‹ suvres de Bossuet SermonsChapitre 218 sur 243 · SIT · texte numérisé non relu

SIT

Après que je m'en serai allé , et que je vous aurui préparé la place, je reviendrai pour vous prendre et vous emmener avec moi , afin que vous soyez où je suis*.

Voici le dernier degré d’assurance et du repos que Jésus-Christ pouvait donner à sea fidèles. Quand il reviendra au dernier jour; que tous les hommes sécheront de frayeur dans l'attente de ce qui devra arriver à tout l univers : Alors, ditil, levez la tête, parce que votre rédemption approche6. Je ne viens point vous juger : je viens vous quérir et vous emmener avec moi. Le jugement n’est que pour le monde, et pour ceux qui aiment le monde : Celui qui croit en moi , de cette foi vive et véritable qui fructifie en bonnes œuvres, n'est pas jugé . il ne vient point en jugement, parce qu’t'/ est déjà passé de ta mort à la vies.

Sans attendre ce dernier jour, Jésus-Christ nous visite tous les jours , lorsqu'il nous appelle à son repos éternel ; il nous visite par les maladies; il est ce grand Père de famille qui frappe à la porte : alors il vient nous quérir, afin que là où il est , nous y soyons avec lui.

C’est là donc la grande parole : c’est la parole de consolation et de tendresse, où Jésus-Christ nous fait voir qu'il ne veut pas être sans nous, qu il ne veut pas que nous soyons longtemps sans lui. Cest donc alors que, bien loin d’étre effrayés, nous devons nous mettre en état de lever la tête , parce que le moment arrive où nous allons être où est Jésus-Christ, dans son royaume, dans son trône. C’est là ce qui fait dire à saint Paul que ce corps mortel lui est à charge, qu’il désire

’ Hebr. IV, 14, l«. — > TU. I, 18.— • H. ïïm.H. IS, 13.- * npkss. n, Ig. — * Joan. xiv,3. — * Lue. zxi 38, su. —

’ Joan. III, 18; V, H. Cotou. 1 , 10.

d’en être dégagé, pour être avec Jésus-Christ" qu’il désire d étre défait de cette demeure terrestre et de quitter ce séjour, où il est éloigné du Seigneur', pour aller habiter où il est.

Si nous aimons Jésus-Christ, rien ne nous doit être plus cher que cette parole ; Je m'en vais, et je reviendrai vous quérir, afin que vous soyez où je suis. Etre loin de Jésus-Christ, c’est être dans la peine, dans la inort,dans la tentation, dans le péché Etre avec Jésus-Christ, c’est être dans la gloire dans la paix , dans la justice parfaite. Voilà ce qu’ii nous promet : voilà où il appelle les apôtres , en leur disant le dernier adieu. Cet adieu n’est donc que pour un peu de temps; Jésus-Christ leur promet de revenir pour les emmener avec lui : c’est la dernière marque de son amour, et le plus puissant motif pour les rassurer.

Et afin de leur ôter toute incertitude, il ajoute : fous savez où je vais , et vous en savez la voie K C est en quoi est ia différence entre eux et les Juifs. Car les Juifs ne savaient ni où il allait, ni par où il fallait aller; leur infidélité, leur aveuglement les empêchaient de le suivre : mais ii dit au contraire à ses apôtres : fous savez où je vais , et vous savez le chemin par où il y faut aller. Et ce chemin c’est moi-même ; Je suis la voie , là vérité et la vie *. Pourquoi donc seriez-vous troublés démon départ, puisque je vous montre la voie pour venir où je suis?

Seigneur, lui avait dit saint Thomas, nous ne savons où vous allez; et comment en peurons-nous I savoir la voie*? Je suis ta voie, ta vérité et la vie : je suis celui où il faut aller; car c’est avec moi qu’il faut être. Je suis la voie par où il faut aller : parole haute et impénétrable au sens humain. Quelle est la fin de tous les désirs , si ce u’est la vérité et la vie ? C est , dit-il , ce que je suis ; et quand on a trouvé le chemin , que reste-t-il à chercher? Je suis encore ce chemin, je suis la voie. Comment peut-on être à la fois , et le terme où l’on va, et le chemin pour y aller? Mon Sauveur unit l’un et l’autre, et dans ce peu de paroles : Je suis ta voie, ta vérité et la vie, il renferme toute sa doctrine et tout le mystère de la piété. O Seigneur, faites-moi la grâce de goûter cette parole, dé vous y trouver, de vous y goûter tout entier!

Jésus-Christ est la vole, U vérité et la vis. Joan. xiv, e.

Je suis la vérité et la vie. Je suis le J'erbe qui était au commencement, la parole du Père éternel, sa conception, sa sagesse, la véritable lumière qui éclaire tous les hommes qui viennent au inonde 6 : la vérité même; par conséquent le soutien , ia nourriture et la vie de tout ce qui entend : celui en qui est la vie, et la même vie qui est dans le Père. Il faut entrer par la foi dans toute* ces choses; cor si elles n'étaient pas nécessaires pour notre salut, Jésus-Christ ne nous les aurait pas révélées.

■ Philip, i, K, sa— >11. Cor. v, 1,4,8, s. — * Joan. xiv. — 4 Ibid. 8. — 4 Ibid. 6. — • Joan. I, s.

Digiti;

MÉDITATIONS SUR L’F.VANGIIE.

Je suis donc , dit-il , la vérité et la vie, paroo que j« suis Dieu : irais en mime temps je suis homme. Je suis venu enseigner le genre humain , et lui apporter des paroles de vie éternelle : avec la doctrine , je lui ai donné l’exemple de bien viv re. Mais comme tout cela n'était qu’au dehors , il fallait encore apporter la grâce aux hommes, et je me suis fait leur victime , pour leur mériter cette grâce : Je suis donc la voie : on ne peut approcher de Dieu , ni de la vie éternelle que par iridi. Il y faut venir par ma doctrine : il y faut venir par mes exemples : il y faut venir par mes mérites, et par la grâce que j’apporte au monde. La loi a été donnée par Moïse, la tjrdce et la vérité a été donnée par Jésus-Christ. Et nous avons vu sa gloire comme celle du Fils unique, plein de grâce et de vérité Entrons par cette voie , et nous trouverons la vérité et la vie.

C’est ce que l’Église nous enseigne tous les jours par la formule perpétuelle dont elle finit ses oraisons. Qu’on adore Dieu, qu’on le loue, qu’on lui sacrifie, qu’on se consacre soi-méme à lui, qu’on le prie, qu’on lui demande; tout se fait par Jésus- Christ. Voilà la voie : mais en mémo temps on ajoute, qu’étant Dieu , il vit et règne avec le l’ère et le Saint-Esprit : il vit de la même vie, il régne avec la même souveraineté. Voici donc tout le mystère de Jésus-Christ ; 1 Vous savons que le Fils de Dieu est venu, et nous a donné l'intelligence pour nous faire connaître le vrai Dieu , et être dans son vrai Fils. C'est tui-méme qui est le vrai Dieu et la vie éternelle *. C’est lui qui est venu pour nous foire connaître le vrai Dieu ; c'est par lui que nous y allons : il est lui-même le vrai Dieu , la vérité même, et la vie éternelle. Il est Us voie, la vérité et la vie.

Jésus-Christ est noire lumière. Joan. xiv, 8.

Nous nous étonnions tout à l’heure comment ou pouvait être tout ensemble le moyen et la fin , la vérité et la vie, qui sont le terme, et en même temps la voie pour y aller. Mais Jésus-Christ nous explique ce mystère. Qui nous peut mener à la vérité, si ce n’est la vérité elle-même? Cette vérité est souveraine, nul ne la force, nul ne l’attire, et il faut qu'elle se donne elle- même. Mais cela même c'est la vie; car on vit quand on possède la vérité, c'est-à-dire , quand on la connaît , quand on l’aime, quand on l’embrasse. A Dieu ne plaise que nous nous imaginions des bras pour la tenir et pour la serrer! On en jouit comme on jouit de la lumière, eu la voyant ; mais elle gagne tous ceux qui la voient telle qu'elle est ; car elle nous découvre tout ce qui est beau , et elle est elle-même le plus beau de tous les objets qu’elle nous découvre.

Mais que peut-on entendre entre nos yeux et la lumière, pour nous la découvrir? Rien du tout; il n’y a qu'a ouvrir les yeux , et la lumière s'introduit par elle-même. Il n’y a point d’autre voie pour aller

' Joan. 14, 17. — * Ibid. v,50.

BOSSUET. — TOUT. tU.

à elle : la vérité est plus lumière que la lumière : rien ne peut nous amener à la vérité qu’elleMnéme. Il faut qu’elle vienne, qu'elle s’approche, qu’elle s'abaisse, qu’elle se tempère. Et qu’est -ce que Jésus-Christ, si ce n’est la vérité qui s’avance vers nous , qui se cache sous une forme accommodée à notre faiblesse, pour se montrer autant que nos yeux infirmes le peuvent porter? Ainsi pour être la voie, il faut qu’il soit encore la vérité. Que craignons-nous davantage, que d’être trompés? Ceux qui veulent tromper les autres, et sont de ce côtéla ennemis de la vérité, ne veulent pas qu’on les trompe; et la vérité ne laisse pas d’être leur plus cher objet. Venez donc, ô vérité! En vous-niêmo vous êtes ma vie ; et en vous approchant de moi , vous êtes ma voie. Qu'ai-je donc à craindre , et de quoi puis-je être troublé? Ai-je à craindre de ne pas trouver la voie pour aller à la vérité ? La voie même, dit saint Augustin, so présente à nous d'elle-méme, la voie elle-même vient à nous. Viens donc vivre de la vérité, ôme raisonnable et intelligente! Quelle lumière dans la doctrine de Jésus! Cette lumière est d’autant plus belle, qu'elle luit au milieu des ténèbres. Mais prenons garde d’être de ceux dont il est écrit : La lumière est venue au monde , et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière , parce que leurs œuvres étaient mauvaises *. Que me servira une lumière, qui ne fera que découvrir ma laideur et ma honte? Lumière, retirez-vous, je ne vous puis souffrir. Sainte doctrine de l’Évangile, éternelle vérité , miroir trop fidèle, vous me faites trepibler! Changeons-nous donc : nous ne pouvons pas changer la vérité; et qui serait le malheureux qui voudrait que la vérité lie fdt pas ? nous ne subsistons nous-mêmes que par un trait de la vérité qui est en nous.

Aimons donc la vérité : aimons Jésus, qui est la vérité même : changeons -nous nous- mêmes, pour lui être semblables. Mettons-nous eu état de n’être point obligés à haïr la vérité. Celui qu’elle condamne , la hait et la fuit. Qu’il n’y ait rien de faux dans celui qui est le disciple de la vérité. Vivons de la vérité, nourrissons-nous-en. C’est pour cela que l'eucharistie nous est donnée : c’est dans le corps de Jésus, et dans son humanité sainte, le pur froment des élus , la pure substance de la vérité, le poin de vie : c’est donc en même temps la voie , la vérité et la vie. Si Jésus-Clirist est notre voie, ne marchons point dans la voie du siècle; entrons dans la voie étroite où il a marché. Surtout soyons doux et humbles. Le faux de l’homme, c’est la fierté et l'orgueil , parce qu’en vérité il n’est rien, et que Dieu est seul. Bien connaître qu’il est seul , c’est la pure et seule vérité.

LXXXll* JOUR.

Nul ne vient à son Père , que par Jésus-Christ. Ibid.

Aut ne vient à mon Père que par moi *. Il entre avec ses apôtres dans un secret plus profond; et

1 Joan. III, 19. — * Ibid. XIV, 8.

MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE

polir les rendre tout à fait imperturbables, il leur apprend tout le bien qu’ils trouveront en lui. Ce bien sera qu’en le trouvant, par lui ils posséderont son Père même, qui devait être tout l’objet de leurs désirs , comme c’était le terme de tous les siens.

Nul ne vient ‘à mon Père que par moi. Si le Sauveur est la voie, la vérité et la vie, il ne faut point qu’il nous mène à autre qu’à lui-même, pour être heureux. Comment est-ce donc qu’il est la voie pour nous mener à son Père? Que voulons-nous davantage que h vérité et la vie, que nous trouverons en lui? Il nous explique lui-même ce profond secret, en disant : Si vous me connaissiez , vous connaîtriez aussi mon Père : et vous le connaîtrez bientôt , et vous l'avez déjà vu 1 . Ne croyez fias qu’en vous élevant à la con naissance, de mon Père, je vous mène à quelque chose qui soit hors «le moi : c’cst en moi qu'on connaît le Père; et vous l’avez déjà vu. Quel est ce nouveau mystère? Comment est-ce qu’on connaît le Père en connaissant Jésus- Christ ? Quand les apdlres ont-ils vu le Père? où l’ont-ils vu? C'est re qu'il dira dans la suite; mais auparavant il nous faut entendre ce que lui dit saint Philippe : Seigneur , montrez-nous votre Père , et il nous su (fit ».

A ces mots, et pour ainsi dire, au seul son de cette parole. Pâme chrétienne ressent quelque chose de grand; mais quelque chose de tendre, mais quelque chose d’intime. Seigneur , montrez-nous votre Père , et il nous suffit. Montrez-le-nous , c’est par vous que nous le voulons voir : il nous suffit; vous nous ordonnez de n’avoir ni crainte ni trouble: pour cela il ne nous faut qu'une seule chose; votre Père nous suffit. Comprenons bien cette pleine satisfaction de notre esprit en voyant Dieu ; ce sera le remède à tous les troubles. Car nous avons trouvé un bien que rien ne nous peut ôter; et ce bien nous suffisant seul , rien ne pourra troubler notre repos.

LX XXIIIe JOUR.

lïirll SJ til nuits suffit. Juan. VIT, 8.

Montrez-nous votre Père , et il nour suffit 3. Dieu seul nous suffit ; et il ne faut que le voir pour le posséder, parce qu'en le voyant , ou voit tout te bien 4, connue il t'explique lui-même à Moïse : on voit donc tout ce qui peut attirer l'amour : on l'aime sans bornes; et tout eela, c'est le posséder. Disons donc de tout notre cœur avec saint Philippe : Seigneur, tnou très- nous votre Père, et il nous suffit : lui seul peut remplir tout notre vide, remplir tous nos besoins, contenter éternellement tous nos désirs , nous rendre heureux.

Vidons donc notre cœur de toute autre chose : car si le Pcre seul nous suffît , nous n'avons pas besoin des biens que nos sens goûtent par euxmêmes, encore moins des riehesses qui sont hors de nous , encore moins des honneurs qui ne consistent qu'en opinion. Nous n'avons pas meme besoin de cette vie mortelle : eneorc moins avons-nous

1 Juan- XIV, 7. — * Ibid. 8. — t Ibid — « Fnnt. XXXIII, I».

Iiesoin de tout ce qui est nécessaire pour la rotsserver ; nous n'avons besoin que de Dieu , il umu suffît ; en le possédant nous sommes contents.

Que cette parole de saint Philippe est courageuse! Pour la dire en vérité, il faut aussi pouvoir dire avec 1rs apdtres : Seigneur, nous orons tout quitté pour mus suivre il faut du moins tout quitter par affection, par désir, par résolution; je dis par une invincible résolution de ne s’attacher à rien, de ne chercher de soutien en rien qu’en Dieu seul. Alors on peut dire avec saint Philippe : Montrez-nous le Père, et il nous suffit : tout est routent. Heureux ceux qui poussent à bout ce désir, qui le poussent jusqu'au dernier, actuel et parfait renoncement! Mais qu'ils ne se laissent donc rien; qu'ils ne disent pas : Ce peu à quoi je m'attache encore, n'est rien. Ne connaissezvous pas le génie et la nature du cœur humain? pour peu qu’on lui laisse, il s’y rainasse tout entier, et >' réunit tout son désir. Arrachez tout , rompez tout , ne tenez à rien. Heureux, encore un coup, ceux à qui il est donné de potissrr à bout ce désir, de le pousser jusqu’à l’effet! Mais il y a obligation pour tous les chrétiens de le pousser à bout, du moins dans le cœur, ou vérité, sous les yeux rie Dieu; d’avoir du bien comme n’en ayant pas , d’étre marié comme ne l’étant pas, d’user de ce monde comme n’en usant pas, mais comme n’en étant pas, niais comme n’y étant pas. C’est à ce vrai bien qu’il nous faut tendre; et nous ne sommes pas chrétiens, si nous ne disons sincèrement avec saint Philippe : Montrez-nous le Père , et il nous suffit.

C’est donc le fond de la foi qui dit cette parole; c’est en quelque façon le fond même de la nalnre. Cor il y a un fond dans la nature qui sent qu’elle a besoin de posséder Dieu; et que lui seul étant capable de la rassasier, elle ne peut que s’inquiéter et se tourmenter elle-même loin de lui. Quand donc, au milieu des autres biens, nous sentons ce vide inévitable, et que quelque chose nous dit que nous sommes malheureux ; c’est le fond de la nature qui crie en quelque façon : Montrez-nous te Père, et il nous suffit. Mais que sert au malade de désirer la santé, pendant que tous les remèdes lui manquent, et que souvent même il a la mort dans le sein , sans le sentir? Tel est l’état de toute la nature humaine.

1 .'homme abandonné à lui-méme ne sait que faire, ni que devenir. Ses plaisirs l’emportent, et ces mêmes plaisirs le tuent; il se tue par autant de coups , que l’attrait des sens lui fait commettre de péchés; et il ne tue pas seulement son âme par son intempérance, il donne la mort au corps qu’il veut flatter : Unit il est aveugle, tant il saii peu ce qu’il lui faut! L’homme, depuis le péché, est lié pour être malheureux. Il est malheureux par toutes les inlirmités du corps, où il met son bonheur. Combien plus esï-il malheureux par un si grand amas d’erreurs, de dérèglements, d'inclinations vicieuses, qui sont les maladies et la mort de l'Urne! Quelle malheureuse séduction règne en

' Mu U h. xix, 27.

MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE. 7J9

nom! Nous ne ratons pas même désirer, ni demander ce qu'il nous faut. Saint Philippe nous apprend tout , en disant : Srbjneur , montres-nom votre Père , et II nous suffit. Car il se réduit à la chose que Jésus-Christ uous a enseigné être la seule nécessaire. Seigneur, vous êtes la voie; je viens a vous pour me retrouver moi-même, et dire enlin avec votre apâlre : Monires-nous le Père, et U nous suffit.

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