‹ suvres de Bossuet SermonsChapitre 6 sur 243 · LE JOUR DE LA PENTECOTE · texte numérisé non relu

LE JOUR DE LA PENTECOTE

hhCciiê betavt la nrjNK.

caractère de* hommes spirituels qui* I** Saint-Esprit forme aujourd'hui. EspHl de fmnrte ri de a Igorar, néc«-wiin* |*mr m? soutenir dans la vie chrétienne. Combien notre extrême dèllcatesse est opposée A la fermeté et au courage il»* premier» chrétien». Perséeullou du momie : quelle» muiI se» minime* et le* arme» qu’il emploie pour abattre n*UX qui lui résistent. D’un vient notre Insensibilité pour les maux de» autres. Envie et esprit d'intérêt, deux péché» principaux que le Saint-Esprit reprend : leur* funeste* suites : remède* a ce» deux defauts.

Cum venerit Panclelas , »r*net mnmium de pccralo. Quand l’Esprit de vérité viendra, U convaincra le monde de péché. Joan. xvi , 8.

Comme les hommes ingrate ont péché dès le commencement du monde contre Dieu qui les a créés, Dieu anssi les a convaincus de péché dès le commencement du monde. Il a convaincu les pécheurs lorsqu'il a chassé nos premiers parents du paradis de délices; lorsque écoutant la voix du sang d’Abel il a fait errer par tout l’univers le parricide Cain, toujours fugitif et toujours tremblant ; lorsque , par un déluge universel , il a puni une corruption universelle. Dieu a repris les pécheurs d'une manière plus claire et plus convaincante, lorsqu'il ndoimé sa loi à son peuple par l’entremise de Moïse ; et lorsque, dans l’Ancien Testament, il a exerce tant de fois une justice si rigoureuse contre ceux qui ont transgressé une kâsi sainte et si juste. Cnmmeles hommcsavalcnt rejeté ce que Dieu avait commandé par la bouche de Moïse et des prophètes; il a enfin envoyé son propre fils, qui est venu en personne, pour condamner les péchés du monde, et par sa doctrine celcste et par l'exemple de sa vie irréprochable , et par une autorité qui est autant au-dessus de celle de Moïse et des prophètes, que la dignité du fils surpasse la condition des serviteurs. Après que le Père et le Fils avaient condnmné les pécheurs, il fallait que le Saint-Esprit vint encore les convaincre; et Jésus-Christ nous enseigne qu'il est descendu en ce jour pour accomplir eet ouvrage : « Quand cet Esprit , dit-il , sera venu, il « convaincra le monde de péché. - J ai dessein de vous expliquer ce qu'a fait aujourd hui le Saint- Esprit , pour convaincre les pécheurs ; quelle est cette façon particulière de reprendre les péchés

DK LA l’EVl'ECOTE.

qui lui est attribuée 'dans notre évangile; et de quel châtiment sera suivie une conviction si manifeste : mais , pour traiter avec fruit ujie matière vi importante, j'ai besoin des lumières de ce même Esprit , que je vous prie de demander avec moi par l'intercession de la sainte Vierge, dre.

L'ouvrage du Saint-Esprit, celui que les saintes Écritures lui attribuent en particulier, c'ist d'agir secrètement dans nos cœurs , de nous changer au dedans, de nous renouveler dans l’intérieur, et de réformer par ce moyen nos actions extérieures. J'ai dessein de vous faire voir que l'opération du Saint-Esprit dans les apôtres , et dans les premiers chrétiens, convainc ie monde de péché : mais comme nous ne connaissons ce qui se passe dans les cœurs, que par les œuvres, et qu'il serait malaisé de vous faire ici le dénombrement de tous les effets de la grâce, je m'attacherai, messieurs, à deux effets principaux que la grâce du Saint-Esprit produit dans les hommes qu’elle renouvelle, et qui ont éclaté principalement apres la descente du Saint-Esprit dans les premiers chrétiens et dans l'Église naissante.

Les hommes naturellement se laissent amollir par les plaisirs , ou affaiblir par la crainte et par la douleur : mais ces hommes spirituels que le Saint-Esprit a formés, je veux dire les apôtres, les premiers fidèles; timides auparavant , ils ont abandonné lâchement leur Maître par une fuite honteuse, et le plus hardi de tous a eu ia faiblesse de le renier : aujourd'hui que le Saint-Esprit les n revêtus de force, ce sont des hommes nouveaux que ni la crainte ni la douleur, ni les plus dures épreuves , ni la violence des coups , ni l'indignité des affronts ne sont plus capables d'émouvoir, et d'empécher de rendre à la face de tout l’univers un glorieux témoignage à Jésus-Christ ressuscité. Tel est le premier caractère des hommes spirituels que je dois aujourd'hui vous représenter r ils sont pleins d’un esprit de force , qui triomphe du monde et de sa puissance.

Mais voici un second effet qui n’est pas moins merveilleux : au lieu qu’on voit ordinairement les hommes si attachés â leurs intérêts que, pourvu qu’ils soient à leur aise , ils regardent les maux des autres avec une souveraine tranquillité ; les apôtres et les premiers chrétiens , ces créatures nouvelles que le Saint-Esprit a formées , attendris par la charité qu’il a répandue dans les cœurs, ne sont plus ■ qu’un cœur et qu’une âme, » cor unum et anima vna 1 : comme il est écrit dans les actes ; et touchés des maux qu’endurent

■ Jet IV, 31

les pauvres , ils ne craignent pas de vendre leurs biens, pour établir parmi eux une communauté bienheureuse. Tels sont tes deux caractères dont le Saint-Esprit a marqué les hommes qu’il forme en eejour. Invincibles, inébranlables, insensibles en quelque sorte à leurs propres maux par l’esprit de force qui lésa remplis, sensibles aux maux de leurs frères par les entrailles de la charité fraternelle; iis condamnent notre faiblesse qui ne veut rien souffrir pour l’amour de Dieu, ils convainquent notre dureté qui nous rend insensibles aux maux de nos frères; ainsi , par l’opération du Saint-Esprit , le monde est convaincu de pécbé. Considérons attentivement cette double conviction ; et voyons avant toutes choses notre faiblesse condamnée par cet esprit de force et do fermeté qui parait dans les apôtres et dans l’Eglise naissante.

CREMIER POIST.

Que l’esprit du christianisme soit un esprit de courage et de force, un esprit de fermeté et de vigueur, nous le comprcndrous aisément, si nous considérons que la vie chrétienne est un combat continuel. Double combat, double guerre, comme dans un champ de bataille, pour combattre mille ennemis découverts, et mille cuncmis invisibles.

Si la vie chrétienne est un combat continuel, donc l’esprit du christianisme est un esprit de force. Persécution au dehors, persécution intérieure : la nature contre la grâce ; la chair contre l’esprit; les plaisirs contre le devoir; l’habitude contre la raison ; les sens contre la foi ; les attraits présents contre l’espérance ; l’usage corrompu du monde contre la pureté de la loi de Dieu. • Qui • ne sent point ce combat, dit saint Augustin,

« c’est qu’il est déjà vaincu, c’est qu’il a donné > les mains à l’enuemi qui règne sans résistance : •

Si nihil in te alteri résista, vide lolum ubi sit.

Si spiritus tuas a carne contra concupiscente non ilissentit, vide ne forte cami ment tola consentiat : vida ne forte idco non sit bcllum , quia pax perversa est Qui suit le courant d un • fleuve n'en sent la rapidité que par la force qui l'emporte avec le courant Pouvons-nous vaincre dans ce combat, sans être revêtus d'un esprit de force? C'est pour cela que le Fils de Dieu, sachant que la force et la fermeté étaient comme le fondement de toute la vie chrétienne, n voulu faire paraître cet esprit avec un si grand éclat des l’origine du christianisme. Vous allés voir, chrétiens, de quelle sorte cet esprit de force, qui a rempli les apôtres, convainc d’infidélité , et les Juifs, qui n'ont pas cru à leur parole, et les chrétiens qui ont dégénéré de leur fermeté : Arguet

• Scrm. \\\ , n* i , I. t, col. 1&2.

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POUR LE JOUR

mundum de peccato... quia non crcdidcrunt ' in me •.

Simon, fils de Jonas, c’est-à-dire, fils de la colombe, régénéré au dedans par le Saint-Esprit ; Simon que ce môme Esprit rend digne aujourd’hui du titre de Pierre, par la fermeté qu’il vous donne : c'est à vous à parler pour vos frères, puisque vous êtes le chef du collège apostolique. Parlez donc, ô disciple autrefois le plus hardi a promettre, et le plus faible à exécuter; qui vouliez mourir, disiez- vous, et qui reniez trois fois votre maitre; c’est à vous à réparer votre faute. 11 ne connaissait pas Jésus; écoutez maintenant comme il le prêche, ce Jésus , l’objet de la haine publique. Mes frères, qu’il est changé! il n’était fort alors que par une téméraire confiance en luimême ; aujourd’hui qu’il est fort par le Saint- Esprit , écoutez quelles paroles ce divin Esprit met dans sa bouche : « Nous vous prêchons Jésus ■ de Nazareth; sache donc toute la Maison d’Is- • raél , que le Dieu de nos pères a ressuscité et « qu’il a fait asseoir à sa droite ce Jésus que vous « avez crucifié * : car Pilate, ajoute-t-il , l’a voulu « sauver, l’ayant jugé innocent ; mais c’est vous « qui l’avez mis en croix J, >• et voyez comme il exagère leur crime : « Vous avez renié le Saint « et le Juste, et vous avez demandé la grâce « d’un voleur et d’un meurtrier, et vous ayez fait - mourir l’auteur de la vie4. * Quelle force! quelle véhémence! car que peut-on imaginer de plus fort pour confondre leur ingratitude, que de leur remettre devant les yeux toute l’horreur de cette injustice, d’avoir conservé la vie à Barnbbas qui l’était aux autres par ses homicides, et tout ensemble de l’avoir ravie a Jésus qui l’offrait à tous par sa grâce? Non, mes frères, ce n’est pas un homme qui parle; c’est le Saint-Esprit habitant en lui qui convainc le monde de péché, parce qu'il n’a pas cru en Jésus-Christ.

Mais voyons passer lesapétres des discours aux actions, du témoignage de la parole au témoignage des œuvres et du sang : sans fierté , sans emportement, sans ecs violents efforts que fait une âme étonnée, mais qui s’excite par force ; comme des hommes qui sentent la force de la vérité , qui sc soutient de son propre poids : « ils sortent du « conseil tout remplis de joie, » ibant gaudentes 5. Quel est ce nouveau sujet de joie dans une si cruelle persécution? De ce qu’on les a\ait jugés dignes ; de quel le récompense, ou de quelle gloire ? dignes d'èlre maltraités et battus de verges pour

* Joan. XVI, 8, 9.

* , 4rt . Il , 22 , 30.

1 Ibid. III, 13.

* Ibid. Il, 16.

* [bid. v, 41.

le saint nom de Jésus I On les cite encore une fols, on les cite devant le conseil des pontifes, on les met en prison, on les bat de verges par main de bourreau avec cruauté et ignominie; on leur défend, sur de grandes peines, de ne plus prêcher en ce nom ; car, messieurs , c'est ainsi qu'ils parlent : Ne prêchez pas en ce nom ; en ce nom odieux nu monde, et qu’ils craignent même de prononcer : tant ils l'ont en exécration ! A cela, que répondront les apôtres? Une parole de force et de fermeté : > Nous ne pouvons pas nous « taire , et ne pas dire ce que nous avons vu et

• ce que nous avons oui • * Remarquez , dit ici . saint Jean-Chrysostôme, de quelle manière ils

• s'expriment : s'ils disaient simplement : Nous

• ne voulons pas; comme la volonté de l'homme

• n'est que trop changeante , on aurait pu espé- > rer de vaincre leur résolution : mais de peur » qu'on n'attende d'eux quelque faiblesse indigne « de leur ministère : Nous ne pouvons pas, disent-

• ils, et ne tentez pas l'impossible : ■ non possumus. Et pourquoi ne pouvez-vous pas? n’étes vous pas les mêmes? C'est que les choses ont été changées : un feu divin est tombé sur nous, une loi a été écrite en nos cœurs, un Esprit tout-puissant nous fortifie et nous presse; touchés par ses divines inspirations, nous nous sommes imposé nous-mêmes une bienheureuse nécessité d’aimer Jésus-Christ plus que notre vie : c’est pourquoi nous ne pouvons plus obéir au monde : nous pouvons souffrir, nous pouvons mourir; mais noua ne pouvons plus trahir l'Évangile, ni dissimuler ce que nous savons pur des voies si indubitables : non possumus.

Mais admirez, chrétiens, l'cfficace du Salnt- ! Esprit dans cette parole : les pontifes et les magistrats du temple, étourdis et frappés de cette réponse comme d'un coup de tonnerre , consulj lent ce qu'ils feront ; et malgré toute leur fureur, elle arrache cet aveu de leur Impuissance : car écoutez comme ils parlent : Qukl faciemus hominibus istis * ? « Que ferons-nous à ces hom- ■ mes? » Quel nouveau genre d'hommes nous parait ici! aussitôt qu'ils professent la foi de Jésus, ils commencent à jeter leurs biens, et ils sont prêts à donner leurs âmes ; les promesses ne les gagnent pas , les injures ne les troublent pas , les menaces les encouragent, les supplices les réjouissent : Quitl faciemus? « Que leur ferons- « nous? » Église de Jésus-Christ, je n'ai pas de peine à comprendre qu'en prêchant , en souffrant, en mourant, tes Ûdeles couvriront un jour leurs tyrans de hunto, et que leur patience fcrceia

* Act. rr, 30-

* Ibid. 1«.

DE LA PENTECOTE.

le mondeàchangerles lois quiles condamnaient ; puisque je vois que dès ta naissance tu confonds tous les magistrats et toutes les puissances de Jérusalem par la seule fermeté de cette parole : A'on possumus : • Nous ne pouvons pas. • Arrjuft mundum d“, peccalo : il a donc convaincu le monde de n'avoir pas cru en Jésus-Christ; mais ce même Esprit nous va convaincre d’infidélité.

Car, mes frères , je vous en prie , pensez un peu à vous-mêmes ; mais pensons-y tous ensemble , et rougissons devant les autels de notre délicatesse : s'il est nécessaire d’avoir de la force pour avoir l'esprit du christianisme, quand mériterons-nous d’être appelés chrétiens ; nous qui, bien loin de rien endurer pour le Fils de Dieu qui a tant enduré pour nous , nous piquonsnu contraire de n'étre pas endurants? Nous nous faisons un honneur d'être délicats, et nous mettons une partie de cet esprit de grandeur mondaine dans cetté délicatesse : sensibles nu moindre mot, et offensés il l'extrémité si on ne nous ménage nvcc précaution non-seulement dans nos intérêts, mais encore dans nos fantaisies et dans nos humeurs ; et comme si la nature même était obligée de nous épargner, nous nous regardons , ce semble, comme des personnes privilégiées que les maux u'osent approcher : tant nous paraissons étonnés d'en souffrir les moindres atteintes , n'osant presque nous avouer à nous-mémesque nous sommes des créatures mortelles; et ce qui est plus indigne encore, oubliant que nous sommes chrétiens, c'est-à-dire , des hommes qui ont professé dans Ig saint baptême d'embrasser la croix de Jésus-Christ, d'éteindre en eux-mêmes l’amour des plaisirs par la mortification de leurs sens et l’étude de la pénitence.

Venez, venez, chrétiens qui avez oublié le christianisme; remontez à votre origine : contemplez, dans l'établissement de l’Église, quel est l'esprit du christianisme et de l'Évangile ; approchez-vous des apôtres, et souffrez que le Saint- Esprit vousconvainqued’infldélité par leur exemple : je disd'infidélité ; car qu’eussions-nous fait, je vous prie, faibles et délicates créatures, si nous eussions vécu dans ces premiers temps où • il fallait, ditTertullicn', acheter au prix de son - sang la liberté de professer le christianisme ? » Que de chutes! que de faiblesses ! que d'apostasies!

Mais quoique ces sanglantes persécutions soient cessées , une autre persécution s'est élevée dans l’Église même : persécution du monde [dans] ses maximes , ses lois tyranniques , l'autorité qu'il se donne ; ses armes dans ses traits piquants, dans

1 Vr fug. in pertte. n’ 12 Ad Scapul. a* 1 .

ses railleries. [L’une de ses maximes est] qu'il faut s’avancer nécessairement , s'il se peut par les bonnes voies , sinon s'avancer par quelque façon : s'il le faut, par des complaisances honteuses ; s’il est besoin , même par lecrime : et que c’est manquer de courage, que de modérer son ambition. Au reste , à qui veut fortement les choses , nul obstacle n’est invincible ; un génie appliqué perce tout , se fait faire place , arrive enfin à son but. Ainsi, mon Sauveur, on s'applique tant aux espérances du monde , qu'on oublie et son devoir et votre Évangile.

C'est encore une maxime du monde , que qui pardonne une injure en attire une autre ; qu’il se faut venger pour se faire craindre , dissimuler quelquefois par nécessité, mais éclater quand on peut par quelque coup d'importance : bon ami , bon ennemi ; servir les autres dans leurs passions , pour les engager dans les nôtres : et quand achcvèrais-je ce discours, [si je voulais ici tout détailler?]

Il est vrai, ces dangereuses maximes ont leur principe caché dans nos inclinations corrompues, mais c'est l'usage du monde qui les érige en lois souveraines , qu'on n’ose pas contredire : car, pour abattre ceux qui lui résistent, le monde est armé de traits piquants, je veux dire, de railleries, tantôt fines, tantôt grossières ; les unes plus accablantes par leur insolence outrageuse, les autres plus insinuantes par leur apparente douceur. Voyez jusqu’à quel point le monde veut triompher de Jésus-Christ ; il pousse sa victoire jusqu'à l’insulte : tantôt il la croit pleine et entière, et il se moque hautement de ceux qui résistent ; comme s'il avait tellement raison , qu'on ne pût lui résister sans extravagance. Que la foi lui parait simple et mal habile, que la sincérité lui parait grossière! que la piété chrétienne lui semble être de l’autre monde ! que la vertu est faibleàsesyeux avec son impuissante médiocrité , avec ses mesures réglées, avec scs lois contraignantes! Qui l'eût cru, qui l’eût pensé, qu'au milieu du christianisme on eût honte de la piété? Le monde ne menace point de nous bannir; mais l'abandon est quelque espèce d’exil : il ne fait pas mourir ; mais II ôte les plaisirs et les honneurs , sans lesquels la vie nous serait à charge : ses traits piquants [percent jusqu’au cœur, et lui font une blessure mortelle;] la vertu, accablée par les moqueries , [ succombe sous la violence des coups qui lui sont portés.]. Ainsi une Ame bien née, qui peut-être entrait dans le monde avec de bonnes inclinations , est entraînée par nécessité , ou dans la fausse galanterie sans laquelle on n’a point d’esprit, ou dans des pensées ambitieuses, sans lesquelles on u'est pas du monde.

POliB LK J 01! H

Dans cette dépravation générale , on ne sait qui corrompt les autres; nous nous corrompons mutuellement, et chacun est étourdi en particulier par le bruit que nous faisons tous ensemble : ainsi nous sommes de tous les crimes, de toutes les médisances , de toutes les railleries contre Dieu , contre le prochain, moins par inclination que par complaisance. Faibles créatures que nous sommes, quand dirons-nous avec les apôtres ce généreux ■ Nous ne pouvons pas? ■ Mais cette vigueur chrétienne ne se trouve plus parmi nous : Il n'est rien que nous ne puissions pour satisfaire notre ambition et nos passions déréglées. Ne fautil que trahir notre conscience , ne faut-il que violer les plus saiuts devoirs que la religion nous impose , ne faut-il qu’abandouner nos amis , Possumus, possumus; nous le pouvons : l'honneur du monde y résiste un peu ; mais enfin on nous trouvera des expédients : on tendra de loin des pièges subtils à sa simplicité innocente; Il périra, et il aura tort. C’en est fait : Possumus; nous le pouvons ; nous pouvons tout pour notre fortune, nous pouvons tout pour notre plaisir; mais s'il faut expier nos crimes par les saintes pratiques de la pénitence, s’il faut briser ces liens trop doux, et abandonner ces occasions dans lesquelles notre intégrité a tant de fois fait naufrage; tout nous devient impossible, nous ne pouvons : s'il faut surmonter ce désir de plaire qui nous rend esclaves volontaires des erreurs d’autrui , malgré les nobles sentiments de la liberté chrétienne , et contre le précepte de l’apôtre , qui nous crie si hautement : ■ Vous avez été achetés » d'un grand prix, ne vous rendez pas esclaves « des hommes ' ; ■ tout nous devient impossible. Le Saint-Esprit nous convainc de péché : les apôtres et les premiers chrétiens, dont nous nous glorifions en vain d'étre les enfants , si nous n'en sommes les imitateurs, confondent notre Idcheté et notre mollesse. Il n’y a point d'excuse contre Jésus-Christ, il n’y a point de raison contre l’Évangile. Ne dites plus désormais : Le monde le veut ainsi : la fol ne reconnaît point de pareilles nécessités. Y allât-il de la fortune, y allât-il de la vie, y allât-il de l'honueur, que vous vous vantez faussement peut-être de préférer à la vie; dût le ciel se mêler avec la terre , et toute la nature se confondre : ■ il ne peut jamais y avoir « aucune nécessité de pécher; puisqu'il n’y a parmi

• les fidèles qu'uue seule nécessité , qui est celle

• de ne pécher pas ; ■ h'ulla est nécessitas dclinquendi, quibus una est n ccessitas non delin qvendi

' 1. Cor. VI, QO; VII, ti-

* Oc Coron, n* II.

| SK CO. N 1) l’Ol.NT.

Vous craignez peut-être, messieurs, que ces hommes intrépides aient quelque chose de rude pour les autres ; et il est assez ordinaire que ces doits fortes, que ni leurs périls n'alarment , ni les maux qu'on leur fait sentir n'abattent, aient quelque chose d’insensible, et soient peu disposées à plaindre les autres. Au contraire le chrétien , cet homme spirituel que je vous représente, que le Saint-Esprit a rempli, ■ est uni aux forts « comme aux faillies par le lien de la charité ; . compagr charitatis summis simul et injimis junctus. [ Tel le est ] la nature de la charité ; unio à Dieu [elle s'étend à tous ceux qui lui appartiennent] ; par son union, insensible pour elle-même; par sa dilatation, mêlée avec tous les autres. Saint Paul [ nous en fournit un bel] exemple ■ :

■ Que faites-vous, dit-il aux fidèles, pleurant « et me brisant le cœur? car, pour moi , Je suis

• préparé non-seulement à être lié, mais encore

< A souffrir la mort en Jérusalem. » Quelle fermeté, et quelle tendresse! la mort ne l’étonne pas , et il ne peut voir pleurer ses frères : [ il veut voir] couler son sang, et non couler leurs larmes. Le même Paul : « Je sais avoir faim, je

• sais avoir soif; je sais vivre pauvrement, je « sais vivre dans l’abondance; ayant éprouvé de

■ tout , je suis fait atout *. Qui' est faible, sans

< que je m'affaiblisse avec lui? . Quis injirmatur, et ego non infinnor 3? Et il recommande aux fidèles de ■ pleurer avec ceux qui pleurent : « jlere cum flenlibus *.

Raison profonde : ce qui nous rend insensibles aux maux des autres , c'est d'être pleins de nousmêmes, enchanté de ses plaisirs, enivré du bon succès de ses espérances : Tout va bien ; c’est assez, je suis à mon aise. Or on s’aime toujours soi-même, et on n’aime que soi-même, Jusqu'il ce qu'on ait aimé quelque chose de plus qüe soimême; et ce ne peut-être que Dieu. Voulez-vous donc être capables d’aimer sincèrement.... Mais, messieurs, qu'on ne me mêle point dans ce discours des pensées profanes, ni des Idées de cet amour qui ne doit pas même être nommé dans cette chaire : car appellerai-je aimer, ce transport d’une ême emportée qui cherche A se satisfaire , et qui, de quelque [nom] qu’il s'appelle, et de quelque couleur qu’il se déguise, a toujours la sensualité pour son fond? Je veux vous apprendre un amour chaste, un amour sincère , un amour tendre par la charité. Mais il faut un objet audessus de nous , qui nous attire hors de nous ; ce

• Àcl. xxi . 13.

» Phihpp. IV, is.

I 1 II. Cor. XI, 10.

* Mom. xu, 13.

DE LA PENTECOTE.

n'est pas assez, il faut une force intérieure qui nous pousse hors (le nous-mêmes; qui, ébranlant jusqu'aux fondements cet amour-propre, nous arrache à nous-mêmes : alors aimant Dieu plus que nous-mêmes , nous pourrons devenir capables d'aimer le prochain comme nous-mêmes. C'est pourquoi ce divin Esprit avant rempli les apôtres, les ayant transportés hors d'eux-mémes en les arrachant à Dieu par Jésus-Christ, ou plutôt à Dieu en Jésus-Christ : car qu'cst-cc que Jésus- Christ , sinon Dieu en nous , Dieu se donnant à nous? la Ligne de séparation étant ôtée , la paroi mitoyenne étant renversée , il a fuit cette bienheureuse unité de coeur par laquelle • toute la

• multitude de ceux qui croyaient n'était qu'un « cœur et qu'une Ame, ■ muUitudinis cor unum et anima una. Et parce que Dieu est peu aimé, de là vient aussi que la charité fraternelle ne parait point sur la terre : Aryuei mundum de peccato. Le monde n'aime rien : Habitatio tua in media doit; vir fralrem suum deridebit 1 :

• Votre demeure est au milieu d'un peuple tout

• rempli de fourberie ; chacun d'eux se rit de son « frère. ■ Esprit de moquerie secréte répandu dans le moude, etc. Je ne [varie Ici ni des vengeances implacables, ni des inimitiés déclarées, ni des aigreurs invincibles; je représente seulement les cho.cs dont on ne fait pas même scrupule , et qui font voir toutefois que ni l'amour de Dieu n’est en nous, ni la charité fraternelle, ni enfin la moindre étincelle du Saint-Esprit, ni la première teinture du christianisme.

Mais il y a deux péchés principaux que le Saint-Esprit reprend : l'envie, et l'esprit d'intérêt et d'avarice. C'est convaincre l'infldélitédes Juifs, que de l'attaquer ainsi par la racine ; car la cause secrète et profonde qui a empêché les pharisiens Idc croire], c'est l’envie et l'intérêt : mais il reprend aussi les chrétiens.

• L’envie, lp poison de tous les cœurs, [dit]

• saint Grégoire de Nazianze 1 , la plus juste et

• la plus injuste de toutes les passions : » la plus injuste sans doute, car elle attaque les innocents; mais la plus juste tout ensemble, car elle punit le coupable , et fait le juste et Insupportable supplice de celui qui la nourrit dans son cœur. Peutelle subsister dans cette unité , si nous nous regardons comme un en Jésus-Christ? Si la main avait son sentiment propre, envierait-elle à l’œil de ce qu’il éclaire ; puisqu'il éclaire pour tout le corps? et l'œil envierait-ii à la main et sa force et son adresse, qui l'a lui-même tant de fols sauvé? Quel est lesujet de votre envie? Elle plait , elle est plus

’ Je mu. U, &<i.

* Ont 1XVII, nn 8, 1. 1, |>. 46C, 407.

chérie. O Dieu, si vous songiez ce que c'est que de plaire de cette sorte , et quel est le fond de ces agréments! mais venons à quelque chose que le monde estime plus important. Vous enviez à cet homme son élévation : s'il ne s'acquitte dignement d'un si grand emploi , n'est-il pas plus digne de pitiéque d’cnvieîet pouvez-vous lui envier une élévation qui découvre A tout l’univers scs faiblesses déplorables, ou ses emportements furieux, ou ses ignorances grossières? Que s'il fait bien dans un grand emploi , pourquoi portez-vous envie au soleil de ce qu’il vous éclaire avec tous les autres? Venez plutôt profiter du bien qu’il fait à tout l'univers; profitez de cette belle fontaine qui arrose vos terres, aussi bien que celle de vos voisins , an lieu de songer à en faire tarir la source. Les apôtres auparavant disputaient de la primauté ; aujourd'hui ils parlent tons par la bouche de saint Pierre , ils croient présider avec lui : si son ombre guérit, toute l’Eglise s'en glorifie en Notre-Seigncur.

Esprit d'intérêt et d’avarice, [combien contraire à] cette unité [de tous les fidèles que le Saint- Esprit avait formée au commencement.] « Alors

• nul ne considérait ce qu'il possédait comme

• étant à lui en particulier; mais toutes choses

• étaient communes entre eux : » Nec quisquam eorum quee possidebal aliquid sttum esse dicebat; sed crant illis omnia communia Si nos cœurs étaient aussi étroitement unis que ceux des premiers fidèles , pourrions-nous douter quo tous les biens dussent être communs entre nous?

• Pour eux , ils n’hésitaient pas à se les com-

• muniquer; parce que leur esprit et leurs cœurs

■ étaient comme fondus les uns dans les autres

■ par un saint mélange : » Qui anima animaque miscemur, ni hit de rei communications dtibilamus Misérables aumônes , que les prédicateurs nous arrachent à force de crier contre In dureté de cœur ! faible et misérable secours d'une extrême nécessité, que nous laissons tomber d'une main avare comme une goutte d’eau dans un grand brasier ! Quiconque est plein de la charité ressent les maux du prochain, souffre avec lui , et le soulage comme se soulageant soimême. On n’entend point cette unité ; et cependant c’est là le fond du christianisme. Membres du même corps par le Saint-Esprit , [c'est pour nous un devoir essentiel de nous entre-secourir avec tout le zèle de la charité : ] et quand est-co que nous serons capables de le pratiquer, si nous ne sommes pas même capables de l'entendre? Lo monde répond qu’on ne peut pas, on a tant de charges. La réponse de saint Pierre à Ananias ;

1 Ad. lv, sa.

* Vert, sipuldj. n° 3».

POUR LE JOUR

« Vous mentez au Saint-Esprit » Il voulait avoir l'honneur d’une bonne action qu'il ne faisait pas; vous en savez le châtiment. Vous voulez avoir l'honneur de la charité sans l’exercer, en vous excusant sur votre impuissance : et moi , je vous découvrirai un fond inépuisable pour la charité : le fond du Dieu créateur; argent, terre, pierreries : « Tout est a vous, ■ [lui dit] David : Tua sunt omnia; et ensuite : Quœ de manu tua ncctpimus, dedimus tibi « Nous ne vous avons « présenté que ce que nous avons reçu de votre • main. • Sed adhuc exccltcnliorem viam vobis demonslro 1 : * Mais je vous montre encore une

■ voie plus excellente; ■ le fond du Dieu sau veur, du Dieu crueillé, du Dieu dépouillé, qui vous apprend à vous dépouiller devant lui. [Il faut vous faire un] fond pour la charité, sur le retranchement de la vanité, [en réprimant ces] pauvres intérieurs, [les] passions insatiables, [qui ne disent] jamais : C'est assez , [et ne laissent] lien pour les pauvres. [Pour y parvenir, soyez exacts é faire en vous uue continuelle] circoncision. [Mais] quelle règle [y faut il suivre]? Je ne puis la proposer en cette chaire; car elle n'est peut-être pas la même pour tous : mais que chacun s'applique à considérer le néant du monde, et sa figure qui passe. » Nous sommes cominu « des etrangers et des voyageurs ; nos jours pas- « sent comme l'ombre sur la terre, et nous n’y

■ demeurons qu’un moment : » Peregrini sumus coram te et advenu; dies nostri quasi umbra super terrain t cl nut/a est mora 4. Voyez quelle est cette pauvreté qui fait qu'on n’est riche que par le dehors. Quand vous vous appliquez quelque oruement, songez qu'il ne durera guère , et que peut-être il restera après vous. Telle est la nature des choses que vous dites vûtres : les véritables richesses , vous n'avez aucun soin de les amasser. [Connaissez -eu le prix, désirez -les, recherchez- les avec un vif empressement : ] de là naîtra un dégoût de ces richesses empruntées, qui tiennent si peu à votre personne : de là cette circoncision du cœur plus grande de jour en jour. L'esprit du monde [ porte à] toujours augmenter et accroître scs folles dépenses : l’esprit du christianisme [au contraire pousse a] toujours diminuer ses besoins. [Suivez ses impressious; il vous en reviendra une] double utilité; vous vous enrichirez au dedans, et vous serez en état d'exercer la charité fraternelle. T el est l esprit du christianisme , messieurs ; » n éteignez pas cet « esprit : • Spirilum nolite exlinguere s.

1 Ad. v, s.

» I. Par. XXIX. I*.

* t. Cor. XII , 30.

« 1. Par. XXIX. 15.

‘ 1. Thcu. v, 10.

Madame, Votre Majesté est née avec un éclat qui lui fait voir tout l'univers au-dessous d'elle : vous êtes la digne épouse d'un roi, qui, par la sagesse de ses conseils , par la hauteur de ses entreprises, par la grandeur de sa puissance, pourrait être l'effroi de l'Europe , si , par sa générosité, il n’aimait mieux en être l'appui. Mais, madame, la moindre pensée du christianisme, le moindre sentiment de piété, la moindre étincelle du Saint- Esprit, vaut mieux, sans comparaison , que ce grand royaume que le roi a mis entre vos mains avec une confiance si absolue. Laissez- vous donc posséder à cet esprit du christianisme : remplissez-vous de l'esprit de force pour combattre en vous-même sans relâche tous ccs restes de faiblesse humaine dont les fortunes les plus relevées ne sont pas exemptes : remplissezvous de l'esprit de charité fraternelle, et n'usez de votre pouvoir que pour soulager les pauvres et les misérables. Aiusi puissions-nous bientôt changer en actions de grâces les vœux continuels que nous faisons pour votre heureux accouchement ! Puisse ce jeune prince , le digne objet do votre tendresse, croître visiblement sous votre conduite : puisse-t-il apprendre de vous cet abrégé des sciences, la soumission envers Dieu, et la bonté envers les peuples! Mais puissions-nous tous ensemble pratiquer les saintes maximes de l'Évangile, et vivre selonl’esprUduchristianisme; afin que nous puissions aussi tous ensemble, maîtres et serviteurs, princes et sujets, jouir de la félicité éternelle : au nom du l’ère , et du Fils, et du Saint-Esprit ! Amen.

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