‹ Suzanne, comédie-vaudeville en deux actesChapitre 8 sur 41 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

LE COLONEL, M-« PICHARD, GENE- VIEVE, au fond ^ SUZANNE, revenant un livre à la main.

Suzanne,* en passant près de Geneviève, l'interroge du regard.

LE COLONEL, à Suzanne qui lui présente le lii^re. Merci, ma bonne... c'est inutile!., nous avons fini par déchiffrer à peu près... mais il faut que je revoie le docteur... que je cause avec lui !.. . nous en parlerons plus tard...

Suzanne regarde Geneviève, qui fait signe que ce n'est pas cela.

GENEVIÈVE, bas. Je VOUS conterai ça...

M™« PICIIARD, passant auprès d'elle. Oui, chère petite, et, en attendant, le colonel, qui ne songe qu'à votre bonheur, désirait savoir...

LE COLONEL, bas. Du tout... je ne veux rien savoir.

jime PICHARD, Z^ûT^. Une manière détournée... (Haut.) Il désirait savoir si vous seriez bien aise de vous marier ?

LE COLONEL , à part. Elle appelle ça une manière détournée!...

GENEVIÈVE , voyant Suzanne sourire et se rapprochant. Pardi I... c'te question!... demandez à toutes les jeunes filles... n'y a qu'un' voix là-dessus...

LE COLONEL, à part. Et l'autre qui s'en mêle... c'est un vrai coupe-gorge!

M™^ PICHAWD, à Suzanne. Qu'en ditesvous?... Eh bien! le mariage...

srZANl\E,y«/5rtrti signe en souiiant que cela ne lui déplairait pas. On a une belle robe, des fleurs sur la tête, un bouquet au côté ; et puis le bal, la danse !

Elle fait quelques pas de walsc, de galop, etc.

LE COLONEL, quelle a fait walser près-

SUZANNE

que malgré lui, et ai^ec humeur. Oh !. .. parbleu... quand ce ne serait que pour danser... Elle est folle de la danse !

jume picHARD. C'est quelque chose!...

mais pour se marier... il faut un mari. GENEVIÈVE. C'est indispensable!...

jime PICHARD. Voyons... Préférez-vous quelqu'un?...

LE COLONEL, has.^ons allez trop vite...

j|me PICHARD. Non!... elle baisse les yeux... c'est clair! Eii bien !... il faut nous le faire connaître... ma chère... ije craignez rien. . . parlez ! . . .

GENEVIÈVE. Parlez!... parlez!... ça vous est bien aisé à dire.. . (^ Suzanne.) Voyons, luamselle... j* vas vous aider... et peutêtre qu'à nous deux...

LE COLONEL, à part. C'est une conspiration infernale !...

GENEVIÈVE , à Suzanne. Serait-ce ce jeune avoué qti vient chez monsieur?

SL^ZANNE , par signes. Qui?... ce gros

garçon tout bouffi! {elle le contrefait)

qui a des besicles sur le ;iez. . des papiers sous le bras... et qui bavarde, bavarde... Ah ! .. . il me fait bâiller ! . . .

LE COLOXEL , respirant un peu. Elle a raison!... un imbécile !... un bavard!...

GENEVIÈVE , à Suzanne. M. Ernest, notre voisin...

SUZANNE, par signes. Cet élégant !... tiré à quatre épingles? {Elle le contrefait.) Qui se tient droit comme un piquet... rajuste ses cheveux, sa cravate, tient son lorgnon dans l'œil, et vous regarde en clignotant... toujours un cigare à la bouche , dont il vous envoie des bouffées... fi!...

LE COLONEL , plus à son aise , et riant. Ah!... ah I... c'est bien lui... Est-ce qu'elle peut aimer une pareille poupée?... {A part.) Je suis tranquille !... Elle ne connaît plus personne...

GENEVIÈVE. Ah! j'y songe... peut-être ce jeune homme que vous avez vu à l'Opéra ?

LE COLONEL, inquiet. Hein?... un jeune homme I...

jjirae PICHARD. Vous l'avez menée à l'Opéra?...

LE COLONEL, bas. Une seule fois!... pour jouir de sa surprise... cl je- me rappelle , en effet, un petit monsieur qui la lorgnait avec une impertinence:.. {A Suzanne.) Comment, tu te souviens?...

SliZ WNE^ai^ec malice, et voyant l'anxiété de son tuteur. Hein !... il est gentil!... de petites moustaches. ..

LE COLONEL, à part. Ahî.. mon Dieu!..

SUZANNE^ virement, et voyant le trouble du colonel. Mais je n'y pens<: pas...

j^ime PICHARD, la menaçant dudoigt. Vous n'êtes pas franche... ma chère!... vous l'aimez!...

SUZANNE. Non!...

3ime PICHARD. Si fait!...

Sl]I.\?i^E, frappant du pied. Du tout!...

jiinie PICHARD. Alors, si ce n'est pas lui... nommez-nous l'heureux mortel I. . .

LE COLONEL. Oui , je veux le savoir.... Quel est-il?

SUZANNE, vivement. Oh I c'est facile!...

Elle s'élance; puis elle s'arrête tout-à-coup d'un air confus, fait signe qu'elle n'osera jamais, porte la main à son cœur, regarde M"'-^ Pichard qui la génc, et se sauve brusquement dans sa chambre.

/ LE COLOîMEL, Suzanne!...

< GENEVIÈVE , à part. Est-ce que j'aurais deviné?...

jiime PICHARD, au colonel. Elle n'ose s'expliquer devant vous!... mais je mettrais ma main au feu , que c'est le jeune homme de l'Opéra... Je vais tirer ça au clair...

LE COLONEL. C'est inutile !...

jjjme PICHARD. Laissez donc... Je ne la quitte pas... entre femmes, on ne se cache 3ien...et je vous en rendrai bon compte!..

Elle entre daus la chambre d<^ Suzanne. Pendant ce temps, Geneviève est sortie par le fond. Le colonel, reste' seul, paraît pre'occupe'.

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