PREFACE VII
brûle... Quelque plaisamment, artistement, que soit travaillée une lanterne, elle doit avoir sa lumière. »
Ce jugement de Balzac est notre inspiration; et si notre œuvre n'est pas un flambeau, au moins voulons-nous constater que nous avons battu le briquet pour amener une étincelle.
L'art doit être utile! C'est la règle suprême; surtout à cette époque où toute intelligence parasite est un vol fait au progrès. Mais l'utilité ne résulte pas seulement des œuvres dogmatiques, et ce n'est pas restreindre le domaine littéraire aux manuels que de lui demander des enseignements. Non. Mettre en jeu les passions, présenter dans tous leurs développements les diverses facultés humaines . heurter l'idéal à la matière, émouvoir par des évolutions de sentiment, et non plus par des catastrophes matérielles; c'est là accomplir un travail de psychologie dont les esprits sérieux font toujours leur profit.
Balzac, que nous aimons d'autant mieux à citer qu'on ne s'avise guère d'interroger ses procédés littéraires, Balzac divisait, en 1840, la littérature contemporaine en trois écoles : la littérature des images, la littérature des idées, et enfin la littérature d'éclectisme littéraire qui demande une représentation du monde comme il est, les images et les idées, l'idée dans l'image, ou l'image dans l'idée, le mouvement et la rêverie. L'école des idées procède du xvue siècle et des meilleures œuvres du xvnr. Manon Lescaut, Gil Blas, Candide, sont des modèles en ce genre. Par malheur, aujourd'hui, on se dispense trop souvent de style et d'imagination, sous le prétexte qu'on a des idées, et cette école paraît bien décolorée après les expansions poétiques dont Rousseau a donné le signal.