LUCIE DE CRENEV A EDMEE DE SAINTE-AURE
Paris, septemlir».
Ma bonne Edmée, je m'attendais à ta lettre. Ce n'est pas moi qui t'empêcherai de goûter une à une toutes ces petites joies éparpillées qui précèdent la joie suprême que Dieu bénit.
Tu as une Ame pure , un esprit droit. Tu es au milieu de ta famille. M. de Rianval , qui cache sans doute quelque tristesse dont tu auras le secret plus tard, me semble aussi une nature loyale. Tout vous convie , mes chers amis. Chacun se fait le complice de vos innocentes coquetteries. Tu n'as donc pas besoin de conseils. Va selon ton cœur! 11 serait dangereux de te sermonner de loin. Ce que je puis te dire, c'est que je prie pour toi, comme tu as prié pour moi ; c'est qu'au nom de cet être inconnu qui me sourira un jour et m'appellera sa mère, je le bénis, je te souhaite un devoir d'épouse aussi facile que le mien, des espérances de mère aussi douces que les miennes. Nous avons le temps de causer de mon baptême; car tu me forceras bien d'aller à Provins, toute soutirante, tout énorme que je serai.
Je relis ta lettre, et je voudrais y répondre longuement ; mais que veux-tu que je te dise? Ce billet te portera mes baisers et mes vœux ; c'est là l'essentiel. Ton poëme commence , et pour quelques pages que j'ai lues de plus
que toi, je ne veux pas te gâter les surprises et les ravissements par mes indiscrétions.
Au revoir, ma belle; tiens-moi au courant de ton idylle.