va Scvrr. Xp. XXX , n
monde te prend aisément , avec quelle facilité tu t’y attaches, combien tu louerais la main charitable qui vient rompre violemment ces liens, en te troublant dans la possession des biens de la terre 1 II se fait en nous , en les possédant , certains nœuds secrets , qui nous engagent insensiblement dans l’amour des choses présentes ; et cet engagement est plus dangereux en ce qu'il est ordinairement plus imperceptible. Oui , le désir se fait mieux sentir, parce qu’il a de l'agitation et du mouvement ; mais la possession assurée , c’est un repos, c’est comme un sommeil; on s’y endort, on ne le sent pas : c'est pourquoi le divin a pétri: dit que ceux qui amassent de grandes richesses
• tombent dans de certains lacets invisibles, • liicidunt in lagueum 1 , où le cœur se prend aisément. Il se détache du Créateur par l’amour désordonné de la créature, et à peine s'aperçoit-il de cet attachement excessif. Il faut, chrétiens, le mettre à l'épreuve ; il faut que le feu des tribulations lui montre à se connaître lui-même; • il
• faut, dit saint Augustin, qu’il apprenne, en
• perdant ces bieus, combien il péchait en les
• aimant : > Quantum hœc amamlo pcecave~ rint, perdendo srnsrrunt \
Et cela de quelle manière? Qu'on lui dise que cette maison est brûlée , que cette somme est perdue sans ressource, par la banqueroute de ce marchand ; aussitôt le cœur saignera, la douleur de la plaie lui fera sentir par combien de fibres secrètes ces richesses tenaient au fond de son cœur, et combien il s'écartait de la droite voie par cet engagement vicieux : Quantum hœc amando pcccaverint, perdendo senserunt. Il connaîtra mieux par expérience la fragilité des biens de la terre , dont il ne se voulait laisser convaincre par aucuns discours : dans le débris des choses humaines il tournera les yeux vers les biens éternels, qu'il commençait peut-être à oublier; ainsi ce petit mal guérira les grands, et sa blessure sera son salut.
Mais si Dieu laisse Uses serviteurs In jouissance des biens du siècle , ce qu’il peut faire de meilleur pour eux, c'est de leur en donner du dégoût, de répandre mille amertumes sur tous leurs plaisirs , de ne leur permettre pas de s'y reposer, de secouer et d'abattre cette (leur du monde qui leur rit trop agréablement; de leur faire naître des difficultés, de peur que cet exil ne leur plaise, et qu'ils ne le prennent pour la patrie. Vous voyez donc, ô enfants de Dieu, qu’en quelque partie de sa croix qu'il plaise au Sauveur de vous attacher; soit qu’il vous refuse ce que vous aimiez, soit qu'il vous ftte cc que vous possédiez, soit
1 1. Tint. Yi , 0.
• De Civil. Üci , lib. i , cap. x, *. VII, col. II.
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qu'il ne vous permette pas de goûter les biens dont il vous laisse la jouissance, c'est toujours pour exercer en vous sa miséricorde , et exalter sa bonté dans vos afflictions.
() Dieu, si je pouvais vous faire comprendre combien elle est glorifiée par vos souffrances , que ce discours serait fructueux, et ma peine utilement employée! Mais si mes paroles ne le peuvent pas, venez l'apprendre de ce voleur pénitent dont je vous ai d'abord proposé l'exemple. Pendant que tout le monde trahit Jésus-Christ, pendant que tous les siens l'abandonnent, il s'est réservé cet heureux larron pour le glorifier à In croix : • sa foi a commencé de fleurir, où la fol « des disciples a été flétrie : « Tune fuir s rjus île ligna floruit, quando disciputorum marcuit'. Jésus, déshonoré par tout le monde, n'est plus exalté que par lui seul : venez profiter d’un si bel exemple; voici un modèle accompli.
Il n'oublie rien, mes frères, de ce qu'il faut faire dans l’affliction; il glorifie Jésus-Christ en autant de sortes qu'il veut être glorifié sur la croix : car voyez premièrement comme il s’humilie par la confession de ses crimes. ■ Pour nous,
- dit-il , c’est avec justice, puisque nous soufTrons • la peine que nos crimes ont méritée : • Et nos quidtm juste, nam digna factis recipimus' : comme il baise la main qui le frappe , comme il honore la justice qui le punit! c’est là, mes frères , l’unique moyen de la tourner en miséricorde. Mais ce saint larron ne finit pas là : après s'étre considéré comme criminel , il se tourne au Juste qui souffre avec lui : « Mais celui-ci , ajoute-t-il, « n'a fait aucun mal : » Hic vero nihil mali gtssit 5. Cette pensée adoucit ses maux : il s'estime heureux, dans scs peines, de se voir uni avec l'innocent; et cette société de souffrances lui donnant avec Jcsus-Christ une sainte familiarité, il lui demande avec foi part en son royaume , comme il lui en a donné en sa croix : Domine , mémento mei, cum l'eue ris in regnum tuum1 * * 4 : > Seigneur, « souvenez-vous de moi , lorsque vous serez venu
- en votre royaume. ■
Je triomphe de joie, mes frères; mon cœur est rempli de ravissement en voyant la foi de ce saint voleur. Un mourant voit Jésus mourant, et il lui demande la vie ; un crucifié voit Jésus crucifié , et il lui parle de son royaume ; scs yeux n'aperçoivent que des croix , et sa foi ne se représente qu’un trône. Quelle foi et quelle espérance ! Si noms mourons , mes frères , nous savons que Jésus- Christ est vivant , et notre foi chancelante a peine
1 5. Aug. Ilb. i ,dc Anima cl fjut orig. n* || , t- X , col. 342.
* Luc. xxiu, 41.
* Ibid.
toutefois à s’y confier : cclul-ci voit mourir Jésus avec lui, et il espère, et il se console, et il se réjouit même dans un si cruel supplice. Imitons un si saint exemple ; et si nous ne sommes animés par celui de tant de martyrs et de tant de saints , rougissons du moins , chrétiens , de nous laisser surpasser par un voleur. Confessons nos péchés avec lui, reconnaisons avec lui l’innocence de Jésus-Christ : si nous imitons sa patience , la consolation ne manquera pas. Aujourd'hui, aujourd'hui, dira le Sauveur, tu seras avec moi dans mon paradis. Ne crains pas , ce sera bientôt ; cette vie se passe bien vile, elle s'écoulera comme un jour d’hiver, le matin et le soir s'y touchent de près : ce n'est qu’un jour, ce n'est qu'un moment , que la seule infirmité fait paraître long : quand il sera écoulé, tu t’apercevras combien il est court'. Aie donc patience avec ce larron, exalte cette rigueur salutaire qui te frappe par miséricorde. Mais si cct exemple ne te touche pas, voici quelque chose de plus terrible qui me reste maintenant à te proposer ; c’est In Justice , c'est la vengeance qui brise sur la croix les impénitents : c'est par où je m'en vais conclure.
sixoxd rot.vr.
Nous apprenons , par les saintes Lettres , que la prospérité des impies est un effet de la vengeance de Dieu , et de sa colère qui les poursuit. Oui , lorsqu'ils nagent dans les plaisirs , que tout leur rit, que tout leur succède; cette paix que nous admirons, qui, selon l'expression du prophète, « fait sortir l'iniquitc de leur graisse, • Prodiit quasi ex adipe iniquitas eorum ', qui les enfle, qui les enivre jusqu'à leur faire oublier la mort , c’est un commencement de vengeance que Dieu exerce sur eux : cette impunité, c'est une peine, qui, les livrant aux désirs de leur cœur, leur amasse un trésor de haine en ce jour d'indignation et de fureur implacable.
Si nous voyons dans l'Écriture que Djpu sait quelquefois punir les impies par une félicité apparente , cette même Écriture , qui ne ment jamais , nous enseigne qu’il ne les punit pas toujours en cette manière, et qu’il leur fait quelquefois sentir son bras par des misères temporelles. Cet endurci Pharaon, cette prostituée Jézabel, ce maudit meurtrier Achab; et sans sortir de notre sujet, ce larron impénitent et blasphémateur, rendent témoignage à ce que je dis, et nous font bien voir, chrétiens, que ee n’est pas assez d’étre sur la croix pour être uni au Crucifié. Ainsi cette croix , aue vous avez vue comme
1 S. Aug. trtici. a, in Joan. n° 0, t. ni, pari, il , col. T'A.
* P». LXXXIl , 7.
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une marque de miséricorde , vous va maintenant être présentée comme un instrument de vengeance : et afin que vous attendiez comme elle a pu si tôt changer de nature , remarquez , s'il vous plaît , messieurs , qu’encore que toutes les peines soient nées du péché , il y en a néanmoins qui lui peuvent servir de remède.
Je dis que toutes les peines sont nées du péché , et en punissent les dérèglements : car, sous un Dieu si bon que le nôtre , l'innocence n'a rien à craindre, et elle ne peut jamais espérer qu’un traitement favorable : il est si naturel à Dieu d'être bienfaisant à ses créatures, qu’il ne ferait jamais de mal à personne , s’il n’y était forcé par les crimes. Toutefois il faut remarquer deux sortes de peines : il y a la peine suprême, qui est la damnation éternelle ; il y a les peines de moindre importance , comme les afflictions de cette vie : « Toutes deux , dit saint Augustin , sont venues
* du crime, toutes deux en doivent venger les
• excès. » Mais il y a cette différence , que la damnation éternelle est un effet de pure vengeance , et ne peut jamais nous tourner à bien ; au lieu que les afflictions temporelles sont mêlées de miséricorde, et peuvent être employées è notre salut, suivant l’usage que nous en faisons : « C’est pourquoi , dit le même saint , toutes « les croix que Dieu nous envoie peuvent alsé- « ment changer dénature, selon la manière dout
■ on les reçoit : il faut considérer, non ce que « l'on souffre, mais dans quel esprit on le souf-
■ fre : » Non qualia, sed qualis quisque patiatur'. Ce qui était la peine du péché , étant sanctifié par la patience, est tourné à l'usage de la vertu ; « et le supplice du criminel devient le « mérite de l’homme de bien : • Fitjusti merifum etiam supplicium pcccatoris ’.
S’il est ainsi, chrétiens, permettez que je m’adresse à l’Impie qui souffre sans se convertir, et que je lui fasse sentir, s’il sc peut, qu’il commence son enfer dès ce monde; afin qu’ayant horreur de lui-même, il retourne à Dieu par la pénitence. Et afin de le presser par de vives raisons (car il faut , si nous le pouvons, convaincre aujourd'hui sa dureté ), disons en peu de mots : Qu’est-ce que l’enfer? L'enfer, chrétiens, si nous l'entendons , c'est la peine sans la pénitence. Ne vous imaginez pas, chrétiens, que l'enfer soit seulement ces ardeurs brûlantes. Il y a deux feux dans l’Écriture, un feu qui purge, Opus probabit ignis 1 * 3 ; « un feu qui consume et qui dévore , - Cum igne dévorante; ignis non cxtinguctur*.
1 De Cirit. Dei, 11b. t, cap. Vm , L Vil, col. S.
» Ibid. lib. xil , oip. iv , coi. 838.
• 1. Car. III, 13.
* h. XXVIII, H; XX VI, Si.
La peine avec la pénitence, c’est un feu qui purge ; la peine sans la pénitence , c’est un fou qui consume ; et tel est proprement le feu de l’enfer. C’est pourquoi les afflictions de la vie sont un feu on se purgent lésâmes penitentes : Salvus erit, sic tamen quasi per ignem • : il en est ainsi des âmes du purgatoire. Ellesse nettoient dans ce feu , parce que la peine est jointe aux sentiments de la pénitence, qu elles ont emportée en sortant du monde, quasi per ignem. Par conséquent, concluons que la peine sanctifiée par la pénitence nous est un gage de miséricorde ; et concluons aussi au contraire que le caractère propre de l’enfer, c'est la peine sans la pénitence.
Si vous voulez voir, chrétiens, des peintures de ces gouffres éternels, n’allez pas rechercher bien loin ni ces fourneaux ardents, ni ces montagnes ensouffrées qui vomissent des tourbillons de flammes , et qu’un ancien appelle « des che-
• minées de l'enfer, - Ignis inferni fumariata \ Voulez- vous voir une vive Image de l’enfer et d’une âme damnée, regnrdez un pécheur qui souffre et qui ne se convertit pas. Tels étaient ceux dont David parie comme d’un prodige, • que Dieu ■ avait dissipés, nous dit ce prophète, et qui
• n’étaient pas touchés de componction, • Dissipatisunt , nec cumpuncti 3 : serviteurs rebelles et opiniâtres, qui se révoltent même sous la verge; abattus et non corrigés, atterrés et non humiliés, châtiés et non convertis. Tel était le déloyal Pharaon , dont le cœur s'endurcissait tous les jours sous les coups incessamment redoublés de la vengeance divine. Tels sont ceux dont il est écrit, dans l’Apocalypse», que Dieu les ayant frappésd’une plaie horrible, de rage ils mordaient leurs langues, blasphémaient le Dieu du ciel , et ne faisaient point pénitence. Tels hommes ne sont-ils pas des damnés qui commencent leur enfer dès ce monde ?
Et il ne faut pas dire : Nous souffrons. Il y en a que la croix précipite à la damnation avec ce larron endurci : au lieu de se corriger par la pénitence , et de s’irriter contre eux-mêmes , et de faire la guerre è leurs crimes, ils s’irritent contre le Dieu du ciel ; ils sc privent des biens de l’autre vie , on leur arrache ceux de celle-ci : si bien qu’étant frustrés de toutes parts , pleins de rage et de désespoir, et ne sachant à qui s’en prendre, flsélèvcntcontre Dieu leur langue insolente, par leurs murmures et par leurs blasphèmes ; » et il « semble, dit Salvien, que leurs fautes se muiti- « pliant avec leurs supplices, la oeine même de
■ I. Car. lll, IS.
* TertuH. de Pamit. n* 13.
1 Pt. XXXIV, 16.
* Jpoc. XVI, 10, 11*
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« leurs péchés soit la mère de nouveaux crimes : • lit futures panam ipsorum criminum , quasi matrem esse vitiorum *.
Ah! mes frères, ils vous font horreur ces damnés vivant sur la terre ; vous ne les pouvez supporter, vous détournez vos yeux de dessus leurs crimes; mais détournez-en plutôt votre cœur, et recourez à Dieu par In pénitence. Éveillez-vous enfin, A pécheurs! du moins quand Dieu vous frappe par des maladies, par la perte de vos hiens ou de vos amis : joignez aux peines que vous endurez la conversion de vos Ames ; et cette croixque Dieu vous envoie, qui maintenant vous est un supplice, vous deviendra un salutaire aven tissement, et un gage infaillible de miséricorde. Jusqu’à quand fermerez-vous vos oreilles? jusqu'à quand endurcirez- vous vos cœurs contre la voixdc Dieu qui vous parle , et contresa main qui vous frappe? Abaissez- vous sous son bras puissant; et portez la croix qu’il vous met dessus les épaules , avec l'humilité et dans les sentiments de la pénitence.
Vous particulièrement, mes chers frères, sainte et bienheureuse conquête , nouveaux enfants de l'Église, quelle sc glorifie d'avoir retirés au centre de son unité et au sein de sa charité : je n'ignore pas les tourments que la haine irréconciliable de vos adversaires , que le cruel abandonnement et l'injuste persécution de vos proches vous font endurer; mais soutenez tout par la patience : c’est une espèce de martyre que vous souffrez pour la foi que vous avez embrassée. Dieu veut épurer votre charité par l'épreuve des afflictions : ce ne lui est pas assez , mes chers frères , de vous avoir arrachés au diable par la foi , s'il ne vous en faisait triompher par la constance : il ne veut pas seulement que vous échappiez , mais encore que vous surmontiez vos ennemis. Non content de vous appeler au salut par la profession de la foi , il vous Invite encore à la gloire par le combat ; et il veut apporter le comble au bonheur d'être délivrés , par l'honneur d’être couronnés. C'est votre gloire devant Dieu, mes frères , de sceller votre foi par vos souffrances ; et la pauvreté où vous êtes , rend uu témoignage honorable à l'amour que vous avez pour l'Église.
Mais, chrétiens, ce qui fait leur gloire, c'est cela même qui fait notre honte. Il leur est glorieux de souffrir ; mais il nous est honteux de le permettre. Leur pauvreté rend témoignagne pour eux et contre nous : l’honneur de leur fol , c'est la conviction de notre dureté. Sera-t-il dit , mes frères , qu'ils seront venus à notre unité y cher-
’ De Gub*rnnt. Dei lib. ri, n* 13, p. 140.
cher leurs véritables frères dans les véritables enfants de l'Église pour être abandonnés de leurs secours; et que nos adversaires nous reprocheront qu'on a soin assez d’attirer les leurs, mais qu’on les laisse en proie A la misère? d'où jugeant de la vérité de notre foi par notre charité, A jugement injuste, mais trop ordinaire parmi eux! ils blasphémeront contre l’Église, et notre insensibilité en sera ln cause. Mes frères, qu'il n'en soit pas de la sorte : pendant qu'ils souffrent pour notre foi, soutenons-les par nos charités.
Ceux qui ont souffert pour la foi , ce sont ceux que la sainte Église a toujours recommandés avec plus de soin. Les martyrs étant dans les prisons, le chrétiens y accouraient en foule : quelques gardes que l'on posât devant les prisons, la charité des fidèles pénétrait partout. Toute l’Église travaillait pour eux, et croyait que leurs souffrances honorant l'Église en sa foi , il n'y avait rien de plus nécessaire que les autres qui étalent libres les honorassent par la charité. Ailleurs on leur prêchait une discipline sévère; Il semblnit qu'il n’y eût que dans les prisons où il fût permis de les traiter délicatement, ou dit moins de relâcher quelque chose de l’austérité ordinaire. 1 1 s’y coulait même des païens, et nous en avons des exemples dans l'antiquité ; ainsi la charité des fidèles rendait les prisons délicieuses. Pourquoi tantde zèle? Ils croyaient par ce moyen professer la foi, et participer au martyre ; ■ se res- « souvenant de ceux qui étaient dans les chaînes, ■ comme s’ils eussent été eux-mêmes enchainés : » Vinctorum tanqmrn simul vincti' ; iis croyaient s’enchaîner avec les martyrs.
C'est par la croix et par les souffrances que la confession de foi doit être scellée. C’est ce qui fait dire à Tertullien, que « la foi est obligée nu « martyre, • Débit ricem martyrii fidem * : par où il veut dire , si Je ne me trompe , que cette grande soumission à croire les choses incroyables ne peut être mieux confirmée, qu'en se soumettant aussi à en souffrir de pénibles et de difficiles et qu’en captivant son corps , pour rendre un témoignage ferme et vigoureux à ces bienheureuses chaînes, par lesquelles la foi captive l’esprit. C’est pourquoi , après avoir fait faire aux nouveaux catholiques leur profession de foi , on les met dans une maison dédiée â la croix.
Mes frères, accourez donc en ce lieu ; ceux <pii y sont restés ne se comparent pas aux martyrs, mais néanmoins c'est pour la foi qu'ils endurent ; ils ne sont pas liés dans des prisons, mais néanmoins ils portent leurs chaînes : Yinctos in
» t/rbr. XIII, 3.
* Scttrp. O" 8.
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mendicitnte et ferro 1 ; non chargea de fer, mais bien par la pauvreté. Venez leur aider a porter leurcroix: car qu'attendez-vous, et] retiens ? quoi ! que la misère et le désespoir les contraignent à jeter les veux du côté du lieu d'où iis sont sortis , et il se souvenir de l'Égypte ? O Dieu , détournez de nous un si grand malheur! Ils ne ie feront pas, chrétiens; iis sont trop fermes, ils sont trop fidèles : mais combien toutefois sommes-nous coupables de les exposer à ce péril ?
Ouvrez donc vos cœurs , je vous en conjure par la croix que vous adorez ; ouvrez vos cœurs , et ouvrez vos mains sur les nécessités de cette maison , et sur la pauvreté extrême de ceux qui l'habitent : abandonnés des leurs, qu'ils ont quittés pour le Fils de Dieu, ils n’ont plus de secours qu’en vous. Reccvcz-les , mes frères ,avccdesentraillcsdemisérleorde ; honorez en eux la croix de Jésus : ils la portent avec patience, je leur rends aujourd'hui ce témoignage ; mais ils ne la portent pas néanmoins sans peine : rendez-la-leur du moins supportable par l'assistance de vos charités ; et que j'apprenne en sortant d'ici que les paroles que je vous adresse , ou plutôt que toute l'Église et Jésus-Christ même vous adressent en leur faveur par mon ministère , n’auront pas été un son inutile.
O joie ! ô consolation de mon cœur ! Si vous me donnez cette joie et cette sensible consolation , je prierai ce divin Sauveur qui souffre avec eux , et qui souffre en eux , qu'il répande sur vous les siennes , qu'il vous aide A porter vos croix , comme vous aurez prêté vos mains charitables pour aider ces nouveaux enfants de l’Église à porter la leur plus facilement; et enfin que, pour les aumônes que vous aurez semées en ce monde , il vous rende en la vie future la moisson abondante qu'il nous a promise. Amen.
PRÉCIS D’UN SERMON