II. K
> Slallh. i, i».
• Ibid. M.
• Luc. XII , 4,.
DE LA PENTECOTE.
if
• crainte , mais un esprit de force et de charité • ; • i et tel est l'esprit du christianisme dont les apôtres ont été remplis.
En effet, considérons attentivement l’histoire de l'Église naissante; qu’y voyons-nous d’extraordinaire , et en quoi y remarquons-nous cet esprit du christianisme 7 En ces deux effets admirables , je veux dire , en la fermeté invincible et en la sainte union de tous les fidèles ; et vous le verrez clairement, si vous voulez seulement entendre ce que saint Luc a ditdans les Actes : « Ils
• furent remplis de l’Esprit de Dieu : » Jtepleti sunt omnes Spiritu sancto; et de làqu’est-ii arrivé? Deux choses que saint Luc a bien remarquées : Loquebantur eum fiducia'-, premièrement, • Ils parlèrent avec fermeté : » voyez- vous pas cet esprit de force? Et il ajoute aussitôt après,
• et ils n’étaient tous qu’nn coeur et qu’une âme , » cor unum et anima unai; et c’est l’esprit de la charité. Voilà donc , et n’en doutez pas , quel est l’esprit du christianisme ; voilà quel était l’esprit de nos pères : esprit courageux, esprit pacifique ; esprit de fermeté et de résistance ; esprit de charité et de douceur : esprit qui se met au-dessus de tout par sa force et par sa vigueur ; « esprit qui se ■ met au-dessous de tous par la condescendance « desa charité : • Percharitatemservitcinvieemt. Tel est l’esprit de la loi nouvelle : • chrétiens , . ne l’éteignez pas : • Spirilum nolite extingucre i. Imitez l’Eglise naissante, et la ferveur de ses premiers temps, dont je vous dois aujourd’hui proposer l’exemple. Conservez cet esprit de force, par lequel vous pourrez combattre le monde; conservez cet esprit d’amour, pour vivre en l’unité de vos frères dans la paix du christianisme : deux points que je traite en peu de paroles , avec le secours de la grâce.
PUEHIEH POINT.
Disons donc, avant toutes choses, que les chrétiens doivent être forts, et que l’esprit du christianisme est un esprit de courage et de fermeté : car si nous voyons dans l’histoire, que des peuples se vantaient d’être belliqueux ; parce que dès leur première jeunesse on les préparait à la guerre, on les durcissait aux travaux, on les accoutumait aux périls: combien devons-nous être forts, nous qui sommes dès notre enfance enrôlés par le saint baptême à une milice spirituelle dont la vie n’est que tentation , dont tout l’exercice est la guerre, et qui sommes exposés au milieu du
1 11. Tim. 1,7.
* Act. IV, 31.
* Ibid. M.
* Gai. ▼, 13.
U. Tim. v, I»
monde comme dans un champ de bataille, pour combattre mille ennemis découverts et mille innemis invisibles! Parmi tant de difficultés et tant de périls qui nous environnent, devons-nous pas être nourris dans un esprit de force et de fermeté ; afin d’être toujours immobiles malgré les plaisirs qui nous tentent , malgré les afflictions qui nous frappent, malgré les tempêtes <jui nous menacent ? Aussi voyons-nous dans les Ecritures , que Dieu prévoyant les combats où il engageait ses fidèles,
■ leur ordonne de se renfermer et de demeurer • en repos jusqu’à ce qu’il lésait revêtus de force : Scdele in civilale, quoadusque intluamini virtute ex alto'-, leur montrant par cette parole, que, pour soutenir les efforts qui attaquent ks enfants de Dieu en ce monde, U faut une fermeté extraordinaire.
C’est ce qui m'oblige, messieurs , à vous proposer aujourd'hui trois maximes fondamentales de la générosité chrétienne , lesquelles vous verrez pratiquées dans l’histoire du christianisme ( naissant , et dans la conduite de ces grands hommes que le Saint-Esprit remplit en ce jour : voici quelles sont ces maximes , que je vous prie d’imprimer dans votre mémoire. Mépriser les présents du monde , ses richesses , ses biens , ses plaisirs ; voilà la première maxime. Mais parce qu’en refusant les présents du monde, on encourt Infailliblement ses disgrâces : non-seulement mépriser ses biens, mais encore mépriser sa haine, et ne pas craindre de lui déplaire , voilà la seconde maxime. Et comme sa haine étant méprisée se tourne en une fùreur implacable : non-seulement mépriser sa haine , mois sa rage , mais ses menaces , et enfin se mettre au-dessus des maux quo la fùreur la plus emportée peut faire souffrir à notre Innocence; voilà la troisième maximc:c’est ce qu’il nous faut expliquer par ordre.
La première maxime de force que nous donne l’esprit du christianisme, c’est de mépriser les présents du monde ; et la raison en est évidente : car c’est un principe très-indubitable que notreestime ou notre mépris suivent les Idées dont nous sommes pleins , et les espérances que l’on nous donne. Voyons doncdequellcs idées nous remplit l’esprit du christianisme , et quels désirs il excite en nous. II faut que vous l’appreniez de saint Paul par ccs excellentes paroles qu'il adresse aux Corinthiens : Non enim spirilum hujus mundi accepimus : . Nous n’avons pas reçu l’esprit de . ce monde ; » et par conséquent concluez que le chrétien véritable n’est pas plein des idées du monde. Quel esprit avons-nous reçu ? Sed Spiritum qui ex Deoest : « un Esprit qui est de Dieu, •
3gk
* Luc. MIY, 49.
POUR LE JOUR
dit saint Paul , et H en ajoute cette raison : « A fin . que nous sachions, poursuit-il, toutes les choses . que Dieu nous donne : * l'tsciamusquœa Deo donnla sunt nobis ', Quelles sont ees choses que Dieu nous donne, sinon l'adoption des enfants, l'égalité avec les anges, l'héritage deJésus-Christ, la communication de sa gloire , la société de son trône? Voila quelles sont les idées que le Saint- Esprit imprime en nos âmes : il y grave l'idée d’un bien éternel , d'un trésor qui ne se perd, d'une vie qui ne finit pas , d’une paix immuable et perpétuelle. Si je suis pleindeees grandes choses , et si j'ai l'esprit occupé d’espérances si relevées, puisje estimer les présents du monde ? Car, ô monde , qu’opposeras-tu & ces biens infinis et inestimables? Des plaisirs? mais seront-ils purs? Des honneurs? seront-ils solides? La faveur? est-elle durable? La fortune? est-elle assurée? Quelque grand établissement? es-tu capable de m’en garantir une jouissance paisible, et me rendrastu immortel pour posséder ces biens sans inquiétude? qui ne sait qu'il est impossible? La figure de ce monde passe ; tout ce que les hommes estiment n’est que folie et Illusion; et l’esprit de grâce que j’ai reçu , me remplissant des grandes idées des biens éternels qui me sont donnés, m’a élevé au-dessus du monde, et ses présents ne me sont plus rien. Telle est la première maxime de la générosité chrétienne.
Mais , fidèles , ce n’est pas assez : si vous n’aimez pas le monde, il vous haïra; ceux qui méprisent les présents du mondecncourent infailliblement sa disgrâce ; et il faut ou s’engager avec lui, en recevant scs faveurs, ou rompre ouvertement ses liens, et ne pas craindre de lui déplaire ; et c’est la seconde maxime de l'Esprit du christianisme. Car c’est une vérité très-constante, que jamais les hommes ne produiront rien qui soit digne de l’Évangile et de l’esprit de la loi nouvelle, tant qu’on n’aura pas le courage de renoncer à la complaisance , et de se résoudre à déplaire aux hommes. En effet, considérez, chrétiens, les lois tyranniques et pernicieuses que le monde nous a imposée» contre les obligations de notre baptême. N’est-ce pas le monde qui dit que de pardonner, c’est faiblesse ; et que c’est manquer de courage, que de modérer sonambltion? N’estce pas le monde qui veut que la jeunesse coure aux voluptés; et que l’âge plus avancé n’ait de soin que pour s’établir, et que tout cède à l'intérêt? N’est-ce pas une loi du monde , qu’il faut nécessairement s’avancer, s’il se peut par les bonnes voies, sinon s’avancer par quelque façon ; s’il le faut , par la flatterie ; s’il est besoin , même par le crime? N’est-ce pas ce que dit le monde?
> |. Cor. n . n.
ne sont-ce pas ses lois et ses ordonnances? Et pourquoi sout-elles suivies? d’où leur vient cette autorité qu’elles se sont acquise par toute la terre? est-ce de la raison , ou de Injustice? Mais Jésus-Christ les a condamnées , et il a donné tout son sang pour nous délivrer de leur servitude : d'où vient donc que ces lois maudites régnent encore par toute la terre, contre la doctrine de l’Évangile?Jene craindrai pas d'assurer que c’est la crainte de déplaire aux hommes, qui leur donne cette autorité.
Mais peut-être que vous jugerez que ce n’est pas à la complaisance qu’il faut imputer tout ce crime, et qu'il en faut aussi accuser nosautresinclinations corrompues. Non, mes sœurs, je n’accuse qu’elle , et je m'appuie sur cette raison : car je confesse fucilementque nos mauvaises inclinations nous jettent dans de mauvaises pratiques ; mais je nie que ce soient nos inclinations qui leur donnent la force de lots auxquelles on n'ose pas contredire. Ce qui les érige en force de lois , et ce qui contraint à les suivre , par une espèce de nécessité , c'est la tyrannie de la complaisance ; parccqu’on a honte de demeurer seul, parce qu'on n'ose pas s'écarterdu chemin que l'on voit battu, parce qu’on craint de déplaire aux hommes ; et on dit pour toute raison : C’est ainsi qu'on vit dans le monde; il faut faire comme les autres. Tellement que ces lois damnablcsquc le mondeopposc au christianisme , il faut quelqu’un pour les proposer et quelqu'un pour les établir : nos inclinations les proposent et nos Inclinations lesconscillent ; mais c'est la craintcde déplaire aux hommes qui leur donne l’autoritésouveraine. C’est ce que prévoyait le divin apôtre , lorsqu'il avertit ainsi les fidèles : • Vous avez été achetés d’un grand • prix , ne vous rendez pas esclaves des hommes : • Piolitc Jieri sens hominum'. En effet, ne le sens-tu pas, que tu te jettes dans la servitude, quand tu crains de déplaire aux hommes, et quand tu n'oses résister à leurs sentiments ; esclave volontaire des erreurs d’autrui?
Chrétiens , ce n'est pas là notre esprit, ce n'est pas l’esprit du christianisme. Écoutez l’apôtre saint Paul , qui nous dit avec tant de force : v Nous n’avons pas reçu l'esprit de ce monde : » IS’onenim spiritum hujus mundi accepimus. Je ne croirai pas me tromper, si Je dis que I esprit du monde , dont parle l'apôtre en ce lieu , c’est la complaisance mondaine, qui corrompt les meilleures âmes, qui, minant peu à peu les malheureux restes de notre vertu chancelante, nous fait être de tous les crimes, non tant par inclination , que par compagnie ; qui , au lieu de cette force
' I. Cor. vu, a
1)F, LA PENTECOTE
Invincible et de cette fermeté d'un front chrétien que la croix doit avoir durci contre toute aorte d’opprobres, tes rend si tendres et si délicats, que nous avons honte de déplaire aux hommes [mur le service de Jésus-Christ. Mon Sauveur, ce n’est pas là eet Esprit que vous avez aujourd’hui répandu sur nous : Non enim spiritual hitjus munrli accepimus, sed Spiritum qui ex Ueo est : « Nous n’avons pas reçu l’esprit de ce monde,
• pour être les esclaves des hommes; mais notre - Esprit venant de Dieu même , » nous met audessus de leurs jugements, et nous fait mépriser leur haine ; et c'est la seconde maxime de la générosité du christianisme.
Mais il faut encore s’élever plus haut; et la troisième , qui me reste à vous proposer, va faire trembler tous nos sens, et étonner toute la na- | ture : car c'est elle qui fait dire nu divin apôtre :
• Qui est capable de nous séparer de la charité « de Notrc-Seigneur? est-ce l'affliction ou l’an- « goissc? est-ce la nudité ou la faim, la persécu-
• tion ou le glaive? Mais nous surmontons en « toutes ces choses , à cause de celui qui nous a « aimés : » !n his omnibus superamus , propter eum qui dilexit nos'. Ainsi, que le monde frémisse , qu’il allume par toute la terre le feu de ses persécutions, la générosité chrétienne surmontera sa rage impuissante ; et je comprends aisément la cause d'une victoire si glorieuse, par une excellente doctrine que l’apôtre saint Jean nous enseigne; que « celui qui habite en nous est plus . grand que celui qui est dans le monde : . Major est qui in robis est, quam qui in mundo'. Entendez ici, chrétiens, que celui qui est en nous, c’est le Saint-Esprit que Dieu a répandu en nos cœurs. Et qui ne sait que cet Esprit tout-puissant est infiniment plus grand que le monde? Par conséquent , quoi qu'il entreprenne , et quelques tourments qu'il prépare, le plus fort ne cédera pas au plus faible. Le chrétien généreux surmontera tout ; parce qu’il est rempli d’un Esprit qui est infiniment au-dessus du monde.
Ce sont, mes sœurs, ces fortes pensées qui ont si longtemps soutenu l’Église : elle voyait tout l’empire conjuré contre elle; elle lisait à tous les poteaux et à toutes les places publiques les sentences épouvantables que l'on prononçait contre ses enfants : toutefois elle n’était pas effrayée ; mais sentant l’esprit dont elle était pleine, elle savait bien maintenir cette liberté glorieuse de professer le christianisme , et , quoique les lois la lui refusassent, elle se la donnait par son sang : car c'était un crime chez clic de se l’acquérir par une autre voie; et l’unique moyen qu'elle propo-
1 Rom. Tin, 36,37.
* I. Jean. IV, 4.
BO&blLT. — T. IU.
sait pour secouer ce joug , cetait de mourir constamment. C'est pourquoi Tcrtuliien s'étonne qu’il y eût des chrétiens assez lâches pour se racheter par argent des persécutions qui les menaçaient; et vous allez entendre des sentiments vraiment dignes de l’ancienne Église et de l'esprit du christianisme. CAristianus pecunia saints est ; et in hoc nummos hubet ne patiatur, dum adeersus Deum erit dires : « O honte de l’Église, s’écrie
■ ce grand homme, un chrétien sauvé par argent,
■ un chrétien riche pour ne souffrir pas! a-t-il
• donc oublié, dit-il, que Jésus s’est montré ri-
• che pour lui par l'effusion de son sang? • At enim Christus sanguine, fuit dives pro illo'. Ne vous semble-t-il pas qu'il lui dise : Toi, qui t’es voulu sauver par tou or, dis-moi, chrétien, où était ton sang? n'en avais-tu plus dans tes veines, quand tu as été fouiller dans tes coffres pour y trouver le prix honteux de ta liberté? sache qu’étant rachetés pur le sang , étant délivrés par le sang , nous ne devons point d'argenl pour nos vies, nous n’en devons point pour nos libertés, et notre sang nous doit garder celle que le sang de Jésus-Christ nous a méritée : Sanguine empli, sanguine munerali , nid/utn nuinmum pro capile debemus'. Ceux qui vivent en cet esprit, ce sont, mes sœurs, les vrais chrétiens, et ce sont les vrais successeurs de ces hommes incomparables que l'esprit de force remplit aujourd'hui : car il est temps de venir à eux , cl de vons montrer dans leurs actions ces trois maximes que j’ai expliquées.
Et premièrement regardez comme ils méprisent les présents du monde : aussitôt qu’ils sont chrétiens, ils ne veulent plus être riches. Voyez ces nouveaux convertis , avec quel zèle ils vendent leurs biens , et comme ils se pressent autour des apôtres, » pour jeter tout leur argent à leurs « pieds, » po/icbant ante pedes apostolorum1. Ou vous pouvez aisément connaître le mépris qu’ils font des richesses : car , comme remarque saint Jean Chrysostôme*, judicieusement à son ordinaire , ils ne les mettent pas dans les mains, mais ils les apportent nux pieds des apôtres ; et en voici la véritable raison. S’ils croyaient leur faire un présent honnête , ils les leur donneraient dans leurs mains; mais, en les jetant à leurs pieds, ne semble-t-il pas qu’ils nous veulent dire que ce n’est pas tant un présent qu’ils font, qu’un fardeau inutile dont ils se déchargent? et tout ensemble n'admirez-vous pas comme ils honorent les saints apôtres? O apôtres de Jésus-Christ,
1 Dtfug. in pmccul. n* Il
1 Ibid-
» AcL IV, 35.
4 In Act. Apatl. Ilot», xi, n* I, t. IX , p. 00. /* Epiai ad Rom. Hom. vil , n" 8; ibid. p. 41H.
IS
POUR LF. JOUR
c'est vous qui êtes les vninqueurs du monde ; et voilà qu’on met à vos pieds les dépouilles du inonde vaincu , ainsi qu'un trophée magnifique qu’on érige à votre victoire. D'où vient à ces nouveaux chrétiens un si grand- mépris des richesses, sinon qu'ils commencent à se revêtir de l'esprit du christianisme , et que l'idée des biens étemels leur ôte l'estime des biens périssables ? C'était la première maxime , mépriser les présents du monde.
Je vois que vous admirez ces grands hommes, v ous êtes étonnés de leur fermeté ; toutefois tout ce que j'ai dit n'est qu'un faible commencement : nos braves et invincibles lutteurs ne sont pas outrés nu combat ; ils n’ont fait encore que se dépouiller, quand ils ont quitté leurs richesses : ils vont commencer û venir aux prises, en attaquant la balne du monde. C’est ici qu'il faut avoir les yeux attentifs.
Certainement, chrétiens , c’était une étrange résolution que de prêcher le nom de Jésus dans la ville de Jérusalem. Il n’y avait que cinquante jours que tout le monde criait contre lui : - Qu’on . l'ôte , qu’on l'ôte , qu’on le crucifie 1 1 » Cette haine cruelle et envenimée vivait encore dans
le cœur des peuples : prononcer seulement son nom, c’était choquer toutes les oreilles; le louer, c'était un blasphème : mai» publier qu'il est le Messie, prêcher sa glorieuse résurrection, n’étaitcc pas porter les esprits jusqu'à la dernière fureur? Tout cela n’arrête pas les apôtres : Oui, nous vous prêchons , disaient-ils, « et que toute
• la maison d'Israël le sache , que le Dieu de nos « pères a ressuscité et a fait asseoir à sa droite ce
■ Jésus que vous avez mis en croix •. * Et parce qu'ils avaient cru s’excuser de la mort de cet Innocent en le livrant aux mains de Pilate, Ils ne leur dissimulent pas que cette excuse augmente leur faute. • Car Pilate, disent-ils, a voulu le
• sauver, et c'est vous qui l'avez perdu ’. - Et voyez comme ils exagèrent leur crime : • Vous « avez renié le Saint et le Juste , et vous avez de-
■ mandé la grâce d’un voleur et d'un meurtrier, . et vous avez fait mourir l’nuteur de la vie h • Est-il rien de plus véhément pour confondre leur ingratitude, que de leur mettre devant les yeux toute l'horreur de cette injustice, d'avoir conservé la vie à celui qui l'ôtait aux autres par scs homicides , et tout ensemble de l'avoir ôtée à celai qui la donuait par sa gràce?et pendant qu’ils disaient ces choses , combien voyaient-ils d hommes irrités dont la rage frémissait contre eux!
* Joan. XIX, IR.
■ Ad. Il , M.
1 Ibid, III, 13.
* Ibid. 14. IX
Mais ces grandes ômes ne s'étonnaient pas ; et c’était une des maximes de l’esprit qui les possédait , de ne pas craindre de déplaire aux hommes.
Passons maintenant plus avant , et voyonsleur vaincre les menaces de ceux dont ils ont méprisé la haine ; c’est la dernière maxime. On les prend, on les emprisonne, on les fouette inhumainement; « on leur ordonne , sous de grandes « peines , de ne plus prêcher en ce nom , » in nomine hoc'-. car, messieurs, c’est ainsi qu’ils parlent ; en ce nom odieux au monde, et qu’ils craignent de prononcer : tant ils l’ont en exécration ! A cela que répondent les apôtres? Une parole toute généreuse : Non possumus * : * Mous ne
• pouvons pas, nous ne pouvons pas nous taire
■ des choses dont nous sommes témoins oculai- « res. > Et remarquez ici , chrétiens , qu'ils ne disent point : Nous ne voulons pas; car Ils sembleraient donner espérance qu'on pourrait changer leur résolution : mais de peur qu'on attende d'eux quelque chose indigne de leur ministère, ils disent tous d'une même voix : Ne tentez pas l’Impossible; Aon possumus : • Nous ne pouvons - pas. » C’est ce qui confond leurs juges iniques.
C'est ici que ces innocents font le procès à leurs propres juges, qu'ils effrayent ceux qui les menacent , et qu’ils abattent ceux qui les frappent : car écoutez ces juges iniques, et voyez comme ils parlent entre eux dans leur criminelle assemblée. Quitl faciemus hominibus islis 5? « Que pouvons-
■ nous faire à ces hommes? ■ Voici un spectacle digne de vos yeux : dès la première prédication, trois mille hommes viennent aux apôtres; et touchés de pénitence, leur disent : * Nos chers » frères, que ferons-nous? • Quiil faciemus, ri ri
\fralres 4 7 D’autre part, les princes des prêtres, les scribes et les pharisiens les appellent à leur tribunal; là, étonnés de leur fermeté, et ne sachant que résoudre, ils disent : * Que ferons-nous
• à ces hommes? » Quitl faciemus hominibus islis ? Ceux qui croient et ceux qui contredisent, tous deux disent : ■ Que ferons-nous? » mats avec des sentiments opposés : les uns par obéissance , et les antres par désespoir ; les uns le disent pour subir la loi , et les autres le disent de rage de ne I k> u voir pas la donner. Avez-vous jamais entendu une victoire plus glorieuse? Il n’y n que deux sortes d'hommes dans la ville de Jérusalem; dont les uns croient , les autres résistent : ceuxlà suivent les apôtres et s’abandonnent a leur
' conduite : Nos frères, que ferons-nous? ordonnez ; et ceux même qui les contredisent, et qui veu-
I 1 Art. IV, 17.
| » Ihtd. 30
] » Ibid. IV. I«.
< lillll U, 37.
DE LA PENTECOTE.
lent les exterminer , ne savent néanmoins <|ue leur faire : Que ferons-nous à ces hommes? Ne voyez- vous pas qu'ils jettent leurs biens , et qu'ils sont prêts de donner leurs limes? les promesses ne les gagnent pas, les injures ne les troublent pas, les menaces les encouragent, les supplices les réjouissent : Quid faciemus ? « Que leur ferons- . nous?- O Église de Jésus-Christ , je n'al plus de peine à comprendre que les tiens , en prêchant , en souffrant, en mourant, couvriront les tyrans de honte, et qu’un jour ta patience forcera le monde à changer les lois qui te condamnaient; puisque je vois que des ta naissance tu confonds déjà tous les magistrats et toutes les puissances de Jérusalem par la seule fermeté de cette parole : Non possumus : ■> Nous ne pouvons pas. »
Mais, saints disciples de Jésus-Christ, quelle est cette nouvelle impuissance? N ous trembliez en ces derniers Jours , et le plus hardi de la troupe a renié lâchement son maître ; et vous dites maintenant : Nous ne pouvons pas. Et pourquoi ne pouvez- vous pas? C'est que les choses ont été changées ; un feu céleste est tombé sur nous , une loi a été écrite en nos cœurs , un Esprit tout-puissant nous presse : charmés de ses attraits infinis , nous nous sommes imposé nous-mêmes une bienheureuse nécessité d'aimer Jésus-Cbrist plus que notre vie ; c’est pourquoi nous ne pouvons plus obéir au monde : nous pouvons souffrir, nous pouvons mourir; mais nous ne pouvons pas trahir l’Évangile , et dissimuler ce que nous savons : Non possumus ea quœ vidimus et audivimus non loqui '.
Voilà, messieurs, quels étaient nos pères; tel est l'esprit du christianisme , esprit de fermeté et de résistance, qui se met au-dessus des présents du monde , au-dessus de sa haine In plus animée, au-dessus de ses menaces les plus terribles : c’est par cet esprit généreux que l’Église a été fondée ; c’est dans cet esprit quelle s’est nourrie : chrétiens , ne l’éteignez pas : Spirilum nolite extinguere. Quand on tâche de nous détourner de la droite voie du salut, quand le monde nous veut corrompre par scs dangereuses faveurs, et par le poison de sa complaisance, pourquoi n osons-nous résister? Si nous nous vantons d’être chrétiens , pourquoi craignons-nous de déplaire aux hommes? et que ne disons-nous avec les apûtres ce généreux « Nous ne pouvons « pas? . Mais l'usage de cette parole ne se trouve plus parmi nous : il n'est rien que nous ne puissions pour satisfaire notre ambition et nos passions déréglées. Ne faut-il que trahir notre conscience, ne faut-il qu’abandonner nos amis, ne
1 Jet. iv, 20.
faut-il que viuler les plus saints devoirs que la religion nous impose, Possumus, nous le pouvons ; nous pouvons tout pour notre fortune, nous pouvons tout pour nous agrandir : mais s’il faut servir Jésus-Christ, s'il faut nous résoudre de nous séparer de ces objets qui nous plaisent trop, s’il faut rompre ces attachements et briser ces liens trop doux ; c’est alors que nous commençons de ne rien pouvoir : Non possumus : • Nous ne • pouvons pas. • Que sert donc de dire aujourd'hui à la plupart de mes auditeurs : • N’éteignez pas « l’esprit de la grâce? ■ Il est éteint , il n’y en a plus ; cet esprit de fermeté chrétienne ne se trouve plus dans le monde : c'est pourquoi les vices ne sont pas repris ; ils triomphent , tout leur applaudit : et de ce grand feu du christianisme, qui autrefois a embrasé tout le monde, à peine en reste-t-il quelques étincelles. Tâchons donc de les rallumer en nous-mêmes, ces étincelles à demi éteintes et ensevelies sous la cendre.
Chrétiens, quoi qu’on nous propose, soyons fermes en Jesus-Chrlst, et dans les maximes de son Évangile. Pourquoi veut on vous intimider par la perte des biens du monde? Tcrtullien a dit un beau mot, que je vous prie d'imprimer dans votre mémoire : Non admittit status fidei nécessitâtes ' : • La foi ne connaît point de nécessi- « tés. ■ Vous perdrez ce que vous aimez. Est-il nécessaire que je le possède ? Votre procédé déplaira aux hommes. Est-il nécessaire que je leur plaise? Votre fortune sera ruinée. Est-Il nécessaire que je la conserve ? Et quand notre vie même serait en péril ; mais l'infinie bonté de mon Dieu n'expose pas notre lâcheté à des épreuves si difficiles : quand notre vie même serait en péril , je vous le dis encore une fois , la foi ne connaît point de nécessités ; il n’est pas même nécessaire que vous viviez; mais il est nécessaire que vous serviez Dieu : et quoi qu’on fnsse , quoi qu’on entreprenne, que l'on tonne, que l’on foudroie, que l’on mêle le ciel avec la terre, toujours sera-t-il véritable qu’il ne peut jamais y avoir aucune nécessité de pécher ; « puisqu'il n’y a parmi les
■ fidèles qu'une seule nécessité , qui est celle de
■ ne pécher pas : • Nul In est nécessitas dclinquendi, quitus una est nécessitas non tlclinquendi * . Méditons ces fortes maximes de l’Évangile de Jésus-Christ; mais ne songeons pas tellement à la fermeté chrétienne, que nous oubliions les tendresses de la charité fraternelle qui est la seconde partie de l'esprit du christianisme.
SECONll POINT.
Il pourrait sembler, chrétiens , que l'esprit du
1 Dt Cor. n* il.
» Ibid.
POUR LE JOUR
christianisme , en rendant nos pères plus forts , le* aurait en même temps rendus moins sensibles, et que la fermeté de leur il me aurait diminué quelque chose de la tendresse de Itur charité. Car soit que ces deux qualités , je veux dire la douceur et le grand courage, dépendent décomplexions différentes, soit que ces hommes nourris aux alarmes, étant accoutumés de longtemps à n'étre pas alarmes de leurs périls, ni abattus de leurs propres maux, ne puissent pas être aisément émus de tous les autres objets qui les frappent ; nous voyons assez ordinairement que ces forts et ces intrépides prennent dans les hasards de la guerre je ne sais quoi de moins doux et de moins sensible , pour ne pas dire de plus dur et de plus rigoureux.
Mais il n'en est pas de la sorte de nos généreux chrétiens : ils sont fermes contre les périls , mais ils sont tendres à aimer leurs freres; et l'Esprit tout-puissant qui les pousse , sait bien le secret d'accorder de plus opposées contrariétés. C’est pourquoi nous lisons dans les Ecritures que le Saint- Esprit forme les fidèles de deux matières bien différentes. Premièrement il les fait d'une matière molle , quand il dit par la bouche d’Kzéehicl : Dabo l 'obis cor carncum * : - Je vous don- • lierai un coeur de chair; » et il les fait aussi de fer et d’airain, quand il dit à Jérémie : » Je t'ai - mis comme une colonne de fer et comme une ■ muraille d'airain : ■ Dcdi le in columnnm ferrcam el in mtirum areum ’. Qui ne voit qu'il les fait d’airain, pour résister à tous les périls; et qu'en même temps il les fait de ehair pour être attendris par la charité? Et de même que ce feu terrestre partage tellement sa vertu qu’il y a des choses qu'il fait plus fermes , et qu'il y en a d'autres qu’il rend plus molles; il en est A peu près de même do ce feu spirituel qui tombe aujourd'hui. Il affermit et il amollit, mais d'une façon extraordinaire; puisque ce sont les mêmes coeurs des disciplrs, qui semblent être des coeurs de diamant par leur fermeté invincible , qui deviennent des rorurs humains et des coeurs de chair par la charité fraternelle. C’est l'effet de ce feu céleste, qui se repose aujourd'hui sur eux. Il nmollit les cœurs des fidèles, il les a, pour ainsi dire, fondus : il les a saintement mêlés; et les faisant couler les uns dans les autres , par la communication de la charité , il a composé de ce beau mélange cette merveilleuse unité de cœur, qui nous est représentée dans les Actes en ces mots : Multitudinis autem crcdentium crut cor unuin cl anima una 1 : • Dans toute la société des fidèles
■ EzccS. xixti , ».
i Jrrrm. I, IG.
» JcL IV, 3*.
- il n’y avait qu’un cœur et und âme : >■ c'est ce qu'il nous faut expliquer.
Je pourrais développer en ce lieu les principes très-relevés de cette belle théologie qui nous enseigne que le Saint- Esprit étant le lien éternel du Père et du Fils, c'est à lui qu'il appartenait d'être le lien de tous les fidèles; et qu'ayant une force d'unir infinie, il les a unis en effet d'une manière encore plus étroite que n’est celle qui assemble les parties du corps. Mais supposant ces vérités saintes , et ne voulant pas entrer aujourd'hui dans cette haute théologie , je me réduis à vous proposer une maxime très- fructueuse de la charité chrétienne , qui résulte de cette doctrine : c'est qu’étant persuadés par les Écritures que nous ne sommes qu’un même corps par la charité, nous devons nous regarder, non pas en nous-mêmes, mais dans l’unité de ce corps, et diriger par cette pensée toute notre conduite à l’égard des autres. Expliquons ceci plus distinctement, par l'exemple de cette Église naissante qui fait le sujet de tout mon discours.
Je remarque donc dans les Actes , où son histoire nous est rapportée, deux espèces de multitude. Quand le Saint- Esprit descendit , il se fit premièrement une multitude assemblée par le bruit et par le tumulte. On entend du bruit , on s'assemble; mais quelle est cette multitude? Voici comme l’appelle le texte sacre , • une mul- * titude confuse : » Convenu multiludo et mente confusa est \ Toutes les pensées y sont différentes; les uns disent : « Qu'est-ce que ceci? les « autres en font une raillerie : Iis sont ivres, • ils ne le sont pas; voilà une multitude confuse. Mais je vois, quelque temps après , une multitude bien autre, une multitude tranquille, une multitude ordonnée, où tout conspire nu même dessein , - ou il n’y a qu’un cœur et qu'une « âme r » Multitudinis credentium eratcorunum et anima una. D'ou vient, mes sœurs , cette différence? C’est que, dans cette première assemblée, chacun se regarde en lui-même et prend ses pensées ainsi qu’il lui plaît , suivant les mouvements dont il est poussé : de là vient qu’elles sont diverses, et il se fait une multitude confuse, multitude tumultueuse. Mais dans cette multitude des nouveaux croyants nul ne se regarde comme détaché, on se considéré comme dans le corps où l'on se trouve avec les autres ; on prend un esprit de société, esprit de concorde et de paix : et c’est l’esprit du christianisme qui fait une multitude ordounée, où il n’y a qu’un cœur et une âme.
Qui pourrait vous dire , mes sœurs, le nombre
• Ad. n, c, i3, 13.
DE LA PENTECOTE.
Infini d'effets admirables que produit cette belle considération par laquelle nous nous regardons , non pas en nous-mêmes, mais en l’unité de l’Eglise? Mais parmi tant de grands effets, je vous prie, retenez-cn deux , qui feront le fruit de cet entretien : c’est qu’elle extermine deux vices, qui sont les deux pestes du christianisme, l’envie et la dureté : l’envie, qui se fâche du bien des autres ; la dureté, qui est insensible a leurs maux ; l’envie, qui nous pousse à ruiner nos frères, et l’esprit d’intérêt , qui nous rend coupables de la misère qu’ils souffrent par un refus cruel.
Et premièrement , chrétiens, la malignité de l’envie n'est pas capable de troubler les âmes qui savent bien se considérer dans cette unité de l'Église; et la raison en est évidente : car l’envie ne naît en nos cœurs que du sentiment de notre indigence, lorsque nous voyons dans les autres ce que nous croyons qui nous manque. Or si nous voulons nous considérer dans cette unité de l’Église , il ne reste plus d’iudigence ; nous nous y trouvons infiniment riches, par conséquent l’envie est éteinte. Celle-là, dites-vous, a de grandes grâces; elle a des talents extraordinaires pour la conduite spirituelle : la nature qui s’en inquiété , croit que son éclat diminue le nôtre ; quels remèdes contre ccs pensées qui attaquent quelquefois les meilleures âmes? Ne vous regardez pas en vous- même, c’est là que vous vous trouverez indigente : ne vous comparez pas avec les autres, c’est là que vous verrez l’inégalité; mais regardez , et vous et les autres dans l’unité gu corps de l’Église : tout est à vous dans cette unité, et par ia fraternité chrétienne tous les biens sont communs entre les fidèles. C’est ce que j’apprends de saint Augustin par ces excellentes paroles : Mes frères, dit-il, ne vous plaignez pas s’il V a des dons qui vous manquent ; « aimez « seulement l’unité, et les autres nelcsauront que « pour vous : « Si amas unitatem , eliam ttbi habet quisquis in ilia habet aliquid1 . Si la main avait son sentiment propre, elle se réjouirait de ce que l’œil l’éclaire, parce qu’il éclaire pour tout le corps ; et l’œil n’envierait pas à In main ni sa force , ni son adresse , qui le sauve lui-même en tant de rencontres. Voyez les apôtres du Fils de Dieu : autrefois ils étaient toujours en querelle au sujet de la primauté ; mais depuis que le Saint- Esprit les a faits un cœur et une âme , ils ne sont plus jaloux ni contentieux. Ilscroieut tous parler par saint Pierre, ils croient présider avec lui ; et si son ombre guérit les malades, toute l'Église prend part à ce don et s’en glorifie en INotre-Seigneur. Ainsi , mes frères, dit saint Augustin , ne
• lu Jotvi. Tract, xxxii, n"i, t. III, pari. ir.col. sis.
nous regardons pas en nous-mêmes, aimons l’unitc du cor j-s de l’Église, aimons-nous nousmêmes en cette unité, les richesses de la charité fraternelle suppléeront le défaut de notre indigence ; et ce que nous n’avons pas en nous-mêmes nous le trouverons très-abondamment dans cette unité merveilleuse : Si amas unitatem , eliam tibi habet quisquis in ilia habet aliquid . Voilà le moyen d’exclure l’envie. Toile inndiam t et tuum est quod habco : loi la m invidiam , et tneum est quod hubes ' : <• Otez l'envie , ce que « j’ai est à vous , ce que vous avez est à moi ; tout ■ est à vous par la charité. ■ Dieu vous donne des grâces extraordinaires ; ah ! mon frere , je m’en réjouis, j’y veux prendre part avec vous, j’en veux même jouir avec vous dans l'unité du corps de l'Église. L'envie seule uous peut rendre pauvres, parce qu’elle seule nous peut priver de cette sainte communication des biensde l'Église.
Mais si nous avons la consolutlon de participer aux biens de nos frères, quelle serait notre dureté si nous ne voulions pas ressentir leurs maux? et c’est ici qu'il faut déplorer le misérable état du christianisme. Avons-nous jamais ressenti que nous sommes les membres d’un corps? Qui de nous a langui avec les malades? qui de nous a pâti avec les faibles? qui de nous a souffert avec les pauvres? Quand je considère, fidèles, les calamités qui nous environnent, la pauvreté. In désolation, le désespoir de tant de familles ruinées, il me semble que de toutes parts il s’élève un cri de misère à l’entour de nous , qui devrait nous fendre le cœur, et qui peut-être ne frappe pas nos oreilles. Car, ô riche superbe et impitoyable ! si tu entendais cette voix, pourraitelle pas obtenir de toi quelque retranchement médiocre (les superfluités de ta table? pourraitelle pas obtenir qu’il y eût quelque peu moins d'or dans ecs riches ameublements dans lesquels tu te glorifies? Et tu ne sens pas, misérable, que la cruauté de tou luxe arrache l’âme à cent orphelins, auxquels la Providence divine a assigné la vie sur ce fonds 1
Mais peut-être que vous me direz qu’il st fait des charités dans l'Eglise. Chrétiens, quelles charités ! quelques misérables aumônes , faibles et inutiles secours d'une extrême nécessité, que nous répandons d’une main avare, comme une goutte d’eau sur un grand brasier, ou une miette de pain dans la faim extrême. La charité ne doune pas de la sorte : elle donne libéralement; parce qu’elle sent la misère, parce quelle s’afflige avec Paffligé , et que soulageant le nécessiteux ellemême se sent allégée. C'est ainsi qu'on vivait
1 1/ko mox ci lato.
POUR LE JOUR
dans ces premiers temps ou j'ai tâché aujourd’hui de vous rappeler. Quand ou voyait un pauvre en l'Eglise , tous les fidèles étaient touchés; aussitôt chacun s'accusait soi-même, chacun regardait la misère de ce pauvre membrcaffligé comme la honte de tout le corps, et comme un reproche sensible de la dureté des particuliers : c’est pourquoi ils mettaient leurs biens en commun , de peur que personne ne fût coupable de l'indigence de l'un de ses frères Et Ananins ayant méprisé cette loi , que la charité avait imposée , il fut puni exemplairement comme un infâme et comme un voleur, quoiqu'il n'eût retenu que son propre bien : de là vient qu'il est nommé par saint ChrysosMme - le voleur de son propre bien : • rentra sua mm fur1. Tremblons donc , tremblons , chrétiens; et étant imitateurs de son crime, appréhendons aussi son supplice.
Et que l'on ne m'objecte pas que nous ne sommes plus tenus à ces lois , puisque cette communauté ne subsiste plus; car, quelle est la honte de cette parole i sommes-nous encore chrétiens s’il n’y a plusdeeommunauté entre nous? l.es biens ne sont plus en commun , mais il sera toujours véritable que la charité est commune, que la charité est compatissante , que la charité regarde les autres. Les biens ne sont donc plus en commun par une commune possession , mais ils sont encore en commun par la communication de la charité : et la Providence divine, en divisant les richesses aux particuliers , a trouvé ce nouveau secret de les remettre en commun par une autre voie ; lorsqu’elle en commet la dispensation à la charité fraternelle, qui regarde toujours l'Intérêt des autres.
Tel est l’esprit du christianisme; chrétiens, n'éteignez pas cet esprit : et si tout ie monde l'éteint ; âmes saintes et religieuses , faites qu’il vive du moins parmi vous. C est dans vos saintes sociétés que i on voit encore une image de cette communauté chrétienne que le Saint-Esprit av ait opérée : c’est pourquoi vos maisons ressemblent nu ciel ; et comme la pureté que vous professez vous égale en quelque sorte aux saints auges . de même ce qui unit vos esprits c’est ce qui unit aussi les esprits célestes : c’est-à-dire , un désir ardent de servir votre commun maître : vous n’avez toutes qu’un même intérêt, tout est commun entre vous ; et ce mot si froid de mien et de tien , qui a fait naître toutes les querelles et tous les procès , est exclu de votre unité. Que reste t-il donc maintenant , sinon qu’ayant chassé du milieu de vous la semence des divisions, vousy Lissiez régner cct Esprit de paix qui sera le nœud de votre
< /fri. v. I rtspqq.
» Jn Ail. Apost. Ihni. XII , if I , t. X , p. ®7
concorde, l’appui immuable de votre foi, et le gage de votre Immortalité? Amen.
TROISIÈME SERMON
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