PREFACE IX
sévère de la littérature du xvne et du xvme siècle. L'introduction de l'élément dramatique, de l'image, du tableau, de la description, du dialogue, me paraît indispensable dans la littérature moderne. » Il y a dans ces lignes un double conseil que les fantaisistes et les réalistes devront se rappeler. L'image, le tableau, la description, le dialogue, quand ils n'ont point de but philosophique, sont des jeux inutiles; mais ils sont, d'autre part, indispensables à la réalité; et supprimer tout procédé artistique, raconter comme dans un fait-Paris, se croire dispensé de mise en scène; sous prétexte de vérité, écrire comme on parle sur le boulevard, dédaigner ces magiques influences du style qui ne détruisent pas la nature, mais qui, au contraire, la font aimer en la faisant comprendre, c'est imiter certains patriotes qui ne voulaient que des républicains aux mains sales, et voyaient de la réaction dans la propreté.
L'école réaliste se donne aujourd'hui comme héritière de Balzac; parce qu'elle prend ses héros dans la même région, elle prétend à la même gloire ; c'est là une illusion violente. Il n'est pas d'écrivain qui se soit plus efforcé que l'auteur du Lys dans la vallée de rendre son style complice de ses effets dramatiques; et si l'on peut reprocher quelque chose à Balzac, c'est le travail infini de sa prose. Quant à l'imagination, à l'idéal, à cet héroïsme, à ce je ne sais quoi de surhumain et d'inconnu qui nous ravit loin de ce monde, Balzac s'en faisait une religion. Ses plus réels personnages ont le reflet divin; et il sait rester vrai dans ses plus paradoxales inventions, sans jamais risquer. d'être plat. L'école prétendue réaliste s'en tient, au contraire, à la platitude, et croirait déroger en risquant un trait qui ne