SUR L’UNION DE JÉSUS-CHRIST
disposition & l'union intime avec son divin époux , qui est, à vrai dire, le fruit de ses désirs, la fin de ses travaux et la récompense de toutes ses peines.
Tous les saints Pères qui parlent de l'union qui se fait entre lûme et l'époux céleste , dans l’exercice de l'oraison, disent qu'elle est inexplicable. Saint Thomas l'appelle un baiser ineffable; parce qu'on peut bien goûter l'excellence îles affections et des impressions divines, mais on ne la peut pas exprimer. Saint Bernard dit que c’est un lien ineffable d'amour; parce que la manière dont on le voit est ineffable , et demande une pureté de cœur tout extraordinaire. Saint Augustin dit que cette union se fait d'une manière qui ne peut tomber dans la pensée d'un homme , s'il n'en a fait l'expérience.
On peut dire que le propre de l’amour est de tendre à l'union la plus intime et la plus étroite qui puisse être, et qu'il ne se contente pas d'une Jouissance superficielle; mais qu’il aspire à ia possession parfaite. De là vient que l'âme qui aime parfaitement Jésus-Christ, après avoir pra tiqué toutes les actions de vertu et de mortification les plus héroïques; apres avoir reçu toutes les faveurs les plus signalées de l’Époux, les visions, les révélations , les extases, les transports d'amour, les vues, les lumières, croit n'avoir rien fait et n'avoir ritn reçu : à cause, dit saint Macaire, du désir insatiable quelle a de posséder le Seigneur ; à cause de l'amour immense et ineffable qu'elle lui porte, qui fait qu'elle se consume de désirs ardents , et quelle aspire sans cesse au baiser de l'Époux.
On peut bien dire encore que cette union parfaite, qui est l'objet de ses désirs, n'est pas seulement une simple union , par le moyen de la grâce habituelle qui est commune a tous les justes , ou par l’amour actuel , même extatique et jouissant , qui ne se donne qu'aux grandes âmes ; mais c'est le plus haut degré de la contemplation , le plus sublime don de l'Époux, qui se donne lui-même, qui s’écoule intimement dans l’âme, qui la touche , qui se jette entre ses bras , et se fait sentir et goûter par une connaissance expérimentale, où la volonté a plus de part que l’entendement, et l'amour que la vue. D'où vient que Richard de Saint-Victor dit que - l’amour est uu ■ œil; - et que - aimer, c'est voir' : ■ et saint Augustin ; « Qui connaît la vérité, la connaît; et
• qui la commit, connaît l’éternité : c'est lacha-
• rite qui la connaît ■. •
On peut bien dire avec saint Bernard , que cet embrassement, ce baiser, cette touche, celte
• Dr gmt!. Charii. cap. ill, p. :IM.
* C”HJ. lib. vu, cap x, 1. 1, col. lao.
union, n'est point dans l’imagination ni dans les sens : mais dans la partie la plus spirituelle de notre être, dans ie plus intime de notre coeur, ou l’âme , par une singulière prérogative , reçoit sou bien-aimé; non par ligure, mais par infusion; non par image, mais par impression. On peut dire avec avec Denis le Chartreux , que le divin Époux , voyant l’âme tout éprise de son amour, se communique à elle , se présente à elle , l’embrasse, t’attire au dedans de lui-même, la baise , la serre étroitement avec un complaisance merveilleuse; et que l’épouse étant tout à coup, en un moment , en un clin d’œil , investie des rayons de la Divinité, éblouie de sa clarté, liée des bras de son amour, pénétrée de sa présence , opprimée du poids de sa grandeur, et de Tcfficace excellente de scs perfections, de sa majesté, de ses lumières immenses, est tellement surprise, étonnée, épouvantée , ravie en admiration de son infinie grandeur, de sa brillante clarté , de la délicieuse sérénité de son visage, quelle est comme noyée dans cet abîme de lumière , perdue dans cet océan de bonté , brûlée et consumée dans cette fournaise d’amour : anéantie en elle-même par une heureuse défaillance, sans savoir ou elle est; tant elle est égarée et enfoncée dans cette vaste solitude de l’immensité divine. Mais de dire comment cela se fait, et ce qui se passe en ce secret entre l’Époux et 1 épouse, cela est impossible : il le faut honorer par le silence; et louer à jamais l’amour ineffable du Verbe, qui daigne tant s'abaisser pour relever sa créature.
LES DEVOIDS DE l’*MB QUI EST ÉPOUSE DB JÉSUS-CHRIST.
Entre les devoirs de l’épouse envers son divin époux, celui de l’amour est le premier; et même l'on peut dire qu’il est unique, parce qu’il contient tous les autres avec éminence. Car il faut considérer que Jésus-Christ prend quelquefois le nom de Seigneur, quelquefois celui de Père , et quelquefois celui d’Époux. Quand il veut nous donner de la crainte , dit saint Grégoire 1 , il prend la qualité de Seigneur; lorsqu’il veut être honoré, il prend celle de Père : mais quand il veut être aimé, il se fait appeler Époux.
Faites réllexion sur l’ordre qu'il garde : de la craiule procède ordinairement le respect; du respect, l’amour. En cet amour consiste, comme dit excellemment suint Bernard la ressemblance de l’âme avec le Verbe, selon celte parole de l'apôtre 1 : » Soyez les imitateurs de Dieu , « comme étant scs enfants bicn-aimés; et raar-
* In Cant. Pm<Ttn. n* 8, t. ni, pari, il, col.4uo.
* In Cnn/. Sera». LXXMlt, U* J , col. IV%7.
* Fphes. v , 1 , 2.