LETTRE XX
DE VALENTIN A ARMAND
Provins, lo septembre.
Impie! je devrais, pour ma vengeance, t'envoyer la réponse d'Edmée, et te dire : — Lis , et repens-toi! — mais ton implacable raillerie profanerait ces pures confidences ; mais ton doigt moqueur écraserait ces fleurs timides débordant de rosée; mais tu rirais, mon pauvre cynique, de ce qui devrait t'attendrir et te faire pleurer d'admiration.
Sache-le donc, mes pressentiments ne m'ont pas trompé. Je devais trouver dans cette maison, qui fait presque partie de l'église, cet amour pur et dévoué, dont le souvenir me venait de ma mère et dont l'espérance me venait de Dieu. Oui , Edmée n'est pas seulement la plus belle, la plus chaste; elle est encore la plus enthousiaste dans ses dévouements, la plus inspirée dans son affection. Comment te dire, comment te raconter ce
SUZANKE nrCHICMIX
que j'éprouve! Je l'aime, entends-tu bien? parce qu'elle m'aime; je l'aime parce qu'elle me demande la moitié de ma vie, de mes songes ; parce qu'elle est ma sœur, ma vie, mon âme perdue que j'ai retrouvée? Comme je te plains ! comme j'ai pitié de loi , mon pauvre Armand , de toi qui blasphèmes ces saintes tendresses! Mais si tu savais comme moi, malheureux, que ce n'est pas une illusion ! qu'en dépit de la vie et de la matière, on trouve encore des âmes qui échappent aux fanges d'ici-bas , à toutes les infamies de la chair, pour aimer dans l'idéal, daas des effusions infinies!... Mais non, tu ne le sauras pas ; tu ne dois pas le savoir; je ne veux pas te le dire.
Oh! permets-moi, mon bon Armand, de garder mon secret pour moi tout seul ! de ne pas te le révéler : j'en suis aloux. Je veux m'en altérer et m'en désaltérer sans cesse. Je veux relire seul , bien seul, pour moi , ces lignes qui rayonnent! Sache seulement que je suis heureux, que tu as menti , que tu es un monstre , et que je t'aime et que je te pardonne. Mon père , mon père , vous serez content de moi ; je vais ramener dans votre triste maison un ange de paix et de consolation ! Et toi, ma mère, n'est-ce pas que c'est ton âme qui est descendue dans cette jeune fille ? n'est-ce pas que tu vas m'aimer de nouveau? n'e?tce pas que cette blonde enfant qui me sourit , et dont le cœur palpite dans ses lettres , est une bénédiction visible, un sourire que tu m'envoies?
Je voudrais inventer des mots pour définir ma joie. Moi qui ai horreur des vers , qui trouve un sacrilège dans l'application de la prosodie aux plus purs élans du cœur, j'ai griffonné des élégies qui semblaient devoir être sublimes tant (pue je les entendais gronder en moi , et qui se figeaient plates et grossières sur le papier. Chaque lettre que trace ma plume me fait pitié, tant elle me semble triste, inerte, à côté de l'idée étincelante. J'ai la fièvre,
SUZANNE DUCIIEMIN
le délite. Ce matin , je faisais le dieu , et j'étendais les mains vers la vallée pour la bénir, tant je me sentais élevé, emporté, ravi au delà de l'humanité. J'étreignais l'infini à pleins bras.
tG septembre
Je ne sais quand j'achèverai cette lettre; comme elle te portera mon cœur, je veux l'emplir jusqu'aux bords. Hier, j'avais besoin de l'interrompre , de te quitter.de courir la maison, de descendre au jardin. Je suis à la fois embarrassé de t'écrire , je voudrais n'avoir d'autre confident que moi-même; et inquiet de dire tout, car j'ai peur, en te cachant un détail, de te faire mal apprécier mon orgueil et ma joie. Notre vieille amitié m'attire et m'effraye. Je sens bien que je lui ferais tort en la tenant éloignée de mon bonheur, et je tremble , d'un autre côté, que tu n'en abuses pour froisser, pour torturer mon amour.
J'avais donc préparé pour Edmée une longue lettre, lu sais, toi qui me connais, une de ces lettres dans lesquelles on verse son âme. Je lui avouais les intentions de nos deux familles, et je lui déclarais que celte union n'était possible qu'à la condition d'une de ces sympathies absolues qui ne laissent aucun vide, aucun interstice par où puisse entrer le vent glacial du monde. Je me confessais naïvement, pieusement, chastement à elle; je me disais à moi-même, en commençant chaque ligne de cette lettre d'amour, qu'elle devait respecter la conscience et la pureté de cette jeune fille; et si Edmée n'avait pas voulu y répondre, je suis certain que ma démarche n'aurait laissé aucun trouble dans son cœur.
Quand ma lettre fut finie , je me sentis saisi d'une poignante et délicieuse angoisse. Je me demandais quel ac
SUZ \NNE DICHEMIN
cueil serait fait à cette témérité sainte; je gardai toute la journée, sur ma poitrine, ce précieux message. Par moments , j'avais des envies de le déchirer, d'en jeter les débris aux vents.
Ne suis-je pas un insensé? me disais-je. Pourquoi voulais-je tenter sur la terre un essai qui n'avait d'autre inspiration qu'un vague souvenir ou qu'un pressentiment du ciel?
La nuit me surprit dans ces incertitudes. Gomme la soirée était belle, après le dîner on descendit au jardin. Madame Ducliemin se promena longtemps avec Edmée, puis rejoignit madamedeSainte-Aure.Lemomentétaitvenu, je devais m'armer de courage; j'allai au-devant de celle que :'allais peut-être aimer jusqu'à la mort, avec une émotion qui secouait mon cœur dans ma poitrine. Edmée, un peu rêveuse, s'était arrêtée devant un rosier dont elle détachait lentement les fleurs flétries. La lune, éclatante comme un soleil élyséen, en l'enveloppant de ses rayons d'argent, semblait la vêtir d'une robe de fiancée. Son front ne m'avait jamais paru si beau, si pur; ses yeux baissés semblaient moins occupés à chercher des roses qu'à regarder en elle-même; un sourire, immobilisé sur ses lèvres, trahissait une préoccupation fixe et charmante. C'était la rêverie de la pudeur.
— Edmée , lui dis-je en l'abordant , vous avez perdu un livre.
Elle tressaillit.
— C'est vrai , me répondit-elle en rougissant un peu.
— Je l'ai trouvé , répliquai-je en tendant le formulaire de prières qui renfermait ma lettre.
Edmée sourit.
— Quelle fidélité, monsieur Valentin! Cela mérite une récompense honnête.
— J'y compte bien!
SUZANNE DUCIŒMIX
— Tenez , alors !
Et la charmante enfant prit une rose qu'elle me passa avec vivacité à la boutonnière. Ce petit don lut fait avec tant de grâce, que je faillis tomber à ses pieds et rendre ma longue épître inutile. Mais la voix de M. de Sainte- Aure, qui se promenait dans une allée voisine, me rappela
la prudence. Je marchai silencieusement à côté d'Edmée, qui ouvrait et refermait son livre avec une préoccupation visible. Dans un de ces mouvements, la lettre s'échappa et vola sur le sable devant nous.
Je la ramassai et la rendis à la jeune fille. Mais un embarras touchant se peignit sur son visage. Elle me regarda avec un air de reproche.
— Ah ! qu'avez-vous fait ? me dit-elle.
— Rien que je ne sois prêt à avouer à votre mère , répondis-je.
Elle hésita.
— C'est peut-être bien mal , monsieur Valentin. J'allais me défendre et protester, quand madame Duché-
min, que nous n'avions pas entendue venir, parut entre nous deux. Edmée referma le livre sur la lettre et prit le bras de sa vieille amie , qui venait lui faire ses adieux.
Je laissai tout le monde rentrer et se coucher, et je demandai la permission de rester seul au jardin. J'avais besoin de nie recueillir. La nuit était complice de mon émotion. J'écoutais s'éteindre les bruits de la maison: je regardai longtemps la lumière qui brillait dans la petite chambre d'Edmée. Elle veillait ; elle lisait ma lettre. Ne me demande pas , mon ami, ce que j'ai éprouvé . ce que j'ai espéré , ce que j'ai souffert. Jamais le désir de la possession n'alluma dans tes veines autant d'ardeur que j'en sentais dans la partie la plus pure de mon cœur. On se moque des gens qui adressent des élégies aux étoiles. Eh bien ! je t'affirme que je tendais les bras à ces mondes
mystérieux, et que j'attestais à leur clarté scintillante mon trouble et mon amour! Quelle nuit! quel réveil!
Le lendemain, Edmée m'évita, prétexta une promesse faite à madame Ducliemin, alla passer la journée chez elle, et ne revint que le soir, assez tard. J'étais navré. J'échouais évidemment; soit que ma démarche eût effrayé son innocence, soit qu'incapable de me comprendre et de me répondre , elle eût préféré le silence à une lettre fort embarrassante. J'errais dans le jardin, avec un fardeau glacial sur la poitrine. Je songeais à mon départ, à tes railleries triomphantes. Tout à coup, j'entendis un pas sur le sable; je vis Edmée qui accourait à moi. Un mystérieux sourire illuminait ses lèvres : on eût dit qu'elle laissait en marchant des lueurs aux gazons qu'elle effleurait. Je n'eus le temps ni de l'interroger ni de la remercier; elle me mit ; dans la main un petit pli satiné et s'enfuit comme une vision du côté de la maison.
Je n'avais pas besoin de lire; le secret s'échappait de la lettre et me pénétrait. Je sivais tout ce que je voulais savoir, avant d'avoir rien demandé , et quand je montai dans ma chambre , quand mes yeux éblouis et noyés de larmes eurent dévoré ces lignes qui dépassaient mes plus audacieuses espérances, je faillis m'évanouir. Toutes les joies de la terre et du ciel m'étouffaient. Je n'ai jamais connu ma mère; il me semblait que ces mots d'une main féminine me la rappelaient. Je n'ai jamais eu de sœur, et je croyais en retrouver une, perdue depuis longtemps et désespérément cherchée.
Imagine, Armand, ma joie, ma reconnaissance, mon amour. Suppose tous les délires de l'âme, toutes les extravagances de la prière et de l'extase. Mais ne me demande pas de le raconter mes sensations ni de copier celte lettre.
Que te dire , mon ami ? Elle m'aime comme je l'aime.
SUZANNE DUCHKMIX
Elle comprend, avec une pénétration enchanteresse, mes rêves, mes projets, mes angoisses. Elle veut me suivre dans ces régions de l'idée pure qui échappent aux sens. Si tu savais quelle flamme dans ce transparent albâtre! (pu lie tendresse dans cette naïveté ! quel dévouement dans cette innocence! 0 Armand, sois jaloux de moi! Je te jure que je suis le roi de la terre et du ciel , que j'ai du soleil plein les yeux, et des nuages sous les pieds!
18 septembre.
Une correspondance quotidienne est organisée. Chaque jour, au jardin , Edmée reçoit une lettre ou me donne une réponse. Nous nous parlons à peine dans la journée; nous avons peur de gâter nos confidences écrites; mais le soir, dans une pression de main furtive, nous échangeons nos deux cœurs. Les lettres s'emplissent, s'allongent. Que de choses nous avions à nous confier et que je ne saurais t'énumérer ! On croit que tout est dit avec ce mot : — Aimons-nous ! mais c'est tout un monde. Edmée entre avec une angélique simplicité dans toutes mes fantaisies. La chère âme me suit dans mes courses, dans mes vols. Te le dirai-je? Bien loin qu'elle se borne à me répondre, c'est souvent moi qui parais ne lui donner que la réplique, tant il y a de passion puissante, d'initiative dans celte jeune fille inspirée! Quel rêve nous faisons ! Vienne la réalité, maintenant, la vie grossière du ménage, j'ai une prosision de ciel qui me fera prendre en pitié et en oubli ces embarras de la terre!
C'est maintenant que sa beauté s^ complète et se transfigure pour moi! c'est maintenant que j'admire son sourire, son visage, sa grâce! c'est maintenant que tout mon être s'embrase de cette passion où l'idéal fait la
part des sens ! Diras-tu que je m'abuse? Ces lettres , estce moi qui les écris dans un accès de somnambulisme? Edmée ne vient-elle pas tous les soirs , comme une vision, mêles remettre en échange des miennes? Suis-jefou? puis-je douter? 0 mon ami, comment ai-je mérité tant de bonheur? Je n'ai pourtant pas souffert! Dans quel sillon ai-je laissé tomber mon sang ou mes larmes? Gentilhomme inutile , ai-je tiré l'épée rouillée dans le fourreau ? Ai-je lutte dans cette grande lutté des intelligences qui divise mon siècle? Non; je me suis tenu dédaigneusement à l'écart; j'ai rêvé, j'ai soupiré, et j'ai attendu. Et voici que Dieu m'envoie la récompense suprême qui est due aux forts et aux illustres! J'ai honte de tant de joie pour si peu de gloire ! Je veux acheter mon bonheur par des peines. Je sens trop de forces en moi pour mon inaction. Une plume! une épée! une tribune ! un levier! et je soulève le monde! Mon père a trop de haine; moi, je veux avoir trop d'amour; nous serons ainsi fidèles l'un et l'autre à la devise de notre maison, et je veux que ce trop plein déborde en pensées, en paroles, en actions sur la foule. J'ai soif de vivre pour aimer et d'aimer pour vivre. Un génie inconnu s'éveille en moi et bat de l'aile. Je me sens à la foi grand poëte , grand artiste et héros triomphant. J'aime ! et j'ai le cœur assez grand pour y enfouir toutes les passions , toutes les ivresses !
Armand, le temps est venu véritablement pour toi de renoncer à ton culte exclusif pour la matière. Au nom de mon amour, je t'adjure de me croire et de m'envier. Courbe la tête , mon cher sceptique ; adore ce que tu as brûlé, et brûle ce que tu as adoré!
Hélas! peut-être ne brûleras-tu que ma lettre pour allumer ton cigare !
20 septembre.
Est-ce que je puis vivre longtemps ainsi? est-ce qu'il n'y a pas un vertige de l'âme, aussi dangereux que le vertige des sens? D'ailleurs, je puis bien te l'avouer, car tu n'en saurais tirer aucun argument en faveur de ton système , je commence à aimer celle qui se révèle à moi chaque jour, de cet amour complet et harmonieux qui associe la beauté visible à la beauté invisible; mais ce que j'éprouve n'est point une impatience. Je sens déjà que mon cœur la possède pleinement; l'union est conclue. Devant Dieu, devant ma mère, devant mon âme, Edmée est ma femme, et je puis bien attendre maintenant pour l'épouser. Si tu savais quelle gaieté cet amour religieux répand en moi I Comme tout a doublé de rayonnement et de couleur autour de moi! Je trouve de l'esprit à M. de Sainte-Aure, de la grâce à sa femme, et la bonne Suzanne Duchemin, qui doit savoir mon bonheur, me paraît une amie.
Provins a des ruines admirables , certains aspects de la ville haute évoquent une cité féodale. On voit encore la brèche ouverte par les Anglais. La porte Saint-Jean attend qu'on lui rende les chaînes de son pont-levis', et les écailles grises des murs s'étendent le long de la montagne comme un serpent à demi brisé qui veut renaître au soleil. Depuis le jour de mon arrivée , je ne manquais jamais de visiter ces débris. Ma mélancolie se plaisait dans leurs muettes confidences. Gardant le souvenir des paroles désespérées de mon père , je rendais hommage comme un des derniers gentilshommes , à ces restes d'une glorieuse histoire évanouie. Je menais chaque jour le deuil de la royauté et de la chevalerie autour de ces remparts démantelés que l'herbe et le lierre
envahissent. Je jetais, comme l'eau bénite sacramentelle dans la fosse ouverte, mes souvenirs, mes regrets, mes incertitudes dans ces fossés héroïques dont on a fait d'inofi'ensifs vergers, et je rapportais de ces excursions une prédisposition grave que les secrètes sollicitations de mon cœur augmentaient encore. Biais depuis que j'aime véritablement et que je me sens aimé, les ruines que je vais visiter me paraissent palpiter de ma joie et refléter mon bonheur. Le soleil leur met des rayons plus chauds , et descelle leurs lèvres muettes. Ces brèches sont de larges sourires qui laissent passer des murmures plein d'amour et. de foi. Au sommet des tourelles, les arbrisseaux flottent comme de petits étendards. J'aime à voir Edmée se promener comme une châtelaine à travers ces rues gothiques où ses aumônes font germer les prières et les actions de grâces. Je lui demande de me cueillir les petites fleurs qui croissent sur ce vivant linceul du passé. Je m'amuse de ce cadre austère dans lequel je répands ma vie et mon amour. Je heurterais le soir l'ombre de Thibault cherchanl le seuil de son château changé en collège communal, que je ne serais pas surpris de la rencontrer, et que j'ouvri- *rais les bras à ce fantôme. Ah! mon ami , la beauté extérieure ne préexiste pas; nous la portons en nous , et nous l'appliquons, selon nos rêves , aux endroits et aux visages que nous aimons. Les physiciens nient la réalité des couleurs, qui ne sont pour eux que des décomposiiions de la lumière. Eh bien , ce qui me semblait d'une couleur lugubre est devenu tout à coup plein de chatoiements joyeux. Rien n'est comparable à ces ruines. Paris, pour moi, n'est qu'un cadavre, vu de celte solitude.
Un mot, une pensée a suffi pour changer le décor. J'aime, mon ami, et je sens que la nature aime avec moi.
La mort n'est que le vide du cœur : depuis quelques
SUZANNE DUCHEMIX
jours , je crois davantage à l'immortalité. Je double ma foi antérieure de toutes les forces de ma tendresse. Non , ma mère n'est pas morte, car je la sens vivre dans le regard d'Edmée. Non, mes aïeux ne sont pas morts; un jour, à un moment donné, à un choc matériel, leur corps, leur chair est tombée, mais leur âme vit et m'entoure, et me conseille les grandes œuvres pour la gloire de mon amour et de leur nom.
Je suis certain que quand je conduirai mademoiselle de Sainle-Aure au château deRianval, la vieille maison tressaillera pour la saluer de la salutation angélique; les vieux arbres reverdiront: les vapeurs humides s'embaumeront' de souffles printaniers, et sur le seuil de cette chambre dont ma piété a fait un sanctuaire, ma mère , rendue visible, viendra, pleine de jeunesse et de grâce, accueillir, les bras tendus, les roses au front, le sourire aux lèvres, l'enfant bien-aimée que son fils lui amènera. Oui, la mort est simplement l'absence de l'amour; le monde matériel n'est qu'une apparence. 11 n'y a qu'une chose réelle , ces! la chose éternelle, c'est l'âme qui anime, qui transfigure qui vivifie, qui crée; l'âme, infinie comme Dieu, immortelle comme lui, ayant seule reçu de lui l'intelligence de la vraie beauté et de l'amour véritable. Depuis qu'Edmée se révèle à moi, je sens que ma mère est sortie du caveau de la petite église de Rianval et habile avec moi. Si je pouvais te convertira ma croyance, mon cher Aimand! Si je pouvais l'introduire dans ces régions éthérées où l'espril s'allège du fardeau du corps, tu ne voudrais plus redescendre. Mais non. tu vas encore me railler, implacable sacrilège. Jusqu'à ce que je l'aie rendu témoin de mon bonheur, tu douteras. Eh bien ! ose donc revenir ! t'attends.
SUZANNE DUCIIEMIN