XVII
Je ne prie pas seulement pour eux : mais pour ceux qui croiront en moi par leur parole6. Heureux chrétiens! Jésus-Christ vous a tous en vue dans cette prière. En priant pour les apôtres qu’il envoyait au monde, il priait aussi pour ceux à qui il les envoyait. Mais pour confirmer notre foi , et nous déclarer davantage ses intentions , il a daigné s'expliquer en notre faveur, d'une manière plus expresse , par les paroles qu’on vient de voir. Et afin de nous faire entendre qu’il nous associe à ses apôtres, il demande pour nous la même grâce qu'il a
1 |. Cor. III, 22 , 23. — *11. Cor. T, 18, 19- — * Joan. XVU, j IB. — « Jbid. 19. — * Heb. VII , 30 , 27. — • IL Cor. V, SI. — • »1 (or. i, 30, 31. — • Joan. xv:i, 20.
MEDITATIONS SUR L’EVANGILE
demandée pour eux. Je vous prie , disait-il, qu’ils soient un comme nous . Voilà ce qu'il demandait pour ses apôtres. Et que dèmande-t-il maintenant pour nous, qui devions croire par leur parole? Je vous prie , dit-il encore, que tous ils soient un; comme vous , mm Père , êtes en moi , et moi en vous : ainsi qu’ils soient un en nous «.
Qu'ils soient un comme nous, qu'Us soient un en nous. 11 explique plus distinctement ce qu'il avait dit de notre unité. Qu’ils soient un connue nous : c'était-à-d ire avec la proportion qui doit être entre l’original toujours parfait, et d'imparfaites images. Mais lorsqu'il dit : Qu’ils soient un en nous, il explique plus distinctement que l’unité est en Dieu comme dans la source, comme dans le centre, comme dans le premier principe , par qui et en qui nous sommes unis. Qu’ils soient un en nous : que nous soyons non-seulement le modèle , mais encore le lien de leur unité : qu’ils aient par nous, et par grâce, ce que nous avons par nature et de nousmêmes; qu’ils soient des ruisseaux qui se réunissent en nous, comme dans la source d’où ils tirent tout. Ainsi ils vivront tous d une même vie, et ils ne seront qu'un cœur et qu’une âme.
Si les chrétiens sont un de celte sorte, ils sont heureux : car qu’y a-t-il de plus heureux que d’étre un dans le Père et dans le Fils , que d’être un véritablement, persévéramment, sans que rien nous puisse séparer? C’est ce qui nous sera donné dans la perfection au siècle futur : mais c’est ce qu’il faut commencer ici par la sincérité de notre concorde.
Repassons souvent ces paroles : Ils n'étaient qu’un cœur et qu'une âme ». C’est par où a commencé le christianisme. Mais si nous tenions quelque chose d’une si belle origine, la charité seraitelle si resserrée, la concorde si rare, les aumônes si peu abondantes?
Le cœur de l’homme est si ennemi de la concorde et de la paix, qu’au milieu de celte union primitive , qui ne faisait des premiers fidèles qu’un cœur et qu’une âme , il s’éleva un principe de dissension entre les Grecs et les Hébreux, comme si les veuves des uns étaient plus négligées que celles des autres 3. Les apôtres remédièrent bientôt à ce désordre : et ce fut ce qui donna lieu à la première promotion des diacres. O Dieu, réveillez dans votre Eglise cet esprit de charité apostolique qui répare les dissensions qu’on voit répandues dans tous les ordres de l’Église! Au lieu de cette première unité, on ne voit que jalousie, que mépris, que froideur entre tous les ordres, entre tous les particuliers. O Dieu, donnez- nous des Étiennes qui ne respirent que la charité, et qui entretiennent la concorde! O Dieu, mettez fin aux schismes, aux hérésies, aux guerres, aux jalousies des chrétiens! Gardez du moins, pacifiez et unissez votre Église par toute la terre! Qu’il n’y ait qu’un même esprit, et un même cœur, comme il n’y a qu'une même foi * !
' Joan. 1 1, 20, 2|. — * Act. IV, 32. — i Act. VI, f. — 4 Ephet. IV, 5.
LVIIl* JOUR.
Unité et égalité parfaite du Père et du FU*. Joan. xvii ,
Comme vous , mon Pcre, êtes en moi, et moi en vous1. Ces façons de parler réciproques, dont la propriété et la force est de marquer une parfaite égalité, sont familières à notre Seigneur. Ici il ne se contente pas de dire à son Père : fous êtes en moi, s’il ne dit en même temps : Je suis en mus. IJn peu au-dessus : 7 but ce qui est à moi, est a vous; et incontinent après : Tout ce qui est à vous , est à moi ». Kn un autre endroit : Personne ne connaît le Père , si ce n’est le Fils; et réciproquement : Personne ne connaît le Fils, si ce n’est te Père l. Toutes manières de parler naturelles au Fils de Dieu, pour marquer son unité parfaite avec son Père, et traiter en toutes manières d'égal avec lui : en sorte que , s’il semble recevoir de son Père quelque avantage, en disant : Fous êtes en moi; il le lui rend en disant : et moi en vous. Ce sont paroles de société, d'égalité, d’unité parfaite; c’est un langage qui n’a lieu qu’entre le Père et le Fils, entre le Fils et le Père. Qui osera dire : Fous êtes en moi, et je suis en vous, que celui qui ne reconnaît de différence entre son Père et lui , que dans le rapport mutuel de Père et de Fils? De même qui osera dire : Tout ce qui est à vous, est à mol; et réciproquement ; Tout ce qui est à moi , est à cous , sinon celui qui est un avec son Pcre? CVst déjà quelque chose de divin de pouvoir dire ; l'out ce qui est à vous, est à moi : mais d’ajouter : Tout ce qui est à moi, est à vous, c’est montrer que l’avantage est égal : au Fils, d’avoir tout ce qu’a le Père; et au Père, d’avoir tout ce qu’a le Fils. Par ces divines façons de parler, tout est égal : dans les personnes, Fous êtes en moi , et moi en vous : dans les biens, Tout ce qui est à mol, est a vous : tout ce qui est à vous , est à moi : dans la connaissance : Personne ne connaît te Fils , si ce n'est le Père; et personne ne connaît le Père, si ce n’est le Fils. L’avantage est égal des deux côtés, en tout et partout. La gloire de recevoir n’est pas moindre que celle de donner. Celui qui donne reçoit, parce qu’il reçoitdans son sein ce Fils uniqueà qui il donne : et s’il lui était inégal , il recevrait en lui-même quelque chose qui, lui étant inférieur, ne serait pas digne de lui. Tout fils est égal à son père par la nature : et c’est là le propre d’un fils. Que s’il y a quelque inégalité entre ces noms de Père et de Fils parmi les hommes, c’est que le fils n’est d’abord qu’un homme imparfait et commencé.
Il faut ôter tout cela en Dieu, où il n’y a rien d’imparfait. Et si même parmi les hommes le désir du père est que son fils lui devienne égal en tout, en croissant; combien plus le désir de Dieu doit-il être, pour ainsi parler, non que son Fils lui devienne égal, mais qu'il le soit en naissant! Car, par ce moyen, il ne dégénère du Père en aucun instant, étant d’abord tout parfait. Il faut ôter seni-
1 Joan. XVII, *1. — 1 Ibid. 10. — * Sfdllh. XI, 27.
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MÉDITATIONS SDK L’ÉVANGILE.
htolileinent dans la nature divine, que le Père pré- , eede le Fils : car cela n'a point de lieu , où le temps | ne se trouve pas, et où tout est mesuré par l'éter- j nité. Qui ne voudrait être père d’abord, puisque être 1 père c'est l'effusion de la fécondité, et la démons- j «ration de la plénitude? On voudrait donc être père d'abord, et n'attendre pas cela du teni|is : c’est le désir de la nature. Or, tout le bien qu’on désire parmi les hommes , est naturel en Dieu sans le dégirer. Et d’ailleurs quel avantage est-ce parmi nous à un père, d’être devant son fils, si ce n’est d’avoir vieilli? Or, comme Dieu ni ne change, ni ne vieillit; ni le Père n’a la prééminence de Mge, ni le Fils n’a l’avantage de la jeunesse. Car, après tout, ce qu’on appelle la prééminence de Mge n’est qu’un défaut de la nature, qui, en vieillissant, tend à sa fin.
Tout cela est donc exclu en Dieu. Ni le Père n’est plus vieux, ni le Fils n’est plus jeune : car en cela il excellerait au-dessus du Père. Dans le Père qui est Dieu , et le Fils qui est Dieu aussi , l’antiquité est toujours également vénérable, comme la jeunesse est toujours également dans la fleur; parce que l’éternité, qui est toujours ancienne et toujours nouvelle, égale tout. Et c’est pourquoi le Fils dit : Tout ce qui est à moi, est à vous; et tout ce qui est à vous, esta moi; par conséquent l’éternitc même : et de toute éternité je suis en vous, comme de toute éternité vous êtes en moi. Ainsi la gloire est égale : car s’il y a de la gloire pour le Fils d’avoir un tel Père, il n’y en a pas moins au Père d’avoir un tel Fils. Et si même parmi les hommes, ou le fils nécessairement est moins que son père , et dégénère de lui, du moins en naissant si petit et si imparfait, on ne laisse pas de dire : Un sage fils est ta gloire de son père : combien plus le dirat-on du Fils de Dieu! Si c’est la gloire d’un père | d’avoir un fils qui n’est sage qu’à cause qu'il l’est j devenu, quelle gloire , pour le Père éternel , d’avoir ' un Fils qui est, en naissant et d’abord, la sagesse même!
Il est si beau d’avoir un tel Fils, que le Père en l’engendrant le conserve en soi. Parmi nous, avoir un lils, c’est le mettre hors de soi-même : en Dieu , avoir un fils, c’est le produire et le conserver éternellement dans son sein , comme quelque chose d’égal et aussi parfait que soi-même. C’est pourquoi il est unique , et il ne peut y en avoir deux : Le f-ih unique qui est dans le sein du Tère1. Il est unique, parce qu’il est parfait : il est unique, parce qu’il tire tout et épuise si parfaitement In fécondité, qu'un autre n’ajouterait rien à la gloire d’être Père. C’est pourquoi il demeure dans le sein du Père, parce qu’il est digne par sa perfection d’y être toujours; et tout immense qu’est ce sein du Père; il n’y a point de plaee pour on autre fils : parce qu’on ne peut en avoir qu’un, quand on l’a parfait.
Croyons donc la vérité de cette parole : t ous êtes en mol, et moi en vous. Et adorons également le Fils dans le Père , et le Père dans le Fils, parce
1 Joan. I, la.
que ôtant du nom de Père et de Fils tout ce qui marque imperfection, commencement, inégalité,il ne reste qu’une nature parfaite et parfaitement commune. En sorte que si, du côté de l’origine, on met le Père devant le Fils; du côté de la perfection , on les met naturellement tous deux ensemble; et qu’on pourrait aussi bien dire , le Fils et le Père , qu’on dit, le Père et le Fils, selon aussi que l’ont dit quelques anciens, pour montrer, qu’entre le Père et le Fils, être le premier ou le second , n’emporte point d’inégalité , mais seulement une origine sans imperfection.
Pourquoi osons-nous parler de telles choses? Ne faudrait-il pas trembler, et adorer en silence un si grand mystère? Mais puisque Jésus-Christ a daigné nous en parler, nous pouvons en parler aussi ; pourvu que ce soit avec lui, après lui et selon lui. Ajoutons, que ce soit encore pour la fin qu’il s’est proposée. Et quelle est-elle? Elle est admirable : Comme vous, mon Père, êtes en moi, et que je suis en vous ; ainsi qu'ils soient un en nous : qu’il y ait entre eux, comme entre nous, une parfaite égalité, depuis le premier d’entre eux jusqu’au dernier : qu’il y ait une parfaite unité et communauté; que chacun puisse dire en quelque façon à son frère : Tout ce qui est à mol, est « rous; et tout ce qui est à vous, est à moi. C’est ce qui a été eu effet , il le faut souvent répéter, dans la naissance de l’Église : F.t ils n’avaient qu’un cœur et qu'une Ame. Et aucun d’eux ne disait qu’il eût quelque cAose à sol; tuais tout était commun entre eux1. Cela a été effectif au commencement de l’Église; pour montrer que la disposition en devait être dans le fond de tous les crcurs. Et c’est pourquoi Anonias et Saphirn, ces deux disciples qui violèrent la loi de cette communauté de l’Église, périrent dans leur malheureuse propriété. Pierre, qui était le chef de l’unité, les frappa, et le Saint-Esprit, à qui ces malheureux avaient menti , fit un foudre de la parole de ce saint apôtre, pour les faire mourir à l’instant >. Ainsi fut vengé le violement de l’unité des fidèles.
Portons donc cette disposition dans le fond du coeur : communiquons : donnons : ne resserrons point nos entrailles : qu’aucun de nous ne regarde son frère avec mépris. Dans le fond tout est égal entre nous : la distinction superficielle qui nous élève les uns au-dessus des autres, regarde l’ordre du monde, mais ne change rien dans le fond. Nous sommes tous formés d’une même houe : nous portons tous également l’image de Dieu dans notre âme. L'homme n’a que la nature : le chrétien n’a que la foi. Que la charité égale tout; selon ce que dit saint Paul : quit faut établir l'égalité. La consolation et l’affliction, le bien et le mal, tout doit être égal entre les frères. Et pour cela, celui qui est riche doit suppléer à ce qui manque au pauvre : afin, répète l’apôtre, que tout soit réduit à l'égalité : selon ce qui est écrit de la manne : que celui qui en recueillait plus , n’en avait pas plus ;
« Jci. iv, 32. — */W(J. v, l,2etMrq.
MEDITATIONS SUR L’ÉVANGILE
et celui qui en recueillait moins, n'en lirait pas moins ». Dieu veut donc de I égalité entre les frères : c’est-à-dire , que personne lie soit dans l'indigence , mais que le besoin de tout le monde soit soulagé, et l'inégalité compensée.
Le riche , qui fait meilleure chère , qui est mieui vêtu , mieux logé , n'en est pas plus grand pour cela : au contraire, dans le fond il est plus pauvre, parce qu'il s'est fait des besoins de ce que la nature ne demandait pas. Il serait et plus riche et plus heureux, s’il ne lui fallait que ce qui contente le pauvre. Qu’il regarde donc son abondance comme une preuve de sa pauvreté et de son infirmité ; qu'il s’en humilie ; qu'il en ait honte : ainsi il se mettra en égalité avec le pauvre; et faisant de ses biens un supplément des besoins de l'indigent , il participe a la grâce de la pauvreté.
Quand dirons-nous de tout notre cœur à notre frère qui souffre : Tout ce qui est à moi, est à vous ; et à notre frère qui est dans l'abondance ; Tout ce qui est à vous , est à moi ? Hélas ! on ne verra jamais sur la terre un si grand bien dans sa perfection. C’est pourtant ce que veut Jésus, lorsqu'il dit : Comme mus, mon rire, (tes en mot, et que je suis en cous ; et que tout ce qui est a moi , est a cous ; et tout ce qui est à mus, est à mol : ainsi qu'ils soient un en nous ». Tendons a cette unité divine. Mon Dieu , j’étends de grands bras à tous mes frères : je leur ouvre mon sein : je dilate sur eux mes entrailles; afin de leur être tout, père, more, frère, sœur, ami , défenseur, et tout ce dont ils ont besoin pour être contents.
La fol pleine cl entière est l'effet de Punite des fidèles.
Joan. xvii, 31.
Afin que le monde croie que vous m'avez envoyé J. Quand le monde croira ainsi , le monde sera converti : celte partie du inonde qui le croira cessera d’étre du monde : et Jésus-Christ attribue la conversion de l’univers, qui devait venir, à celte unité de ses fidèles. Il avait dit, chapitre xiv, 31 : Afin que le monde sache que j’aime mon Pire, et que je fais ce qu'il m’ordonne , levons-nous, allons à la mort. Il avait dit en parlant de la charité fraternelle : On connaîtra que vous (tes mes disciples, si cous vous aimez tes uns tes autres C Et il dit encore ici plus précisément : Afin que le monde croie que vous m’avez envoyé. C’est la foi pleine et entière , et c'est l’effet de l'unité des fidèles. Il persiste : Je suis en eux, et vous en moi ; afin que le monde connaisse que vous m’avez envoyé*. La meilleure manière de prêcher, c'est de prêcher par l'exemple. Si vous voulex convertir le monde , vivez dans cette unité parfaite dont je vous ai montre le parfait modèle dans celle qui est entre mon Père et moi. Imitez cette unité ; et le monde, qui en verra l’image en vous, s'élèvera à l'original ; et il verra que mon Père et moi sommes en vous ,
>' imprimant le caractère de charité et de concorde : et il croira que je suis vraiment fenvoyc de Dieu en ce qu unissant les hommes d’une manière si cordiale, je fais un ouvrage qui marque la dignité ds mon envoi et la puissance de ma grâce.
LXr JOUR.
Jéius fait part de sa gloire S ses élus. Joan. xvn, 32.
Je leur ai donné la gloire que vous m’avez donnée : afin qu’ils soient un comme nous sommes un •
Il la compte comme donnée, parcequ il voulait nous la donner, et qu'elle sera le fruit du sacrifice qu'il allait offrir pour nous.
Il commence ici à nous découvrir une nouvelle vérité, qui est qu'après avoir été un dans la charité sur la terre , nous serons un dans la gloire ; et que la gloire qui nous sera donnée, sera celle de Jésus-Christ. If parle ici de la gloire qui devait être donnée à Jésus-Christ selon sa nature humaine, en le ressuscitant. Cette gloire nous sera donnée , puisque nous aurons part à la gloire de sa résurrection. Bien plus, il a daigné dire dans l’Apocalypse : Je donnerai à celui qui aura remporté la victoire, d’étre assis dans mon trône; comme j ai remporte la victoire, et que je me suis assis avec mon Père dans son trône ».
Toute la sainte cité , toute la société des saints n est qu un seul trône de Dieu, qui a dit : Je serai en eux1. Il sera comme un roi, qui, après avoir abattu le régné du péché et de la mort, établira son empire dans tous ses sujets , en les rendant éternellement et parfaitement heureux. Ce qui leur armera, parce que Dieu sera tout en tous*. Alors done nous serons unis dans la gloire , comme sur la terre nous aurons été unis dans la charité et dans la grâce. Notre gloire sera celle de Jésus-Christ notre chef, qui se répandra sur tous scs membres ■ et la gloire de Jésus-Christ sera celle de son Père • laquelle se trouvant en lui par sa naissance éternelle rejaillira sur l’humanité que le Fils do Dieu' s’est uni. Voilà donc tout réduit en un par la gloire et la félicité éternelle; et pour être reçus dansccltegloire il faut être un par la charité : car Dieu veut faire de ses fidèles un corps parfaitement un en Jésus- Cnnst : un corps dont I unité aille croissant, jusqu'à ce qu'elle se consomme, et reçoive sa dernière perfection dans le ciel.
Pour done répondre au dessein de Dieu , nous ne pouvons nous unir assez avec nos frères, ni assez bannir tout ce qui peut faire entre nous Ja moindre division. Mon Dieu , plus que jamais je m'en vais rechercher en moi tout ce qui me divise de nies frères par quelque endroit que ee soit, les défiances , les jalousies, l’orgueil qui en est la source. L'orgueil tire tout à soi , veut tout pour soi : et c’est là le principe de la division. Nous vivrions sans partage si nous vivions sans orpueil.
O vie sainte! ù vie heureuse que celle qui est sans orgueil ! c est le vrai commencement de la
1 . Cor. vin, 14, 16. — * Joan. XYtl, io, 2 1 . — * Ibid, uni , 35. — >lbid. 23.
sa. —
< tl
Joan. XVII, 22. — » Jipoe. ui , j|. i xxV,
• Cor. vi , 16. Jpoc. xxi , 3. — » j. Cor. xr, 2S. ’
Digitiz
788 méditations s
vje éternelle- Commençons donc cette vie; et puisque Jésus-Christ ne cesse de nous inculquer cette unité , tournons toutes nos pensées , tous nos désirs, tous nos soins à l'établir dans notre cœur. Avons toujours dans la pensée, toujours a la bouche ce précepte de saint Paul : <Jue chacun ne regarde pas ce qui lui convient, mais ce qui convient aux autres • . C'est la cette parfaite abnégation de soi-méme tant commandée par Jésus-Christ. Soyons un de notre côté, même avec ceux qui ne veulent pas être un avec, nous : n'ayons rien a nous : que tout notre déplaisir soit de ne pouvoir pas communiquer assez tout ce que nous avons et tout ce que nous sommes. Cherchons les moyens de devenir autant que nous pourrons, un bien commun a tous , en nous faisant tout à tous , avec saint Paul ».
Ocharité ! & amour ! û compassion ! o condescendance! ô support! Aumône, libéralité, consolation , entrailles de miséricorde , paix entre les frères en Dieu notre Pcre et en Jésus-Christ Notre-Seigneur; vous êtes l'objet de mes vœux : je ne veux plus penser autre chose. Amen , amen.
Les élus consommé* en Un. Jous. xvll , 23.
Je suis en eux , et vous en moi ; afmqu ils soient consommés , réduits en un •• et que le monde connaisse que vous m’avez envoyé, et que vous tes avez aimes comme vous m’avez aiméK II revient toujours à cette sainte unité : elle fait les delices de son cœur ; et il ne peut quitter un sujet qui lui plaît si fort II va toujours approfondissant de plus en plus celte matière ; et il nous apprend ici que la source de celte unité, c'est qu'il est en nous comme son Père
est eu lui. ,
I.es saints Pères ont interprète ces paroles en cette sorte : je suis en eux, par mon esprit; je suis en eux par ma chair que je leur donne dons l'eucharistie. Je leur rends par ce moyen tout ce que i'ai pris d'eux ; je leur donne en même temps tout eè que j'ai reçu de vous : ma divinité est à eux aussi bien que mon humanité. Dans l'humanité , qui est à eux et eu eux , ils trouvent la divinité qui lui est unie : et ils en peuvent jouir comme de leur bien. C’est donc ainsi que je suis en eux : et vous, mon 1-ére, vous ( tes en moi. Tout est donc en eux, tout est à eux. Que leur faut-il davantage pour être parfaitement consommés en un? F.t néannoins voici encore quelque chose de plus touchant. ( . est , mon Père , que vous les aimez comme vous m'avez aimé. Ils ne sont enfants que par adoption et par grâoo; et moi , qui suis Fils par la nature , j'ai trouvé cet admirable moyen de me les unir comme mes membres , afin que cet amour paternel , que vous avez pour moi , s'étendit sur eux : ajin, continuet-il , que l’amour dont vous m'avez aimé soiteneux, comme je suis aussi en eux 1-
O homme , regarde donc combien tu es chéri de Dieu ! Quoi ! le monde te plaît encore ! Quoi! tu peux
• Philip. Il, S.—1 I. Cor. K, 12.— * Joan. XVII, 23. —
• mu. as.
IR L'ÉVANGILE
penser autre chose que Dieu même? Il en faudrait mourir de regret et de honte. Il faut se taire iri dans une profonde admiration et action de grâces, en considérant , en goiltanl ce que nous sommes à Dieu par Jésus-Christ. C’est un mystère ineffable et inénarrable. Oh, si le monde le pouvait connaître, il connaîtrait en même temps que Jésus-Christ est vraiment envoyé de Dieu ; et qu'un Dieu envoyé au monde ne pouvait rien enseigner ni opérer de plus grand.
LXIl’ JOUR.
Gloire de Jésu* : Il veut que te élai y «oient avec lui.
Joints XVII, SI.
Mon Père, Je veux que là où je suis , ceux que vous m’avez donnés y soient aussi avec moi : afin qu'ils voient la gloire que vous m'avez donnée; parce que vous m'avez aimé avant l’établissement du monde'.
Mon père, je veux. Jusqu'ici il avait dit Je prie : il change de langage , et il dit plus absolument : Je veux. En parlant aux hommes, il pouvait dire. Je veux , h même titre qu'jl leur dit : Je vous commande. Car il est leur maître et leur Seigneur : toute puissance lui est donnée sur eux. Il pouvait aussi , même en parlant à son Père, parler ou en inférieur, ou en égal; et étant Dieu comme son Père, et étant la parole même de son Père, il pouvait dire comme lui et avec lui : Je veux. Mais pourquoi il ne l'a fait qu'ici, et pourquoi dans une prière; et pourquoi, ayant accoutumé partout ailleurs, lorsqu il parlede volonté absolue, de ne nommer que celle de son Père , à laquelle la sienne était attachée avec une parfaite soumission, il parle ici seulement d une manière si déterminée et si absolue : mon Sauveur! est-il permis de vous le demander ?
Commençons par adorer, quelle qu’elle soit , la vérité enseignée dans cette parole. Je veux. Oui , le Verbe , qui est la sagesse même , a eu sa raison |>our l’inspirer à l'ôme de Jésus-Christ, qui lui est unie de cette manière ineffable : et cette âme sainte a pu dire, en conformité de la volonté suprême du Père et de son Verbe : Je veux. Et c'est une chose admirable, que ce soit en faisant pour nous la demande la plus importante, que Jésus-Christ ait parlé de cette sorte : Je veux, mon Père, que la OU je suis, dans votre gloire éternelle, ceux que vous m'avez donnés; les apôtres, dont il a dit : Ils étaient à vous , et vous me les avez donnés ■ et ceux qui devaient croire par leurs paroles * , qui n'aurnient pas cru , si son Père ne les lui avait aussi donnés : Je veux, dis-je , que tous ceux-là soient ta où je suis. Il semble qu'après avoir dit, qu’its soient oie je suis, il ne servait de rien d’ajouter : qu’ils y soient avec moi : mais on ne pouvait trop exprimer ce qui fait toute la douceur de cette demande : puisque être avec Jésus-Christ c’est ce qui satisfait le cœur de l'homme. Être avec Jésus-Christ ,c est être avec la vérité et la vie : y être dans le ciel , et dans la gloire étemelle , ce n’est plus être avec lui coinm»
* Joan. IVil, 9i. — * Ibid. «, SO.
MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE. 7*0
avec celui qui est la voie, mais comme avec celui qui est le terme de notre course , et en qui nous trouvons la vie éternelle dans la consommation de notre amour. C’est pour nous obtenir un si grand bien , que Jésus-Christ dit , Je veux , d’une manière si déterminée.
Mais écoutons la suite : Je veux que là où je suis, ils y soient aussi avec moi ; afin qu'ils voient ma gloire. Il semble qu’il y manquerait quelque chose, qu’elle ne serait pas complète, si scs amis ne la voyaient. Mais est-ce assez de la voir? Jésus-Christ ne veut-il pour nous que cet avantage, et ne veutil pas que nous y ayons part : comme il l’a dit tant de fois? La voir, c’est y avoir part : la voir, c'est en jouir. Qui voit la gloire de Jésus-Christ dans le sein de son Père, il est heureux. Heureux, premièrement, du bonheur de la gloire de Jésus- Christ, qui fait la leur : et heureux ensuite en euxmêmes , parce que cette bienheureuse vision de la gloire de Jésus-Christ nous transforme en 'ellemême; et que qui le voit lui est semblable, conformément à cette parole : Nous lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu'il est *.
Commençons donc dès cette vie à contempler par la foi la gloire de Jésus-Christ, et à lui devenir semblables en l’imitant. L’n jour nous lui serons semblables par l’effusion de sa gloire; et n’aimant en nous que le honheur de lui ressembler, nous serons enivrés de son amour. Ce sera là la dernière et parfaite consommation de l'œuvre pour lequel Jésus-Christ est venu; et c’est peut-être pourquoi il en demande l’accomplissement par ce Je veux si déterminé , si absolu, si aimable, et si doux à entendre aux hommes.
Parce que vous m'avez aimé avant rétablissement du monde. 11 semble qu’il parle ici de l’amour qu’il a de toute éternité pour son Fils , qui lui est coéternel. C’est proprement cet amour qu’il a pour lui avant la constitution du monde. Car encore que le Père éternel ait un amour éternel pour ses créatures, par la volonté de les créer et par celle de les rendre heureuses; si c’était d’un amour semblable qu’il voulût parler, il ne se distinguerait pas assez, ni des hommes, ni des anges bienheureux qu’il a aimés d’un semblable amour, quoique dans un degré fort inégal.
Entendons donc que le Père a aimé son Fils avant l établissement du monde ; parce qu’il était ce Fils unique avant cet établissement , et qu’il était par conséquent aimé de son Père. Que faisait Dieu , s’il est permis de le demander, avant qu’il eût fait le monde? Il aimait son Fils, il le produisait dans son sein, il l’embrassait, il se Punissait, ou plutôt il était un avec lui. Et pourquoi nous rappeler toujours à un si sublime mystère ? Parce que c’est toute la source de notre bonheur. La source de notre bonheur, c’est que ce Fils que Dieu aime, et qu’il porte dans son sein avant que le monde fût et de toute éternité, se soit fait homme; en sorte que ne faisant qu’une seule et même personne avec l 'homme qui lui est uni, il aime ce tout comme son Fils;
' I. Jouit. m,2.
d’où il s'ensuit que répandant sur les hommes , qui sont ses membres, le même amour qu’il a pour lui; il s'ensuit, dis-je, que l’amour qu'il a pour nous est une extension et une effusion de celui qu’il porte dans l’éternité à son Fils unique. C’est la sourcede notre bonheur. C’est pourquoi Jésus-Christ nous y rappelle ; et il veut que nous entendions par ces dernières paroles combien est grande, combien est immense la gloire que nous verrons , et à laquelle nous aurons part en la voyant.
Que l'élévation de l’homme est un grand mystère! Tout le mystère de Dieu , et toute cette éternelle et intime communication du Pcre et du Fils y est déclarée; et c’est ainsi que Dieu est tout à tous, selon l’expression de saint Paul *.
Chrétien , es-tu chrétien , si après cela tu languis encore dans l’amour des choses de In terre? Quand entendrons-nous que nous ne pouvons assez épurer nos pensées , nos affections , notre esprit et notre cœur ? Seignenr Jésus , achevez ; et après nous avoir montré de si sublimes vérités, élevez-nous-y, et faites-les-nous aimer d'un pur et éternel amour.
Justice de Dieu inconnue au monde. Joan. xvn, 25.
Mon Père juste, le monde ne vous a pas connu *. Jésus-Christ ne donne dans cette oraison que deux qualités à son Père : Mon Père saint, et mon Père juste .
Mon Père saint, sanctifiez- le s en vérité : je me sanctifie pour eux, qfin qu'ils soient saints en vérité3; par la communication de votre sainteté, qui est aussi la mienne. On pourrait entendre de même, mon Père juste, parce que, comme dit saint Paul *, Dieu est juste, et justifiant celui qui croit en Jésus-Christ.
Mais la suite semble demander quelque chose de plus : Mon Père, vous (tes juste , et le monde ne vous connut l pas. Non-seulement il est corrompu et ne connaît pas votre justice; mais c’est encore par votre justice que l’abandonnant à sa corruption , dont il ne veut pas sortir et ne le peut de soi-même , vous le laissez privé de votre connaissance : Le monde donc ne vous connaît pas, et moi je vous connais ,* et ceux-ci ont connu que vous m’avez envoyé s. C’est ainsi qu’ils vous connaissent. Ils méritaient, comme les autres, de ne vous connaître jamais; mais moi, qui vous connais seul, et qui seul suis digne de vous connaître, je vous ai fait connaître à eux , en me faisant connaître moi-même; parce qu’ils sont ces petits et ces humbles dont je vous ai dit ailleurs : Je vous loue , mon Père, Seigneur du rie/ et de la terre, parce que vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents de la terre , et vous les avez révélées aux petits : ainsi soit-il, mon Père, parce que vous C avez voulu. Toutes choses me sont données par mon Père , et personne ne connaît le Fils , si ce n’est le Père ; et personne ne connu fl le Père , si ce n’est le Fils, et ceux à qui le
• |. Cvr. xv , 'JH. — * J on n. xv|| , 25. — 1 Ibid. Il , 17, li.— I ll»M. III, 3^— * Jwn. xvu. 25.
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MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE
Fils le voudra faire cannai Ire *. C’est pourquoi il dit ici : Immonde ne vous connaît pas ; par la même vérité qui lui fait dire : Fous avez caché ce secret auxsagesdu momie, qui, enflés de leur vaine science, n'ont pas voulu se soumettre à la justice de Dieu : Mon Père juste , ceux-là ne vous connaissent pas, et moi je vous connais, et je vous ai fait connaître à ceux-ci , qui ont su chercher la vérité dans la petitesse et dans l’Iiumhle abaissement de leur esprit. Mon Père juste! faites-leur adorer en tremblant le juste et terrible jugement que vous exercez sur le monde, qui est privé de votre connaissance, et la merveilleuse miséricorde avec laquelle vous avez daigné vous faire connaître à ceux que vous avez séparés de la corruption.
Chrétien, rendez-vous petit, si vous voulez connaître Dieu, et en Dieu Jésus-Christ, de la manière qu'il le faut connaître pour être saint.
Justice de Dieu inconnue aux présomptueux. Joan, xvu, 25.
Mon Père juste , le monde ne vous connaît jxix. Quoi! les Juifs ne vous connaissent-ils pas, eux qui ont votre loi? Et «"êtes-vous pas celui dont il est écrit, que ses beautés invisibles et son éternelle vertu et divinité sont manifestées aux Gentils par les ouvrages de votre puissance , en sorte qu'ils sont inexcusables *? l‘lnleudons donc de quelle manière Dieu n’est point connu du monde.
Il n'est point connu du monde, il n’est point couna de ceux qui présument d’eux-tnémes; et c’est pourquoi saint Paul ajoute sur ces Gentils qui ont connu Dieu , que se disant sages , ils sont tU venus fous 3.
En ce sens l<-s Juifs mêmes ne l'ont pas connu; puisqu'ils ont le zèle de Dieu; mais non pas selon la science ; et qu ignorant la justice que Dieu donne et cherchant leur propre justice, celle qu'on croit avoir de soi-même, ils n'ont pas été soumis à la justice de Dieu *.
Ainsi, pour connaître Dieu de cette manière secrète dont il assure que le monde ne le connaît pas, il faut bannir toute présomption de notre propre justice, et reconnaître que Dieu a tout renfermé dons l incrédulité , afin (Cavoir pitié de tous. O profondeur des richesses de la sagesse et de la science de Dieu! que ses jugements sont incompréhensibles, et que ses voies sont impénétrables! Car qui a connu les desseins de Dieu , ou qui est entré dans ses conseils ! ou qui est-ce gui lui a donné le premier quelque chose, pour ensuite en recevoir la rétribution Ÿ Parce que de lui, et par lui, et en lui sont toutes choses : la gloire lui en soit rendue dans tous les siècles. Amen s.
i.e* élu* aimés de Dieu en J&us-Chri*l , connu» ses mrmbraft *1 ses image*. Joan. xvu, ‘25 , JM».
Ceux-ci , les apôtres qui étaient présents, et en
1 Vntth |\, Si, •-■<1 . 27. — 1 Rotu. I, 20. — 1 ibij. 22. — ikiJ s . •,» — » /••«! /», 33, 33, 3», 3*, 36.
leur personne toute la société des enfants de Dieu qu’ils représentaient, ont connu que cous m'avez envoyé , et je leur al fait connaître votre nom, comme il a été déjà explique , vos grandeurs , vos conseils, ce nom de Père, et je leur ferai encore connaître davantage , afin que l’amour que vous avez pour moi soit en eux , et moi aussi en eux *.
Voilà, dans la conclusion de la prière de notre Seigneur, le dessein de tout le reste, et en particulier le dénouement de ce que nous avons vu au ÿ. 24. C’est ce qu’il nous faut considérer avec attention et avec respect, comme la chose du monde qui nous doit le plus donner de consolation. Car c’ost ici la dernière marque de la tendresse de Jésus-Christ.
Je suis en eux *. Ils sont mes membres vivants : ce sont d'autres Jésus-Christ, d'autres moi-même. Ils ont en eux son esprit , qui fait que la doctrine de Jésus-Christ reluit dans leur vie, qui les rend semblables à lui , qui les rend doux , humbles , patients, tranquilles dans le bien et dans le mal , soit que le monde les estime ou les méprise, soit qu’il leur fasse part de ses honneurs ou de ses rebuts, soit qu'il les invite, pour ainsi dire, à ses festins, comme il y a invité Jésus-Christ, ou qu’il les attache à la croix, comme à la lin il y a mis le même Jésus. Eu tout cela, l'esprit de Jésus qui est en eux, comme dans ses membres vivants, les rend semblables à lui et leur fait suivre ses exemples; en sorte qu’on voit en eux la vie et la mort de Jésus-Christ : la vie, parce qu’ils marchent sur scs pas; la mort, parce qu’ils portent l'empreinte de sa croix, et comme parle saint Paul , la mortification de Jésus 3. Ainsi le Père éternel ne voit en eux que Jésus-Christ : c’est pourquoi il les aime par l’effusion et l’extension du même amour qu’il a pour Jésus- Christ même ; et cet amour , en les embrassant comme les images, cpmme les membres de son Fils, répand sur eux la meme gloire que Jésus-Christ a reçue, en conséquence de ce qui était dü à sa grandeur naturelle en tant que Dieu , et à ses souffran- -ces en tant qu'homme. Qu’y a-t-il à désirer davantage? Jésus-Christ même n’a rien de plus à nous donner. C’est pourquoi, après avoir prononcé avec une tendresse infinie ce grand et bienheureux mot, il met lin à sa prière, et il ne lui reste plus qu'à partir pour la consommer par son sacrifice.
On peut donc voir maintenant tout le dessein et toute la suite de cette prière : il commence par demander que son Père le glorifie, et celte glorification se termine à nous en faire part ; en sorte que la perfection de la glorification de Jésus-Christ’ soit dans la nôtre ; ce qui nous unit tellement à lui , que le Père même ne nous en sépare point dans son amour. Après quoi il faut se taire avec le Sauveur, et demeurant dans l'étonnement de tant de grandeurs où nous sommes appelés en Jésus-Christ , n’avoir plus d'autre désir que de nous en rendre dignes avec sa grâce.
* Joan. XVII, 25, 20 — * Ibid. 2ü — * II. Car. |», !♦.
MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE
Père sainl. Joan. un, 11.
Mon Père saint , mou Père juste : ce sont les deux seuls noms que le Fils de Dieu donne à son Père, les deux seules qualités qu’il lui attribue; ce qu’elles renferment est inexpliquable.
Il est parlé dans cette divine oraison de deux sortes de personnes, dont les unes sont sanctifiées par la connaissance de Jésus-Christ; les autres n’ont point celte connaissance et sont privées de l’effet de sa sainte priere , conformément à cette parole : Mon Père juste, le monde ne vous connaît pas Nous avons vu que c’est par rapport aux premiers que Jésus appelle son Père saint , parce qu’il est saint et sanctifiant , et auteur dans les âmes saintes de toute leur sainteté. Et nous avons dit aussi que c’est par rapport aux seconds que le Père est appelé Juste ; parce que c’est par un juste et impénétrable jugement qu’ils sont privés de la sainteté que Jésus-Christ leur aurait donnée s’ils l’avaient reçu.
On voit donc qu’il n’y avait rien de plus convenable que d'honorer ces deux attributs dans une prière dont ils contiennent tout l’effet. Mais si je viens maintenant à la contemplation particulière de ces deux divines perfections, je m’y perds.
Je vois que ce qu’on loue, ce qu'on célèbre principalement en Dieu dans le ciel , c’est sa sainteté. Les séraphins, c’est-à-dire, les premiers et les plus sublimes de tous les esprits célestes , adorant Dieu dans son troue, n’en peuvent dire autre chose, sinon qu’il est saint; encore une fois qu’il est saint ; pour la troisième fois qu’il est saint * : c’est-à-dire , qu’il est infiniment saint : saint dans sa parfaite unité : saint dans la Trinité de ses personnes : la première, comme le principe de la sainteté : et les deux autres, comme sorties par de saintes opérations du sein même et du fond de la sainteté. Crions donc aussi : Saint, saint , Maint! et adorons la sainteté de Dieu.
Ij sainteté dans les hommes est une qualité morale qui leur donne toutes les vertus, et les éloigne de tous les péchés. Rien n’est plus excellent dans les hommes que la sainteté : rien ne les rend si admirables , 6i vénérables. La sainteté les fait regarder comme quelque chose de divin , comme des dieux sur la terre : J’ai dit: / ous êtes des dieux ; et vous êtes les enfants du Très-Haut 3. Quelle adoration ne doit donc pas attirer à Dieu sa saiuteté in finie? La sainteté est en nous comme quelque chose d’accidentel, qu'on peut acquérir, qu’ou peut perdre : Dieu est saint par son essence ; son essence est la sainteté : le fond en est saint, il est sacré; tout y est sacré, tout y est saint. Profane, n’approchez pas , ne touchez pas : tout est saint : tout est la sainteté même. Dieu est lumière , et il n‘y a point de ténèbres en lui «. Dieu est celui qui est 5 : et par son être il est infiniment éloigne du néant. Il est saint, et par sa sainteté il est encore plus infini-
1 Joan. xvii, n. — » /*. vi, J. — ,J*«.uix\i,® — 1 * U Joan.
— 4 Exod. III, il.
inent, si on peut parler ainsi , éloigné d'un autre néant plus vil et plus haïssable, qui est celui du péché. Sa volonté est sa règle, et celle de toute chose. Qu’y aura-t-il d’irrégulier (Fins la règle même? Il n’est pas le saint par grâce, il est le saint par nature. Il n’esfpas le saint sanctifié ; il est le saint sanctifiant : toutes ses œuvres sont saintes , parce qu’elles partent du fond de la sainteté, et de sa volonté qui est toujours sainte , toujours droite, puisqu’elle est la droiture même, la règle même de toute droiture.
David se lève le matin, et il vient contempler la sainteté de Dieu : Le matin je me présenterai devant vous, et je verrai que vous êtes Dieu , qui ne roulez point l’iniquité • ; qui ne pouvez la vouloir; qui êtes toujours saint, dont toutes 1rs œuvres sont inséparables de la sainteté.
Demeurons avec David en silence devant la trèsauguste .sainteté de Dieu. On se perd en la contemplant, parce qu'on ne la peut jamais comprendre; non plus que la pureté avec laquelle il faut s’en approcher.
Isaïe voit de loin le trône de Dieu, ce trône devant lequel sa sainteté est célébrée par les séraphins. J’ai vu , dit-il , le Seigneur sur un trône haut et élevé : et tout était à scs pieds ; et tout tremblnit devant lui : et je vis les bienheureux esprits qui approchent le plus près du trône; et je n'entendis autre chose de leur bouche que cette voix : Saint , saint , saint. Lt je fus saisi de frayeur, ht je dis : Malheur à moi ! parce que j'ai les (erres souillées, et que je demeure, au milieu d'vn peuple dont les levres sont souillées aussi : et j'ai vu de tues yeux le Roi dominateur des années *, de toute l’armée du ciel , de toutes celles de la terre. La sainteté de Dieu le fait trembler. Saisi à sa vue d’une sainte et religieuse frayeur, il s’en retire. Je ne m’en étonne pas. Il voit les séraphins mêmes dans l'étonnement. S'ils ont des ailes pour voler, ce qui montre la sublimité de leurs connaissances, ils en ont pour sc couvrir les yeux éblouis de la lumière et de la : sainteté de Dieu. Tout embrasés qu’ils sont du divin amour, ils sentent que leur amour est borné, comme tout ce qui est crée : et par conséquent qu’il y a en eux, pour ainsi parler, plus de non amour, que d’amour : comme il y a aussi toujours plus de non être, que d’êlre. Et c’est pourquoi ils se cachent, et ils voilent de leurs ailes leur face et leurs pieds ; et se trouvent comme indignes de paraître avec une sainteté finie devant l'infinie saiuteté de Dieu. Et le cri qu’ils font pour se dire l'un à l'autre Saint , saint, saint! fait voir l'effort dont ils ont besoin pour entendre et pour célébrer la sainteté de Dieu , laquelle demeure au-dessus de tous leurs efforts: en sorte qu’il n'y a que lui qui se puisse louer luimême, et que c'est en lui qu'il faut trouver et connaître sa digne louange.
Combien plus devons-nous trembler devant l’auguste et redoutable sainteté de Dieu avec nos péchés! Mais si un charbon de l’autel est applique à I mes lèvres, si un de ces séraphins prend l'ordre i » Ps. V.5. — * /* Tl, I, 2, 3, 4, S, fl, 7.
MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE
de Dieu pour me toucher, comme Isaïe, de ce feu céleste; alors je louerai Dieu avec des lèvres pures, parce que je l'aimerai d'un pur amour.
Ne croyons pas néanmoins que les séraphins, ni que les ministres de Dieu, quels qu’ils soient, fussent-ils élevés à leur degré par la perfection de leur amour, puissent nous purifier. Ils peuvent bien nous toucher les lèvres de ce feu divin par l'inspiration de quelques bonnes pensées; mais pour pénétrer' dans le fond , pour nous embraser de l'amour qui nous sanctifie , c’est le coup réservé à Dieu, qui , plus intime dans nos coeurs que le -plus intime, allume et cache dans notre intérieur, et dans la moelle de nos os , cette flamme sanctifiante et purifiante. Et c'est ainsi que s'accomplit cette divine prière : Mon père saint, sanctffiez-les en vérité : je me sanctijle pour eux
Séparons-nous donc des pécheurs et de toute iniquité, en contemplant la sainteté de Dieu notre Pore céleste. Car c’est ainsi que David, après avoir vu et contemplé dès le matin que Dieu est saint , et ne vent point l'iniquité , c'est-a-dire ne la veut jamais, ni par quelque endroit que ce puisse être; ajoute aussitôt après : Elle méchant n habitera point auprès de vous : et les injustes, les pécheurs ne subsisteront point devant vos yeux*. Encore un coup, séparons-nous donc des pécheurs : sépnrons-nous-en , non-seulement par une vie opposée à la leur; mais encore, autant qu’il se peut, en nous retirant de leur odieuse et dangereuse compagnie, de peur d’ôtre corrompus par leurs discours et par leurs exemples, et de respirer un air infbcté.
Pèrajiule. Joan. xvii, u
Après avoir dit par Jésus-Christ et en Jésus- Christ, mon Père saint , nous pouvons dire aussi en lui et avec lui, mon Père juste.
Apres avoir conçu la grâce par laquelle il nous sanctifie , et avoir admiré le bonheur de ceux qui l’ont reçue, noiis viendrons à considérer ceux qui en sont justement privés ; et nous adorerons les jugements d’un Dieu juste , après avoir admiré les sanctifications d'un Dieu saint.
La vue de ces sanctifications n’a rien que de consolant. Mais quand il faut venir à considérer celte parole : Le monde ne vous connaît jkis * : et celleci : Je ne prie /xts pour te monde * : c’est là que l’on tremble : l’esprit est confondu, le cœur s’abat , et il ne reste qu’à dire : Mon Père juste : vous êtes juste. Seigneur , et tous vos jugements sont droits 5.
Gardez-vous bien de vous jeter dans ces profondeurs. Tant de nations qui ne connaissent pas Dieu, et qu’il laisse, comme dit l’apôtre, aller dans leurs voies6, à qui Jésus-Christ n’a pas seulement été nommé : tant d’hérétiques, tant de schismati-
• Joan. xtll . Il , 17,1t. — * Pt. V, fi. — *Joan. xvn.25. — * Had. 9. — * Pi CXTIII, 137 — • Act. XIV, IS.
ques , à qui on ôte dès leur enfance la connais, sance de la vraie Église : parmi les vrais chrétiens . tant d’ingrats, tant d'esprits bouchés, tant de cœurs durs, tant d’oreilles sourdes! O Dieu, je m'y perds! Que dirai -je, Mon Père juste, c'est par votre juste et impénétrable jugement qu’ils sont endurcis. Qu’y a-t-il de plus juste que de laisser à eux-mêmes ceux qui se cherchent? Quelle punition plus convenable que celle qui punit l'homme par sa propre faute? Seigneur, m'élèverai-je contre vous? Et parce que je vois périr dans un hôpital, où m'a réduit ma misère, une infinité de malades, me rebellerai-je contre le médecin, qui daigne m'apporter un remède qui me guérit? Lui dirai-je : Je n'en veux point que je ne voie tout le monde guéri de même? Non, mon frère, prends le remède. Pourquoi te troubler de ceux qui périssent, à qui tu vois quelquefois rejeter avec chagrin et aveuglement le secours qu'on leur présente? Ce n’est pas là ce que le céleste médecin demande de toi. Reçois humblement le remède, et laisse à la divine Providence ceux que tu en vois privés. Crois seulement que nul ne périt que par sa faute : que dans ce grand hôpital de Dieu , dans le monde, où tout est malade, il n’y a point de mal qui n’ait son remède; et que tous les secours qui se donnent dans l’univers, dans quelque lieu que ce soit , à qui que ce soit, dans quelque degré que ce soit , se dispensent avec équité et avec bonté, sans que personne se puisse plaindre.
Quand donc nous entendons ces paroles : Le monde ne vous connaît pas : ne demandons point , comme fit saint Jude : .Seigneur , d'où vient que vous vous ferez connaître à nous et non pas ms monde'} Car Jésus-Christ ne répond pas à cette demandent il répond seulement : Celui qui m'aime gardera ma parole. C’est-à-dire , ne soyez point curieux de savoir pourquoi Jésus-Christ est caché au monde : ce n’est pas là votre affaire : votre affaire est de profiter de la lumière qui vous est donnée. Pour vous, et pour tous ceux qui sont sanctifiés, adorez Dieu qui est saint. Pour les autres, qui sont justement privés de la grâce, qui vous sanctifie, adorez Dieu qui est juste. C’est à ces deux points qu’aBoulit toute la prière de notre Seigneur.
En passant, où sont ceux qui veulent que ce soit déroger à la perfection de la contemplation , que de s’attacher aux attributs divins , auxquels il faut, disent-ils, préférer la contemplation de son essence? en savent-ils plus que Jésus-Christ, qui, dans la plus haute oraison qu’il ait daigné nous manifester, dit : Mon Père saint, mon Père juste? Qui sait ce quec’est que l’essence de Dieu? Mais qui ne sait, ou ne doit savoir, que c’est son essence qu'on adore sous le nom de sainteté et de justice? Célébrons donc sans fin ces deux divins attributs. Disonsavec David : O Seigneur, je vous chanterai miséricorde et jugement* : parce que I c’est dire avec Jésus-Christ et en Jésus-Christ : Mon Père saint, mon Père juste.
'Joan. xiv , t2 , Î3. — * Pt. C, I.
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MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE
U pri ht de Jôsu*-r.hrlsl aprèf U cène est l’abrégé do sermon qui la précède.
En repassant sur la prière de Jésus-Christ, on verra qu'il y ramasse toute la substance du sermon de la cène. S'il dit dans sa prière, que ses apôtres ne sont jtasdu monde , c’est ce qu’il avait dit auparavant. S'il dit qu’il quitte le monde : il avait dit :
Je suis sorti de Dieu, pour venir au monde : et maintenant je quitte le monde, pour retourner à Dieu. Comme il avait donné l’amour et l’union de ses disciples comme la marque de son école, il inculque la môme chose dans sa prière*. Ces paroles : / ous connaîtrez en ce jour-là, que je suis dans mon Pire, et vous en moi, et moi en vous », reviennent à celles-ci : Je suis en eux : et vous en moi ; i et à celles-ci : Afin que Camour que vous avez 1 pour moi soit en eux , comme je suis en eux 3. Ce ) qu’il promet par ces paroles : IA où je suis, celui qui me sert y sera aussi * , il le demande à son Père ; par celle-ci : Im où je suis Je veux , mon Père , que | ceux que vous m'avez donnés , y soient aussi avec 1 moi3. Cela nous montre deux vérités. L’une, que ce qu’on enseigne aux hommes doit être aussi la matière de ce qu’on traite avec Dieu dans la prière. La seconde, que la même chose qui fait la matière du commandement, et celle de la promesse, fait en meme temps la matière de la prière : parce qu’on doit demander à Dieu l’observation des commandements , et l’accomplissement de ses promesses : Ce qu’il promet , dit saint Paul 6, il est puissant jtour le faire : Et saint Augustin disait aussi , en parlant des commandements : Accordez-moi ce que vous me commandez. Il ne dit pas : Accordezmoi ce que vous me promettez; ce qui serait naturel : mais , Accordez-moi ce que vous me commandez; qui est la même chose que s’il disait : Accordez-moi ce que je dois faire; c’est-à-dire, Faites en moi mon action propre. Ce qui est conforme a la parole de Jésus-Christ , qui , après avoir commandé la charité fraternelle, et l’union de ses fidèles , demande à Dieu qu’il la fasse en eux , et qu’ils | •oient consommés en un.
Unissons-nous à la prière sainte de Jésus-Christ : rappelons en notre mémoire, et méditons devant Dieu, les vérités qu’il nous enseigne, et surtout méditous-y ce qu’il nous promet, et ce qu’il commande, pour obtenir en Jésus-Christ et par Jésus- Christ l’accomplissement de l’un et de l'autre , et autant de ce qui dépend de nous , que de ce qui dépend de Dieu.
Apprenons la liaison sainte de la promesse, du commandement et de la prière. Le commandement nous avertit de ce que nous avons à faire; la promesse nous avertit de ce que nous avons à espérer : et l’une et l’autre nous avertissent de ce que nous avons à demander à celui sans lequel uous ne pouvons rien espérer, ni rien faire.
» xvii, i«; xv, is. 10 ; xvi, 33; xni, il; xn, w,
XV, 12, 17; XIII, 34, 35- — * IM. XIV, 2». — 1 Ibid. V. 23, 26 — •Ibid. xn, a«. — 'Ibid, xvii, 1t. — * /fow IV, SI.
Ferme fol en Jésus vrai Messie. Joam. xvii, *5, a.
Ils ont connu que vous m’avez envoyé * : ils Pont connu avec une ferme foi et une persuasion aussi forte , que celle qu’on a des choses dont on est le plus assuré ; lis l’ont connu véritablement •, comme il l'a dit : tout est là dedans : et cela posé, tout s’ensuit. Ilcifeux ceux à qui Jésus-Christ rend ce témoignage! Examinons-nous nous-mêmes sur cette importante disposition de notre cœur. Écoutons saint Paul , qui nous dit : Examinez-vous vous-mêmes , si vous êtes dans la fol : éprouvezvous vous-mêmes 3. Voyez combien il presse , combien il inculque : Examinez-vous , éprouvez-vous. Croyez-vous avec une pleine certitude que Jésus- Christ soit véritablement envoyé de Dieu? Quelle raison pourriez-vous avoir de ne le pas croire? N’at-on pas vu en lui toutes les marques que les prophètes et les patriarches avaient données du Christ qui devait venir ? N’a-t-il pas fait tous les miracles qu’il fallait faire, et dans toutes les circonstances qu’il les fallait faire, en témoignage certain qu’il était celui qu’on devait attendre , et le véritable envoyé de Dieu ?
Quel autre que lui a donné aux hommes une morale si sainte, si pure , si parfaite? et qui a pu dire comme lui ; Je suis la lumière du monde *? Où trouverons -nous plus de charité envers les hommes; de plus saints exemples, un plus beau modèle de perfection; une autorité plus douce, plus insinuante, plus ferme; une plus grande condescendance pour les faibles, pour les pécheurs, jusqu’à s’en rendre l’avocat, l'intercesseur, la victime? i C’est ce qu’il explique lui-même par scs aimables paroles : Eenez à moi, vous tous qui êtes oppressés et affligés, et je vous soulagerai : approchez, et apprenez de mol que je suis doux et humble de cœur; et vous trouverez le repos de vos âmes : car mon joug est doux, et mon fardeau est léger*. Il faut à l’homme un joug, une loi, une autorité, un commandement : autrement, emporté par ses passions , il s’échapperait à lui-même. Tout ce qu’il y avait à désirer, c’est de trouver un maître comme Jr-sus-Christ, qui sût adoucir la contrainte , et rendre le fardeau léger. Où trouveronsnous la consolation , l’encouragement , et les paroles de vie éternelle, si nous ne les trouvons pas dans sa bouche? Croyez-vous bien tout cela? C’est la première partie de cet examen.
Mais quand nous aurons dit : Oui, je le crois, je le reconnais avec cette plénitude de la foi 6, dont parle saint Paul ; avec une pleine et entière persuasion! : saint Jean viendra nous dire, avec sa divme et incomparable douceur : C’est en cela que nous savons que nous le connaissons, si nous gardons sa parole. Celui qui dit qu’il le connaît, et ne garde pas sa parole , c’est un menteur, et la vérité n’est jxis en lui. Et un peu après : Celui qui dit qu'il de-
| 1 Joan. XVII, 25. — * Ibid. S. — 5 11. Cor. XIII, 5. — * Jotut .
1 VIU, 12. — Watt h u, 2S, 29, 30. —* Hcb. X, 22.—’ I T htm M-
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meure en lui , doit marcher comme il a marché f , et suivre ses exemples. Bien certainement, il y en a qui le confessent de bouche , et qui le renoncent par leurs œuvres *. Saint Paul l’a dit : et saint Jean a dit : Mes petits enfants , aimons , non de bouche, et de la langue , mais en œuvre et en vérité i. Sommes-nous ou n’en sommes-nous pas, de ceux-là? Qu’avons -nous à nous répondre à nous-mêmes làdessus. C’est la seconde partie, encore plus essentielle que la première , de l'examen que nous faisons.
Et la troisième , la plus importante de toutes : Si notre cœur ne nous reprend pas , et que nous marchions devant Dieu avec confiance 4 : si nous tâchons de vivre , de sorte que nous soyons les enfants de la vérité , du moins que nous travaillions à le devenir, et que nous en puissions persuader notre cœur en la présence de Dieu : croyons-nous bien que c’est là un don de Dieu , conformément à cotte parole : La paix soit donnée aux frères , et la charité avec ta foi par Dieu te Père, et par Jésus-Christ notre Seigneur s, en sorte que nous n'evons point a nous en glorifier, mais plutôt à nous humilier jusqu’aux enfers; parce que nous n’y avons apporté du nôtre, à ce tel quel commencement de bonnes œuvres, que miscre, pauvreté et corruption; et que si c’est ce perdre que de s’écarter de la vertu, c’est se perdre encore beaucoup plus d'en présumer?
Après cela, il ne reste plus qu’à confesser nos péchés; non avec découragement et désespoir, mais avec une douce espérance : parce que le même saint Jean a dit que si nous confessons nos péchés , il est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés, et pour nous purifier de toute iniquité 6. Remarquez, fidèle et juste : non qu'il nous doive rien ; mais à cause qu’il a tout promis en Jésus-Christ. En sorte que pour pouvoir esperer de lui notre rémission et notre grâce, il suffit de croire qu'il a envoyé Jésus- Christ, parce que, bien constamment, il n’est envoyé que pour être par sou sang la propitiation de nos fautes!.
Dieu Pi«rc et Fils. Joan. xvii. 3, S, 10, 31 , 23.
On ne peut quitter cette divine prière de notre Seigneur, ni le discours qui la précède , et qui en a , comme on a vu, fourni la matière. On lit et on relit ce discours, ce deruicr adieu, celte prière de Jésus- Christ , et, pour ainsi dire , ses derniers vœux , toujours avec un nouveau goilt, et une nouvelle consolation. Tous les secrets du ciel y sont révélés, et de la manière du monde la plus insinuante et la plus touchante.
Quel est le grand secret du ciel , si ce n’est cette éternelle et impénétrable, communication entre le Père , le Fils, et le Saint-Esprit? C’est là, dis-je, le secret du ciel, qtii rend heureux ceux qui le voient, et qui n'avait point encore été parfaitement révélé; mais Jésus-Christ nous le révélé ici d'une manière admirable.
* I. J van. il , a, 4, C.— * Tit. i , 16. — 3 I. Joan. ni , I*. — */6ic/. 31 , a#. — * t'ilhes. VI, îé. — • I. Joan. 1,9. — 1 1bid. Il, a.
Qui dit un Père , dit un Fils ; et qui dit un Fils , dit un égal dans la nature , et qui dit un égal dans une nature aussi parfaite que celle de Dieu , dit un égal en toute perfection : en sorte qu’il n’y puisse avoir de premier et de second, que par une sainte, parfaite et éternelle origine.
C’est ce que Jésus-Christ nous fait entendre , lorsqu’il demande à son Père la claire manifestation de la gloire qu’il avait en lui « î Apud te : Chez vous et dans votre sein , devant que te monde fût fait *. Cette gloire qu’il avait dans le sein de Dieu ne pouvait être que celle de Dieu même : laquelle, et cette gloire du Fils, étant toujours, et précédant tout ce qui a été fait, par conséquent n’a point été faite; par conséquent elle est incréée, et la même que celle du Père. Cela est ainsi , et ne peut pas être autrement.
Le Fils égal à son Père est pourtant en même temps son envoyé, à cause qu'il sort de lui *. 11 en est sorti , pour venir au monde : voilà comme il est envoyé. 11 quitte le monde , pour y retourner : voilà le terme de la mission; voilà tout ce qu’est Jésus- Christ en sa personne, parfaitement égal à Dieu qui l’envoie; puisqu’il est son propre Fils , Dieu ne voudrait point avoir un Fils qui serait moindre que lui , et qui ne le valût pas. Pardonnez, Seigneur, ces expressions ; ce sont des hommes qui parlent. Quand on dit : Dieu ne voudrait pas, c’est-à-dire, que ce serait un? chose indigne de lui , et qui par conséquent ne peut pas être. C’est pourquoi , en tout et partout, il traite d’égal avec son Père : Tout ce qui est' à vous est à moi : tout ce qui est à moi est à vous 4 : cela ressent une égalité parfaite et des deux côtés : c’est plus que si l’on disait qu’on est son égal : car c’est plus de traiter d’égal avec lui, que d'énoncer simplement cette égalité.
Mais voyons ce qu’est Jésus-Christ par rapport à nous. Il est, comme son Père, notre bonheur : Connaître son Père et lui , c'est jtour nous la vie éternelle. C’est pourquoi il dit: Celui qui m’aime sera aimé de mon Père, et je f aimerai, et je me manifesterai à lui 5. C’est là le grand effet de mon amour : c’est par là que je rends les hommes éternellement heureux. Et il ajoute : Celui qui m'aime , gardera ma parole , et mon Père C aimera : et nous viendrons à lui, et nous y ferons notre demeure6.
Nous viendrons, en société, mon Père et moi. Qui jamais a pu ainsi s'égaler à Dieu? ;Voim viendrons : car nous ne pouvons venir l’un sans l’autre * Nous viendrons : car ce n’est pas tout d’avoir le Père; il faut m'avoir aussi : Nous viendrons. Qui peut venir nu dedans de l'homme, pour le remplir et le sauctifier intérieurement, que Dieu même? Nous viendrons en eux, et nous y demeurerons : ils seront notre commun temple, notre commun sanctuaire : nous serons leur commune sanctification , leur commune félicité, leur commune vie. Que peut-il dire de plus clair, pour se mettre en égalité, avec son Père ? La meilleure manière de le dire , c’est de le montrer par les effets. O homme : que désirez-vous? d'avoir Dieu en vous. Et afin que vous l'ayez pleinement ,
* Joan. i, I. — * Ibid. XVII, 6. — 3 Ibid, xvi, M; «vu, «. — ' Ibid, xvn, 10. — 1 Ibid. XTII,3itlll2l.-,/M. xiv.ua.
uigitizeo
MÉDITATIONS SUR L’ÉVANGILE
mon Père et moi noui viendrons dans cet intérieur : si vous désirer, de m'avoir en vous , en désirant d'y avoir Dieu : je suis donc Dieu.
C'est ainsi que les fidèles seront un : parce que tous ils auront en eux le Père et le Fils, et qu’ils en seront le temple : Ils seront un, dit Jésus-Christ; mais ils seront un en nous'. Nous serons le lien commun de leur unité : parce qu'étant mon Père et moi parfaitement un, toute unité doit venir de nous, et nous en sommes le lien comme le principe.
C'est la première partie du secret divin : l'unité parfaite du Père et du Fils, aujourd’hui parfaitement révélée aux hommes : pour leur faire entendre combien leur union doit être sincère et parfaite à sa manière : puisqu'elle a pour modèle, et pour lien, l'unité absolument parfaite du Pere et du Fils, et leur éternelle et inaltérable paix.
LXXle JOUR.
Dieu Saint-Esprit. Juan, xiv, ta, 17, 20.
Venons maintenant au Saint-Esprit : Je prierai mon Père, et il vous donnera un autre consolateur } pour demeurer éternellement avec vous ». Un autre consolateur ! un consolateur à la place de Jésus- Christ, s’il est de moindre vertu et de moindre di gnité, afflige plutôt qu'il ne console. Ainsi un consolateur à la place de Jésus-Christ, ce n’est rien moins qu'un Dieu pour un Dieu. Et c'est pourquoi si le Fils vient en nous, et y demeure comme le Père, le Saint- Esprit y demeure aussi, et y est 3 comme le Pcre et le Fils. Il habite avec eux dans notre intérieur; comme eux il le vivifie. Nous sommes son temple, comme nous le sommes du Père et du Fils. Ne savez-vous pas , dit saint Paul , que cous êtes le temple de Dieu , et que son Esprit habite en vous * ? Ne savez-vous pas que vos membres sont le temple du Saint-Esprit , qui habite en vous , et que vous né te s pas à vous-mêmes Car un temple n'est pas à lui-même, mais au Dieu qui y habite. Celui-là donc qui demeure en nous et qui y est , selon l’expression de Jésus-Christ , comme le Père et le Fils, est Dieu comme eux : et , si j'ose parler ainsi , il fait en nous acte de Dieu, quand il y habite et qu'il nous possède.
Il vous enseignera toute chose : et il vous fera ressouvenir de ce que je vous aurai dU 6 : Paraîtrat-il aux yeux? parlera-t-il aux oreilles? Non; c'est au dedans qu’il tient son école : il se fait entendre dons le fond. C’est aussi ce même fond où le Père parle, et où l'on apprend de lui à venir au Fils. Qui peut parler à ce fond , sinon celui qui le remplit, et qui y agit, pour le tourner où il veut, c'est-àdire, Dieu? Le Saint-Esprit est donc Dieu : et c'est encore un acte de Dieu que de parler et se faire entendre au dedans le plus intime de l'homme.
J’ai beaucoup de choses à vous dire : mais vous ne les pouvez pas encore /wrter : mais l'esprit de vérité viendra , qui vous enseignera tout 7. C'est
• Joam.xvu • SI . * Ibid, xiv, lfi .-'Ibid. 17. — « l. Or.
in, je. 5 /wd, vi, |9, —tjoan, X|V> 26.— » Ibid, xvi, ri,
à lui que sont réservées les vérités les plus hautes et les plus cachées : et il lui est réservé en même temps d'augmenter vos forces , pour vous en ren dre capables. Qui le peut, si ce n’est un Dieu? Il est donc Dieu.
Et il vous annoncera les choses futures ». Il veut dire que c’est cet Esprit qui fait les prophètes; qui les inspire au dedans , qui leur découvre l'avenir; car il sait tout, et ce qui est même le plus réservé à Dieu. Il est vrai, dit le Fils de Dieu, qu'l/ ne dit rien que ce qu'il a oui » : mais il rt’a pas oui autrement que le Fils de Dieu ; il a ouï ce qu’il a reçu par son éternelle procession, comme le Fils a ouï ce qu’il a reçu par son éternelle naissance.
Car il faut entendre que cet Esprit procède du Père, d'une manière aussi parfaite que le Fils. Le Fils procède par génération; et le Saint-Esprit, comment? Qui le pourra dire? Nul homme vivant : et je ne sais si les anges mêmes le peuvent. Ce que je sais, ce qui est certain par l'expression de Jésus-Christ, c’est que s’il n’est pas engendré comme le Fils , il est , par manière de parler, encore moins créé comme nous. Il prendra du mien 3 , dit le Fils. Les créatures viennent de Dieu, mais elles ne prennent pas de Dieu : elles sont tirées du néant : mais le Saint-Esprit prend de Dieu comme le Fils , et il est également tiré de sa substance. C’est pourquoi on ne dit pas qu’il soit créé : à Dieu lie plaise : il y a un terme consacré pour lui ; c’est qu’il procède du Père. Il est vrai que le Fils en procède aussi : et si sa procession a un caractère marqué, qui est celui de génération; c’est assez pour lui égaler le Saint-Esprit, d'exclure tout terme qui marque création, et d'en chosir un pour lui, qui lui puisse être commun avec le Fils.
Si le Fils est engendré, pourquoi le Saint-Esprit ne l’est-il pas? Ne recherchons point les raisons de cette incompréhensible différence. Disons seulement : S’il y avait plusieurs fils, plusieurs générations , le Fils serait imparfait, la génération le serait aussi. Tout ce qui est infini , tout ce qui est parfait, est unique : et le Fils de Dieu est unique, à cause aussi qu’il est parfait. Sa génération épuise , si on peut ainsi parler de l’infini , toute la fécondité paternelle. Que reste-t-il donc au Saint- Esprit ?quelque chose d'aussi parfait , quoique moins distinctement connu. Il n’en est pas moins parfait , pour être moins distinctement connu : puisqu’au contraire ce caractère ne sert qu’a mettre sa procession parmi les choses inconnues de Dieu , qui ne sont pas les moins parfaites. C’est assez de savoir qu'il est unique , comme le lils est unique : unique comme Saint- Esprit, de mémo que le Fils est unique comme Fils, et procédant aussi noblement, et aussi divinement que lui; puisqu'il procède, pour cire mis en égalité avec lui-même.
C’est pourquoi, quand il paraît, on lui attribue un ouvrage égal à celui du Fils. C’est ce qu’un a ' remarqué sur ces paroles du Sauveur: (Jnand it sera venu, il convaincra le monde sur le péché, sur la
' Joitn. xvi, — 1 Ibid. 13 —'Ibid. 14.
MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE
justice et sur le jugement » : ce qui n’est rien d’inféhetir aux œuvres du Fils.
Si nous sommes soigneux de recueillir toutes les expressions du Fils de Dieu , nous y trouverons un langage qui emporte également entre ces divines personnes distinction et unité, origine et indépendance. IjC Fils est au Père, le Père est au Fils; chacun à différent titre , mais à titre égal. Le Saint- Esprit est au Fils , il est au Père par un titre pareil , et sans déroger à la perfection. Le Père l’envoie, le Fils l’envoie, il vient. C’est ce langage mystique de la Trinité, qui ne s'entend pleinement qu’en conciliant l'unité et la distinction dans une perfection égale. C’est par laque les ex pressions de Jésus-Christ, que nous avons vues , conviennent toutes : et c'est aussi pour les rassembler qu’il a dit en abrégé : Baptisez au nom du Père , et du Fils , et du Saint - Esprit ». Tout ce qu’il dit dans un long discours se rapporte là. Ce qu’il dit là, réunit tout ce qu’il a dit dans son long discours.
Et pourquoi nous parle-t-il de ccs hauts mystères, si ce n’est parce qu’il veut un jour nous les découvrir à nu ? Avant que d’enseigner pleinement la vérité, les maîtres commencent par dire en gros à leurs disciples ce qu’ils apprendront dans leur école. Jésus-Christ commence aussi par nous dire confusément ce qu’il nous montrera un jour trèsclairement dans sa gloire. Croyons donc, et nous verrons. Ne nous étonnons pas des difficultés, nous sommes encore dans les préludes de notre science : ne souhaitons pas de demeurer dans ees premiers éléments ; désirons de voir; et, en attendant , contentons-nous de croire.
LXXUe JOUR.
Effet secret de la prière de Kolre-Seignear : Jésas-Clirul toujours exaucé : Prédestination des saints.
C’est encore un autre mystère profond , que l’effet secret de la prière de Notre-Seigneur.
Voici un premier principe , que Jésus-Christ nous apprend en ressuscitant Lazare : Mon Père , je vous rends grâces de ce que vous m'avez exaucé. Je sais pour moi , que vous m'exaucez toujours 3. Quoi qu’il puisse demander à Dieu, fdt-ce la résurrection d’un mort de quatre jours, et déjà pourri, il est assuré de l'obtenir. Et pour montrer l'efficace de sa prière, il commence en remerciant d’avoir été écouté.
Il est vrai , que dans le jardin des Oliviers il flt cette prière : Mon Père , si vous le voulez-, si cela se jieut , éloignez de moi ce calice : toutejois que votre volonté s'accomplisse , et non ta mienne 4. Mais ces paroles font voir que sa demande n'était que conditionnelle : et pour montrer que s’il eût voulu la faire absolue, il eilt été exaucé, il ne faut qu'entendre ce qu’il dit lui-même à saint Pierre , lorsqu’il entreprit de le défendre avec l’épée, et qu’il frappa un de ceux qui le venaient prendre : Xe puisje pas , dit-il alors, prier mon Père : et il m'en-
I JoilH. xvi, s. — * Nntîh. XXVIII, 19- — » Joan. xi, «i, 42. — * A tttUh. XXvl , 39. Luc. XXII, 12.
verrait plus de douze légions d’anges • ? Il savait donc bien que s’il l'avait demandé, il l’eût obtenu; et que son Père aurait fait ce qu’il eût voulu. Il est donc toujours exaucé, quoi qu’il demande; fût-ce douze légions d'anges, pour l’a rracher des mains de ses ennemis ; fût-ce, comme on vient de dire, la résurrection d’un mort dont le cadavre commencerait à sentir mauvais.
Croyons-nous qu’il soit moins puissant, et moins écouté, lorsqu'il demande à son Père ce qui dépend de notre libre arbitre? Il ne le demanderait pas, s’il ne savait que cela même est au pouvoir de son Père , et qu’il n’en sera non plus refusé , que de tout le reste. Et c’est pourquoi lorsqu'il dit : Simon , Simon, j’ai prié pour vous , afin que votre foi ne défaille pas » ; personne ne doute que sa prière n’ait eu son effet en son temps. Qui doutera donc qu’elle ne l’ait dans tous les autres apûtres, pour qui il a dit : Je vous prie qu'il soit un en nous 3 : et encore : Je ne vous prie pas de les tirer du monde , mais de les préserver de tout ma/< ; et en général, dans tous ceux pour qui il a dit avec une volonté si déterminée : Mon Père , je veux que ceux que vous m’avez donnés soient avec moi , et qu'ils voient ma gloire 5 ? Dira-t-on qu’aucun de ceux pour qui il a fait cette prière, dût périr, ou n’étre pas avec lui, et ne voir pas sa gloire? On pourrait dire de même, que , malgré toute la prière qu’il avait faite pour saint Pierre , on pouvait douter si sa foi ne défaudrait pas. Mais à Dieu ne plaise qu’un tel doute entre dans un cœur chrétien ! Tous ceux pour qui il a demandé de certains effets, les auront : ils auront, dis-je, la foi, la persévérance dans le bien, et la parfaite délivrance du mal, si Jésus-Christ le demande. S’il avait prié d’une certaine façon pour le monde, pour lequel il dit qu’il ne prie pas6; le monde ne serait plus monde, et il se sanctifierait. Tous ceux donc pour qui il a dit : Sanctifiez- les en vérité ", seront sanctifiés en vérité.
Je ne nie pas la bonté dont il est touché pour tous les hommes , ni les moyens qu’il leur prépare pour leur salut éternel, dans sa providence générale. Car U ne veut point que personne périsse, et it attend tous les pêcheurs à repentance *. Mais quelque grandes que soient les vues qu’il a sur tout le monde : il y a un certain regard particulier et de préférence sur un nombre qui lui est connu. Tous ceux qu’il regarde ainsi pleurent leurs péchés, et sont convertis dans leurs temp>s. C’est pourquoi lorsqu’il eut jeté sur saint Pierre ce favorable regard, il fondit en larmes : et ce fut l’effet de la prière que Jésus-Christ avait faite pour la stabilité de sa foi. Car il fallait premièrement la faire revivre, et dans son temps l’affermir pour durer jusqu’à la fin. Il en est de même de tous ceux que son Père lui a donnés d’une certaine façon; et c’est de ceuxlà qu'il a dit : Tout ce que mon Père me donne, vient à moi ; et je ne rejette pas celui qui y vient : parce que je suis venu au monde , non pour faire
• Mntlh. XXVI, 33, — * T.HC. XXII, 31, 32. — * Joan. itr, II, 23. — * J*Kf. 15. — * Ibid. 24. * Jbid. 9 — ‘ 4 Ibid . 17. — Ml. Ptl. lit, 9.
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MÉDITATIONS SUR I/EVANGILE
nui volonté , mais pour faire la volonté de mon Père : et Ut volonté de mon Père est que je ne perde aucun de ceux qu‘11 m’a donjiésf mais que je les ressuscite au dernier jour *.
Et pourquoi nous fait-il entrer dans ces sublimes vérités ? est-ce pour nous troubler, pour nous alarmer, pour nous jeter dans le désespoir, et faire que Ton s'agite soi-méme , on disant : Suis-je des élus, ou n'en suis-je pas ? Loin de nous une si fuueste pensée, qui nous ferait pénétrer dans les secrets conseils de Dieu , fouiller, pour ainsi parler, jusque dans son sein, et sonder l'abîme profond de ses décrets éternels. Le dessein de notre Sauveur est, que contemplant ce regard secret qu'il jette sur ceux qu'il sait, et que son Pcre lui a donnés par un certain choix, et reconnaissant qu'il les sait conduire à leur salut éternel par des moyens qui ne manquent pas, nous apprenions, premièrement, à les demander, à nous unir à sa prière , à dire avec lui : Préservez-nous de tout mal * : ou , comme] parle l'Église t Ne permettez pas que nous soyons séparés de vous : si notre volonté veut échapper , ne le permettez pas: tenez-la sous votre main, changez-la , et la ramenez à vous.
C’est donc la première chose que Jésus-Christ nous veut apprendre. Ce n’est point à nous à nous enquérir , ou à nous troubler du secret de la prédestination , mais à prier. Et afin de le faire comme il faut , une seconde chose qu’il nous veut apprendre , c'est de nous abandonner à sa bonté : non qu'il ne faille agir et travailler; ou qu'il soit permis de se livrer , contre les ordres de Dieu , à la nonchalance , ou à des pensées téméraires : mais c'est qu’en agissant de tout notre cœur, il faut au dessus de tout nous abandonner à Dieu seul pour le temps et pour l’éternité.
Mon Sauveur! je m’y abandonne : je vous prie de me regarder de ce regard spécial , et que je ne sois pas du malheureux nombre de ceux que vous haïrez , et qui vous haïront. Cela est horrible à prononcer. Mon Dieu , délivrez-moi d’un si grand mal : je vous remets entre les mains ma liberté malade et chancelante, et ne veux mettre ma confiance qu'en vous.
L’homme superbe craint de rendre son salut trop incertain , s'il ne le tient en sa main ; mais il se trompe. Puis-je m’assurer sur moi-même? Mon Dieu , je sens que ma volonté m’échappe à chaque moment : et si vous vouliez me rendre le seul maître de mon sort, je refuserais un pouvoir si dangereux à ma faiblesse. Qu’on ne me dise donc pas , que cette doctrine de grâce et de préférence met les bonnes âmes au désespoir. Quoi ! on pense me rassurer davantage, en me renvoyant à moi-ihême, et en me livrant à mon inconstance? Non, mon Dieu , je n’y consens pas. Je ne puis trouver d’assurance qu'en m’abandonnant à vous. Et j’y en trouve d’autant plus, que ceux à qui vous donnez cette confiance, de s’abandonner tout à fait à vous, reçoivent dans ce doux instinct la meilleure marque qu’on puisse avoir sur la terre de votre bonté. Aug-
• Joan. VI , 37, 38 , 39. — * Jl tatfh. fl , 13.
mentez donc en moi ce désir ; et faites entrer, par ce moyen, dans mon cœur cette bienheureuse espérance de me trouver à la fin parmi ce nombre choisi.
Ce ne sont, dit David, dit Salomon, ce ne sont ni de bonnes armes, ni un bon cheval: ce n’est ni notre arc , ni notre épée, ni notre cuirasse , ni notre valeur , ni notre adresse , ni fa force de nos mains, qui nous sauvent en un jour de bataille ; mais la protection du Très- Haut1, Quand j'aurai préparé mon cœur, il faut qu’il dirige mes pas ». Je ne suis pas plus puissant que les rois, dont le cœur est entre ses mains » et il les tourne où il veut 3. Qu’il se rende le maître du mien! qu’il m'aide de ce secours qui me fait dire : Aidez-moi, et je serai sauvé t : ©t encore : Guérissez-moi , et je serai guéris : et encore : Convertissez-mol , et je serai converti! Car depuis que vous m’avez converti, j'ai fait pénitence ; et depuis que vous m'avez touché , je me suis frappé le genou en sigue de componc-
tion et de regret.
LXXIII* JOUR
S’unir à Jé*u*-Chrtst.
A la fin de ces réflexions , je prie tous ceax que j’ai tâché d’aider par tout ce discours , de s’élever au-dessus, je ne dirai pas seulement de mes pensées , qui ne sont rien , mais de tout ce qui leur peut être présenté par le ministère de l’homme : et en écoutant uniquement ce que Dieu leur dira dans le cœur sur cette prière, de s’y unir avec foi. Car c’est là véritablement ce qui s’appelle prier par Jésus-Christ et en Jésus-Christ, que de s’unir en esprit avec Jésus-Christ priant, et s’unir autant qu’on peut à tout l’effet de cette prière. Or, l’effet de cette prière, c’est qu’étant unis à Jésus-Christ Dieu et homme , et par lui h Dieu son Père , nous nous unissions en eux avec tous les fidèles , et avec tous les hommes , pour n’étre plus , autant qu’il est en nous, qu’une même âme et un même cœur. Pour accomplir cet ouvrage d’unité , nous ne devons plus nous regarder qu’en Jésus-Christ : et nous devons croire qu’il ne tombe pas sur nous la moindre lumière de la foi , la moindre étincelle de l'amour de Dieu , qu’elle ne soit tirée de l'amour immense que le Père éternel a pour son Fils ; à cause que ce même Fils notre Sauveur étant en nous , l’amour dont le Père l’aime s’étend aussi sur nous par une effusion de sa bonté ; car c’est à quoi aboutit toute la prière I de Jcsus-Christ.
C’est en cet esprit que nous pouvons et devons conclure toutes les nôtres avec l'Église : Par Jésus-Christ notre Seigneur : Pua Dominum nostbijm Jf.sum Chbistum. Car n’ayant à demander à Dieu que les effets de son amour, nous les demandons véritablement par Jésus-Christ , si nous croyons , avec une ferme et vive foi , que nous sommes aimés de lui par une effusion de l’amour qu’il a pour son Fils. Et c’est là tout le fondement de
* Pu. XXIII, 16, 17, 18, 19. Ibid. CXLVI, 10, 11. Prw. XXI, 31. — * Prov. XVI, 9. — * Ibid XXI, I. — à Pl. CWIU, 117. — » Jerrm . XV», 14. — •Ibid XXX, U, Ifc
MÉDITATIONS Sun L’ÉVANGII.R.