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la FÊTE DE L’ANNONCIATION.
rnfr.ni; a la coi r.
Combien U ait digne d*un Dieu de se faire aimer de sa créature , de n'exlfier d’elle que l’amour et du le prévenir. Effets sensiblrs de son amour pour elle, dans 1rs abaissements de son Incarnation : son dessein de conquérir les cœurs. Modèle qu’il nous fournil de l’amour que nous devons a\oir pour Dieu. Quel besoin l'homme avait d’un médiateur, pour rendre à son Dieu un culte digne de sa maje*le. Toutes les qualités néceseaires h ce médiateur ra-sMunblécs en Jésus- Christ. Pressant motif de oous unir à lui pour aimer en lut , par lui et comme lui.
Sic nous dilexit mundum , ut Filium suum unigeuitura dorel.
Dieu a tant aimé le momie, qu'il a donné son Fils unique. Joau. tu, 16.
Les Juifs infidèles et endurcis ont reproché autrefois à notre Sauveur qu'étant • un homme . mortel , il ne craignait pas de se faire Dieu » et de s'attribuer un nom si auguste : Tu homo cum iis, facii teipsum Sur quoi saint Athanase remarque * que les miracles visibles pir lesquels Il faisait connaître sa divinité , devaient leur fermer la bouche ; • et qu'au lieu de lui demander
* pourquoi étant homme il se faisait Dieu , ils de- . vaient luidemanderblen plutôt , pourquoi étant
• Dieu il s'était fait homme? ■ Alors il leur aurait répondu : Dieu a tant aimé le monde! Ne demandez pas de raison d’une chose qui n'en peut avoir : l'amour de Dieu s’irriterait, si l'on cherchait autre part qu'en son propre fonds des raisons de son ouvrage : et même , je le puis dire , il est bieu aise, messieurs, qu’on n’y voie aucune raison, afin que rien n'y paraisse que ses saints et divins excès.
Par conséquent, chrétiens, ne perdons pas le temps aujourd'hui à trouver des raisons d'un si grand prodige; mais croyant simplement avec l'apôtre saiut Jean à l'immense, charité que Dieu a pour nous, honorons le mystère du Verbe incarné par un amour réciproque. La bienheureuse Marie est toute pénétrée de ce saint amour : elle porte un Dieu dans son cœur beaucoup plus intimement que dans ses entrailles; et le Saint- Esprit survenu en elle avec une telle abondance , fait qu’elle ne respire plus que la charité. Demnndons-lui tous ensemble une étincelle de ce feu sacré , en lui disant avec l'ange , Ave.
Il a plu il Dieu de se faire aimer : et comme
* Joan. R, 33.
» Kpist. de Decret. iViont. Sy*od. n’ i, lom. i, part, i, pag. jc*0.
A FÊTE
il a vu la nature humaine toute de glace pour lu I , toute de flamme pour d'autres objets ; sachant de quel poids il est dans ce commerce d'affeclion de faire les premiers pas , surtout à une puissance souveraine , il n’a pas dédaigné de nous prévenir ni de faire toutes les avances en nous donnant son Fils unique , qui lui-mème se donne à nous pour nous attirer.
Il a plu à Dieu de se faire aimer : et parce que c'est le naturel de l'esprit humain, de recevoir les lumières plus facilement par les exemples que par les préceptes; il a proposé au monde un Dieu aimant Dieu : afin que nous vissions, en ce beau modèle , quel est l'ordre , quelle est la mesure , quels sont les devoirs du saint amour, et jusque» où il doit porter la créature raisonnable. ' il a plu à Dieu de se faire aimer : et comme c'était peu à notre faiblesse de lui montrer un grand exemple , si on ne lui donnait en même temps uu grand secours ; ce Jésus-Christ qui nous aime et qui nous apprend a aimer son Père , pour nous faciliter le chemin du divin amour, se présente lui-méme à nous comme la voie qui nous y condu t : de sorte qu’ayant besoin de trois choses pour être réunis u Dieu , d'un attrait puissant , d'un parfait modèle , et d'une vnie assurée ; Jésus- Christ nous offre tout, nous fait trouver tout eu sa personne , et il nous est lui seul tout ensemble l'attrait qui nous gagne à l'amour de Dieu, le modèle qui nous montre les règles de l’amour de Dieu , la voie pour arriver ù l’amour de Dieu : c'est-à-dire , si nous l'entendons , que nous devons i premièrement ] nous donner à Dieu pour l'amour du Verbe incarné, que nous devons en second lieu nous donner ù Dieu à l'exemple du Verbe incarné , que nous devons eu troisième lieu nous donner à Dieu par la voie et par l'entremise du Verbe incarné. C'est tout le devoir du chrétien ; c'est tout le sujet de ce discours.
PBEMIF.lt POINT.
I.a sagesse humaine demande souvent : Qu'est venu faire un Dieu sur la terre? pourquoi se cacher? pourquoi sc couvrir? pourquoi anéantir sa majesté sainte pour vivre, pour converser, pour traiter avec les mortels? A cela je dis eu un mot, C'est qu'il a dessein de se faire aimer. Que si l'on me presse encore et que l'on demande : Kst-ce donc une œuvre si digne d’un Dieu que de sc faire aimer dosa créature? ah! c'est ici, chrétiens , que je vous demande vos attentions , pendant que je lâche de développer les mystères de l'amour divin.
Oui; c'est une œuvre très-digne d'un Dieu, de se faire aimer de sa créature : car le nom da Dieu est un nom de roi : » Roi des rois. Soi-
DE L'ANNONCIATION
■ gneur des seigneurs ' , • c'cst le nom du Dieu des armées. Et qui ne sait qu'un roi légitime doit | régner par Inclination? La crainte , l'espérance , l’inclination , peuvent assujettir le coeur : la crainte servile donne un tyran à notre cœur : l'espérance mercenaire , intéressée , nous donne un maître , ou , comme on dit , un patron : mais l'amour soumis par devoir et engagé par inclination , donne A notre coeur un roi légitime. C'est pourquoi David plein de son ainour : ■ Je vous
* exalterai , dit-il , ô mon Dieu , mon roi ; je lic- « nirai votre nom aux siècles des siècles : ■ Exattabo le, Deus meus rsx; et bcncdicam noniini tuo in sœculum , clin sœculum sœculi *. Voyez comme son amour élève un trône à son Dieu et le fait régner sur le coeur. Si donc Dieu est notre roi , ah ! il est digne de lui de se faire aimer.
Mais laissons ce titre de roi , qui , tout grand et tout auguste qu’il est, exprime trop faiblement la majesté de notre Dieu. Parlons du titre de Dieu; et disons que le Dieu de tout l'univers ne devient notre Dieu eu particulier, que par l'hommage de notre amour. Pourrai-je bien ici expliquer ce que je pense? L'amour est en quelque sorte le Dieu du cœur. Dieu est le premier principe et le moteur universel de toutes les créatures; c’est l'amour aussi qui fait remuer toutes les inclinations et les ressorts du cœur les plus secrets : il est doue , ainsi que j'ai dit , en quelque sorte le Dieu du cœur, ou plutôt il en est l'idole qui usurpe l'empire de Dieu. Mais afin d'empêclier cette usurpation, il faut qu'il se soumette lui-méme à Dieu ; afin que notre grand Dieu étant le Dieu de notre amour soit en même temps le Dieu de notre cœur, et que nous lui puissious dire avec David : Defecit caro mea et cnr meum ; Deus cortlis met, et pars mea, Deus in œlcrnuin 1 : « Ah ! mon cœur languit après vous par « le saint amour : vous ôtes donc le Dieu de mon « cœur; parce que vous régnez par mon amour,
■ et que vous régnez sur mon amour même. *
Entendez donc, chrétiens, quelle est la force de l'amour, et combien il est digne de Dieu de se faire aimer. C'est l'amour qui fait notre Dieu; parce c'est lui qui donne l'empire du cœur. C'est pourquoi Dieu commande avec tant d'ardeur :
• Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout » votre cœur, de tout votre esprit , de toutes vos « forces, de toute votre puissance4. ■ Pourquoi cet empressement de se faire aimer? C’est le seul tribut qu’il demande; et c'est la marque la plus
' Apoc. xvii, 14; vu, te.
1 Pt. CM.1V, i.
* Pt. txxn , as.
4 Deul. vi . s.
t nj
illustre de sa souveraineté, de son abondance, de sa grandeur infinie. Car qui n'a besoin de rien ne demande rien aussi, sinon d'être aliné : et c’est une marque visible de l'essentielle pauvreté de la créature, qu'elle soit obligée par son indigence de demander à ceux qui l'aiment autre chose que leur amour même. C’est donc le caractère d’un Dieu de n’exiger de nous que le pur amour; et ne lui offrir que ce seul présent , c’est honorer sa plénitude. On ne peut rien lui donner, encore qu’on lui doive tout ; on tire de son propre cœur de quoi s'acquitter en aimant : d'où il est aisé de comprendre que l'amour est le véritable tribut par lequel on peut reconnaître un Dieu infiniment abondant. Et ainsi ceux qui douteraient s'il est digne de Dieu de se faire aimer, pourraient douter, par même raison , s’il est digue de Dieu d’être Dieu ; puisque le caractère de Dieu c’est de n’exiger rien de sa créature, sinon qu'elle l'adore par un saint amour. • C'est duns la piété que con-
• siste tout le culte de Dieu; et on ne l’honore,
• dit saint Augustin ' , qu'en l'aimant : » Dictas cuit us Dei est, ncc culitur ille nisi amanrlo.
Après cela, chrétiens, quelqu’un peut-il s'étonner, si un Dieu descend pour se faire aimer? Qu'il se fasse homme, qu'il s'anéantisse, qu'il se couvre tout entier de chair et de sang; tout ce qui est indigne de Dieu devient digne de sa grandeur, aussitôt qu’il tend à le faire aimer. Il voit du plus haut du ciel toute la terre devenue un temple d'idoles : on élève de tous côtés autel contre autel , et on excite sa jalousie en adorant de faux dieux. Ne croyez pas que je parle de ces idoles matérielles : les idoles dont Je veux parler sont dans notre cœur. Tout ce que nous aimons désordonnément dans la créature ; comme nous lui rendons par notre amour l'hommage de Dieu , nous lui donnons aussi la place de Dieu : parce que nous lui en rendons l'hommage , qui est l’amour même. Comme donc cc ne peut être qu'un amour profane qui érige en nos cœurs toutes les idoles; ce ne peut être que le saint amour qui rende a Dieu ses autels , et qui le fasse reconnaître en sa majesté.
S'il est ainsi , ô Dieu vivant, venez attirer les cœurs ; venez régner sur la terre ; en un mot faites qu'on vous aime : mais afin qu'on vous aime , aimez; afin qu'on vous trouve, cherchez; afin qu’on vous suive, prévenez. Voici un autre embarras; il s'élève une nouvelle difficulté : qu'il soit digne de Dieu de se faire aimer; mais est-il digne de Dieu de prévenir l’amour de sa créature ? ah! plutôt, que, pour honorer sa grandeur suprême, tous les cœurs languissent après lui, et
1 S. Auy. Epi si. eut, U* 45, t. Il, col. 4Ï9.
TOUR LA 1ÊTE
ajires il se rendra lui-même à l'amour! Non, messieurs, il faut qu'il commence, non-seulement à cause de notre faiblesse qui ne peut s'élever à lui qu'étant attirée, mais à cause de sa grandeur; parce qu'il est de la dignité du premier être d'étre le premier à aimer, et de prévenir les affections par une bonté surabondante.
Je l'ai appris de saint Augustin , que l'amour pur, l'amour libéral, e’e t-à-dire, l’amour véritable, a je ne sais quoi de grand et de noble, qui ne veut naitre que dans l’abondance et dans un coeur souverain. Pourquoi est fait un cœur souverain? pour prévenir tous les cœurs par une bontésouvcrainc. Voulez-vous savoir, dit ce grand homme, quelle est l'affection véritable? C'est, dit-il, « celle qui descend, et non celle qui re-
• monte; celle qui vient de miséricorde, non celle - qui vient de misère; celle qui coule de source et
• de plénitude, non celle qui sort d'elle-mème, ■ pressée par son indigence : . Ibi gratior amor est; ubi non œstuat indigentiw siccitate, sed vbertute benejicentia; projluil'. Ainsi la place naturelle de l'affection , de la tendresse et de la pitié, c'est le cœur d'un souverain. Et comme Dieu est le souverain véritable ; de là vient que le cœur d'un Dieu est un cœur d’une étendue infinie, toujours prêt à prévenir tous les cœurs, et plus pressé û donner par l’excès de sa miséricorde , que les autres à demander par l'excès de leur misère. Tel est le cœur d'un Dieu , et tel doit être le cœur de tous ceux qui le représentent. Il ne faut pas s'étonner si un cœur si tendre et si étendu fait volontiers toutes les avances, s’il n'attend pas qu’il soit prévenu; mais si lui-même aime le premier^ comme dit l'apôtre saint Jean’, pour conserver sa dignité propre, et marquer son indépendance dans la libéralité gratuite de sou amour.
Voilà donc notre Souverain qui veut être aimé, et pour cela qui nous aime; pour attirer notre amour. Telle est son intime disposition : voyonsen les effets sensibles. Il nous donne son Fils unique ; il se rabaisse , et il nous élève ; il se dépouille, et il nous donne; il perd en quelque sorte ce qu'il est, et il nous le communique. Comment perd-il ce qu'il est? Appauvrissement, etc. Il est Dieu , et il craint de le paraître ; il l'est , et v ous pouvez attendre de lui tout le secours que l’on peut espérer d'un Dieu. Mais il cache tous ses divins attributs sous une forme étrangère. [Il nous parle ainsi qu'] à Moïse , os ad os 5 ; comme un ami à un ami. Approchez avec la même franchise, avec la même liberté de cœur que si ce
» 5. Aug. de Calttchi:. rud. D1* 7, 1. VI, col. 207.
* !. Joan. iv, 10.
* Muni &II, ». Exod. XXXIU, II.
n'était qu’un homme mortel. N’estrce pas véritablement vouloir être aimé? n’est-ce pas nous prévenir par un grand amour? Saint Augustin est admirable, et il avait bien pénétré toute la sainteté de ce mystère , quand il a dit qu'un Dieu s’est fait homme « par une bonté populaire, *< populari quadam elemenlia \ Qu’cst-ce qu’une bonté populaire? Elle nous parait, chrétiens, lorsqu'un grand, sans oublier ce qu’il est, se démet par condescendance , se dépouille , non point par faiblesse , mais par une facilité généreuse; non pour laisser usurper son autorité , mais pour rendre sa bonté accessible, et parce qu’il veut faire naître une liberté qui n’ôte rien du respect , si ce n’est le trouble et l’étonnement, et cette première surprise que porte un éclat trop fort dans une âme infirme. C’est ce qu’a fait le Dieu-Homme; il s’est rendu populaire : sa sagesse devient sensible; sa mnjesté , tempérée ; sa grandeur, libre et familière.
Et que prctcnd-il, chrétiens, en se rabaissant de la sorte? pourquoi se défaire de ses foudres? pourquoi se dépouiller de sa majesté , de tout l’appareil de sa redoutable puissance? C'est qu’il y a des conquêtes de plus d'une sorte, et toutes ne sont pas sanglantes. Un prince justement irrité se jette sur les terres de son ennemi, et se les assujettit par la force. C’est une noble conquête ; mais elle coûte du sang, et une si dure nécessité doit faire gémir un cœur chrétien : ce n’est pas de celle-là que je veux parier. Sans répandre du sang, il se fait faire justice par la seule fermeté de son courage; et la renommée en vole bien loin dans les empires étrangers : c’est quelque chose encore de plus glorieux . Mais toutes les conquêtes ne se font pas sur les étrangers; il u’y a rien de plus illustre que de faire une conquête paisible de son propre Etat , [que de] conquérir les cœurs. Ce royaume caché et intérieur [qui s’établit sur T] homme intérieur, est d’une étendue infinie : U y a tous les jours de nouvelles terres à gagner, de nouveaux pays à conquérir; et toujours autant de couronnes. O que cette conquête est digne d’un roi ! c’est celle de Jésus-Christ. Nous étions à lui par droit de naissance; il nous veut encore acquérir par son saint amour. Regnun ï)ei intra vos est » : <• Le royaume de Dieu est au dedans de « vous. »• Cet amour lui était dû par sa naissance et par ses bienfaits; il a voulu le mériter de nouveau, il a voulu engager les cœurs par des obligations particulières. Tanquum filiisdicot di/a tamini et vos 3 : « Je vous parle comme à mes « enfants , étendez aussi pour moi votre cœur. »
* S. Aug. contm Acad. 11b. m , n* 13, t. I, cul.
* Luc. ivii, 91.
* II. Cvr. vi, 13.
DE L'ANNONCIATION
Tanguant Jiliis : non pus comme des esclaves, mais comme des enfants qui doivent aimer, dilatez en vous le règne de Dieu : Atez les bornes de l'amour par l'amour de Jésus-Christ , qui n’a point donné de limites à celui qu’il a eu pour nous. Cet amour est libre, il est souverain : il veut qu’on le laisse agir dans toute son étendue; et qui le contraint tant soit peu , offense son indépendance. Il faut ou tout inonder ou se retirer tout entier. Un petit point dnns le cœur [est de trop.] Aimez autant que le mérite un Dieu- Homme; et pour cela, chrétiens, aimez dnns toute l’étendue qu’a faite un Dieu-Homme.
SECOND POINT
Jésus-Christ[s’osl rendu’ semblable à nous, nîln que nous lui fussions semblables; [il s’est uni à nous, afin de nous faire vivre de sa vie en nous animant de son esprit.] Si vous demandez maintenant quel est l'esprit de Jésus; il est bien aisé d'entendre que c’est l’esprit de la charité. Un Dieu n’aurait pas été aimé comme il le mérite, si un Dieu ne l’avait aimé : l’amour qu’on doit à un Dieu n’aurait pas eu un digne modèle, si un Dieu lui-même n'avait été l'exemplaire. Venez donc apprendre de ce Dieu aimant, dans quelle étendue et dans quel esprit il faut aimer Dieu.
L'étendue de cet amour doit être infinie. L’amour de notre exemplaire, c’est une adhérence sans bornes à la sainte volonté du Pere céleste. Ma nourriture , dit-il 1 , c'est de faire la volonté de mon Pere, ctd'accomplir son ouvrage. Aimer Dieu , c’est tout son emploi: Quæ placita sttnl ei ftteio sempen. Aimer Dieu, c’est tout son plaisir: Non guœro voluntatem meam, seilvalunlatem ejus gui misit me 5. Aimer Dieu , c’est tout son soutien : Mette cibus est ut faciam voluntatem ejus gui misit me. Il ne perd pas de vue un moment l’ordre de scs décrets éternels; à tous moments il s’y abandonne sans réserve aucune. Je fais, dit- il, toujours ce qu’il veut. Aujourd'hui, dés le moment de sa conception, il commence ce saint exercice. - En entrant au - monde, dit le saint apôtre 5, 11 a dit : Les ho- • locaustes ne vous ont pas plu ; eh bien ! me voici , ■ Seigneur, et je viens pour accomplir en tout vo- « tre volonté. - En ce moment, chrétiens, toutes ses croix lui furent montrées; il vit un dédain dans le cœur de Dieu pour les sacrifices des hommes : il voit une avidité dons le cœur de Dieu d’avoir une victime digne de lui , digne de sa sainteté, digne de sa justice, capable de porter
1 Jonn. IT, 34.
* Ibid, mu , 2».
* Ihîd V, 30.
* tUUr. x*fl,7
tous scs traits et tous les crimes des hommes ; et qu'ensuite il allait être la seule victime. 0 Dieu, quel excès de peines! et néanmoins, hardiment : Me voici, Seigneur; je viens pour accomplir votre volonté!
Chrétien , imite ce Dieu ; adore en tout les décrets du Père : soit qu’il frappe, soit qu’il console; soit qu’il te couronne , soit qu'il te châtie; adore , embrasse sa volonté sainte. Mais en quel esprit? Ab! voici la perfection : en l’Esprit du Dieu incarné, dans un esprit d’agrément et de complaisance. Vous savez ce que c’est que la complaisance; on ne la connaît que trop à la cour : mais il faut apprendre d’un Dieu, quelle complaisance un Dieu mérite. En cette, heure, dit lëvangélistc , Jésus se réjouit dans le Saint- Esprit, et il dit : ■ Je vous loue, A Père, Seigneur
■ du ciel et de la terre, de ce que vous avez ca- • ché ceci aux superbes, et que vous l'avez dc- « couvert aux humbles '. » Et il ajoute dans un saint transport : ■ Oui, Père, parce qu'il a plu
■ ainsi devant vous. » Telle est la complaisance qu'exige de nous la souveraineté de notre Dieu , un accord , un consentement, un acquiescement éternel, un oui éternel, pour ainsi parler, non de notre bouche, mais de notre cœur, pour ses volontés adorables. C’est faire sa cour à Dieu , c'est l'adorer comme il le mérite , que de se donner A lui de la sorte.
Que faites-vous, esprits bienheureux, cour triomphante du Dieu des armées? que faites-vous devant lui et à l'entour de son trAne? Ils nous sont représentés dans l’Apocalypse ’, disant toujours Amen devant Dieu; un Amen soumis et respectueux, dicté par une sainte complaisance. Amen, dans la langue sainte, c’cst-ù-dire, oui; mais un oui pressant et affirmatif, qui emporte l’acquiescement, ou plutôt , pour mieux dire, le cœur tout entier. C’est ainsi qu’on aime Dieu dans le ciel : ne le ferons-nous pas sur la terre? Église qui voyages en ee lieu d’exil , l’Église, la Jérusalem bienheureuse, tachèresœur,quitriomphe au ciel , chante à Dieu ce Oui, cet Amen: ne répondras-tu pas â ce divin chant , comme un second chœur de musique aulmé par la voix de Jésus-Christ même : ■ Oui, Père, puisqu’il a plu . ainsi devant vous? «Quoi , nous qui sommes nés pour la joie céleste , chanterons-nous le cantique des plaisirs mortels? C'est une langue barbare, dit saint Augustin5 , que nous apprenons dans l’exil : parlons le langage de notre patrie. En l’honneur de l'homme nouv eau que le Saint-Esprit
> Lut. x, si.
* Apoc. TH, lî.
1 lu Pt. cxixvi, o“ 17, t. IV, col. lia
POUR LA FÊTE
nous forme aujourd'hui, • chantons le nouveau - cantique, le cantique de la nouvelle alliance : » Cantcmus Domino canticum novum
Nous sommes , dit le saint apôtre , un commencement de la créature nouvelle de Dieu I.'accomplissement de la création , c'est la vie des bienheureux; et c'est nous qui en sommes le commencement, inilium creaturœ ejus'. Nous devons donc commencer ce qui se consommera dans la vie future; et cet Amen éternel, que chantent les bienheureux dans la plénitude d'un amour jouissant , nous le devons chanter avec Jésus-Christ dans l'avidité d'un saint désir : « Oui, Père, puisqu’il a plu aiusi devant vous. » Modo cantatamoresuricns, tune cantubit amor fruens, dit saint Augustin 3. Nous le devons chanter pour nous-mêmes, nous le devons chanter pour les autres. Car écoutez parler le Dieu- Homme, modèle du saint amour : " Oui , Père, ' parce qu'il vous a plu toutes choses me
• sont données par mon Père *. » Il ne se réjouit d'avoir tout en main , que pour donner tout ix Dieu , et le faire régner sans bornes.
O rois , écoutez Jésus : et apprenez de ce Roi de gloire, que vous ne devez avoir de cœur que pour aimer et faire aimer Dieu , de vie que pour faire vivre Dieu, de puissance que pour faire régner Dieu ; et en tin que toutes les choses humaines ne vous ont été confiées que pour les rendre, les conserver, et pour les donner saintement à Dieu.
Mois , si ce Dieu nous délaisse ; mais , si ce Dieu nous persécute ; mais , si ce Dieu nous accable , faut- il encore lui rendre ccttecomplaisance? Oui, toujours sans fin, sans relâche. Il est vrai, 6 homme de bien, je te vois souvent délaissé; tes affaires vont eu décadence; ta pauvre famille éplorée semble n'avoir plus de secours; Dieu même te livre à tes ennemis , et parait te regarder d’un œil irrité. Ton cœur est prêt de lui dire avec David : « O Dieul pourquoi vous êtes-vous
• retiré si loin ? vous me dédaignez dans l'occa- « sion , lorsque j'ai le plus besoin de votre se-
• cours ; dans l'affliction , dans l'angoisse : » Ut guid , Domine, recessisli longe, despicis in opportunitatibus , in Iribulalione 5 ?
Est-il possible , ô Dieu vivant? étes-vous de ces amis infidèles qui abandonnent dans les disgrâces, qui tournent le dos dans l’affliction? Ne le crois pas , homme juste : cette persécution , c’est une épreuve; cet abandon, c’est un attrait; ce délaissement, c'est une grâce. Imite cet Homme-Dieu , notre original et notre exemplaire ,
1 Pt. xcv, i.
» Joe i, la.
* Srrt». CO. VI. n- 5 , t. v, OOl. 10&3.
* Luc. X , SI , 23.
1 Pi. U 33.
qui tout délaissé, tout abandonné; apres avoir dit ces mots pour s’en plaindre avec amertume : « Pourquoi me délaissez-vous '? • se rejette luiméme, d’un dernier effort , entre ces mains qui le repoussent. « O Père! je remets , dit-il, mon - esprit entre vos mains ’. » Ainsi obsline-toi , chrétien, obstine-toi saintement, quoique délaissé, quoique abandonné , à te rejeter avec confiance eutre les mains de ton Dieu : oui , même entre ces mains qui te frappent : oui , même entre ces mains qui te foudroient : oui, même entre ces mains qui te repoussent pour t'attirer davantage. Si ton cœur ne te suffit pas pour faire un tel sacrifice , prends le cœur d'un Dieu incarné, d'un Dieu accablé, d’un Dieu délaissé ; et de toute la force de ce cœur divin, perds-toi dans l'ablmc du saint amour. Ah! cette perle, c'est ton salut; et cette mort, c'est ta vie.