XII, 4H
pas jugés ». Elle nous apprend que la miséricorde est exaltée au-dessus du jugement , et que le jugement sans miséricorde ne sera que pour ceux qui n’auront point fait miséricorde *. Ainsi cette parole nous munit contre sa propre sévérité : et nous serons sanctifiés en vérité, selon cette parole, si nous confessons en vérité nos fautes et nos faiblesses.
0 que la vue en est affligeante! ô qu’on aime à discourir de ses vertus, de ses lumières, de ses grâces! mais qu’on fuit de voir ses faiblesses, ses fautes! Ellcsse présentent malgré qu’on en ait; mais on détourne les yeux. On parlera tant qu’on voudra de ses faiblesses en général, de son néant; mais quand on fait mettre le doigt dessus, l'on ne veut plus, l’on ne peut plus voir. Pour être sanctifié en vérité, il faut voir la vérité de ses fautes en particulier. Car c’est là ce qui rend l'humilité véritable : toute autre humilité, celle qui se dit un néant, sans vouloir voir en quoi elle l’est, n’est qu’un orgueil déguisé. IL vaut mieux voir ses fautes , dit saint Augustin, que de voir toutes les merveilles de l’univers.
Jésus sc sanctifie lui-même. Joan. xvu, IA, 19.
Comme nous m’avez envoyé dans le monde , ainsi je les ai envoyés dans le monde : et je me sanctifie moi-même pour eux , afin qu’ils soient aussi sanctifiés en vérité 3.
On voit ici la raison profonde , pourquoi il fallait que les apôtres fussent sanctifiés en vérité. C’est que le Fils les envoyait dans le monde, comme son Père l'avait envoyé dans le monde : mais, en l’envoyant dans le monde, il l’avait sanctifié pour y aller, conformément à cette parole du Sauveur : Celui que le Père a sancti fié, et qu’il a envoyé dans le monde : vous dites qu’il blasphème , parce qu’il s’appelle lui-même le Fils de Dieu ■*.
Disons donc qu’est-ce qu’a fait le Père céleste pour sanctifier son Fils? d'abord, le sanrtifier, c’est le déclarer saint : ce que le Père céleste a fait par tant de miracles, que les démons mêmes furent contraints de s’écrier : Je sais qui vous êtes : vous êtes le sain l de Dieu 5, le saint qui êtes saint de la sainteté de Dieu; le saint que Dieu a promis par tous les prophètes, et qu’il a oint pour être le Saint des saints 6. Mais il faut entendre non-seulement la manière dont Jésus-Christ est déclaré saint, mais encore celle dont il l’est et dont il l’a été fait.
Il est saint par sa naissance éternelle : et encore qu’il reçoive cette sainteté de son Père, comme il en reçoit son essence, il n’a non plus été fait saint, qu'il a été fait Dieu. Ainsi il ne convient à Jésus- Christ d'avoir été sanctifié, que selon sa nature humaine; et ce grand ouvrage fut accompli et manifesté au milieu dps temps, lorsque le .Saint-Esprit étant descendu sur la sainte Vierge, et la vertu du Très-Haut l’ayant couverte, la chose sainte , qui naquit de cette bienheureuse Cierge, fut appelée
1 I. Cor. XT, ai. — * J tic . H, 13. — 3 Joan. XVII , 18, If.
* Ibhl. x , 36. — 1 Luc. iv, S*. — * Dan. \i , g|.
MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE
le Fils de Dieu C'est donc ainsi que Jésus-Christ n été sanctifié pour être envoyé au monde, ou plutôt lorsqu'il y fut envoyé.
Et ce qui rend cette sanctification plus glorieuse, et plus abondante; c'est qu’outre la sainteté personnelle de Jésus-Christ, il fut oint, consacré, sanctifié par sa charge de médiateur et de pontife, ayant été revêtu de ce divin sacerdoce qui lui avait été prédestiné, selon l’ordre de Melchisédech. Ce qui était ■encore une suite de sa filiation , selon ce que dit saint Paul : qu'il ne s’est pas ingéré de lui-même dans le sacerdoce , mais qu’il y a été appelé cl nommé par celui qui lui a dit : Vous êtes mon Fils, je vous ai engendré aujourd'hui ».
Cette sanctification de Jésus-Christ en qualité de pontifie, en induit une autre du môme Jésus en qualité de victime. Car ce divin sacrificateur ne devait pas, comme le grand-prêtre de la loi, offrir une victime étrangère, ni un autre sang que le sien : mais il devait paraître une fois pour abolir le péché en s’offrant lui-même 3. Il était donc saint, et consacré à Dieu, non-seulement en qualité de pontife, mais encore en qualité de victime. Et c’est pourquoi il dit à Dieu en entrant au monde : Vous avez rejeté les holocaustes et les sacrifices pour le péché : alors j’ai du : Je viendrai moi-même 4 , pour tenir la place de toutes les hosties.
C’est pour cela qu'il se sanctifie, qu’il s’offre, qu’il se consacre, comme une chose dédiée et sainte, au Seigneur. Mais il ajoute : Je me sanctifie pour eux, en parlant de ses apôtres; afin que participant par leur ministère à la grâce de son sacerdoce, ils entrent aussi en même temps dans son état de victime; et que n’ayant point par eux-mêmes la sainteté qu’il fallait pour être les envoyés et les ministres de Jésus-Christ , ils la trouvassent en lui.
Ce ne sont pas seulement les apôtres , mais encore tous les chrétiens, qui ont part à ce sacrifice* [et au sacerdoce de Jésus-Christ. Saint Paul nous apprend à offrir nos corps comme une hostie vivante , sainte, agréable à Dieu3. Celui qui a une hostie à offrir participe au sacerdoce : et c'est ce qui fait dire à saint Pierre , que tant que nous sommes de chrétiens , nous sommes un saint sacerdoce offrant à Dieu des victimes spirituelles, qui sont acceptées par Jésus-Christ 6 ; et à saint Jean dans l'Apocalypse : que Jésus-Christ nous a faits rois et sacrificateur s à notre Diem. Ce ne sont pas seulement les apôtres qui sont sanctifiés par la part qu’ils ont au sacerdoce de Jésus-Christ ; nous y avons tous notre part à cette manière. Tout ce qu’a fait Jésus-Christ nous appartient comme à eux.] Car les apôtres mêmes ne sont pas apôtres pour eux , mais pour les autres , comme disait l’apôtre saint Paul : Tout est à vous, soit Paul, soft Cèphax, soit Apollo : tout est à vous : et vous êtes à Jésus-Christ, et Jésus-Christ est à
' Lttc.t, 35. — » Heb. v, 5, fl, 10. — • Ibid, ix, 26, 30. — 4 Ps.x\XlX,7, 8. Hcb. X,6,6, 7, etc.
• le* moü» qui sont enln* deux crochets [] ne se trouvent point dans le manuscrit original. ( F. dit. de f’ertuiUrsA
» Rom. ni , I. — • L Pci « , 6. — *• Jpoc. v, 10 .
Dieu *. Et encore : Dieu a mis en nous le ministère de réconciliation : parce que Dieu était en Christ , se réconciliant te monde, ne leur imputant point leurs péchés : et il a mis en nous la parole! de réconciliation ».
Voila donc la mission des apôtres fondée sur celle de Jésus-Christ, et l'accomplissement de cette parole du Sauveur : Comme vous m’avez envoyé , ainsi je les envoie 3. Vous m’avez envoyé pour réconcilier le monde; et je les envoie avec la parole et le iniuistère de la réconciliation, pour accomplir mon ouvrage. Et je me sanctifie pour eux , et pour tous ceux à qui je les envoie , afin qu’ils soient saints en vérité, par l’effet de mon sacerdoce, et par la perfectien de mon sacrifice.
Voici donc les mots solennels du sacrifice de Jésus-Christ, par lesquels il s'offre lui-même pour nous : Sanctifiez- les en vérité : Je me sanctifie , je me consacre moi-même pour eux , afin qu'ils soient sanctifiés en vérité *. Il fallait que nous eussions un tel pontife, saint , innocent , juste , parfaitement séparé des pécheurs , et exempt de foute souillure, qui n’eût pas besoin d’offrir pour lui-même 5 ; mais qui s’offrît lui-même pour le peuple. Lui , quitte connut jamais le péché, a été fait péché pour nous, c’est-à-dire , victime pour le péché , afin que nous fussions justice de Dieu en lui6. Il s’est revêtu de notre péché, pour nous revêtir de sa justice. C’est l’effet de cette parole s Je me sanctifie pour eux.
Entrons donc arec Jcsus-Christ dans cet esprit de victime. S’il se sanctifie, s’il s’offre pour nous, il faut que nous nous offrions avec lui. Ainsi nous serons sanctifiés en vérité, et Jcsus-Christ nous sera donnéde Dieu pourètre notre sagesse, notre justice , notre sanctification et notre rédemption. Et l’effet d’un si grand mystère , c’est Que celui qui se glorifie ne se glorifie pas en lui-même 7; mais seulement en Jésus-Christ, en qui il a tout. C’est donc ce que Jésus-Christ demandait pour nous en disant : Je me sanctifie pour eux, afin qu’ils soient sanctifiés en vérité. Et il ne faut rien ajouter à ce commentaire de saint Paul, qu’une profonde attention à un si grand mystère.
Jésus prie pour tous les élus, qu'ils soient un. Joan.