LETTRE XXXI
DE VALENT IN A ARMANI
Provins, octobre.
Mon ami, tout est conclu. Mon père, que j'attendais, n'a pu quitter Rianval,mais a écrit à M. de Sainte-Aure. Edmée est ma fiancée, et c'est devant sa mère que je lui ai donné hier mon premier baiser sur le front. La chère àme m'a serré la main. Nous sommes maintenant auss étroitement unis que si nous avions échangé l'anneau bénit. Je ne t'écris ni ma joie ni mon recueillement; tu n'as que le temps de venir.
Edmée se montre dans ses lettres presque inquiète, presque effrayée de son bonheur. Elle me demandait hier si c'était bien aussi son esprit que j'aimais, et non pas seulement sa beauté ; elle se supposait vieille et me défiait de l'adorer. Pouvait-elle plus directement provoquer mon amour ? Je lui ai répondu que j'avais si bien associé dans mon culte sa beauté et son àme, que je ne pouvais désormais les séparer; mais je lui avouai que, si j'avais douté d'elle, que si ces chastes et naïfs épanchements ne m'avaient confirmé mes plus chères espérances, je me serais senti la force de résister à toutes les grâces, à toutes les séductions.
Je ne sais pourquoi cette dernière lettre m'a semblé plus tendre, plus profondément dévouée que les autres. On eût dit qu'elle avait été écrite dans un moment de mélancolie et de larmes.
SUZANNE DUCHl'.MIN
Au revoir, mon cher Armand, je t'aime plus que jamais, et je te pardonne tes hérésies. Je comprends, en présence d'Edmée, que la forme éhlouisse; mais tu seras forcé à ton tour de rendre les armes à notre amour.