XIV PREFACE
plus facile. » En effet, si l'on veut bien se rendre compte des procédés de la plupart des feuilletonnistes, on verra qu'à l'aide de demandes entrecoupées, de réponses hâtives, d'interjections, de soupirs, de réticences, de tirades répétées tour à tour, ils arrivent promptemtnt à construire un dialogue qui court après l'idée et l'abat quelquefois en lui jetant des mots aux jambes; mais deux lignes d'analyse savante en disent plus que ces coups de raquette qui font danser le volant à droite et à gauche, sans autre but que de gagner du temps et de la place. Que de talents médiocres ont su dialoguer qui ne sauraient pas exposer un caractère dans une demi-page de récit! Contraignez M. Scribe à écrire un roman sans dialogue, et vous verrez à quelles formules arrivera ce puissant analysateur, qui passe pour un des plus habiles arrangeurs de conversations.
Les romans par correspondance ont pour moi un grand attrait. C'est une forme dédaignée, souvent monotone, toujours difficile; mais c'est la seule forme logique et vraisemblable. Vous écoutez des confessions, et vous ne tendez plus au rôle toujours périlleux de déchiffreur d'énigmes. Mais je reconnais que ce serait rétrécir étrangement le domaine que de vouloir spécialiser ainsi une forme préférable. Tous les moyens sont bons pour plaire et pour émouvoir, s'ils suivent les règles éternelles du beau et les règles particulières de la langue; quant aux procédés pour mettre en œuvre chacun des sujets, ils ne relèvent que de l'artiste. Chaque idée a sa forme fatale; les maladroits ne la trouvent jamais; les hommes de génie sont infaillibles.
Ainsi donc, et pour résumer ces dissertations littéraires.