LE JOUR DE LA PENTECOTE
Quel est l'esprit du christianisme. Mépriser les présent» du inonde , sa haine et ut fureur : trois maximes de la générosité chrétienne. Avec quel courage les apôtres et les prmieit chrétiens méprisent les présents du inonde , attaquent sa haine , triomphent de ses menaces. Merveilleuse union que le Saint- Esprit fait de leun cceurs. Pourquoi ne devons- nous pas noua regarder en nous-mêmes, mais dans l'unité de tout le corps dont noua sommes membres. L'envie et la dureté eilerminéaa par la fraternité chrétienne.
Spiritumnolite extingticre.
N'éteignes pas V Esprit. I Thessal. r, 19.
Cette joie publique et universelle, qui se répand par toute la terre dans cette auguste solennité, avertit les chrétiens de se souvenir que c’est en ce jour que l’Église est née, et que nous sommes nés avec elle par la grâce de la nouvelle alliance. 11 u’est point de nations si barbares, ni de peuples si éloignés qui ne soient invités par le Saint-Esprit à la fête que nous célébrons. Si étrange que soit leur langage, ils pourront tous l’entendre aujourd’hui dans la bouche des saints
POUR LE JOUR
apôtres; et Dieu nous montre, par ce miracle, que cette Église si resserrée , que. nous soyons naître en un coin du inonde, remplira un jour tout l'univers , et attirera tous les peuples, puisque déjà dès sa tendre enfance elle parle toutes les langues : afin, mesdames, que nous entendions que si la confusion de Babel les a autrefois divisées, la charité chrétienne les unira toutes, et qu’il n'y en aura point de si rude ni de si irrégulière en laquelle on ne prêche le Sauveur Jésus et les mystères de son Évangile. Que reste-t-ll donc maintenant ; sinon que participant de tout notre cœur à la joie commune de tout le monde, nous tâchions de nous revêtir de l’esprit de cette Église naissante : c'est-à-dire , du Saint-Esprit même ? après que nous aurons imploré sa grâce par l'intercession de Marie , qui le reçoit aujourd’hui avec tous les autres; mais qui était accoutumée dès longtemps à sa bienheureuse présence , puisqu’il était survenu en elle lorsque l’ange la salua par ces mots : Ave, Maria.
Puisque cette sainte journée fait revoir à tous les fidèles la solennité bienheureuse en laquelle l'Esprit de Dieu se répandit avec abondance sur les disciples de Jésus-Christ , et sur son Église naissante ; Je me persuade aisément , âmes saintes et religieuses, que, rappelant en votre mémoire une grâce si signalée, vous cures aussi préparé vos cœurs pour la recevoir en vous-mêmes , et pour être les temples vivants de ce Dieu qui descend sur nous. Que si je ne me trompe pas dans cette pensée; s’il est vrai, comme je l’espère, que le Saint- Esprit vous anime , et que vous brûliez de ses flammes, que puis-je faire de plus convenable, pour édifier votre piété, que de vous exhorter, autant que je puis, à conserver cette ardeur divine, en vous disant avec l'apôtre : Spiritum nolite extinguere : « Gardez-vous d’étein- • dre l'Esprit • Car, mes sœurs, ce divin Esprit qui est tombé sur les saints apôtres , sous la forme visible du feu, se répand encore invisiblement dan9 tout le corps de l'Église : Il ne descend pas surla terre pour passer légèrement sur les cœurs; Il vient établir sa demeure dans la sainte société des fidèles : Apud vos manebit '. C'est pourquoi nous apprenons, par les Écritures , qu’il y a un esprit nouveau,* un esprit du christianisme et de l’Évangile, dont nous devons tous être revêtus; et c’est cet esprit du christianisme que saint Paul nous défend d’éteindre. Il faut donc entendre aujourd’hui quel est cet esprit de la loi nouvelle qui doit animer tous les chrétiens; et, pour le comprendre solidement , écoutez , non point mes
1 Jttan xrv, 17.
s Ezech. XI, 19, IXJm, M.
paroles, mais les saints enseignements de l’apôtre que je choisis pour mon conducteur. Grand Paul , expliquez- nous ce mystère.
Nous voyous par expérience que chaque assemblée , chaque compaguie a son esprit particulier; et quand nos charges ou nos dignités nous donnent place dans quelque eorps , aussitôt ou nous avertit de prendre l’esprit de la compagnie dans laquelle nous sommes entrés. Quel est donc l’esprit de l’Église, dont notre baptêmenous a faits les membres? et quel est cet esprit nouveau qui se répand aujourd'hui sur les saints apôtres , et qui doit sc communiquera tous les disciplesde l'Évangile? Chrétiens, voici la réponse de l'incomparable docteur des Gentils: Non dédit nobis Deusspiritum timons, sed virtutis et dilectionis ■ : ■ Sa- * che, dit il, mon cher Timothée, ■ car c’est à lui qu’il écrit ces mots, > que Dieu ne nous . donne pas un esprit de crainte, mais un esprit « de force et d’amour; » par conséquent saiut Paul nous enseigne que cet esprit de force et de charité , c'est le véritable esprit du christianisme.
Mais il faut entrer plus avant dans le sentiment de l’apôtre, et pour cela remarquez, messieurs, que la profession du christianisme a deux grandes obligations que Jésus-Christ nous a imposées. Il oblige premièrement scs disciples à l’exercice d'une rude guerre ; il les oblige secondement à une sainte et divine paix. Il les prépare à la guerre, quand il les avertit en plusieurs endroits que tout le monde leur résistera ; c’est pourquoi il veut qu'ils soicqt violents : et il les oblige à la paix , lorsque, malgré ces contradictions, il leur ordonne d’être pacifiques. Il les prépare à la guerre, quand il les envoie - au milieu des « loups , > in medio luporum ; et il les oblige à la paix , quand il veut • qu'ils soient des brebis, > sicut oves * : il les prépare à la guerre, quand il dit dans son Évangile qu’il jette un glaive au milieu du monde pour être le signal du combat; Non te ai pacem miltere, sed gtadium J; et II les oblige à ta paix, quand il promet d'allumer un feu pour être le principede la charité : Ignem vent mittere in terrain *. Il y a donc une sainte guerre pour combattre contre le monde , et il y a une paix du christianisme pour nous unir en Notre- Seigneur. Pour soutenir de si longs combats, nous avons besoin d’un esprit de force , et pour maintenir cette paix , l'esprit de charité nous est nécessaire : c’est pourquoi saint Paul nous enseigne que « Dieu ne nous donne pas un esprit de