‹ suvres de Bossuet SermonsChapitre 219 sur 243 · I.XXXIV* JOUR · texte numérisé non relu

I.XXXIV* JOUR

C est dar»s le Père qu'on voit le Fils. Jmh, uy. 9.

Comme il ne nous parait point dans tout l’fcvangile de demande plus haute que celle de saint Philippe, il n’y a aussi rien de plus haut que la réponse de notre Seigneur. Nous avons vu que saint Philippe avait bien connu deux choses : l’une, que pour être heureux, c’était assez de voir le Père; l'autre, que c’était au Fils à nous le montrer. Le Fils lui va donc apprendre ce que c’est que voir le Père, et que c’est dans le Fils mémo qu’on Je voit.

Remarquez avant toutes choses cette cs(ièce d'étonnement, avec lequel le Sauveur parle : Il y a si longtemps que je suis avec vous , et vous ne me connaissez pas ? Philippe qui me voit, voit mon Père ». Je ne parle pas de celui qui me voit seulement des yeux du corps : celui-là, en me voyant, ne me voit point. Car si celui qui regarde l'homme par ces yeux mortels, n'en voit que le dehors, et, pour ainsi parler que l’écorce; combien est-on éloigné de voir le Fils de Dieu, quami on n’apporte que les yeux du corps à cette vue ! Les apdtres avaient passé beaucoup au delà , puisqu'ils avaient cru et confessé par la bouche de saint Pierre, qu’il était le Christ , le Fils du Dieu vivant » : et le même apôtre lui avait encore dit au nom de tous : Nous avons cru, et nous avons connu que vous êtes le Christ , le FUs de Dieu J.

Iis l’avaient donc connu, et ils avaient en même temps connu son Père, puisqu’ils avaient très-distinctement et très-véritablement connu de qui il était fils.

Cependant ils n’étaient pas encore contents, et Ils avaient raison; parce que, comme ils n'avaient pas encore connu parfaitement Jésus-Christ, ils n’avaient pas encore parfaitement connu son Père. Et c’est pourquoi il leur avait dit : Si nous m'aviez connu*; leur faisant entendre qu’ils ne l’avaient pas encore parfaitement connu, et que celait la raison pourquoi ils ne connaissaient pas encore parfaitement son Père; et c’est pour expliquera fond cette vérité, qu’il dit maintenant : Qui me voit , voit mon Pcre.

Il y aune certaineinanicre de me voir qui ne laisse pius rien à désirer, parce que celui qui me voit de cette sorte , c’est-à-dire celui qui me voit à découvert et tel que je suis, il voit mon Père. Je suis moimême par mon fonds et par ma naissance, la manifes-

1 Juan. XIV, 0. — 1 MuU. XVI, l«. - . * Jwn. VI, 70. —

*Joan. xti, 7, 9.

talion de mon Père; parce que je suis son image vivante, l’éclat de sa gloire , l’empreinte , l’expression de sa substance. Prenez donc garde, Philippe; ne souhaitez pas de voir mon Père, comme si mon Père était quelque chose hors de moi : c’est en moi qu’il le faut voir : c'est eu lui aussi qu'on me voit. Ne croyez-vous pas que je suis dans mon Père, et mon Père dans moi *? Quand donc on le voit, on me voit dans mon principe ; et quand on me voit, oii le voit dans son image, dans son exprèssion, dans son éclat, dans le rejaillissement de sa gloire : et la vue du Père et du Fils est inséparable. Prenez donc garde, Philippe, que vous n’ayez pas encore entendu ce que c’est que de voir mon Père : vous l’entendrez parfaitement , lorsque vous entendrez que qui me voit le voit aussi, et que qui le voit me voit en même temps : et à mesure qu’on croit en la connaissance de l'un, on croit aussi en celle de l’autre.

Il venait de dire : SI vous me connaissiez , vous connaîtriez aussi mon Père : et vous le connaîtrez bientôt, et vous l'avez vu ». Car il faut toujours revenir à cette parole, comme au principe d’où naît tout ce qui suit. Fous le connaîtrez : vous ne le connaissez donc pas encore parfaitement. Fous Pavez vu néanmoins : mais vous l’avez vu imparfaitement. Viendra le temps que vous le verrez à découvert ; et ce sera dans ce même temps queje me manifesterai moi-même à vous. Celui qui m’aime, diiil, il sera aimé de mon Père, et je l'aimerai, et je me manifesterai moi-même à lui1 * : je me découvrirai tout entier; et en me montrant à lui à découvert, en même temps je lui montrerai mon Père.

Quand sera-ce, ô Seigneur ! que vous m’admettrez à ce secret , à cette vue intime et parfaite de votre Père et de vous? Quand vous verrai-je, ô Père et Fils! ô Fils et Père? Quand verrai-je votre parfaite unité, et la manière admirable dont vous demeurez l'un dans l’autre, lui en vous, et vous en lui? Quand vous verrai-je, d Dieu, qui sortez de Dieu, et qui demeurez en Dieu! ô Dieu Fils de Dieu ? Ce n'est pas assez de vous prier de me montrer votre Père , si je n’entends en même temps que montrer le Fils, c’est montrer le Père : que montrer le Père, c’est montrer le Fils : qu’on les doit aimer du même amour, et les voir d’une même vue. O Père, je serai heureux, quand je verrai votre face! Mais votre face, votre manifestation, c’est votre Fils ; c’est le miroir sans tache de voire incompréhensible majesté, de votre beauté immortelle : l'image de votre bon té parfaite : la douce vapeur, l’émanation de votre clarté , et l’éclat de votre éternelle lumière * : en un mot , votre pensée, votre conception, la parole substantielle et intérieure par laquelle vous exprimez tout ce que vous êtes : parfaitement et exactement un autre vous-méme : qui sort sans diminution, sans interruption , sans retranchement du fond de votre substance. Je me perds, je crois, j’adore; j’espère voir; je le désire : c’est là ma vie.

• Joan. XVI, II. — * Ibid. 7. — 3 Ibid. 31. — « Sap. vu

ed by CjOOglc

Page 1