SUR LA VERTU DE LA CROIX DE J. C
Combien grande rentre prise de rendre la croix vénérable. Puissance absolue et miséricorde infinie, deux choses dans lesquelles consiste la gloire de Dieu : comment éclatent-elles mieux dans la croix du Sauveur. Changement» admirables quelle a produits dans le monde : raisons que nous avons de mettre en e'Ie toute notre gloire. Sentiments et actions qui prouvent que la croix est pour nous un sujet de scandale.
Mitii aulem absit gloriari, niai in crucc Domini no&tri Jesu- Chrisll.
Pour moi, à Dieu ne plaise que jamais je me glorifie, si ce n'est en la croix de ISotrc-Seigneur Jésus-Christ! Galal. vi, 14.
Ce n’a pas été une petite entreprise de rendre la croix vénérable : jamais chose aucune ne fut attaquée avec des moqueries plus plausibles. Les Juifs et les Gentils en faisaient une pièce de raillerie; et il faut bien que les premiers chrétiens aient eu uue hardiesseet une fermeté plus qu’humnincs, pour prêcher à la face du monde, avec une telle assurance , une chose si extravagante. C’est pourquoi le grave Tertullien se vante que la croix de Jésus, en lui faisant mépriser la honte ,
» llrbr. V| , 8.
DE LA CROIX DE JESUS-CHRIST
l’a rendu impudent de la bonne sorte, et heureusement insensé. • Laissez- moi, » disait ce grand homme quaud on lui reprochait les opprobres de l'Évangile; « laissez-moi jouir de l'ignominie
• de mon Maître , et du deshonneur nécessaire de
• notre foi. Le Fils de Dieu aétépenduàlacroix;
• je n’en ai point de honte, à cause que la chose
• est honteuse. Le Fils de Dieu est mort; il est « croyable , parce qu’il est ridicule. Le Fils de « Dieu est Vessuscité ; je le crois d’autant plus
• certain, que, selon la raison humaine, il parait «entièrement impossible'. • Ainsi la simplicité de nos pères se plaisait d’étourdir lessagesdu siècle par des propositions étranges et inouïes, dans lesquelles ils ne pouvaient rien comprendre; afin que la gloire du monde s’évanouissant en fumée, il ne restât plusd’autregloire que eelledelacroix de Jésus.
Bienheureuse Mère de mon Sauveur, que la Providence divine , voulant éprouver votre patience , amena aux pieds de la croix, où l'on déchirait vos entrailles ; puisque vous êtes de toutes lesercatures celle qui en a le mieux vu l'infamie , et celle qui en a le mieux connu la grandeur, aidez-nous, par vos pieuses intercessions, à célébrer la gloire de votre Fils crucifié pour l’amour de nous. Je vous le demande par cette douleur maternelle qui perça votre âme sur le Calvaire , et par la joie infinie que vous ressentites , quand le Saint-Esprit descendit sur vous pour former le corps de Jésus apres que l’ange vous eut saluée par ces divines paroles : Ace, etc.
Le grand Dieu tout-puissant , qui de rien a fait le ciel et la terre, qui atiré les astres et la lumière du sein d’un abîme infini de ténèbres; ce Dieu , pour faire éclater sa puissance d’une façon extraordinaire en la personne de son cher Fils , a voulu que la plus grande infamie fut une source de gloire incompréhensible. C'est pourquoi le sauveur Jésus, encore qu'il eût vécu comme un innocent, a fini sa vie comme un criminel; et comme si le gibet et la mort n'eussent point eu pour lui assez de bassesse, il a choisi volontairement de tous les supplices le plus honteux , et de toutes les morts la plus inhumaine. En effet , le tourment de la croix qu'est-ce autre chose qu’une longue mort", par laquelle la vie est arrachée peu à peu avec une violence incroyable, pendant qu'une nudité ignominieuse expose le pauvre supplicié à la risée des spectateurs inhumains ? si bien que le misérable patient semble en quelque sorte n'êtrc élevé au-dessus de ce bois infâme , qu'afin de découvrir de plus loin une mul-
titude de peuplo, qui repaît ses yeux du spectacle de sa misère.
Non, l'imagination hnmaine ne se peut rien représenter de plus effroyable ; et jamais on n'a rien inventé ni de plus rigoureux pour les scélérats, ni de plus infâme pour lesesclaves. Aussi le maître de l'éloquence, accusant un gouverneur de province d'avoir fait crucifier uu Romain, représente cette action comme laplus noire et la plus furieuse qui puisse tomber dans l'esprit d'un homme, et proteste que par untel attentat, la liberté publique et la majeslé de l’empire étaient violées'. C’était assezd'étre né libre, fidèles, pour être exempt de cct horrible supplice. Il ne fallait pas seulement que ceux que l’on attachait à la croix fussent les plus détestables de tous les mortels, mais encore les derniers et les plus abjects. Ainsi, ce que les Romains trouvaient insupportable pour leurs citoyens, les Jhifs parricides font fait souffrir à leur roi.
Mais ce qui surpasse tous les malheurs, c’est que, selon la remarque du saint apôtre, « lecru-
■ cillé est maudit de Dieu ■, » comme il est écrit au Deutéronome : « Maudit de Dieu le pendu au « bols1! • Et qu'y a-t-il donc de plus honteux que la croix, puisque nous y voyons jointes ensemble l'cxecration des hommes, et la malédiction du Dieu tout-puissant? Après cela, ditcs-moi,jevous prie, quelle est notre audace de ne rougir pas d'adorer un Maître pendu? et où est le fprnt de l’apôtre, quinyant dit aux Corinthiens, «qu’il ne souffrira
■ pas que sa gloire lui soit ravie*, * ne craint pas de dire aux Galates: • A Dieu ne plaise quejeme « glorifie en autre chosequ’en la croix de Jésus? • Quel honneur, quelle gloire à un homme qui témoigne en être jaloux I Ah 1 pénétrons sa pensée, chrétiens , et apprenons à nous glorifier avec lui dans les opprobres de notre Sauveur. Pour cela, suivez, s'il vous plaît, ce raisonnement.
La gloireducbrétien ne peut être que la gloire de Dieu ; d'autant que le chrétien ne trouve rien qui soit dignedeson ambition et de son courage , que les choses divines etimmortelles. Or, la gloire < de Dieu consiste en deux choses : premièrement! en sa puissance absolue, etaprèsensamlséricorde inlinie; car, pour avoir de la gloire, il faut être grand , etil faut faire éclater sa grandeur. Si l'éclat n'est appuyé sur une grandeur solide , il est faible , et n’a qu'un faux jour ; et si la grandeur est cachée, elle ne brille pas de cette brllect pure lumière, sans laquelle la gloire ne peut subsister. Je dis donc que la gloire de Dieu est en sa puis-
* Ocer. in Ftrrtm. lib. vu.
* Gui. Ml, 13.
* Dent. xxi, a.%
* I. Cçr. IX , I b.
• De Carne Christ i , n' 5.
SUR LA vertu
sanec et en sa bonté. Parla première, Il est majestueux en lui-mème ; par l’autre , il est magniflque envers nous. Par la puissanee, il enferme en son sein des trésorsctdcsrichcsscsimmenscs; mais c’est la miséricorde qui ou vre ce sein, pour les faire inonder sur les créatures. U puissance esteomme la source, et la miséricorde est comme un canal. La puissanee fournit ce quedlstrlbue la miséricorde ; et c’est du mélangedeccs deux choses que naît ce divin éclat que nous appelons la gloire de Dieu.
Ce qui a fait dire ccs beaux mots nu psnlmistc : » Dieu, dit-il, a parle une fois - J'entends ici par cette parole le bruit de la gloire de Dieu , qui relcnlit par tout l’univers, scion ce que dit le même psalmiste : - les cicux racontent la - gloire de Dieu , et le firmament publie la gr.rn-
• deur de ses œuvres'. ■ Dieu donc a parlé une fois, dit David : et qu'est-ce qu’il a dit, grand prophète? « Il a parlé une fois; et j'ai , dit-il , cn- « tendu ces deux choses, qu’à Dieu appartient la » puissance, et qu'à lui appartient la miséri-
• corde ■ Par où vous voyez manifestement que Dieu ne se glorifie que de sa puissance et de sa bonté. C'est la véritable gloire de Dieu, pareeque la miséricorde divine , touchée de compassion de la bassesse des créatures, et sollicitant en leur faveur la puissance; en même temps quelle orne ce qui n'a aucun ornement par soi-même, elle fait retourner tout l'honneur a Dieu , qui seul est capable de relever ce qui n’est rien par sa condition naturelle.
Ces choses étant ainsi supposées, passons outre maintenant, et disons : La gloire de notre Dieu est en sa puissance et en sa bonté , ainsi que nous l’avons vu fort év idemment ; or, c'est en la croix que paraissent le mieux la puissance et la miséricorde divine; ceque je me propose de vous faire voir, avec lagrâccduSaint-Esprit. C'est pourquoi l'a [Vitre saint Paul , qui dit • que tout l'Évangile i consiste en la croix, • appelle l'Evangile ■ la « force et la puissance de Dieu4. » Et d'ailleurs il ne nous prêche autre chose, sinon que « la croix « nous rend Dieu propice, et nous assure sa miséil- ■ corde par Notre-Seigneur Jésus-Christ5. * Par conséquent il est vrai que In croix est la gloire des chrétiens; et quand je vous aurai montré dans |e supplice de notre Maître ces deux qualités excellentes, je pourrai dire avec l'apAtre saint Paul : > A Dieu ne plaise que je me glorifie enau-
• tre chose qu'en la croix de Jésus! > C’est le sujet de cet entretien. Je considère aujourd'hui comme
‘ Pt. LXI, 11.
* Ibid, xvm, i.
> nu. LXI, 12. IS.
* I. Cor. I, 17, IS.
» Bfihet. Il, 10, 18. Colas. I, so-
les deux bras de la croix du sauveur Jésus : dans l’un je me représente un trésor infini de puissance, et dans l’autre, une source immense de miséricorde.
Inspirez-nous, A Seigneur Jésus ! afin que nous célébrions dignement la gloire de votre croix. Et vous , A peuple d'acquisition 1 , vous que le sang du prince Jcsnsadélivréd'uneservitudeéternellc, contemplez attentivement les merveilles de la mort triomphante de votre invincible libérateur. Commençons avec l'assistance de Dieu, et glorifions sa toute-puissance dans l'exaltation de sa croix.
PnEUlEB POINT.
Si vous voyez Notrc-Srignour Jésus-Christ abandonné à la fureur des bourreaux, s’il rend l'Ame parmi des douleurs incroyables , ne vous imaginez pas , chrétiens , qu'il soit réduit à cette extrémité par faiblesse ou par impuissance : ce n'est pas la rigueur des tourments qui le fait mourir ; il meurt, parce qu’il le veut ; « et il sort du « monde sans contrainte , parce qu’il y est venu
* volontairement : » Abccssitpolcstate, quia non ventral nécessitait '. La mort dans les animaux èst une défaillance de la nature : la mort en Jésus-Christ est un effet de puissance. C’est pourquoi lui-même parlant de sa mort, il dit : ■ J’ai « la puissance de quitter la vie , et j’ai la puissance
* delà reprendre5. - Où vous voyez manifestement qu’il met en même rang sa résurrection et sa mort ; et qu'il ne se glorifie pas moins du pouvoir qu’il a de mourir, que de celui qu’il a de ressusciter.
Et en effet, ne fallait-il pasqn'il eût en lui-mémo un préservatif infaillible contre la mort; puisque par sa seule parole il faisait revivre des corps pourris et ranimait la corruption ? Ce jeune mort de Naïm , et la fille du prince de la Synagogue , et le Lazare déjà puant 4,n’ont-ils pas ressenti la vertu deeette parole vivifiante? Celui donc qui avait le pouvoir do rendre la n ie aux autres, avec quelle facilité pouvait-il se la conservera lui-même? En vain s'eiTorcerait-onde faire sécher les grandes rivières ou de faire tarir les fontaines d'eau vive : à mesure que vous en Atez , la sturce toujours féconde répare sa perte par elle-même , et s'enrichit continuellement de nouvelles eaux : ainsi était-il du sauveur Jésus. Il avait en lui-même une source éternelle de vie , je veux dire le Verbe divin ; et eelte source est trop abondante pour pouvoir être jamais épuisée. Frappez tant que vous voudrez ,
1 I. Petr. Il, 9
1 S. Aug. in Joan. Tract . xxxi , naO,t. i II, part, n , col- 6*2.
1 Joan. x , 18.
• Luc. VII , 15. Marc. T , *2. Joan. XI , 44.
DE LA CROIX DE JESUS-CHRIST
à bourreaux 1 faites des ouvertures de toutes parts sur le corps de mon aimable Sauveur, afin de faire , pour ainsi dire, écouler cette belle vie : il en porte la source en lui-même ; et comme cette source ne peut tarir, elle ne cessera jamais de couler, si lui-même ne retient son cours. Mais ce que votre haine ne peut pas faire , son amour le fera pour notre salut. Lui qui commande, ainsi qu’il lui plaît , à la santé et aux maladies , ii commandera à la vie de se retirer pour un temps de son divin corps. Il ne veut pas que la nécessité naturelleait aucune part dans sa mort , parce qu'il en réserve toute la gloire à la charité infinie qu’il a pour les hommes. Par où vous voyez, chrétiens,
• que notre Maître est mort par puissance , et non
• pas par infirmité : » Polestale mortuiuest, dit saint Augustin '.
Aussi l'évangéliste saint Jean observe une chose qui mérite d'étre considérée : c’est que le Sauveur, étant a la croix, fait une revue générale sur tout ce qui était écrit de lui dans les prophéties ; et voyant qu'il ne lui restait plus rien à faire, que de prendrece breuvage amer quelui promettait le Psalmiste, il demanda à boire. « J'ai soif, > dit-il aussitôt, afin que toutes choses fussent
• accomplies'. > Puis, apres avoir légèrement goûté de la langue le fiel et le vinaigre qu’on lui présentait, il remarqua lui-même que tout était consommé , qu'il avait exécuté de point en point toutes les volontés de son Père : et enfin , ne voyant plus rien qui le pûtretenir au monde, élevant fortement sa voix , il rendit l’âme avec une action si paisible, si libre si préméditée, qu'il était aisé de juger que personne ne la lui était, mais qu'il la donnait lui-même de son plein gré, ainsi qu’il l'avait assuré : • Personne , dit-il , ne m'éte
• mon âme ; mais je la donne moi-méme de ma
• pure et franche volonté1. •
0 gloire 1 ô puissance du crucifié ! Quel autre voyons-nous qui s'endorme si précisément quand il veut , comme Jésus est mort quand il lui a plu? Quel homme méditant un voyage marque si certainement l’heure de son départ, que Jésus a marqué l'heure de son trépas? De là vient que le centeuier, qui avait ordre de garder la croix, considérant cette mort non-seulement si tranquille , mais encore si délibérée , et entendant ce grand cri dont Jésus accompagna son dernier soupir; étonné de voir tant de force dans cette extrémité de faiblesse, s'écria lui-même tout effrayé : • Vraiment cet homme est le Fils de
• Dieu1. > Et lui, qui ne faisait point d'état du
’ De Nat. et Grat. n* 26, t.jc, col IM.
1 Joan. xix, 28.
» Ibid, x , 18.
♦ Marc, xt , 3».
DOfifiL'ET. — T. III.
Sauveur vivant, reconnut tant de puissance en sa mort , qu’elle lui fit confesser sa divinité.
Vous dirai-je ici , chrétiens, à la gloire de la croix de Jésus , que ce mort que vous y voyez attaché , remue le ciel et les éléments , qu’il renverse tout l’ordre du monde, qu'il obscurcit le soleil et la lune, et, si j’ose parler de la sorte, qu’il fait appréhender à toute la nature le désordre et la confusion du premier chaos? Certes , je vous entretiendrais volontiers de tant d’étranges événements , n’était que je me suis proposé de vous dire de plus grandes choses. La croix a dompté les démons ; la croix a abattu l’orgueil et l'arrogance des hommes; la croix a renversé leur fausse sagesse , et a triomphé de leurs cœurs. J’estime plus glorieux d’avoir remporté une si belle victoire, que d'avoir troublé l'ordre de l’univers, parce que Je ne vois rien dans tout l'univers de plus iudocile , ni de plus fier, ni de plus indomptable , que le cœur de l’homme. C’est en cela que la croix me' parait puissante , et vous le verrez très-évidemment par la suite de ce discours. Renouvelez, s’il vous plaît , vos attentions , et suivez mon raison- * nement.
Où la puissance parait le mieux, c'est dans la victoire , surtout quand on la gagne sur des ennemis superbes et audacieux. Or, fidèles, ce Dieu infiniment bon , sous le règne duquel toutes les créatures seraient heureuses si elles étaient soumises, il a eu des rebelles et des ennemis, parce qu’il y a eu des ingrats et des insolents. 11 a fallu dompter ces rebelles : mais pourquoi les dompter par la croix? C’est le miracle de la toute-puissance, c'est le grand mystère du christianisme. Pénétrons dans ces vérités adorables, sous la conduite des Écritures.
Sachez donc que le plus grand ennemi de Dieu, celui qui lui est le plus insupportable, celui qui choque le plus sa grandeur et sa souveraineté , c’est l'orgueil : car encore que les autres vices abusent des créatures de Dieu contre son service, ils ne nient pas qu'elles ne soient à lui ; au lieu que l’orgueil , autant qu’il le peut, les tire de son domaine. Et comment? c’est pareeque l'orgueilleux veut se rendre maître de toutes choses ; il croit que tout lui est dd : son ordinaire est de s'attribuer tout à lui-même ; et par là il se fait lui-mêm e son Dieu, secouant le joug de l'autorité souveraine. C’est pourquoi le diable s'étant élevé par une arrogance extraordinaire, les Écritures ont dit qu'il avait affecté la divinité' : et Dieu lui-même nous déclare souvent qu’il est un Dieu jaloux ', qui ne peut souffrir les superbes ; qu’il rejette les
1 /». xiv, u.
1 Exod. xxxit, u.
f>n SUR LA
orgueilleux de devant sa face' ; parce que les superbes sont ses rivaux, et veulent traiter d'égal avec lui : par conséquent il est véritable que l’orgueil est le capital ennemi de Dieu.
En effet , n’est-ce pas l’orgueil, chrétiens, qui a soulevé contre lui tout le monde? L’orgueil est premièrement monté dans le ciel, où est le trAne de Dieu , et lui a débauche ses anges ; il o porte jusque dans son sanctuaire le flambeau de rébellion : après , il est descendu dans la terre, et ayant déjà gagné les intelligences celestes, il s’est servi d’elles pour dompter les hommes. Lucifer, cet esprit superbe , conservant sa première audace , même dans les cachots éternels , ne conçoit que de furieux desseins. 1 1 médite de subjuguer l'homme, u cause que Dieu l’honore et le favorise : mais sachant qu’il n’y peut réussir tant que les hommes demeureront dans la soumission pour leur Créateur, il en fait premièrement des rebelles, afin d’en faire après cela des esclaves. Pour les rendre rebelles, il fallait auparavant les rendre orgueilleux. 11 leur inspire donc l'arrogance qui le possède : de là l'histoire de nos malheurs; de là cette longue suite de maux qui affligent notre nature, opprimée par la violence de ce tyran.
Enflé de ce bon succès, il se déclare publiquement le rival de Dieu : il abolit son culte par toute la terre ; il se fait adorer en sa place par les hommes qu’il a assujettis à sa tyrannie. C’est pourquoi le Fils de Dieu l’appelle « le prince du mon- « de*, •* et l’apAtre encore plus énergiquement, * le
- dieu de ce siècle3. ■ Voilà de quelle sorte l’orgueil n armé le ciel et la terre, tàclumt d’abattre le trAne de Dieu. C’est lui qui est le père de l’Idolâtrie : car c’est par l’orgueil que les hommes, méprisant l’autorilé légitime, et devenus amoureux d’eux-mêmes, se sont fait des divinités à leur mode. Ils n’ont point voulu de dieux que ceux qu’ils faisaient ; ils n’ont plus adoré que leurs erreurs et leurs fantaisies : dignes, certes, d’avoir des dieux de pierre et de bronze , et de servir aux créatures inanimées, eux qui se lassaient du culte du Dieu vivant , qui les avait formés à sa ressemblance. Ainsi toutes les créatures , agitées de l’esprit d'orgueil qui dominait par tout l’univers , faisaient la guerre à leur Créateur avec une rage impuissante.
■ Elevez-vous , Seigneur ; que vos ennemis dls- « paraissent , et que ceux qui voushaîssent soient
- renversés devant votre face4. * Mais, A Dieu , de quelles armes vous servez-vous pour défaire ees escadrons furieux? Je ne vois ni vos foudres,
1 u. XLII , s.
* Joan. Ml, 31.
* II. Cor. iv, 4.
4 Pt. LVf II , I.