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Ce serait ici, chrétiens, qu'nprcs vous avoir fait voir que l'attrait du divin amour, c'est d’aimer pour Jésus-Christ, que le modèle du divin amour, c'est d’aimer comme Jésus-Christ; il faudrait encore vous expliquer que la consommation du divin amour, c'est d’aimer en Jésus-Christ et par Jésus-Christ. Mais les deux premières parties m'ayant insensiblement emporté le temps , je n'ai que ce mot à dire.
Je voulais donc, messieurs, vous représenter que, Dieu pour rappeler toutes choses nu mystère de son unité , a établi l’homme le médiateur de toute la nature visible: et Jésus-Christ Dieu-Homme seul médiateur de toute la nature humaine. Ce mystère est grand , je l'avoue , chrétiens, et mériterait un plus long discours. Mais, quoique je ne puisse en donner une idée bien nette, j'cu dirai assez, si je puis, pour faire admirer le conseil de Dieu.
L'hommedonc est établi le médiateur de la nature visible. Toute la nature veut honorer Dieu et adorer son principe, autant qu’elle en est capable : la créature insensible , la créature privée do raison, n'a point de cœur pour l'aimer, ni d’intelligence pour le connaître : « ainsi, ne pouvant * connaître, tout ce quelle peut, dit saint Au- « gustin , c'est de se présenter elie-méme à nous , « pour être du moins connue , et nous faire con- « naître sou divin auteur : » Quœ cum cognoscerc non possil, quasi innotcscere celle euidelur >. Elle ne peut voir, elle se montre; clic ne peut aimer, elle nous y presse : et ce Dieu quelle n'entend pas , elle ne nous permet pas de l’igno-
' Mntth. XXVII, 46. Pt. XXt, 2, elc.
* Lhc. XXIII, 46. P ». XXX, fl.
1 De Civ. Dei, lib. xt , c.ip. xxvil , n" 2, t. vil, ool.
DE L'ANNONCIATION
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rcr. C'est ainsi qu'imparfnitement et & sa manière , elle glorifie le Père céleste. Mais afin qu’elle consomme son adoralion , l'homme doit être son médiateur: c’est à lui à prêter une -voix, une intelligence, un cœur tout brûlant d'amour à toute In nature visible, afin quelle aime en lui et par lui la beauté invisible de son créateur. C’est pourquoi il est mis au milieu du monde, Industrieux abrégé du monde, petit monde dans ie grand monde ; ou plutôt , dit saint Grégoire de Nazianze’, « grand monde dans le petit monde: > parce qu’encorc que selon le corps il soit renfermé dans le monde, il a un esprit et un cœur qui est plus grand que le monde; afin que contemplant l’univers entier, et le ramassant en lui-même, Il l'offre, il le sanctifie, il le consacre au Dieu vivant : si bien qu'il n'est le contemplateuret le mystérieux abrégé de la nature visible, qu'afin d'être pour elle, par un saint amour, le prêtre et l’adorateur de la nature invisible et intellectuelle.
Mais, ne nous perdons pas, chrétiens, dan» ces hautes spéculations; et disons que l'homme , ce médiateur de la nature visible , avait lui-même besoin d'un médiateur. La nature visible ne pouvait aimer, et pour cela elle avait besoin d’un médiateur pour retourner à son Dieu. La nature humaine peut bien aimer, mais elle ne peut aimer dignement. Il fallait donc lui donner un médiateur aimant Dieu comme il est aimable, adorant Dieu autant qu'il est adorable; afin qu'en lui et par lui nous pussions rendre à Dieu notre Père un hommage, un culte, une adoration , un amour digne de sa majesté. C'est , messieurs, ce médiateur qui nous est formé aujourd'hui par le Saint-Esprit dans les entrailles de Marie. Réjouls-toi, (i nature humaine : tu prêtes ton cœur au monde visible pour aimer son Créateur tout-puissant , et Jésus-Christ te prête le sien , pour aimer dignement celui qui ne peut être dignement aimé que par un autre lui-même. Laissons-nous donc gagner par ce Dieu aimant : aimons comme ce Dieu aimant : aimons par ce Dieu aimant.
Que croyez-vous, chrétiens, quefait aujourd'hui la divine vierge toute pleine de Jésus- Christ? Elle l'offre sans cesse au Père céleste : et après avoir épuisé son coenr, rougissant de la pauvreté de l'amour de la créature pour l'immense bonté de son Dieu ; pour suppléer à ce dcfaut , pour compenser ce qui manque, elle offre au Père céleste toute l'immensité de l’amour et toute l 'étendue du cœur d'un Dieu-Homme. Faisons ainsi , chrétiens • unissons-nous à J ésus , ai-
• Ont. xut, n* is, L i, ». sao
monsen Jésns, aimons par Jésus. Mais, A Dieu ! quelle pureté! 6 Dieu, quel dégagement pour nous unir au coeur de Jésus ! O créatures , idoles honteuses, retirez-vous de ce cœur qui veut aimer Dieu par Jésus-Christ : ombres, fantômes, dissipez-vous en présence de la vérité. Voici l'amour véritable qui veut entrer dans ce cœur : amour faux, amour trompeur, veux-tu tenir devant lui ?
Chrétiens, rejetterez-vous l’amour d’un Dieu- Homme, qui vous presse, qui veut remplir votre cœur , pour unir votre cœur nu sien , et faire de tous les cœurs une même victime du saint amour? Vive l'Éternci, mes frères, je ne puis souffrir cette indignité : je veux arracher ce cœur de tous les plaisirs qui l’enchantent, de toutes les créatures qui le captivent. O Dieu , quelle violence d'arracher un cœur de ce qu’il aime! il en gémit amèrement; mais quoique la victime se plaigne et se débatte devant les autels, il n’en faut pas moins achever le sacrifice du Dieu vivant. Que je t’égorge devant Dieu, ô cœur profane! pour mettre en ta place nn cœur chrétien. Eh quoi! ne me permettrez-vous pas encore un soupir, encore une complaisance? Nul soupir, nulle complaisance que pour Jésus-Christ et par Jésus-Christ. Hé donc, faudra-t-il éteindre jusqu'à cette légère étincelle? Sans doute, puisque la flamme tout entière m’y parait encore vivante. O dénûment d’un cœur chrétien ! pourronsnous bien nous résoudre à ce sacrifice? Un Dieu- Homme, un Dieu incarné, un Dieu se donnant à nous dans l'eucharistie, en la vérité de sa chair et en la plénitude de son Esprit , le mérite bien.
Venez donc, 6 divin Jésus! venez consumer ce cœur. Tirez-nous après vos parfums : tirez les grands, tirez les petits; tirez les rois, tirez les sujets : tirez surtout, ô Jésus! le cœur de notre monarque, lequel en se donnant tout à fait à vous, ferme comme il est, constant comme il est , est capable de vous entraîner toutes choses , et de vous faire régner par tout l'univers. Ainsi soit-il.
POUR LA FÊTE
TROISIÈME SERMON
POUR