‹ suvres de Bossuet SermonsChapitre 87 sur 243 · L’UNION DE JÉSUS-CHRIST AVEC SON ÉPOUSE · texte numérisé non relu

L’UNION DE JÉSUS-CHRIST AVEC SON ÉPOUSE

Comment jMus-Chrirt est-il répou i des Unes dans l'oraison.

Veni in borlum meum, soror mea , sponsa.

Je suis venu dans mon jardin, ma sœur, mon épouse.

Cant. v, 1.

Le nom d’épouse est le plus obligeant et le plus doux dont Jésus-Christ puisse honorer les âmes qu'il appelle à la sainteté de son amour; et il ne pouvait choisir un nom plus propre que celui d’Époux, pour exprimer l’amour qu’il porte à l'âme, et l'amour que l’âme doit avoir réciproquement pour lui. U ne reste qu’à voir où se fait leur alliance, et de quelle manière ils s'unissent ensemble.

Saint Bernard dit que c'est dans l’oraison; qui est un admirable commerce entre Dieu et l'âme , qu'on ne connait jamais bien qn’après en avoir fait l'expérience. Cest là que l’Époux visite l'épouse; c’est là que l'épouse soupire après son Époux : c'est là que se fait cette union déifique entre l'Époux et l’épouse, qui fait le souverain bien de cette vie, et le plus haut degré de perfection où l’amour divin puisse aspirer sur la terre.

Les visites que l’époux céleste rend à l'épouse, se font dans le cceur : la porte par où il entre est la porte du cceur. Les discourt qu'il lui tient sont à l'oreille du cœur : le cabinet où elle le reçoit est le cabinet du cœur. Le Verbe, qui sort du cœur du Père, ne peut être reçu que dans le cœur.

Je confesse, dit saint Bernard ', que cet amoureux Époux m'a quelquefois honoré de ses visites; et, si je l’ose dire dans la simplicité de mon cœur, il est vrai qu'il m’a souvent fait cette faveur. Dans ces fréquentes visites, Il est arrivé parfois que je ne m’en suis pas aperçu. J'ai bien senti sa présence; je me souviens encore de sa demeure : j’ai même pressenti sa venue ; mais Je n’ai jamais su comprendre comment il entrait , ni de quelle manière il sortait : si bien que je ne puis dire ni d'où il vient , ni où il va, ni l'endroit par où il entre, ni celui par où il sort. Certainement il n'est pas entré par les yeux ; car il n'est point revêtu de couleur : il n'est pas aussi entré par l'oreille; car il ne fait point de bruit : ni par l'odorat ; car il ne se mêle point avec l’air comme les odeurs, mais seulement avec l'esprit. Ce n'est point une qualité qui fasse Impression dans l’air ; mais une substance qui le crée. Il ne s’est point coulé dans mon cœur par la bouche; car on ne le mange pas : il ne s'est point fait sentir par l’attouchement; il n'a rien de grossier ni de palpable : par où est- ce donc qu'il est entré?

Peut-être qu’il n'était pas besoin qu'il entrât, parce qu’il n'était pas dehors. Il n'est pas étranger chez nous : mais aussi ne vient-il pas du dedans, parce qu'il est bon; et je sais que le principe du bien n'est pas en mol. J’ai monté jusqu'à la pointe de mon esprit; mais j’ai trouvé que le Verbe était infiniment au-dessus. Je suis descendu dans le plus profond de mon âme, pour sonder curieusement ce secret ; mais j'ai connu qu'il était encore dessous. Jetant les yeux sur ce qui est hors de moi. J’ai vu qu’il était au delà de tout ce qui m’est extérieur; et rappelant ma vue au dedans , j'ai aperçu qu'il était plus Intime à mon cœur que mon cœur même.

Mais comment est-ce doue que je sais qu’il est présent, puisqu’il ne laisse point de trace ni de vestige qui m’en donne la connaissance? Je ne le connais pas à la voix, ni au visage, ni au marcher, ni par le rapport d’aucun de mes sens; mais seulement par le mouvement de mon cœur, par les biens et les richesses qu’il y laisse , et par les effets merveilleux qu’il y opère. Il n'y est pas sitôt entré qu’il le réveiUe incontinent.

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