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Entrons encore une fois, avec humilité et tremblement, dans la profondeur des parole* de Jésus- 0irist. Il nous déclare tout ce qu'il est par ces paroles ; puisque le même qu’on voit des veux du corps, et qui par là parait homme, est le même en qui on croit , et qu'on voit des yeux de l'esprit , qui par là est le Fils de Dieu, et Dieu lui-même, le même Dieu que son Père ; parce que le Seigneur notre Dieu est un ■ : parfaitementun, l'unité même : mais non pas un autre Dieu que son Père , à Dieu ne plaise! Son Père et lui sont inséparables : l’un est dans l'autre, des deux côtés : le Père à sa manière dans le Fils ; le Fils d'une autre manière dans le Pere : qui voit le Père, voit le Fils; qui voit le Fils, voit le Pere : ou ne les sépare point dans la vue, on ne le* doit non plus séparer dans la foi, conformément ace qu'il a dit : fous croyez en Dieu, croyez aussi en moi ’. .
Je m'en vais; et vous ne me verrez plus Cest ce qu'il nous dira bientôt. Vous ne me verrez plus des veui du corps : mais ue le verrons-nous plus des yeux de l'esprit? A Dieu ne plaise^ où serait notre foi et notre espérance? Mais s’en va-t-il tellement qu'il ne demeure plus du tout avec nous ?
A Dieu ne plaise, encore un coup! Car où serait b vérité de cette parole, que nous entendrons bientôt : Nous viendrons en lui, et nous y ferons notre demeure i. Il s’en va donc, et il demeure : comme quand il est descendu du sein de son Père,
Il y est demeuré; ainsi quand il y retourne, il ne demeure pas moins avec nous. De cette sorte, l'homme qui disparaît est le même que le Dieu qui demeure; celui qu’on voit est le même que celui qu'on ne voit pas; et lui-même est le même avec son Père , afin que nuus entendions que tout est a nous. Dans celui que nous voyons, et qui s’est donné à nous en se faisant homme , nous pouvons posséder celui qui est éternellement avec le Père , qui est dans le Père , en qui le Père est , que nous verrons, que nous aimerons, que nous posséderons dans son Fils. Cest la parfaite explication de eette parole ; Je suis la voie , comme homme : comme Fils de Dieu , je suis , ainsi que mon Père , la vérité et la rie : la même vérité , la même vie. Voilà le mystère, voilà l'espérance, voilà la foi des chrétiens ; tenir le Fils qui s est fait visible, pour s'élever par lui , et trouver en lui l’invisible vérité de Dieu. Ah! que Dieu est proche de nous! que Dieu est en nous par Jésus-Christ! Vraiment il est notre Emmanuel : Dieu avec nous! Allons a sa table ; mangeons , rassasions-nous ; là est notre nourriture : la est notre vie.
Jttos , Ir Verbe élemel , nom Wl voir le Père. Ibid. Quoique nous soyons bien éloignés de cette
D»(. vi, 4. — • Axm. 1IT, I. —‘Ibid, xvl, 10. — 1 Ibid. *,ss.
R L’ÉVANGILE
bienheureuse vision, oh nous ferrons clairement lé Père dans le Fils , comme le Fils dans le Père : le Fils de Dieu va nous apprendre que le Père commence déjà à se manifester en lui , par deux moyens admirables : par sa parole, par les œuvres de sa puissance , qui sont ses miracles.
Ne croyez-vous pas que je suis dans mon Père, et que mon Père est en moi ? Us paroles que je vous dis , je ne les dis pas de mol-mème 1 . Si je ne suis pas de moi-même , je ne parle pas de moimême ; si je suis la parole , je suis la parole de quelqu'un ; celui qui me prononce , me donne mon être, et toutes mes paroles sont de lui , puisque la parole substantielle d'où naissent toutes le* paroles que je profère, est de lui-même.
I.es paroles de Jésus-Christ ressentent quelque chose de divin, par leur simplicité, par leur profondeur, et par une certaine autorité douce avec laquelle elles sortent. Jamais homme fin parlé comme cet homme ■ : parce que jamais homme n'a été Dieu comme lui , ni n’a eu sur tous les esprits cette autorité naturelle qui appartient à la vérité ; qui fait que sans s’efforcer, sans se guinder, pour ainsi dire, elle y inllue si doucement et si intimement , qu'on lui cède sans violence.
Mais la merveille de cette parole, c'est que cet homme qui parle en Dieu , parle en même temps comme prenant tout d’un autre : Ce que je dis , je le dis comme mon Père me l'a dit 3; et comme il me le dit toujours, parce qu’il me parle toujours , comme toujours je suis sa parole.
Ma doctrine n'est pas m’a doctrine , mais celle de mon Père qui m’a envoyé. Et quelle preuve nous en donne-t-il? Celui qui jtarle de lui-mème , cherche sa propre gloire ; mais celui qui cherche la gloire de celui qui l’a envoyé, est véritable; el il n’y a point d’injustice en lui *.
Mon Sauveur, ne parlez-vous point trop comme une créature? Qu'est-ce qu’une créature, sinon quelque chose qui n'est pas de soi , qui n’a rien de soi, qui est toujours à l'emprunt? La différence est immense , entre ce qui est produit de toute éternité, et ce qui est produit dans le temps : ce qui est produit de toute éternité est toujours; ce qui est produit dans le temps n'est pas toujours, el peut n'être point du tout. Il est donc tiré du néant, il est néant lui-même. Par conséquent, quelle différence entre sortir de Dieu comme son ouvrage , et sortir de Dieu comme son Fils! L’un est créé, l'autre engendré ; l’un tiré du néant , et néant luimême; l'autre tiré de la substance de Dieu , et par conséquent l'être même. Parmi les hommes mêmes , quelle différence entre le Dis et l'ouvrage? Tous deux néanmoins viennent d'un autre. Mais le Fils est de même nature que son Père ; et en cela n’est rien moins que lui : mais l'ouvrage n’a rien de son ouvrier, et lui est absolument étranger.
Mon Dieu , oserai-je suivre je ne sais quelle lumière sombre qui me parait ? Dieu est Pere , Dieu est ouvrier : l'homme est père, l’homme est ou-
1 Juan. XIV, 10. — 1 Ibid. VII , W. — • Ibid. XII, SO. — * Ibid, vil, !«, 1S.
îogle
MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE
Trier; mais arec une immense différence. I/homme est ouvrier; mais il trouve sa matière toute faite par un autre dont il l’emprunte : Dieu n'a besoin d'aucune matière, et il tire tout du néant.
L'homme est père : est-il un vrai père? Et que donne-t-il à son Fils ? Son Fils , il est vrai , est de même nature que lui : mais est-ce lui qui lui donne celle nature? Non, sans doute. Comment donc vient-il de lui? Combien imparfaitement! la véritable paternité est en Dieu , qui , engendrant son Fils de tout son fond, lui donne toute sa substance, tout son être, par conséquent toute son éternité; et le fait être non-seulement son égal , mais encore un avec lui'.
Ne dites pas qu'il emprunte : car son Père toujours fécond , en lui communiquant tout cc qu’il est, ne sc dessaisit de rien. Autre chose est prêter, ou donner par sa volonté ce qu'on peut ne donner pas ; autre chose est être fécond. Il faut entendre dans le Père l'abondance, la plénitude, la fécondité, une pleine effusion de Boi-méme, mais en soi-même pour engendrer un autre soi-même , qui reçoit tout en naissant , et qui naît par coaséquent égal à celui île qui il requit tout , aussi grand , aussi éternel, aussi parfait que lui. Un Dieu ne vient pas d'un autre qui le tire du néant : mais un Dieu vient d’un autre, qui le tire, pour ainsi parler, de sa propre essence; qui, le produisant en soimême, se dégraderait soi-même, s’il le produisait imparfait. C'est donc un Dieu, qui vient d'un Dieu : Fils parfait d'uu Père parfait , parfaitement un avec lui, parce qu'il reçoit sa nature, dont l'unité fait l'ossence. Ecoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est un': le Père est un , le Fils est un : le Père est Dieu , le Fils est Dieu , et tous deux ne peuvent être qu'un seul Dieu; autrement, le Fils n'est pas Fils, et il n'a point la nature de son Père, s’il n’en a point la parfaite et souveraine unité.
Pourquoi se jeter dans ces abîmes? Pourquoi Jésus-Christ nous les a-t-il découverts? Pourquoi y revient-il si souvent? Et pouvons-nous ne nous arrêter pas à ces vérités, sans oublier la sublimité de la doctrine chrétienne? Mais il faut s’y arrêter en tremblant ; il faut s'y arrêter par la foi : il faut , en écoutant Jésus-Christ , et ses paroles toutes divines, croire que c’est d’un Dieu qu'elles viennent; et croire aussi en même temps que ce Dieu d’où elles viennent, vient lui-même de Dieu, et qu'il est Fils; et à chaque parole que nous entendons , il fout remonter jusqu a la source, contempler le Père dans le Fils , et le Fils dans le Père.
Voici donc Pacte de foi que je m'en vais faire ; Le Fils n'est pas de lui-même ; autrement il ne serait pas Fils : il ne parle donc pas de lui-même ; H dit ce que son Père lui dit1: son Père lui dit tout en l’engendrant; et il le lui dit, non par une autre parole , mais par la propre parole qu'il engendre ; il rapporte tout à son Père , parce qu'il s’y rapporte lui-même : il rapporte sa gloire à celui de qui il tient tout son être; mais cette gloire leur est com-
* Jtmn. s, 3e. — 'Veut, s 1,4. — * Joue, in, Vf, BO;uv, ■ft
Ut
mime - quelque chose manquerait au Père si soit Fils était moins parfait que lui. Cest ce que je crois, car Jésus-Christ me le dit : c'est ce que je verrai un jour , parce que le même Jésus me l'a promis.
Parlez donc, parlez, d Jésus! parlez , vous qui êtes la parole même. Je vous vois dans vos paroles, parce qu'elles me font voir et sentir , en quelque façon , que vous êtes un Dieu : mais j'y vois aussi votre Père, parce qu'elles me font connaître que vous êtes uu Dieu sorti d'un Dieu, le tèrbe et k fils de Dieu'.
Jésus-Christ opérant ses miracles, nous fait voir te PVrv dans ses oeuvres.. Jos.v xiv , 10.
le Père qui demeure en moi fai! les œuvres ' miraculeuses. C'est la seconde chose par où Jésus- Christ veut qu'on voie son Père en lui : on le voit dans ses paroles ; il le faut encore voir dans ses oeuvres.
Mon Père agit , et moi j'agis aussi : Mon Pire ne cesse d’agir, et je ne cesse d’agir J. Si le monde a été , c'est que mon Père l'a fait , et moi aussi : si la monde continue d'être, c'est que mon Père le conserve , et moi aussi. Il a fait , et il fait tout par son Fils : le Fils ne fait rien de soi, et il ne fait que ce qu'il voit faire à son Père <■ Est-ce un apprenti toujours attaché aux mains et au travail de son maître ? toujours apprenti .jamais maître? Les apprentis mêmes ne sont pas ainsi parmi les hommes. Qu'imaginez-vous ici, homme grossier? Quoi! le Père qui fait quelque chose , et le Fils qui l'imite , et fait aussi quelque chose? Quelle folie! Le Père a-t-il fait un autre monde que le Fils? Y a-t-il un monde que la Père ait fait , et un autre monde que le Fils ait fait, à l'imitation de son Père? A Dieu ne plaise! Le Pere fait tout ce qu'il fait par sou Fils, et le Fils ne fait rien que ce qu’il voit faire; comme il ne dit rien, que ce qu'il entend dise. Mais comment lui parle-t-on ? En l'engendraut : car au Père éternel , parler c'est engendrer : prononcer son Verbe , sa parole, c'est lui donner l’être,.De même, lui montrer tout ce qu'il fait, lui découvrir le fond de son être et de sa puissance, en un mot , lui ouvrir son sein, c’est l'engendrer : c'est le faire sortir de ce sein fécond , et en même temps l'y retenir , dans ce sein où il voit tout , tout le secret de son Père , et d’où, il vient l'apprendre aux hommes , autant qu'ils peuvent le porter et qu’il leur convient.
U ne dit dune rien que ce qu’il eutend ; il ne fait rien que ce qu'il voit faire : mais entendre son Père , et voir ce qu’il fait et ce qu'il est , c'est naître de lui. Il a cela par sa naissance: il lui est aussi naturel d'agir qu'à son Père ; et c'est pourquoi il ajoute ; Ce que le Père fait, le Fils te fait semblablement s. K (-otite/. .- il ne le foit pas seulement, mois il le fait semblablement, aussi parfaitement et avec pareille dignité. I,e Père le fait infatigablement , et le Fils de même : le Père tire du néant ,
» Joen 1, 1, U. — 'IM. Ht, K. — ' IM. V. n.-'JM I».- * IM. v, l».
MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE
et le Fils de même : le Père agit sans cesse, et le Fils aussi. Le Père ressuscite qui II lui plaît, et le /■Ils ressuscite aussi qui il lui pluil 1 , avec une pareille autorité, parce que son autorité, comme sa nature, est celle de son Pète. Comme le Père a la vie en soi , ainsi il a donné au Fils d’avoir la rie en sol'. On la lui donne; et néanmoins il l’a en soi , parce qu’on lui donne tout sans réserve. Ainsi la vie est en lui, comme elle est dans son Père; et il est comme lui la vie par nature.
Ainsi le Père qui demeure en moi , fait les œuvres miraculeuses que vous voyez : tout est parfait dans les œuvres de Jésus-Christ, tout y ressent une autorité et une origine céleste. C’est pourquoi saint Jean disait : Nous avons vu sa gloire , comme la gloire du Fils unique , plein de grâce et de vérité J. Comment donc ne voyez-vous pas, dit-il à Philippe, que mon Père est en moi , et moi en lui 4 ? Voyez-le dans les vérités que je vous annonce, dans les paroles de vie éternelle que je vous apporte; voyez-le dans les œuvres que je fais pour montrer que c’est mon Père qui m’a envoyé. Mon Père m'écoute toujours * : il veut tout ce que je veux : je veux tout ce qui lui plaît : tout ce qui est h lui , est à moi; tout ce qui est à moi , est à lui. Comment donc ne croyez-vous pas que je suis en mon Père, et mon Père en moi ? CroyezAe du moins , à cause des œuvres que je fais 6. Croyez-te du moins; nomme s’il disait : Il y a une autre manière de voir que mon Père est en moi et moi en lui , qui est de voir la substance de l’un et de l’autre : c’est ce qui fera votre parfaite félicité. Mais en attendant, voyez-le du moins par les œuvres : je fais ce que veut mon Père , ce qu’il me montre î c'est lui qui fait tout en moi. Ne fait-il pas tout aussi dans les autres, qu’il appelle à travailler à son ouvrage ? Oui, sans doute; mais il ne le fait pas comme étant en eux : c’est-à-dire comme y étant pleinement , comme y étant réciproquement et dans une parfaite égalité : parce que nul autre que le Fils ne peut dire : Qui me voit, voit mon Pèi'e , parce que mon Père est en moi , et moi en iui.
O rapport! ô égalité ! ô unité ! je vous crois , je vous adore : je vous rends grâces, mon Sauveur, de ce que vous m’élevez si haut par la foi : ce m’est un gage que vous voulez m’élever encore plus haut par la claire vue. Qu’ai-je donc à craindre? qu’ai-je à me troubler? Pour n’étre jamais troublé , je ne désirerais avec saint Philippe que de voir votre Père. Vous me montrez où je le puis voir : vous me le montrez dans quelque chose qui m’est bien proche , puisque c’est un homme ; et qui est bien proche de vous, puisque c’est un autre vous-inême. Je vois , je verrai : qui peut m’ôter mon bonheur?
LXXXVIll® JOUR.
Lr» miracles des apôtres plus Grands que ceux de Jésus- Christ. De quelle manière. J oan. xiv, 12.,
En vérité , en vérité, je vous le dis, celui qui croit
t Joan. V , SI. — * Ibid. 26. — 3 Ibid. I , 14. — 1 JM. xiv, 10. — » Ibid. XI, 41. — * Ikd. XIV, II, 12-
en moi t non- seulement fera les œuvres que je fais ; mais il en fera encore de plus g raiule s : parce que je m’en vais a mon Père r. Vous croyez tout perdre par ma retraite : vous y gagnez; et la puissance qui vous sera donnée d’en haut viendra à un te) point, que non-seulement vous ferez les choses que je fais, mais encore vous en ferez de plu$ grandes. Ne vous troublez donc pas ; ne craignez rien; au contraire, remplissez-vous de foi et de conliance : de cette sorte, ce qui se fera par vous après ma retraite est au-dessus de tout ce qui a été fait.
C’est la merveille de Dieu dans les disciples de Jésus-Christ. Ils ont fait tout ce qu’il a fait : car ils ont guéri comme lui tous les malades qu’on leur présentait : et, comme lui , ils ont été jusqu'à ressusciter des morts.
Us ont fait des choses qu'il n’a pas faites : à la parole de Pierre, Au a nias et Saphir a sont tombés morts * ; et à celle de Paul , le magicien F.lymas a été frappé d'aveuglement i. Ils ont livré à Satan et à des maux imprévus, ceux qu'il fallait abattre manifestement pour inspirer de la crainte aux autres. Voilà des miracles que Jésus n'a pas faits : mais c’est aussi qu’il ne devait pas les faire, à cause qu'ils répugnaient au caractère de douceur, au personnage de Sauveur qu’il venait faire. Ce n’est que sur un figuier qu’il a déployé la puissance de perdre et de détruire : ce n’est que des pourceaux qu’il a livrés aux démons. Pour les hommes, il doit être un jour leur juge; mais, dans son premier avènement, il ne devait faire sentir que sa qualité de Sauveur.
Nous pouvons dire néanmoins encore que, dans ces miracles qui viennent d’une puissance bienfaisante, les apôtres ont fait plus que Jésus. En touchant les habits qu’il portait actuellement, il sortait de lui une vertu salutaire 4 : mais on n’a point vu qu’on guérit \xxr\’ application des linges qui f av aient touché une fois, comme il est arrivé à saint Paul > ; et même par son ombre , comme il est arrivé à saint Pierre 6.
Mais le grand endroit où il parait dans les apôtres un miracle plus grand que ceux de Jésus, c'est la conversion du monde. A la première prédication de saint Pierre , trois mille hommes se convertissent?; à la seconde cinq mille1. Après la mon de Jésus , ses disciples ne se trouvent qu’environ six vingts dans le céuacle 9 : il y avait par-ci par-là quelques disciples cachés; mais saint Jacques dit à saint Paul : Voyez, mon frère , combien de milliers ont cru *•. Et que sera-ce donc si nous considérons la gentilité convertie, et l'Évangile reçu dans tout le monde , jusqu’aux peuples les plus barbares? Voilà les miracles de la prédication apostolique, plus grands que ceux de la prédication de Jésus-Christ même.
Ajoutons à ces miracles les secrets révélés par
* Joan. XIV, 12.— * Act. v, 1, 2 , cl «nj. — * Ibid, xm , », 10, fl.— « Lut. vill , 44, 46. — 1 Act. XIX, II, 12. — • Ibtd. v. 15, |G. — » Ibid. H , 41. — * Ibid. >v, 4. — 9 Ibid. I, l| —*•/&«. xxi, 30.
(es apôtres, que Jésus n'avait pas révélés par lui* même : en sorte que nous pouvons dire en quelque façon , non-seulement qu’ils ont fait de plus grandes choses que lui, mais encore qu'ils en ont dit de plus hautes.
Jésus avait bien parlé de la réprobation des Juifs, et de la conversion des Gentils : mais que la réprobation des Juifs dût si tùt paraître, et dût donner lieu à la prochaine conversion des Gentils; qu’lsrnel dût revenir, mais à la lin seulement, et quand les nations seraient pleinement entrées • dans l'Église, et qu’il plût à Dieu de tout renfermer dans l'infidélité, alin de montrer que personne n'était sauvé que par miséricorde; c'est un secret dont Jésus-Christ avait réservé la révélation à saint Paul, qui, étant choisi pour être le docteur des Gentils, devait aussi annoncer aux hommes plus profond .ment le mystère incompréhensible de leur vocation.
C'est ce mystère profond, et ce secret inconnu nu monde dans les siècles et dans les races passées, que Dieu lui a révélé pour les Gentils; par lequel aussi Dieu a fait connaître ta grande science qu’il fui avait donnée du mystère de Jésus-Christ. C'est ce «rref-qtii a été révélé aux apôtres et aux prophètes de la nouvelle alliance par le Saint- Esprit , et particulièrement à lui Paul , prisonnier de Jésus. Christ pour les Gentils ; et qui a été révélé par eux et par l’Église , non-seulement aux hommes, mais encore aux anges et aux puissances célestes ; ajin de leur faire admirer les divers conseils de la féconde sagesse de Dieu ». C’est de quoi il sc glorifie dans le troisième chapitre aux Éphésiens : parce qu’en effet il lui a été donné, non-seulement d'expliquer clairement et amplement ce que Jésus- Christ avait comme enveloppé dans des paraboles; mais encore de proposer ce nouveau secret du retour des Juifs , après seulement que les Gentils auraient rempli l’Eglise.
O Dieu! soyez loué pour les grâces que vous faites aux hommes, et pour les lumières admirables que vous avez données à votre Église. Qui n’admirerait l'honneur que Jésus-Christ veut faire à ses disciples , de surmonter en quelque façon ses propres ouvrages?
Il montre pourtant après, que ce que feront ses disciples de plus grand que lui , c'est lui encore qui le fait : Si vous demandez quelque chose en mon nom, je le ferai *. Et ce que je ferai par vous sera plus grand , en quelque façon , que ce que je ferai par moi-même. Pourquoi? écoutons-en la raison, parce que je m'en vais à mon Père. Si je fais de si grandes choses en descendant de mon Père, combien en ferai-je de plus grandes, quand je remonterai au lieu de sa gloire?
Mon Sauveur, je le reconnais : vous êtes la sagesse éternelle , et vous faites tout à propos et dans son temps : les hommes ne pouvaient pas porter d’abord tout le poids de votre secret : vous dispensez tout par ordre. Vous réservez vos plus grands
• nom. xi, 25, ac, 29, et scq. — 1 Ephes. m, 1, 3, 4, 5, G, v.9, 10, II. — * Joan. xiv, 13.
j ouvrages pour le temps où , retourné à votre Père, les jours d’humiliation étant écoulés, vous agirez avec plus d’empire. Vous montrerez votre puissance, en faisant de si grands prodiges par vos disciples. C’est vous qui animez tout : vous paraissez au haut des cieux à votre premier martyr ■ , et vous montrez en lui le secours que vous donnez à tous les autres. Vous révélez votre vérité aux Gentils par un saint Paul : mais ce Paul, par qui vous opérez la conversion de tant de peuples, vous le convertissez lui-même, en lui parlant du haut des cieux ■ , et lui apprenant que c’est en vain qu’il vous résiste.
Vous faites tout ce qu’il vous plaît par vous-même et par vos disciples; vous faites tout convenablement, selon que les hommes le peuvent porter, et selon les divers étals où vous devez être.
Ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, je leferaii. Il ne dit pas, Mon Père le fera; mais, Je le ferai. C’est toujours ce qu'il dit : Mon Père agit , et j’agis aussi < : ce qu'il fait , c’est moi qui le fais. Car il fait tout par son Perte, et rien de ce qui sc fait ne se J'ait sans lui s.
Tout ce que vous demanderez en mon nom , je le ferai. Tout ce que vous me demanderez , je le ferai : c’est lui par qui on demande; c’est lui qui fait ce qu'on demande; c’est en son nom qu’on demande : on lui demande à lui-même, et on obtient tout, non-seulement par lui, mais de lui. Et, dit-il, ,/ë le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils 6. Il affermit notre foi, en nous faisant voir qu'il nous fait du bien par l'intérêt de sa gloire. Son intérêt, c'est le nôtre; sa gloire, c’est notre bonheur Qu’y a-t-il donc à craindre pour nous ? Considérez , chrétiens, quel médiateur vous avez : combien bon, combien puissant. Tout est possible par son entremise ; il ne s’agit que de savoir ce qu'il faut demander et désirer : c’est ce qu'il va vous apprendre.
Ce qu’il faut demander et désirer : aimer et garder m*» commandement*. Joan. uv, 15,21,
Si vous m’aimez , gardez mes commandements. Et il conclut : Celui qui a reçu mes commandements, et qui les garde, est celui qui m’aime : et celui qui m’aime, sera aimé de mon Père, et je l’aimerai , et me manifesterai à lui 7. Tout cela conclut de plus en plus à ne se laisser troubler dn rien , dans les moyeus qu'il nous donne de nous assurer l’amour de son Père et le sien , comme s’il disait : Ne vous mettez en peine de rien , que de garder mes commandements : si vous les gardez-, tout est sûr , parce que mon Père et moi vous aimerons d'un amour si cordial, que nous nous manifesterons à vous, sans vous rien cacher.
Les apôtres désiraient de voir son Père ; et après leur avoir appris où il faut le voir, c'est-à-dire en lui, il vient à la pratique, et leur apprend le moyen de parvenir à cette vision bienheureuse, où l’on
* Art. VU, 55. — 1 Ibid. IX , 3, i, S , 6, 7. — 1 Joan. XIV, 13. - 4 Ibid, v, 17. - 1 Ibid, i , 3. — 6 Ibid. XIV, M. — 1 Ibid. 15,21.
MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE
toit U fils dans le Père , et le Père dans le fils , qui est de garder ses commandements.
Je me manifesterai moi-mime à lui. N'espérez pas pouvoir me voir , ni voir mon Père de vous* même. Nul ne me peut voir , que je ne me découvre moi-même à lui ; et je ne me découvre qu'à ceux qui gardent mes commandements. Je me découvre à ceux-là de cette manière admirable , qui fait qu'on voit mon Père en moi , et qu'on me voit dans mon Père. Ne vous contentez pas de vous attacher aux sublimes vérités; ne vous repaissez pas de la plus haute contemplation, encore moins des spéculations inutiles : venez aux moyens et aux vérités de pratique; appliquez-vous à l’observance des commandements. Ne croyez pas qu’il suffise de parler hautement de moi, car toute votre hauteur n'est que bassesse à inesyeux; ni d’admirer ma grandeur, car je n’ai pas besoin de vos louanges ; ni d’avoir quelque tendresse vague et infructueuse pour ma personne, car tout cela n'est qu'un feu volage, qui se dissipe de luimême, et se perd bientôt en l’air. Si vous m’aimez véritablement, sachez que l'amour n’est pas dans la spéculation , ni dans le discours. Tout ceux qui me ditent, Seigneur, Seigneur, qui le disent deux fois, et semblent le dire avec force, »’ entreront pas pour cela dans le royaume des deux; mais celui qui fait la volonté de mon Père entrera dans le royaume des deux ' : car c'est comme j'ai fait moimême, et j’ai été obéissant jusqu'à la mort de la croix ■. Comment serait-il utile aux hommes défaire sur moi de beaux discours , puisque ceux qui auront prophétisé et fait des miracles en mon nom, sans venir à la pratique des vertus et à observer mes préceptes, recevront à la fin cette terrible sentence : 5e ne vous connais pas : alleu, retirez-vous de mot, ouvriers d'iniquité 3 ? Combien donc la viechrétienne est-elle sérieuse! Combien est-elle ennemie des vains discours! Elle est toute dans l’obéissance, dans l'humilité, dans la mortification, dans la croix; toute à crucifier ses mauvais désirs, et à abattre la chair qui convoite contre l’esprit.
Prenez garde à l’amusement, j'oserai le dire, à la séduction des entretiens de piété, qui n'aboutissent à rien : tournez tout à la pratique.
Ne vous attachez néanmoins pas à une pratique sèche et sans amour. Si vous m 'aimes , gardez mes commandements <: commencez à aimer la personne ; l'amour de la personne vous fera aimer la doctrine ; et l'amour de la doctrine vous mènera doucement et fortement tout ensemble à la pratique. Ne négligez pas de connaître Jésus-Christ , et de méditer ses mvstères : c’est ce qui vous inspirera son amour; le désir de lui plaire suivra de là , et ce désir fructifiera en bonnes oeuvres. I-a pratique des bonnes œuvres, sans l’amour de Dieu et de Jésus-Christ, n'est qu’une morale purement humaine et philosophique : toutes les vertus chrétiennes sont animées de l'amour de Jésus-Christ. Ainsi on faittout en foi , on faittout en espérance, on fait tout emeharité; on aime Dieu, on en est aimé; Jésus-Christ nous aime,
> Nntt. vu, II, JJ. — » P hit. II , 6. — S Mail. VII, 23. —
T#an. XIV, 15.
et il se manifeste loi-même à nous; et en lui, il nous manifeste son Père : nous voyons, nous vivons, nous sommes heureux, non point en nous, mais en Dieu.
Promesse de l'esprit consolateur : ce que c'est que le monde Jean. XIV, IS, 10, 17.
Si vous m'aimez , gardes mes commandements ; et je prierai mon Père, et il vous donnera un autre consolateur, pour demeurer éternellement en vous .t esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir, parce qu'U ne le voit pas , et ne le connaît pas '. Il n'oublie rien pour les consoler et lés raffermir ; et après leur avoir parlé de son amour et de celui de son Père, afin que rien ne leur manque de ce qui est divin , ou plutôt afin que rien ne leur manque de ce qui est Dieu , il leur promet le Saint-Esprit.
L’aimable titre que celui de consolateur , qu« Jésus-Christ donne au Saidt-Espril! Ce sera donc cet esprit qui vous consolera de mon absence; c« sera cet esprit qui vous inspirera le vrai amour, qui vous fera garder mes commandements. Cet esprit viendra à la prière de Jésus-Christ -, le Père le donnera; et nous verrons aussi que Jésus-Christ le donnera lui-même. C'est cet esprit qui est venu enflammer l'Eglise à l'amour de Jésus-Christ et à la pratique de ses préceptes.
Un autre consolateur. Jésus-Christ est un grand consolateur, puisqu'il dit , Tenez à moi , vous tous qui êtes peinés'. I.e Saint-Esprit insinue cette douce consolation dans le coeur; il y répand la douceur céleste, qui fait ressentir, qui fait aimer les consolations de Jcsus-Christ.
Un autre consolateur. 11 avait parlé de son Père , il avait parlé de lui-même : il fallait encore parler de cet autre consolateur , et nous manifester tout ce qui est Dieu , la Trinité tout entière.
Pour demeurer en vous éternellement. Cet esprit consolateur ne quitte jamais que ceux qui le chassent; et de lui-même il demeure éternellement.
L’esprit de vérité. Quelle est la consolation de l’homme parmi les travaux et les erreurs, si ce n’est la vérité ? L’esprit de vérité est Jonc notre véritable consolateur, en mettant la vérité à ia place de la séduction du monde et de l’illusion de nos sens.
Que le monde ne peut recevoir. Le monde est tout faux. Qu'est-ce que le monde , sinon la concupiscence de la chair, la concupiscence des yeux, et l'orgueil de la vie 3 ? La concupiscence de ta chair nous livre à des plaisirs qui nous aveuglent. La concupiscence des yeux, l'esprit de curiosité nous mène à des connaissances , à des épreuves inutiles :' on cherche toujours , et oo ne trouve jamais ; ou bien on trouve le mal. L’orgueil de la vie, qui dans les hommes du monde en fait tout le soutien, nous impose par de pompeuses vanités. Le faux est partout dans le monde, et l'esprit de vérité n’y peut entrer. On est pris par la vanité; on ne peut ouvrir les yeux à la vérité.
■Joos. XIV, 16, 10. lJ-« HsA *i, m. — • 1. Jouit. u,
MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE
Que U monde ne peut recevoir , parce qu'il ne le volt pas, et ne le connaltpas; parc* qu’il ne veut ni le voir, ni le connaître; il est livré, il est séduit. U monde est tout dans la malignité ' , est tout plongé dans le mal. Le monde pense mal de tout; il ne veut pas croire qu'il y oit de véritables vertus , parce qu’il n'en veut point avoir, ni qu'il y ait d'outre motif des choses humaines que le plaisir et l'intérét , ni qu'il y ait de bien solide que dans les choses corporelles. Jouissons, dit-il, des biens qui sont", tout le reste n'est qu'idée, imagination, pâture des esprits creux : ce qui est , c’est ce qu'on sent , c’est ce qu'on touche; tout le reste échappe. F.t au contraire , ce qu’on sent , ce qu'on touche , c'est ce qui échappe continuellement des mains qui le serrent. Plus on serre le» choses glissantes, plus elles échappent. La nature du monde est de glisser , de passer vite , d'aller en fumée , en néant. Mais le monde veut s'imaginer que c’est cela qui est. Comment doue pourra-t-il connaître l'esprit de vérité? et comment pourra-t-il le recevoir?
Le monde ne peut pas le recevoir. Il y a l’esprit de vérité et l'esprit d'erreur. Qui est possédé de l’un , ne peut pas recevoir l’autre. L'homme sensuel ne peut entendre ce qui est de f esprit de Dieu; ce lui est folie , et il ne peut pas f entendre , parce qu’il U faut examiner par l'esprit 1 ; et son esprit est tout plongé dans les sens ; il fait quelque effort, et il ne peut pas , et il retombe toujours dans son sens charnel.
La demeure de Jrsm-Chrlit, et m msnlfataUon dan» la saXutes 4 mes. Joan. xiv, 17.
Mais vous , vous le connaîtrez , parce qu'il demeurera en vous , et qu'il sera en vous. Y être véritablement, c’est y demeurer : il ne veut pas être dans nous en passant ; où il ne demeure pas , si on peut parler de la sorte, il ne croit pas y avoir été. Cest un esprit ferme, esprit stable, constant, assuré * ; parce qu’il est véritable; et ce qui est véritablement, c’est ce qui demeure; ce qui passe tient plus du néant que de l’être.
Mais, Seigneur, vous avez dit : L’esprit souffle où il veut; et personne ne sait d'où il vient, ni où il va : ainsi en est-il de celui qui est né de l'esprit ». Comment donc dites-vous aujourd'hui ; f ous le connaîtrez, parce qu U demeurera en vous, et qu'il g sera i
Dans les premières touches do l’esprit, on ne sait d'où il vient, ni où il va; il vous inspire do nouveaux désirs inconnus aux sens ; vous ne savez où il vous mène; Il vous dégoûte de tout, et ne se fait pas toujours sentir d'abord ; on sent seulement qu’on n'est pas bien , et on désire d’étre mieux. Quand il demeure , il se fiait connaître ; mais après il vous rejette dans de nouvelles profondeurs , et vous commencez à ne plus connaître ce qu’il vous demande ; et la vie intérieure et spirituelle se passe ainsi entre la connaissance et l’ignorance,
■ Joe*, v, i».— >Jop. n, ».-•!. Cor. n,H.-'fap. vu, a. — ‘joan. hi,s.
jusqu'à ce que vienne le jour où ce bienhcoreui esprit se manifeste.
Je ne vous laisserai pas orphelins ; je viendrai à vous '. Il venait de les appeler ses petits enfants; il continue à parler en père : Je viendrai à vous; je vous verrai après ma résurrection. Mais ce n’est pas là tonte ma promesse; car je disparattrai trop tôt pour vous satisfaire par cette courte vision; je viendrai en vous par mon esprit consolateur. Les orphelins seront consolés, parce que l'esprit de leur père sera en eux , et qu’il leur apprendra à prononcer comme il faut le nom de père : Dieu enverra dans leurs cœurs l'esprit de son Fils, qui les fera crier, Mon Père , mon Père *; qui leur apprendra à parler, à agir en enfants , et non en esclaves: en esprit de confiance, de tendresse, d'amour et de liberté.
Encore tnt peu de temps, et le monde ne me verra plus; mais vous, vous me verrez, parce que Je vivrai , et nous vivrez 1 ; vous vivrez de cette vie, dont il est écrit : Le juste vil de ta ,/bi 4. Vous vivrez de cette foi agissante et féconde en bonnes œuvres , qui opère par l’amour s. Pour voir Jésus vivant, il faut vivre, et vivre de la vraie vie. Le monde, qui est mort, ne verra point Jésus qui est vivant. En ce jour, vous verrez que je suis en mon Pire, et vous en moi, et moi en vous s. En ce jour, lorsque le Saint-Esprit vous sera donné , et encore plus en ce jour, où vous verrez à découvert la vérité même, vous verrez mon union intime, substantielle et naturelle avec mon Père, et celle que j'ai contractée avec vous par miséricorde et par grâce. Si vous m'aimez , je vous aimerai, et je me manifesterai à vous par amour. Douce manifestation que l’amour inspire, que l'amour attire! Je me manifesterai , non point pour satisfaire de* yeux curieux, mais pour contenter un cœur ardent.
XCU* JOUR.
La prédesUusUoo. la Merci en est Impénétrable.
Joan. XIV, 23.
Jude lui dit : Seigneur, d'où vient que vous vous découvrez à nous , et non pas au monde 7 ? Cette question devait naître naturellement du discours qui a précédé; puisqu’on y a ru que le Sauveur avait déclaré qu'il se manifesterait par son Saint-Esprit à ses amis, et non pas au monde. C'est donc ici le grand secret de la prédestination divine : saint Jude va d’abord au grand mystère : D'où vient 1 Qu'avons-nous fait, qu'arons-nous mérité plus que les autres? N’étions-nous pas pécheurs comine eux, charnels comme eux ? Eussionsnous cru , si vous ne nous aviez donné la foi ? Vous eussions-nous choisi , si vous oe nous aviez choisis le premier? fous ne m’avez point choisi, dira-t-il bientôt; mais c'est moi qui vous ai choisis *. En cela parait son amour, que ee n’est pas nous qui Lavons aimé ; mais c'est lui qui nous a aimés le premier ».
1 Joan. XIV, 1S ; XII , sa. — * Cet. IV, S. — ? Joan. XIV, I*.
— ' fl cm i , 17. — » Gai. v, #. — 1 Joan. nv, 30. — ’ Ibid. XX
— • liai. iv, 1*. — • L Joan. l v, 10.
us
MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE
Pourquoi , Seigneur, pourquoi? dit saint Jude. Lui seul pouvait résoudre cette question; niais il s’en est réservé le secret. Et c’est pourquoi il n’y répond pas ; et , sans faire même semblant de l’entendre» il répète encore une fois : Si quelqu'un m’aime, il gardera mon commandement ; et mon Père i aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure en lui ». Comme s'il eût dit :
0 Jude» ne demaudez pas ce qu’il ne vous est pas donné de savoir; ne citerchez point la cause de la préférence; adorez mes conseils : tout ce qui vous regarde sur ce sujet, c’est qu’il faut garder les commandements; tout le reste est le secret de mon Père ; c’est le secret incompréhensible du gouvernement que le souverain se réserve.
Il y a des questions que Jésus résout; il y en a qu’il montre expressément qu’il ne veut pas résoudre , et où il reprend ceux qui les font. Il y en a , comme celle-ci , où il réprime la curiosité par son silence; il arrête l'esprit tout court; et pour le desoccuper des recherches dangereuses, ri le tourne a des réflexions nécessaires*. [Saint Jude entendit bien qu’il ne fallait pas pousser plus loin la question. Apprenons de ce saint apôtre à demeurer en repos , non sur l’évidence d’une réponse précise, mais sur l’impénétrable hauteur d’une vérité cachée. Et nous,] passons, évitons cet écueil, où l’orgueil humain ferait naufrage. O profondeur des trésors de la science et de la sagesse de Dieu ! Que ses Jugements sont itnpéni trahies , et ses voies incompréhensibles! Qui lui a donné quelque chose te premier pour en prétendre récompense ? Parce que tout est de lui, tout est par lui , tout est en lut: à lui soit gloire dans tous les siècles : Amen ». Il n’y a qu’à adorer ses conseils secrets , et lui donner gloire de ses jugements , sans en connaître la cause. C*est , avec ces mots de l’apôtre, expliquer le silencede Jésus-Christ. Taisez-vous, raison humaine I O Seigneur, que j’ai de joie de la faire taire devant vous! [Cest assez de savoir dire comme David, avec joie et reconnaissance : qu'il n’a pas ainsi traité toutes les autres nattons ; et ft ne leur a pas manifesté ses jugements 1 ; et encore avec saint Paul : Jésus-C hrist a laissé chaque nation aller dans ses voies i ; sans lui demander pourquoi il l'a fait.] Qui en veut- savoir davantage , dit saint Augustin1 *, qu’il cherche de plus grands docteurs ; mais qu’il craigne de trouver des présomptueux.
* Joan. XIV, a.
* Ces mois [Saint Juile..., jusqu'à Et nous], et oeux ci
[ Cest assez de savoir jusqu'à il Ta fail ) , ne sont point dans
le manuscrit original , et on ne peut soupçonner qu'ils aient été écrits sur un papier séparé qui se serait perdu ; car il n'y a aucun signe de renvoi. Mous les avoua conservés parce qu’on les lit dans les éditions précédentes. Il est permis de conjecturer que l’auteur les aura ajoutés il quelque copie de cet ouvrage. On trouve dans la suite deux ou trois passages semblable»; nous aurons soin d'en avertir. ( Edit, de fenaitles.)
1 Rom xi, 34 , M. - 1 Pi. CXLVII, 10. — * Act. XIT, 15-
— s Lib. de Spirit. et lit. cap. ji , n, 60.
XCIIl* JOUR.
Demeure fixe du l’èro et du Fil» dans les imes.
Joan. xiv, 13.
Ce qui est certain , ce qu'il faut savoir, ce qu’on ne saurait assez imprimer dans son esprit; c'est que la cause prochaine de la préférence est que Jésus-Uirist et son Père Be manifestent à celui qui garde les commandements : .Voua viendront à lui, et nous y établiront notre demeure *.
H va toujours ïes affermissant de plus en plus* en les assurant de I amour de son Père, du sien , de la présence et de l'assistance de son saint Esprit ; el alin de ne rien omettre, il leur dit encore : Arma vielulrons en cous, mon Père et moi : nous ne nous contenterons pas de vous assister au dehors • nous vieillirons a cous : nous y établirons notre demeure. Nous vous serons intimement unis; et cela, non point en passant, mais par un établissement permanent.
Nous tiendrons. Quel autre qu'un Dieu peut parler ainsi? Un simple homme, une simple créature, quelque parfaite qu'on la fasse, oserait-elle dire : Nous viendrons , et s'associer avec ie Pèro étemel, pour demeurer dans ie fond des âmes comme dans son sanctuaire?
Nous viendrons a eux , et nous y établirons notre demeure : et cela, qu’esl-ee autre chose, sinon ce qui est écrit : t ous êtes te temple du Dieu vivant : comme Dieu dit lui- mime : Je ferai ma demeure en eux, et je me promènerai au milieu d’eux, et je serai leur Dieu, el ils seront mon jieuple. Sortez du milieu du momie, dit le Seigneur, et sé/xsrez-vous, et ne touchez point aux choses impures; et je vous recevrai, et je serai votre père, et vous serez mes fils et mes filles, dit le Seigneur tout-puissant «.
Qui nous dira quelle est cette secrète partie de notre .line dont le Père et le Fils font leur temple et leur sanctuaire? Qui nous dira combien intimement ils y habitent, comme ils la dilatent comme pour s’y promener; et de ce foud intime de l’.lnie, se répandre partout , occuper toutes les puissances , animer toutes les actions? Qui nous apprendra ce secret, pour nous y retirer sans cesse, et y trouver le Père et le Fils ?
Ce n'est pas là oelte présence dont saint Paul dit : H n'est pas loin de nous , car nous vivons, nous nous mouvons, et nous sommes en lui et par lui 3. Car eette présence nous est commune avec tous les hommes, et même, en un certain sens, avec tout ce qui vit et qui respire. Mais l'union que Jésus-Christ nous promet ici est une union qu'il ne promet qu’à ses amis. Qu'elle est profonde! qu'elle est intime! qu’elle est éloignée de la région des sens!
Quand Dieu nous a faits à son image, il a crée ce nous, pour ainsi parler, ce secret endroit où il se plaît d'habiter. Car il entre intimement dans la créature faite à son image : il s'unit à elle par l’endroit qu'il a fait à son image, où il a mis sa ressent- ' Juin. JIV, sa- — 1 11. Cor. Tt, I», 17, 1S. — * -tel- 1YU. 27, 28.
MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE
hlance. L’homme ne lui est pas étranger, puisqu’il l’a fait , comme lui, intelligent, raisonnable, capable de le désirer, de jouir de lui ; et lui aussi il jouit de l'homme; il entre dans son fond , d’où il possède le reste; il en fait son sanctuaire. O homme, ne comprendras-tu jamais ce que ton Dieu t'a fait? Nettoie à Dieu sou temple; car il y veut habiter; crois seulement, mais d'une foi vive; tu n'auras besoin pour prier d'autre temple que de toi-même. Que Dieu t’écoute de près ! Il est en toi , il y demeure, il y règne; son Fils y est avec lui. Quand il t'a fait à son image, il a parlé avec son Fils de l'ouvrage qu’il allait faire, et il a dit : Faisons l'homme à notre image et ressemblance 1 * : et maintenant il vient en toi avec lui : il l'envoie continuellement de son sein dans le tien ; il y envoie aussi son Saint-Esprit, sanctificateur invisible de ce temple. Il faut être juste pour cela , car il ne peut pas habiter dans une âme souillée. O homme, comment peuxtu souffrir le péché? Temple de Dieu, comment peux-tu mettre une idole dans ce sanctuaire?
Non , je me veux retirer en Dieu. Et que fautil faire pour cela, sinon se recueillir en soi-même? Mais l'y sentons-nous, l’y trouvons-nous? Dieu n'est-il pas en nous d'une manière vive, et qui se fasse sentir? Jésus-Christ a dit du Saint-Esprit : fous le connaîtrez , parce qu'il sera en vous , et qu’il y demeurera *. Nous devons donc aussi connaître et sentir en nous lo Père et le Fils, puisqu’ils y sont et qu’ils y demeurent. Oui, sans doute, il est ainsi : Dieu se fait sentir en quelque sorte, lorsqu’il arrive en nous : c’est ce que saint Paul vient de nous rapporter : Et je serai leur Dieu , et ils se • ront mon peuple 3.
Quand je ne sais quoi nous dit dans le cœur que nous ne voulons que Dieu , et que tout le reste nous est en horreur, alors Dieu se fait sentir. Mais ne croyons pas qu’il se fasse toujours seutir bien clairement, ni que dans le cours de cette vie il se fasse seutir avec certitude. Il nous est plus intime que nous ne le sommes à nous- memes : ainsi il se cache en nous autant qu’il lui plaît : il s’y découvre à nousmêmes autant qu’il lui plaît; et il ne s’y découvrira pleinement que lorsqu'il assouvira tous nos désirs, que sa gloire nous apparaîtra , et que Dieu sera tout en tous , comme dit saint Paul
Ouvrons-lui cependant l'entrée : Jésus-Christ nous en donne le moyen : Si quelqu’un m'aime, il gardera ma parole; celui qui ne m’aime pas ne garde jxis ma parole 5. X aimez point en discours , ni en paroles ; aimez par les œuvres et en vérité 6. Il sonde les cœurs, et il voit que celui qui parle , et qui croit aimer sans agir, n’aime pas. Mais aussi, celui qui garde extérieurement sa parole, et qui n'agit point par amour, ne garde pas véritablement cette parole. Il faut joindre l'exécution de sa parole avec son amour, parce que sa principale parole et l’abrégé de sa doctrine, c’est qu'il faut aimer.
1 Cen. | , 38. — * Joan. xiv, 17. — 1 II. Car. VI , 16. — * I.
Car. XV, 38. — * Joan . xiv, 33, JM. — • Hâd. Ul , 18.
XCIYe JOUR.
Rta! ferme de la vie chrétienne. Joan. xnr, 10 , 03.
Arrêtons-nous sur ces paroles : Mon Père vous donnera le Consolateur , qfin qu'il soit en cous éternellement. / o us le connaîtrez , parce qu'il demeurera en vous. Nous vietulrons a lui, et nous y établirons noire demeure *. Entendons que la vie chrétienne n'est pas un mouvement perpétuel du bien au mal, et du mal au bien. C'est quelque chose de stable et de permanent. Celui qui n’a rien de ferme, et dout la vie est un continuel retour du péché à la pénitence et de la pénitence au péché , a juste sujet de craindre que le bien n'ait jamais été solidement en lui.
Je ne veux pas dire qu'on ne puisse jamais perdre la grâce; car pourquoi la pénitence aurait-elle été établie après le baptême? Je ne veux pas dire que la chute après la pénitence soit sans remède; caç Jésus-Christ n'a point donnéde bornesa la puissance des chefs : Tout ce que vous remettrez sera remis ; tout ce que vous délierez sera délié * : vous pourrez remettre et délier jusqu’à l’abus de la pénitence. Je ne veux pas dire non plus que le passage de la grâce au péché , et du péché à la grâce, ne puisse pas quelquefois être fréquent. Saint Pierre était juste quand J ésns lui dit, comme aux autres : Fous êtes purs 3 ; et il n'excepta que Judas. Il tomba bientôt après, quand il renia son maître; il se convertit bientôt après, lorsque Jésus le regarda, et qu'il pleura si amèretneui. Qui osera dire qu'un regret si amer et si sincère, le fruit d'un regard spécial de Jésus . ne lui rendit pas Injustice? Mais qui osera dire aussi qu'il r»e l'avait pas perdue de nouveau lorsque Jésus lui rejtroche comme aux autres son incrédulité et la dureté de son cœur , pour n'avoir pas voulu croire ceux qui leur annonçaient qu’il èlail ressuscité * ? Dieu permet ces chutes fréquentes, lorsqu’il fait sentir à une âme sa propre faiblesse. Mais où en veut-il venir par ces terribles leçons , sinon à affermir l’âme dans l'humilité , dans la défiance de soi-même , dans la confiance en Dieu, et par là dans la vertu? Il en faut donc venir à un état de fermeté et de consistance. Chrétien , tu as assez appris tes faiblesses par tes chutes : il n’est pas question de l’expérimenter toujours; il est temps de profiter de tes expériences : Pierre n’a été vacillant un peu de temps que pour être conduit par là à une longue et perpétuelle persévérance.
XCVe JOUR.
Le maître Intérieur. Joan. xnr, 35, 26.
Je vous ai dit ces choses pendant que j’étais parmi vous ; mais le Salnt-EsprU consolateur, que mon Père cous enverra en mon nom , vous enseignera toutes choses , et vous inspirera, tous suggérera , mot à mot, selon l’original , vous fera ressouvenir de toutes les choses que je vous aurai dites*. Quoi donc ! avions-nous besoin de deux mal-
* Joan. XIV, 18 , 17, 23. — * Malt, xvi , 19. — » Joan. xitl, 10. — • Mure, xvi , I*. — * Joan. XIV, 25 , 2«.
3gle
MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE
très? et Jésus-Christ ne nous suffisait-il pas pour nous enseigner? Soyons ici attentifs à cette école intérieure, qui se tient dans le fond du cœur. Outre les enseignements du dehors, il nous fallait un maître Intérieur, qui fit deux choses : l’une, de faire entendre au dedans ce qu'on nous avait enseigné au dehors; l’autre, de nous en faire souvenir, et d'empêcher qu’il ne nous échappât jamais.
Remarquons bien néanmoins que Jésus-Christ et le Saint-Esprit ue nous enseignent pas des choses différentes. Écoutez bien , fanatiques , qui attribuez à la doctrine du Saint-Esprit des choses que Jésus- Christ n'a pas dites. Il enseigne les mêmes choses; mais l’on enseigne au dehors , et l’autre au dedans ; et lorsqu'on dit que le Saint-Esprit enseigne au dedans, il faut entendre que Jésus-Clirist même enseigne aussi au dedans; parce que c'est lui qui envoie le Saint-Esprit, qui est plein de lui , comme H l'expliquera bientôt.
Et pourquoi cette doctrine intérieure est-elle attribuée au Saint-Esprit, si ce n'est pour la même raison que l’infusion de la charité lui est attribuée? La charité, dit-il , est répandue dans nos cœurs par le Saint-Esprit, qui nous a été donné >. Qu’estce donc, qu'enseigner au Saint-Esprit, si ce n’est faire aimer la vérité que Jésus-Christ nous a annoncée , jusqu’à pouvoir dire : Qui nous séjtarera de la charité de Jésus- Christ 1 Sera-ce l' affliction, ou la persécution, ou la faim? S'ous sommes victorieux dans toutes ces tentations , à cause de celui qui nous a aimés , et qui nous a donné son amour'. Et qu’est-ce que nous faire ressouvenir de ce que Jésus-Christ nous aura dit, sinon le tenir toujours présent à notre esprit par l’attachement que nous y aurons au fond du coeur? C’est-à-dire que le Saint-Esprit nous inspire non tant la science que l'ainour, et que c’est par lui véritablement que nous sommes enseignés de Dieu, comme Jésus-Christ nous l’a dit 3.
Soyons donc recueillis et intérieurs , puisquec’est au dedans que nous parle notre docteur. Homme , où eoures-vous d’affaire en affaire , de distraction en distraction, de visite en visite, de trouble en trouble? Vous vous fuyez vous-méme , puisque vous fuvez votre intérieur ; et vous fuyez en même temps le Saint-Esprit, qui vous y veut parler.
Paix Intérieure. Joan. xiv, 37.
Je vous laisse ma paix; je vous donne ma paix, celte paix intérieure, que le monde ne vous peut donner * , puisqu’au contraire c'est lui qui la trouble. Et qu'esl-ce que cette paix? Nous viendrons à lui , et nous y ferons notre demeure i. Dieu en nous et dans notre fond, c'est notre paix. Car il est écrit de la cité sainte, qui est la ligure de l'âme fidcle : Dieu ne sera point ébranlé au milieu d'elle Que ia tempête vienne, c'est-à-dire les passions, les afflictions, la perle des biens temporels : Dieu au
■ gom. v, ' IM vin , 36, J7. — 3 dm. VI , 46. —
1 JM xiv. >7. - • ibtd. aa. — • pi. xiv , e.
milieu de l'àme ne sera point ébranlé; ni par conséquent le fond où il est , car le Psalmiste poursuit : Dieu l'aidera dés le matin : Dieu la préviendra de ses grâces ; et c’est là sa paix , pourvu quelle soit soigneuse de se recueillir en elle-même , car e'est là qu'elle trouve Dieu, qui est sa force. Si elle se dissipe, si elle court. Dieu sera ébranlé au milieu d'elle ; non en lui-même , mais au milieu d'elle. Commencez-vous à écouter le monde et la tentation , Dieu s’ébranle au milieu de vous, il est prêt à vons quitter. Consommez-vous le péché , il vous quitte. Demeurez donc uni à vous-méme, et à Dieu, qui est en vous : il ne s'ébranlera pas ou milieu de vous ; par là vous serez en paix , car il est écrit : te Heu oü il demeure sera en paix1. Il n'y a point de paix pour les méchants , dit le Seigneur *. Encore un coup : H n’y a point de paix pour les méchants : ils sont comme une mer agitée qui n’a jamais de repos 3 ; qui regorge en mauvais désirs ; et ses flots , et nos écume jetée au bord sera foulée aux pieds , et ne fera que de ta boue *.
Paix Imperturbable. Joan. 11», 37.
Je vous laisse ma paix, je vous donne ma paise : je ne cous donne pas une paix comme celte que ta monde donne. Ne soyez point troublés, ne craignez rien. C’est ce que le monde ne peut vous donner. Ce qu’il redouble le nom de la paix , marque l’affection et la tendresse avec laquelle il fait un si beau présent. Vous diriez qu'à coups redoublés il veuille faire pénétrer la paix au fond du cœur. Il la leur donne pour eux, il la leur donne pour nous. Il leur donne cette paix qui reposera sur les enfants de la paix , qui seront dans la maison où ils entreront ; et qui reviendra à eux si personne ne la veut recevoir. Recevons donc la paix des apdtres , celle des ministres de Jésus-Christ , lorsqu'ils entrent dans nos maisons ; soyons pour eux des enfants de paix ; ne soyons ni contredisants , ni murmurateurs. Recevons cette paix , non celle du monde, mais celle que Jésus-Christ sait faire trouver au milieu des humiliations et des travaux.
Ne craignez rien, ne vous troublez pas. Cest , comme nous avons dit , la conclusion de tout ce discours, et le terme où il aboutit. Considérons toutes les raisons par lesquelles le Filsde Dieu bannit le trouble que devait causer sa mort. Premièrement, s’il s’en va, c'est pour nous préparer la place dans la maison de son Père. Ses disciples le peuvent suivre; et en leur disant où il va . il leur montre aussi le chemin pour y parvenir. Il leur apprend où ils pourront voir le Père , dont la vision leur suffit, dans la possession duquel ils n’ont plus rien ni à désirerai à craindre. Secondement, quoiqu’il les quitte, il n’en sera pas moins leur protecteur; et ils peuvent tout obtenir en son nom. Loin que son absence leur nuise , il fera pour eux
• Pl. XXXV, S. — * J». XJ.VUI, 33. — 1 JM. US, 31. - • IM. ».
MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE
et per eut de plus grandes choses qu'il n'avait jamais faites. Troisièmement , en les quittant, il leur promet un consolateur invisible, qui adoucira leurs peines , et leur gravera dans le cœur toute sa doctrine. Touches de l’amour qu’ils auront pour sa personne, ils garderont sa parole. Enfin, il ne les quittera pas en les quittant ; il viendra à eux , et il y viendra avec son Père, et ils établiront leur demeure dans leurs duies : ce qui les ferg jouir dans le fond du cœur, au milieu des persécutions et des tentations, d’un imperturbable repos, et de celte paix qui surpasse tout sentiment , toute pensée, toute intelligence '. Après cela on peut conclure: Ne vous troublez pas, ne craignez rien. Voici néanmoins encore une raison plus touchante pour ses vrais disciples.
XCVIII' JOUR
Irau-Chrlsl rentre en u gloire , rrSoumant a xm Père.
Joan. xiv, SS.
l'ous avez oui que je vous ai dit : Je m’en vais , et je reviens » : je meurs , et je ressuscite , et je reviens de nouveau à vous; je m’en vais encore, je monte au ciel , et j’en reviendrai à la fln , pour demander compte de mes grôces. St vous m’aimiez , cous seriez bien aises que je m’en allasse. Je vous ai dit les raisons de vous consoler démon absence, par les biens qui vous en reviennent. En voici une, par rapport à moi, qui vous doit toucher davantage : si vous m'aimez, vous devez vous réjouir que je retourne à mon Pire, parce que mon Père est plus grand que moi, et que c’est avec lui que je trouverai ma véritable grandeur.
Cest son Père qui en est la source, parce qu’il lient tout de lui: il est toujours dans son sein, et ne le quitte jamais. Toutefois , en se faisant homme, il est sorti en un certain sens du lieu de sa gloire ; et il s’est fait moindre que son Père , lui qui est naturellement son égal. Comme homme, il va retourner à ce lieu de gloire ; et en retournant il celui qui est plus grand que lui , à cet égard , il devient aussi plus grand lui-mémo , parce qu’il entre dans sa gloire 3 , ensuite de ses souffrances , et qu’assis à la droite de la majesté de Dieu . toute puissance lui est donnée dans te ciel el dans la terre 4. C’est ce qu’il nous dira bientôt : Mon Pire, gtorlfiezmoi de la gloire que j'ai eue auprès de tous , avant que le monde fût s. Répandez cette gloire sur l’humanité que j’ai prise. Telle est la gloire que je rais recevoir en retournant à mon Père : Si rous m’aimiez , vous en auriez de la joie. Réjouissez-vous donc, vous qui m’aimez; réjouissez-vous de la gloire où je vais entrer.
C’est ce que font tous les bienheureux esprits , en disant : L’Agneau qui a été immolé est digne de recevoir puissance , divinité , richesses , sagesse , force, honneur, gloire, bénédiction, action de grâces : il est digne de les recevoir avec son Père : à celui qui est assis sur le trône , et à l'Agneau , hé-
■ Philip, rr, 7. — 1 Joan. xiv, ra. — 1 Lue. xxiv, as. — * Man. n vm, la — •/ou», xvii, s.
nédiction , et honneur, et gloire, et puissance aux siècles des siècles • ? Vous le voyez, ils n’ont point de termes pour expliquer un si grand transport : c’est qu’ils aiment Jésus, et se réjouissent de la gloire qu’il a reçue avec son Père.
C’est pour nous exciter à cette joie qu’il nous dit : Si vous m’aimiez , vous vous réjouiriez de ce que je rais à mon père *. O Seigneur, je m’en réjouis ; je ne me réjouis pas tant de mes avantages que je me réjouis de votre gloire. A liez à vot re Père , selon ce qu’il est plus grand que vous , afin de jouir des avantages de votre naturelle grandeur. Gloire, louange, bénédiction, puissance, bonneur, soient donnés à l’Agneau , qui a été immolé pour nous. Soyez loué, soyez adoré, soyez serv i de toute créature : je fais nia gloire de votre gloire, ma grandeur de votre grandeur, ma félicité de votre félicité. Voilà ce qu’il nous faut dire dans toute l’étendue de notre cœur, en honneur de celte parole du Sauveur : Si rous m’aimiez , tous vous réjouiriez de ce que je vais à mon Père, parce que mon Père est plus grand que moi.
Mon Sauveur, que vous êtes grand , puisque vous avez besoin d’avertir les hommes que votre Père est plus grand que vous ! Si un autre que vous disait : Dieu est plus grand que moi ; on lui répondrait : Qui en doute ? quelle comparaison y a-t-il à faire entre Dieu et vous? C’est trop présumer de vous que de croire qu’on vous puisse mettre en comparaison avec Dieu. Mais comme il y a en Jésus-Christ une grandeur pareille à celle de Dieu , en sorte qu’il ne craint point de ce côté-là de traiter d’égal avec Dieu , et que , dans tout le discours que nous avons ouï , il montre cette égalité , il a été nécessaire de nous faire souvenir aussi de l’endroit par où le Père est plus grand que lui , de peur qu’on oubliât qu’étant Dieu , il s’était humilié et anéanti jusqu'à prendre , non-seulement la forme d'esclave, mais encore la ligure du pécheur.
Que rous êtes grand , mon Sauveur! Que j’ai de joie de votre grandeur ! Que j'ai de joie de la gloire que vous avez naturellement dans le sein de votre Père ! Que j'en ai de celle où vous êtes exalté par votre humiliation jusqu'à la mort , et à la mort de la croix!
Seigneur, vous m’avez appns comment il vous faut aimer : oserai-je vous dire avec saint Pierre : Seigneur, vous savez que je vous aime 3 ? Excitezvous , chrétien , à cet amour : dites mille et mille fois à Jésus : Je vous aime ; mais souvenez-vous qu’il vous a dit : Si vous m’ aimez , gardez mes commandements.
XCIX* JOUR
Jfotu-Ciirbt pr&lll tout ce qui lui doit arriver : Il va volontairement à la xnorL Joan. xiv, 99.
Je vous ai dit ces choses avant qu'elles arrivassent, afin que vous crussiez lorsqu’elles seraient arrivées Que vous crussiez quoi ? deux choses.
« 4}toc. T, II, IJ.j— * Joan. xiv, 18. — * JM. xxi, 18- — * Jbid. XIV, 2».
60 Dy
TSO MEDITATIONS SUR L'ÉVANGILE
La première, (fue je vois tout, que je s, iis tout, qu'on ne me peut cacher ce qu'on trame contre moi dans les ténèbres. Je vois le traître disciple qui me vend , qui me va livrer, qui se met à la tète de mes ennemis pour me prendre. Je sais tout ce qu'ils feront, et qu'ils me conduiront à la mort. Je vous le dis avant qu’il arrive , afin que vous croyiez en moi : au même sens qu’il venait de dire : Un de vous, qui mange avec moi : me trahira, et je vous le dis avant qu'il arrive , afin que lorsqu'il arrivera vous croyiez que c'est moi qui suis 1 le Christ ; et qu’il avait dit peu de jours auparavant : Notre ami Lazare est mort: je m’en réjouis pour l'amour de vous , afin que vous croyiez , parce que je n'y étais pas1. La seconde chose, afin que vous croyiez que le monde ne peut rien sur moi , et que personne n'aurait puissance de me livrer, si je ne me livrais moi-même le premier, pour obéir à mon Père.
Cest ce qu’il confirme par les paroles suivantes : Je n'ai plus guère de temps pour vous parler : le prince de ce monde arrive, et il n’a rien en moi3. Il anime les Juifs, et je les vois avancer par son instinct. Il n’a aucun droit sur moi, parce que je suis sans péché; ainsi il n’a pas le droit de m'assujettir à sa puissance, ni de me donner la mort : Mais afin que le monde sache que j'aime mon Père , et que je fais ce qu’il me commande: Levez-vous, sortons d'ici J. C’est ainsi que finit son discours.
dfin que le monde sache, car je lui dois cet exemple, que j’aime mon Pcre, et que je fais tout ainsi qu’il me l’ordonne : c’est l'exemple que je veux donner, non-seulement d’obéir, mais d'obéir par amour. Je viens de vous dire : Si vous m'aimez, gardez mes commandements : celui qui m'aime garde ma juxrole : il faut premièrement aimer, et ensuite obéir, mais par amour. C'est ce que je commande, c'est ce que je fais: j'aime mon Père, et j’obéis. Je m'avance volontairement pour exéeuter ses ordres : Judas sait le lieu où j’ai accoutumé d'aller prier, et il se sert de cette connaissance pour me surprendre; mais il ne me surprend pas. Je vois ses complots ; et quelque loin qu'il soit , toutes ses paroles viennent à mes oreilles *. Combien ai-je rompu de complots semblables! Combien ai-je échappé de fois aux Juifs , qui voulaient ine prendre! Je pourrais encore rompre ce coup, en n’allant point au jardin où l'on vient me prendre : mais il est temps, inou heure est venue , et mon Père me fait voir que c'est cette fois qu’il faut que je meure. C'est l’heure de mes ennemis et de la puissance des ténèbres : Levez-vous , sortons d'ici : allons au-devant de ceux qui me cherchent.
Il répète les mêmes paroles en descendant de la montagne des Olives, et en sortant de sou agonie : Ijn ez-vous , allons ; celui qui me trahi I approche6. Il ne recule pas : il marche à la mort avec une volonté déterminée, il y mène ses disciples ; Levez-vous, partons. Car encore que leur heure
, 1 Jon”. XIII, IK. —'Ibid. XI, II, I* , I». — ‘ Ibid, xiv, 30 Ibid. 31. — X Ibid. mu, 2,3,4. — 6 .Va U. xxn, 40.
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- nu< » " pourront qu us le suivent, et il les meneau combat pour les aguerrir. Ils fuironta cette fois, mais peu à peu ils s’accoutumeront a combattre : .liions donc, sulvez-moi, ditil, levez-vous. C'est à nous qu'il parle aussi. Revêtons-nous, à son exemple, de résolution et de courage : ne nous troublons pas; ne craignons rien : a quelque hasard qu'il nous faille aller'pour son service, faudrait-il aller à une mort assurée levons-nous, partons; et quand il sera à la porte, lorsqu il frappera le dernier coup, et qu'on nous annoncera la mort prochaine, disons avec un air libre et d’une voix ferme : Urons-nous, savions d ici.
Cela dit , Jésus se leva ; il partit du cénacle et de la maison , pour aller, selon sa coutume , au jardin et a ta montagne des Oliviers ; et ses disciples te suivirent'.