon, dit-il, fai prié pour toi, ta foi ne défaudra point ; confirme tes frères. Et un moment après : Je te le déclare à toi, à qui je viens de dire de si grandes choses ; mais à toi , qui présumes de toi-même, au lieu de t'humilier de mes dons, je te déclare, dis-je, que tu tomberas celte nuit, dans un moment, et par trois fois, dans une honteuse et manifeste infidélité; afin que tu sentes que si tu portais un grand trésor, tu le portais dans un fragile vaisseau de terre, et que ce qui Se fait en toi de grand, se fait non point par toi-même, tnais jmt la sublimité de la vertu de Dieu s.

Et si nous pénétrons toute la suite des paroles de Jésus-Christ, nous verrons que la chute de saint Pierre arrive par une permission spéciale en punition de son orgueil , et pour Kti apprendre l'humilité : car celui qui dit : J'ai prié jtour loi, afin que ta foi ne défaille point , pouvait prier , non-seulement afin qu’elle ne défaillit pas finalement, ni pour longtemps , comme il est arrivé à Pierre , qui se réveilla à l'instant, et au premier regard de Jésus- Christ ; mais encore afin qu'elle ne souffrit point

‘ Hutte xn,"is. — * Luc. xxu. 33, as. — MI. Cor. iv, 7.

pour ainsi parler, cette courte éclipse. Mais il ne le voulut pas ; et il aima mieux permettre que Pierre fdt humilié par sa chute.

Et c'est pourquoi les saints, en considérant toute la suite de l’Évangile , n'hésitent pas à confesser que saint Pierre fut délaissé, et que la grâce se retira de lui ; non point d'elle-méme ( car c'est ce qui ne peut jamais arriver), mais comme nous le verrons encore plus clairement dans la suite , parce qu’il avait présumé , et qu’il est utile aux présomptueux comme lui de tomber dans un péché manifeste , pour apprendre à se defier de leurs forces. Ce qui est encore plus utile à ceux qui , comme saint Pierre, devaient être élevés dans les grandes places de l'Église, et mis bien haut sur le chandelier. Car comme leur élévation lés porte naturellement à s’enfler, et à exercer leur puissance avec hauteur, Jésus-Christ leur apprend, par l’exemple de saint Pierre, comme saint Pierre luimême l'avait appris par son expérience, à craindre d'autant plus de tomber, que leur péril est plus grand , et leur chute plus éclatante et plus scandaleuse.

Au reste, en élevant saint Pierre si haut, notre Seigneur, si on peut parler ainsi , avait pris ses précautions, pour prévenir tous les sentiments de présomption, qui pouvaient entrer dans son cœur. Car en même temps qu'il lui disait : Ta foi ne défaudra jxtint, et confirme tes frères : il ajoutait : lorsque tu seras converti, lui iosinuant sa chufè, et lui faisant voir qu'il devait attribuer le bien qu'il ferait à la bonté de son maître, qui avait daigné demander pour lui de si grandes choses. Mais saint Pierre ne veut point entendre tout cela ; au contraire , piqué , ce semble , de ce mot de conversion dont Jésus-Christ s'était servi, loin de songer qu'il pouvait tomber d'autant plus dangereusement, qu'il était élevé plus haut; il ne songe qu'à vanter son courage; et il oublie la grâce qui seule le pouvait soutenir.

Les excès où il a poussé sa présomption se déclareront davantage dans la suite; et ils obligèrent son maître à retirer sa main pour un moment. Mais sa chute n'einpêclia pas l'effet des promesses et des desseins de Jésus-Christ. Car encore qu’il ait renié, et par trois fois , et la dernière fois avec blasphème et exécration; en sorte que, dans ce genre de crime, il ne pouvait pas tomber plus bas : Jésus, qui fond les cœurs par ses regards, lui en réserve un des plus efficaces et des plus tendres; et cet homme, si entêté de lui-même et de son courage, se retire fondant ên larmes; et celui qui était tombé , parce que son maître avait détourné sa face pour un moment , apprend qu'il n'est converti que parce qu’il a daigné jeter sur lui un rcgard.

C'est donc alors qu’il commença à recevoir cette force qui lui avait été promise. Il fit une grande chute ; mais il fut incontinent relevé. Sa foi ne se perdit que pour un moment; mais elle ne défaillit pas pour longtemps. Au contraire, elle revint plus ferme et plus vigoureuse qu’elle n’avait été

MÉDITATIONS SÜH L’ÉVANGILE.

devant sa chute : Jésus-Christ accomplit en lui ce qu'il lui avait promis; et il se servit de lui pour confirmer ses frères. C’est pourquoi il fut le premier dœ apôtres , à qui il apparut après sa résurrection. Il apparut , dit saint Paul *, à Cép/ias , et puis aux onze : et on disait parmi les disciples : Il est vraiment ressuscité , et il a apparu à Simon ». Il avait apparu à ces femmes pieuses ; mais on ne parlait, parmi les frères, que du témoignage de Simon qui les devait confirmer. C’est lui aussi, à qui saint Jean avait réservé l'honneur d’entrer le premier dans le tombeau , où il n’était arrivé que le second1; afin qu’il fût le premier témoin des marques de la résurrection. Dès lors il est marqué que saint Jean vit ces marques, et qu’il crut. Mais on ne célèbre avec distinction , parmi les disciples, que la foi de Pierre, et non pas celle de Jean *.

Lorsqu’ils allèrent à la pèche où Jésus devait apparaître, pour montrer les effets de la pèche spirituelle, pour laquelle il les avait choisis, ce fut Pierre qui dit le premier : Je m'en vais pêcher ; et les autres le suivirent, en disant : /Vous y allons aussi. Le bien-aimé disciple qui connut Jésus le premier, l’indiqua à Pierre seul, et il lui dit : C'est le Seigneur. Ce fut Pierre et non pas Jean , qui se jeta dans la mer : ce fut Pierre et non pas Jean, ni les autres, qui amenèrent au Sauveur les cent cinquante-trois poissons mystérieux qui ne rompaient point le filet , et qui figuraient les vrais fidèles qui devaient demeurer pris heureusement dans les rets de la prédication évangélique. Pierre, toujours à la tête de cette pêche mystérieuse, à qui Jésus avait dit spécialement durant sa vie mortelle : Mène la nacelle en pleine eau , et je te ferai pécheur d'hommes 5 : qui , à la parole de Jésus , avait en effet amené tant de poissons, que deux barques en furent pleines, jusque | presque à couler à fond : ce Pierre lui-même conduit cette pêche encore plus belle et plus mystérieuse, que les apôtres firent sous les yeux de Jésus-Christ ressuscité. Et tout cela en figure de la prédication apostolique, qui , commencée par saint Pierre le jour de la Pentecôte et les jours suivants, amena tant de milliers d’âmes à Jésus-Christ, et forma à Jérusalem le corps de l’Église, qui devait ensuite se multiplier avec une telle fécondité par toute la terre.

Voilà ce que figurait cette pêche des apôtres , saint Pierre étant à la tète, et les confirmant par son exemple. C'est pourquoi Jésus-Christ lui dit encore, et non pas à Jean, ni aux autres, dans le temps de cette pêche : Pais mes brebis , pais mes agneaux 6 : pais les mères comme les petits : ce qui revient au commandement de les affermir dans la foi, puisque cela même, c’est gouverner le troupeau. C’est, dis- je, le gouverner, que d’y affermir cet esprit de foi, et le paître par la parole.

Aussi est-ce lui qui , en attendant la descente du

* I. Cor. *▼, 6. — * Luc. xxiv, Si. — 3 Joan. xx , 4,8.— • Ibid. XXI, 3, 7, II. — » Luc. V, 4, 11. — • Joau XXI, 15, 18, 17.

Saint -Esprit', fut le conducteur des apôtres dans cette mémorable action où ils firent le supplément du collège apostolique; et mirent à la place de Judas, un témoin de la vie et de la résurrection de Jésus-Christ \ qui, recevant avec eux tous le Saint-Esprit qu’ils attendaient, reçut en même temps la grâce de porter ce témoignage dans tout l’univers ». C’est donc par Pierre principalement, qu'il est rangé parmi les apôtres 3. Pierre «tt partout à la tête de la prédication , et mène , pour ainsi dire, ses frères les autres au combat. C’est lui qui en entreprit la défense devant tout le peuple, lorsqu'on les accusa d’être ivres de vin, pendant qu’ils ne l’étaient que de l’esprit de Dieu 4. Pierre fait le premier miracle qui parut , en confirmation de la résurrection de Jésus-Christ 5. Ce fut lui qui fit un exemple d’Ananias et de Saphira6 : ce premier coup de foudre, qui inspira aux fidèles une salutaire terreur, et qui affermit l’autorité du gouvernement apostolique, partit de sa bouche. Ce fut lui qui frappa d’anathème Simon le magicien , et en sa personne tous les hérétiques . dont cet impie était comme le chef 7 . Ce fut lui qui visita le premier les Églises persécutées, comme leur père commun : afin que non-seulement la prédication, mais encore la visite des églises, qui est le nerf du gouvernement ecclésiastique, fût commencée et comme consacrée en sa personne. Quoique apôtre spécial des Juifs, qui étaient dans ces commencements la principale portion, et comme le premier lot de l’héritage de Jésus-Christ, ce fut lui qui consacra les prémices des Gentils en la personne de Corneille le Centenier • : les disciples qui appréhendaient qu’il n’eût excédé, en annonçant l'Évangile aux Gentils, apprirent de lui que le Saint-Esprit leur était commun avec eux; et furent affermis dans les véritables sentiments par sa parole 9.

Paul , destiné par Jésus-Christ à être le prédicateur particulier des Gentils, avant que d’être employé à ce ministère, et que d’exercer pleinement son apostolat, va voir Pierre pour le contempler , dit l’original ,0, comme le chefdu troupeau, comme la merveille de l'Église, ainsi que l’expliquent les saints Pères. .Saint Jacques y était : mais ce n’est point saint Jacques que saint Paul allait voir : il alla, dit-il, voir Pierre: il demeura quinze jours avec lui; et il autorise sa prédication par ce témoignage. Ce qui nous fait voir que lorsque , quatorze ans après, suivant une révélation du Saint-Esprit» il vint à Jérusalem conférer avec les apôtres de l’Evangile qu’il précliait aux Gentils " , c’était encore principalement saint Pierre qu’il venait chercher.

Quand il fallut autoriser dans le concile de Jérusalem la liberté des Gentils par un décret qui mérita d’être prononcé au nom du Saint-Esprit , saint Pierre y paraît le premier comme partout ailleurs : ce fut lui qui résolut la question pour laquelle on

* Art | , 16 , SS. — * Ibid. 30. — * Ibid. Il , 14. —4 Ibid. 16. — * Ibid. IR. 6. — * Ibid. V, 3, 6. 8, 10. — » Ibid. Vin , 9, 18 , 20; IX , 33. — • Ibid. X, 9, 19,35. — •Ibid. XI, I, 3, 8, 4. 15, 17. — *• Gai. 1, 18, 19. — 11 Ibid, il, I, s, 9.

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MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE

était assemblé , et saint Jacques déclare qu’il se rangeait à sou avis. Il est à la tête de tout, et tout est confirmé par son sentiment*. Ainsi la chute de saint Pierre, loin d'avoir anéanti la promesse de Jésus-Christ, en fait éclater davantage la vérité.

Pierre, instruit d'où venait sa force, agit avec d’autant plus de confiance , que sa confiance n’avait plus rien d'humain : la modestie et l’humilité le suivent partout. Autant que son autorité est éminente dans l’Église, autant est-on édifié par la douceur de son gouvernement. Nous avons vu les belles paroles avec lesquelles il bannit de l’Église l’esprit de domination , et appreud à tous les pasteurs, que la force du gouvernement ecclésiastique est à faire le premier ce qu’on enseigne aux autres : forma Jacti gregis ex animo : en un mot , à se rendre le modèle du troupeau de tout son cœur*. Pour apprendre par son exemple à tous les fidèles, à profiter des corrections où consiste la force de l’Église, tout chef de l’Église qu’il était, il reçoit la correction de saint Paul avec une déférence qui ne sera jamais assez louée3. Car encore qu’il ne fût pas seul à tenir envers les Gentils la conduite que saint Paul blâmait, et que saint Jacques en fût le principal auteur, il reconnut que saint Paul avait raison de se prendre à lui de cette faute , comme à celui qui, étant à la tête, l’autorisait davantage par son exemple. Il se laisse donc reprendre en face, devant tout le monde; et, loin de s’offenser de ce qu’on avait consacré la mémoire d’une si vive répréhension dans une épître, que toutes les Églises lisaient comme divine , on a vu qu’il la met luimême, comme les autres épîtres de saint Paul, au rang des écritures canoniques*. Une seule chute éteignit pour jamais en lui la présomption : il montra que la primauté consiste principalement à savoir céder à la vérité plus que les autres. On ne put plus résister à la conduite que tenait saint Paul , après que le prince des apôtres eut cédé : et la véritable manière de traiter avec les Gentils demeura autant affermie par l’humilité de saint Pierre, que par la vigueur de saint Paul.

LXXle JOUR.

Construction de l'Eglise. Prière de Noire-Seigneur pour

saint Pierre; et en sa personne pour le* élus. Luc. xxti,

Il faut encore s’élever plus haut, et pour affermir notre foi , contempler dans les paroles de Jésus- Christ toute la constitution de son Église.

La prière qu’il fait pour saint Pierre n’est pas particulière à cet apôtre : il est la figure de tous les élus , pour qui Jésus-Christ prie spécialement ; et quoiqu’il ne leur déclare pas à tous , comme il fait à saint Pierre, qu’il prie que leur foi ne défaille pas, il a pourtant fait pour eux tous cette prière d’une certaine façon. Et deux choses sont véritables : l’une, que Jésus-Christ leur a obtenu cette grâce singulière, que leur foi ne défaillit pas à

* Ad. it, 7, 13, U, 19. 20. — » I. Pet. v, 3 — • G al. il ,

*1.1*, 13, i«. - *11. Pci. ui, is, ie.

i jamais et finalement : ce qui emporte la grâce de la j persévérance finale. L’autre , que nul ne reçoit celle grâce pour qui Jésus-Christ ne l’ait demandée, et ne la demande continuellement à son Père, par cette perpétuelle intercession qu’il fait pour nous. Reconnaissons donc l’effet de cette intercession toute-puissante, dans tout le bien qui est en nous, en quelque degré qu’il nous soit donné; et reconnaissons-^ principalement, lorsque, remplissant nos coeurs d’une douce confiance en sa miséricorde , il nous fait marcher d'un pas ferme dans ses voies , sans nous détourner ni à droite ni à gauche.

Gardons-nous pourtant bien de croire que ce soit lui qui fasse tout sans notre coopération : mais qu'à l’exemple de &aint Pierre, la confiance que nous aurons en cette puissante intercession de Jésus-Christ nous rende plus vigilants, plus attentifs à notre salut, et plus fervents à la prière. Regardons saint Pierre qui monte au temple avec saint Jean à l'heure de la prière de none* : ce qui marque non-seulement une prière réglée , mais encore une prière multipliée dans un même jour. Il ne dit pas : Je n’ai plus besoin de prier, puisque Jésus-Christ m’a dit lui-méme qu’il avait prié pour moi : au contraire , Dieu lui fait sentir qu’il faut se joindre en esprit à cette puissante intercession de notre grand avocat , de notre puissant médiateur ; et demander persévéramment eu son nom tout **#» qui nous est nécessaire pour notre salut.

Et saint Pierre n’était pas seulement soigneux d’aller faire sa prière dans le temple aux heures marquées pour l’oraison : mais encore dans la maison , il avait ses heures réglées pour la prière : il monta à l’heure de sexte, c’est-à-dire, vers le midi. au plus haut de la maison, au lieu le plus retiie, pour prier *.

Prions donc, à son exemple, en union avec Jésus- Christ. Prions avec une ferme foi , et une pleine croyance que si nous persévérons dans la priere , non-seulement rien ne nous manquera pour notre salut , mais encore nous recevrons une abondance de grâce par la continuelle influence de l’esprit de Jésus-Christ dans nos cœurs. Car il veutnotre salut , et ne veut la mort de personne , mais plutôt que nous vivions fous, et que nous soyons sauvés 3. Vivons dans cette espérance et dans cette foi , tout ce que nous sommes de chrétiens que le baptême a faits ses membres.

LXXU* JOUR.

La foi de saint Pierre est la fol d« l'Eglise de Rome , où est le centre de l'unité catholique. Luc. xxit, 32.

Suivons le mystère. Cette parole : affermis tes frères , n’est pas un commandement qu'il fasse en particulier à saint Pierre : c’est un office qu’il érige et qu’il institue dans son Église à perpétuité. La forme que Jésus-Christ adonnée aux disciples qu’il rassemblait autour de lui, est le modèle de l’Église chrétienne jusqu’à la fin des siècles. Dès le mom

1 Al t. III , 1. — 1 Ibid. X , 9 — 3 Ezcc. (Mil , 32. L TiM. H, i. U. Pclr. III , 9.

MÉDITATIONS SUR L’EVANGILE

que Simon fut mis à la tête du collège apostolique, qu'il fut appelé Pierre, et quo Jésus-Christ le fit le fondement de son Eglise par la foi qu'il y devait annoncer au nom de tous : dès cc moment se fit l'établissement, ou, si l’on veut, la désignation d’une primauté dans l'Eglise en la personne de saint Pierre. En disant à ses apôtres : Je suis avec vous jusqu'à la fin des siècles * : il montra que la forme qu'il avait établie parmi eux, passerait à la postérité. Une éternelle succession fut destinée à saint Pierre, comme il en fut aussi destiné une de semblable durée aux autres apôtres. Il y devait toujours avoir un Pierre dans l'Église, pour confirmer ses frères dans la foi : c’était le moyen le plus propre pour établir l’unité de sentiments , que le Sauveur désirait plus que toutes choses ; et cette autorité était d'autant plus nécessaire aux successeurs des apôtres, que leur foi était moins affermie que celle de leurs auteurs.

En môme temps que Jésus-Christ institua cet office dans son Eglise, il lui fallut choisir un siège fixe pour son exercice. Quel siège lui choisîtesvous, ô Seigneur? Et qui pourrait assez admirer votre profonde sagesse ? Ce ne pouvait être Jérusalem , parce que le temps était venu , où , faute d’avoir connu le temps de sa visite , elle allait être livrée aux Gentils. L’heure des Gentils était venue : c'était le temps où ils se devaient ressouvenir du Seigneur leur Dieu , et entrer en foule dans son temple; c’est-à-dire, dans son Église. Que fîtesvous donc, ô Seigneur? et quel lieu choisîtes-vous pour y établir la chaire de saint Pierre? Rome, la maîtresse du monde, la reine des nations, et en même temps la mère de l'idolâtrie , la persécutrice des saints; c’est elle que vous choisîtes pour y pincer ce siège d'unité, d’où la foi devait être préchée, comme d’un lieu plus éminent à toute la terre.

Que vos conseils, ô Seigneur! sont admirables, et que vos voies sont profondes! Votre Eglise devait être principalement établie parmi les Gentils; et vous choisîtes aussi la ville de Rome, le chef de la gentilité, pour y établir le siège principal de la religion chrétienne. Il y a encore ici un autre secret que vos saints nous ont manifesté. Dans le dessein que vous aviez de former votre Église, en la tirant des Gentils , vous aviez préparé de loin l'empire romain pour la recevoir. Un si vaste empire, qui unissait tant de nations, était destiné à faciliter la prédication de votre Évangile, et lui donner un cours plus libre.

Il vous appartient, ô Seigneur! de préparer de loin les choses, et de disposer pour les accomplir, des moyens aussi doux , qu’il y a de force dans la conduite qui vous fait venir à vos fins. A la vérité , l’Evangile devait encore aller plus loin que les conquêtes romaines : et il devait être porté aux nations les plus barbares. Mais enfin l’empire romain devait être son siège principal. O merveille! les Scipion, les Luculle, les Pompée, les César, en étendant

* Matth. xxrifl , **•

l’empire de Rome par leurs conquêtes, préparaient la place au règne de Jésus-Christ; et, selon cet admirable conseil, Rome devait être le chef de l’empire spirituel de Jésus-Christ, comine elle l’était de l’empire temporel des Césars.

Rome fut sous ses Césars plus victorieuse et plus conquérante que jamais : elle contraignit les plus grands empires à porter le joug; en même temps elle ouvrit une large entrée à l’Evangile. Ce qui était reçu à Rome, et dans l’empire romain, prenait de là son cours pour passer encore plus loin. Rome ruina l’ancien sanctuaire de Jérusalem, et ne laissa d'espérance à ceux qui voulaient adorer Dieu en esprit, que le nouveau sanctuaire que le Seigneur établissait parmi les Gentils, c’est-à-dire l’Eglise chrétienne et catholique : et peu à peu Rome devenait le chef de ce nouvel empire.

Pour préparer les voies à ce grand ouvrage , ô Seigneur! vous fîtes dès lors éclater la foi romaine; et votre apôtre saint Paul écrivit à cette Église, que sa foi était devenue célèbre par tout l’univers *.

Comme c'était dans cette Eglise que devait principalement éclater la vocation des Gentils, vous inspirâtes à ce même apôtre de lui développer le mystère de cette vocation : et l’Église romaine reçut dès lors, dans la divine épitre aux Romains, le précieux dépôt de la révélation d'un si grand mystère, où était compris le secret de la prédestination et de la grâce.

Lorsqu'il fallut consommer l’ouvrage, et mettre Rome à la tête de toutes les Eglises chrétiennes : Seigneur, vous y envoy âtes le grand pécheur d'hommes, je veux dire l'apôtre saint Pierre; afin de consacrer cette Eglise par son sang , et d'y établir le principal siège des chrétiens , où la foi devait être confirmée.

Ce fut alors qu’il eut besoin de savoir marcher sur les eaux , de savoir fouler aux pieds les flots soulevés, comme vous le lui aviez appris, et de ne pas craindre, lorsqu'il enfoncerait. Car il eut à surmonter toutes les tempêtes que les fausses religions, la fausse sagesse, ta violence, et la politique du monde, excitèrent contre l'Eglise. Saint Paul était le maître des Gentils : mais ce n’était pas à lui qu’était donnée cette chaire principale : c'était à saint Pierre; et, pour accomplir le dessein de Dieu sur Rome, il fallait que saint Pierre y fixât son siège. Paul y vint dans le même temps : la direction particulière qu'il avait reçue pour les Gentils y expira avec lui. Ces deux apôtres scellèrent dans Rome de leur sang le témoignage de Jésus-Christ. En allant au dernier supplice, ils annoncèrent aux Juifs leur dernière désolation, comme un événement qu’on allait voir au premier jour, et confirmèrent parla la vocationdes Gentils. Les évêques qui leur succédèrent dans l’Eglise romaine, qu'ils venaient d'illustrer à jamais par leur martyre , et sanctifier parleur tombeau, recueillirent leur succession : mais la chaire qu’ils remplirent s’appela la chaire de saint Pierre, et non pas la chaire de saint Paul ; et ils furent nom-

* Rnm. | , S.

MÉDITATIONS SUR 1,’ÉVANGILE

mes successeurs de saint Pierre, et non pas de saint Paul.

Dès là , Seigneur, vous avez tellement disposé les choses, que les successeurs de saint Pierre , à qui ou donna par excellence le nom de papes , c’est-àdire celui de pères, ont confirmé leurs frères dans la foi ; et la chaire de saint Pierre a cté la chaire <f unité , dans laquelle tous les évêques et tous les fidèles, tous les pasteurs et tous les troupeaux se sont unis.

Que vous rendrons- nous, ô Seigneur (pour toutes les grâces que vous avez faites à votre Église par ce siège? C’est là que la vraie foi a toujours été confirmée. N’entrons point dans les disputes qui causent des dissensions, et non pas l'édification de vos enfants. Suivons les grands événements et les grands traits de l’histoire de l’Église. Nous verrons l’autorité de ce grand siège être partout à la tête de la condamnation et de l’extirpation des hérésies.

T .a foi romaine a toujours été la foi de l’Église. La foi de saint Pierre , c'est-à-dire celle qu’il a prêchée, | et qu'il a laissée en dépôt dans sa chaire et dans son Église, qui s'y est toujours inviolahlement conservée, a toujours été le fondement de l’Église catholique, et jamais elle ne s’est démentie.

Qu’importe qu’il y ait peut-être, dans toute cette belle suite, deux ou trois endroits fâcheux? la foi de saint Pierre n'a pas défailli , encore qu’elle ait souffert quelque éclipse dans le reniement qui lui a été particulier, et dans l’incrédulité qui lui a été commune avec ses frères les apôtres. Il en est ainsi de saint Pierre considéré dans ses successeurs : tous ses successeurs sont un seul Pierre. Quelque défaillance qu’on croie remarquer dans quelquesuns , sans entrer dans ce détail plus curieux que nécessaire , il suffit que la vérité de l’Évangile soit demeurée dans le total , et qu’aucun dogme erroné n’ait pris racine, ni fait corps dans la succession et la chaire de saint Pierre. Si bien que la foi romaine, c'est-à-dire la foi que Pierre a prêchée et établie à Borne, et qu’il y a scellée de son sang, n'a jamais péri, et ne périra jamais.

Voilà, Seigneur, le grand secret de cette promesse : Simon t f ai prié pour toi que ta foi ne dé faille pas , et toi , confirme tes frères '. Nous tenons cette explication de vos saints : et toute la suite des événements la justiGe. O Seigneur, qui ne vous louerait, et qui ne serait ravi en admiration, de voir tout l’état de votre Église, depuis sa première origine jusqu’à la consommation des siècles, si clairement renfermé, expliqué, prédit, et promis , dans deux lignes de votre Kvangile ! Que reste-t-il, ô Seigneur, sinon que nous vous priions de remplir la chaire de saint Pierre de dignes sujets; de leur ouvrir les yeux pour entendre le grand mystère de Dieu sur le siège qu’ils occupent? Faites, Seigneur, qu’à travers la pompe et le faste qui les environnent, ils considèrent le fond qui les soutient; qu'ils songent toujours que leur vraie gloire est de succéder à un pêcheur; que la nacelle où ils sont portés,

* Luc. un , si

et dont ils tiennent le gouvernail , serait couverte de flots, et abîmée par la tempête, sans les promesses faites à Pierre; et que, devant confirmer leurs frères dans la foi , ils les doivent aussi affermir dans b règle de la discipline.

LXXIII* JOUR

Soin de Jésus pour les apôtres. Il est mis an rang des soétérat». Luc. XXII, 06, 36. Marc, xv, 2 a.

Jésus dit à ses apôtres : Quand je vous ai envoyés sans sac , sans bourse , sans chaussure , vous

a-t-il manqué quelque chose f 1 tien , Seigneur

Mais maintenant, que celui qui a un sac ou une bourse, les prenne : et que celui qui n’en a point, vende sa robe pour acheter une épée *.

Rien ne vous a manqué. Tel a été le soin du Sauveur : il n’a pas voulu que ses disciples aient manqué de rien. Mais quoi! n'ont-ils pas été dans le besoin? Qu’était-ce donc, que d’être réduits à rompre des épis dans leurs mains pour se nourrir ? N'était ce pas là une assez pressante nécessité? Jésus-Christ ne dit pas qu’ils n’oient jamais souffert , jamais été dans le besoin : mais il dit que jamais ils n’ont manqué absolument , et qu'ils ont été bientôt secourus : non que Jésus-Christ ait fait des miracles pour cela : car nous ne tisons pasqu’il ait multiplié les pains plus du deux fois en faveur de tout un grand peuple, et fa conduite de sa famille allait par des voies plus naturelles. Apprenons donc à nous fier à cette conduite douce et imperceptible de Jésus-Christ, par laquelle, au milieu des besoins et des souffrances, il conserve pourtant aux siens les provisions nécessaires.

La suite du discours fait voir l’attention qu’avait le Sauveur à accomplir les prophéties. C’en était une bien particulière, que le Christ dût être mis au rang des scélérats » : et elle devait être parfaitement accomplie, lorsqu’il fut crucifié entre deux voleurs. Mais c'était un préparatoire , qu’il parût comme un voleur se défendre contre les ministres de injustice, fous êtes venus à moi, dit-il, comme à un voleur , me prendre avec force3. On le représentait donc comme un homme dont la violence était à craindre , et qu’il fallait attaquer avec armes. Il était du dessein de Dieu, et de l'ordre des prophéties, qu’il parût environné de gens de main, et qui usassent de l’épée pour le sauver. On sait pourtant ce qu’il fit, pour réparer cette violence des siens ; et il suffit aujourd'hui de considérer, comme il fallait qu’il y eût quelque sorte de fondement à la calomnie qu'on devait faire contre lui.

Ne nous étonnons donc pas, lorsque, par la secrète disposition de la divine Providence, il se trouve dans notre vie quelque chose qui affaiblisse notre gloire, et qui donne lieu à la médisance. Dieu saura en tirer sa gloire , pourvu que nous soyons sans faute , et que nous subissions avec soumission ce qu’il ordonne. Il faut, dit-il, que tout s’accomplisse : cl ce qui est écrit de moi tire à sa fin 4. Ainsi les choses allaient s’accomplissant peu à peu ,

1 Luc. XXII, 36 , 38. — * Marc, xv, 28. — » Matth. ixn, * 66. — Luc. XXII, 37 , 38.

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