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• Jottn. 1 II , 47
A L’ÉGARD DES PÉCDEURS.
nuis leur malice a contraint mon Père d'attacher la qualité de juge à ma première commission. Ainsi sa première qualité est celle de sauveur ; celle déjugé est, pourainsi dire, accessoire : et d'autant [qu'il] ne l'a acceptée que comme a regret, y étant obligé par les ordres exprès de son Père, de là vient qu’il en a réservé l'exercice à la llu des siècles. En attendant, il reçoit miséricordieusement tous ceux qui viennent à lui; il s'offre de bon coeur à eux, pour être leur Intercesseur auprès de son Pcre : eulln telle est sa charge, et telle est sa fonction; il n'est envoyé que pour faire miséricorde.
Et à ce propos, il me souvient d'un petit mot de saint Pierre , par lequel il dépeint fort bien le Snuvcurà Corneille. « Jésus de Nazareth, dit-il, - homme approuvé de Dieu, qui passait bien • faisant et guérissant tous les oppressés : » Pertransit t bene/acicntlo , et sanandu omnes oppressas a diabolo '. O Dieu 1 les I h1 Iles paroles , et bien dignes de mon Sauveur! La folle éloquence du siècle, quand elle veut élever quelque valeureux capitaine, dit qu'il a parcouru les provinces moins par ses pas, que par scs victoires ’. Les panégyriques sont pleins de semblables discours. Et qu'est-ce à dire, à votre avis, que parcourir les provinces par des victoires? n'est-ce pas porter partout le carnage et la pillcrie? Ah! que mon Sauveur a parcouru la Judée d'une manière bien plus aimable! il l’a parcourue moins par ses pas que par ses bienfaits. Il allait de tous côtés , guérissant les malades , consolant les misérables, instruisant les ignorants, annonçant à tous avec une fermeté invincible la parole de vie éternelle, que le Saint-Esprit lui avait mise àla bouche : Pertransiil benefaiicnilo. Ce n'était pas seulement les lieux oit il arrêtait , qui se trouvaient mieux de sa présence : autant de pas, autant de vestiges de sa bonté. H rendait remarquables les endroits par ou il passait, par la profusion de ses grâces. En cette bourgade, Il n’y a plus d'aveugles ni d'estropiés : sans doute, disait-on , le débonnaire Jésus a passé par là.
Et en effet, chrétiens, quelle contrée de la Palestine n'a pas expérimenté mille et mille fois sa douceur? Et je ne doute pas qu'il u’eôtélé chercher les malheureux jusqu'au bout du monde, si les ordres de son Père ne l’eussent arrêté en Judée. Vit-il jamais un misérable qu'il n'en eût pitié? Ah ! que je suis ravi, quand je vois danssou Évangile qu’il u'entreprend presque jamais aucune guérison importante , qu'il ne donne auparavant quelque marque de compassion ! il y en a mille beaux endroits dans les Évangiles. La première
* Pt in . Sccund. Pumtg. Tntj. dict.
grâce qu'il leur faisait , c'était de lus plaindre en son âme avec une affection véritablement paternelle : son cœur écoutait la voix de la misère qui l’attendrissait, et en même tempe il sollicitait son bras à les soulager.
Que ne ressentons-nous du moins, A lidèles, quelque peu de cette tendresse ! Nous n'avons pas en nos mains ce grand et prodigieux pouvoir pour subvenir aux nécessités de nos pauvres frères : mais Dieu et la nature ont inséré daus nos âmes je 11e sais quel sentiment qui ne nous permet pas de voir souffrir nos semblables , saus y prendre part, à moins que de 11'étre plus hommes. Mes frères, faisons donc voir aux pauvres que nous sommes touchés de leurs misères , si nous u'avons pas dépouillé toute sorte d’humanité. Ceux qui ne leur donnent qu'à regret , que pour se délivrer de leurs importunités, ont-ils jamais pris la peine de considérer que c'est le Fils de Dieu qui les leur adresse; que ce serait bien souvent leur faire une double aumône, que de leur épargucr la honte de nous demander; que toujours la première aumône doit venir du cœur ; je veux dire , lidèles , une aumône de tendre compassion : c'est un présent qui ne s'épuise jamais; il y en a dans nos âmes un trésor immense et une source inlinie; et cependant c'est le seul dont le Fils de Dieu fait état. Quand vous distribuez de l'argent ou du pain c’est faire l'aumône au pauvre; mais quand vous accueillez le pauvre avee ce sentiment de tendresse, savez- vous ce que vous faites? vous faites l'aumône à Dieu : - J'aime mieux, dit-il, • la miséricorde que le sacrifice 1 . » C’est alors que votre charité donne des ailes à cette matière pesante et terrestre ; et par les mains des pau vrcs , dans lesquelles vous la consignez, elle la fait monter devant Dieu comme une offrande agréable. C'est alors que vous devenez véritablement semblables au sauveur Jésus, qui n’a pris uno .chair humaine qu'afln de compatir à nos infi mités avec une affection plus sensible.
Oui certes, il est vrai , chrétiens : ce qui a fait résoudre le Fils de Dieu à se revêtir d une chair semblable à la nôtre , c'est le dessein qu'il a eu de ressentir pour nous une compassion véritable ; cten voici la raison, prisede l'épitreaux Hébreux, dont je m’en vais tâcher de vous exposer la doctrine ; et rendez-] vous], s’il vous plaît, atteutifs. Si le Fils de Dieu n'avait prétendu autro chose que de s'unir seulement a quelques-unes de ses créatures ; les intelligences célestes se présentaient , ce semble , à propos dans son voisinage , qui , a raison de leur immortalité et de leurs autres qualités éminentes, ont sans doute plus de rapport avec la nature divine : mais, certes, il n'avait qus
> lUnIth. ix, 11.
SUR LA BONTE ET LA RIGUEUR DE DIEU
faire de chercher dans ses créatures ni la grandeur ni l'immortalité. Qu'est-ce qu'il y cherchait, chrétiens? la misère et la compassion. C'est pourquoi, dit excellemment la savante épitre aux Hébreux : Aon ttngelos apprehendit; sed semen Abrahœ apprehendit' : > Il n'a pas pris la na-
■ tuve angélique; mais II a voulu prendre, > servons-nous des mots de l'aulcur, ■ Il a voulu np-
• prébender la nature humaine. • La bel le réfiex ion que fait , A mon avis , sur ces mots le docte salut Jean-ChrysostômeM II a, dit l'apôtre, appréhendé la nature humaine : elle s’enfuyait, elle ne voulait point du Sauveur : qu'a-t-il fait? Il a couru après d une course précipitée, - sautant « les montagnes 5 , » c'est-à-dire , les ordres des anges, comme il est écrit aux Cantiques : ■ Il a « couru , comme un géant , à grands pas et dé- « mesurés, > passant en un moment du ciel en la terre : Exuttavit ut gigas nd currcndam riant*. Là il atteint celte fugitive nature, il l'a saisie, il l'a appréhendée au corps et en l'dme : Semen Abrahæapprelicndit . llacupourses frères, c'est-à dire , pour nous autres hommes, une si grande tendresse, • qu'il a voulu en tout point « se rendre semblable à eux : » Debuit per omnia fmtribus similari *. Il a vu que nous étions composés de chair et de sang : pour cela, il a pris non un corps céleste , comme disaient les marclonites; non une chnir fantastique et un spectre d'homme, comme assuraient les manichéens ; quoi donc? une chair tout ainsi que nous, un sang qui avnit les mêmes qualités que le nôtre : Quiapuericommunieaveruntcamietsanguini, et ipse similiter partiripacit iisdem 6, dit le grand apôtre aux Hébreux ; et cela pour quelle raison? Ut misericors fiercP : • afin d’être mi-
■ séricordieux , » poursuit le même saint Paul.
Eh quoi donc , le fils de Dieu , dans l'éternité de sa gloire, était-il sans miséricorde? Non, certes : mais sa miséricorde n'était pas accompagnée d'une compassion effective ; parce que , ranime vous savez, toute véritable compassion suppose quelque douleur; et partant le (ils de Dieu , dans le sein du Père éternel , était également incapable de pâtir et de compatir : et lorsque l'Écriture attribue ces sortes d’affections à la nature divine, vous nlgnorez pas que cette façon de parler ne peut être que figuréç. C'est ccqui a obligé le Sauveur à prendre une nature humaine; » parce qu'il
• voulait resscntiruneréellcet véritable pitié : • Ut
' Itebr. n, 16.
1 In. EpitL Ad IJebr. Homil. v, n" t; t XII, p. SI-
* Cant. n, s.
» Hebr. || , 17.
* Ibid. 14.
* Md. 17.
misericors fient. SI donc il voulait être touche pour nous d’une pitié réelleet véritable, il fallait qu'il prit une nature capable de ces émotions : ou bien disons autrement, et toutefois toujours dans les mêmes principes : Notre Dieu , dans la grandeur de sa majesté, avait pitié de nous comme de ses enfants et de ses ouvrages; mais depuis l'incarnation , il a commencé à nous plaindre , comme ses frères, comme ses semblables, comme des hommes tels que lui. Depuis ce temps-la , il ne nous a pas plaints seulement comme l'on voit ceux qui sont dans le port plaindre souvent les autres qu'ils voient agités sur la mer d'une furieuse tourmente; mais il nous a plaints comme ceux qui courent le même péril se plaignent les uns les autres, par une expérience sensible de leurs communes misères : enfin, l'oserai-je dire? il nous a plaints , ce bon frère , comme scs compagnons de fortune, comme ayant eu à passer par les mêmes misères que nous ; ayant pu , ainsi que nous, une chair sensible aux douleurs, et un sang capable de s'émouvoir, et une température de corps sujette , comme la nôtre , à toutes les incommodités de la vie et à la nécessité do la mort. C'est pourquoi l'apôtre se glorifie de la grande bénignité de notre pontife : - Ah! nous " n'avons pas un pontife, dit-il ', qui soit insen-
• siblc à nos maux : • Non habemus ponti/icem , qui non possit compati infirmitalibus nostris : pourquclle raisou? « Parce qu’il a passé parloute « sorte d'épreuves : » Tentalum per omnia.
Vous le savez, chrétiens; parmi toutes les personnes dont nous plaignons les disgrâces , Il n'y en a point pour lesquelles nous soyons émus d’une compassion plus tendre , quecelles que nous voyons dans les mêmes afflictions , dont quelque fâcheuse rencontre nousa fait éprouver la rigueur. Vous perdez un bon ami ; j’en ai perdu un autrefois : dans cette rencontre d’afflictions , ma douleur et ma compassion s'en échauffera davantage ; je sais par expérience combien il est sensible de perdre un ami. Ici je vous annonce une douce consolation , ô pauvres nécessiteux , malades oppressés, enfin généralement misérables, quels que vous soyez. Jésus mon pontife u'a épargné à son corps ni les sueurs, ni les fatigues, ni la faim, ni la soif, ni les infirmités, ni la mort : il n'a épargné à son esprit ni les tristesses , ni les injures, ni les ennuis, ni les appréhensions. O Dieu! qu’il nura d’inclination de nous assister, nous qu’il voit du plus haut des deux battus de ces mêmes orages dont il n été autrefois attaqué! Tcntatum per omnia. Il a tout pris jusqu’aux moindres choses, • tout jusqu'aux plus grandes
• infirmités, si vous en exceptez le péché : »
1 H»br. iv , là.