MO.MOUE
Allez ! allez !
MADAME CHAMBERT
Prenez garde à mes boutures d'œillet !
CÉLTNETTE
Oui. madame. (Elle sort avec sa mère. On entend la clochette de la grille.)
MONIQUE
C'est le facteur. Je reconnais son coup de sonnette. {Elle sort par la gauche.)
MADAME CHAMBERT
Et moi, je lui ai acheté une grande poupée qu'elle trouvera dans un berceau à côté de son lit, ce soir.
CHAMBERT
Nous allons bien nous amuser.
MONIQUE, revenant, une lettre à la main. Une lettre de Henri !
CHAMBERT
Comment ! Une lettre de Henri... ?
MOMOUE
Elle aurait dû nous arriver hier, ou au plus tard ce matin... Oh! la poste! Sommes-nous assez mal desservis? {Pendant ce temps, Chamhert a mis ses lunettes et ouvert la lettre.)
CHAMBERT, désappointé.
Ah!
MADAME CHAMBERT
Il ne vient pas ?
CHAMBERT
Si. Mais Régine vient avec lui.
MADAME CHAMBERT, ironique.
Bien !
MONIQUE, avec dépit.
Allons, bon 1
MADAME CHAMBERT, SOUriant.
Si elle nous entendait, elle serait fixée.
MONIQUE
Oh I Elle l'est déjà.
CHAMBERT, léger reproche.
Monique ! {Lisant.) « Chers parents. Je suis heureux de vous apprendre qu'au dernier moment ma femme s'est décidée à nous accompagner, Suzette et moi... {Silence.) S)uzelle et moi... Elle avait d'abord reculé devant la fatigue d'un aussi long voyage pour un séjour aussi court... »
MONIQUE
Ce n'est pas vrai. La dernière fois qu'elle est venue, elle a dit : « Je ne suis pas près de remettre les pieds ici. »
CHAMBERT
Qu'en sais-tu?
MONIQUE
C'est Céline qui l'a entendu et qui me l'a répété.
Il ne faut pas faire état de racontars de domestiques. {Continuant.) « ...mais elle a pensé me faire plaisir et à vous aussi. »
MONIQUE
Plaisir!
MADAME CHAMBERT
Je t'affirme qu'elle n'éprouve aucun plaisir à venir.
CHAMBERT
Raison de plus de lui savoir gré, si elle fait un sacrifice.
MADAME CHAMBERT
Pauvre grand naïf! Ce qui l'a décidée, c'est ceci. [Elle montre le journal.)
CHAMBERT
Mais non. Elle sait bien que Henri obtiendrait mieux ce qu'il désire de nous s'il était tout seul.
MADAME CHAMBERT
Elle veut le surveiller, l'exciter...
CHAMBERT
Allons!... [Un, temps. )\\ y a un post-scriptum de'Suzette.
MONIQUE
Écrit par elle?
Oui.
MONIQUE
Pour moi peut-être...
CHAMBERT, Usaut.
« Je suis contente d'aller vous voir avec ma petite mère chérie. »
MONIQUE
L'ingrate!
MADAME CHAMBERT
Que dis-tu, Monique? Tu as dit : « L'ingrate? »
MONIQUE
Oui. Je suis toquée. Ne faites pas attention. Je l'aime tant, Suzette! lime semble qu'elle devrait m'aimerplus que tout au monde.
MADAME CHAMBERT
Ce n'est pas ta fille!
MONIQUE, pleurant.
Non!... Quels mots vous avez dits, ma mère!... Non, ce n'est pas ma fille... je n'ai pas de fille, moi ! {Elle va vers la droite. D'un ton de colère.) Céline! Célinette ! C'est bon, c'est bon ! vous avez assez de fleurs comme cela ! Je vous dis qu'il y a assez! Voulez-vous me faire le plaisir de m'obéir! Venez ici! Nous avons d'autres chiens à fouetter!... Il faut préparer tout de suite la grande chambre.
CÉLINE
La grande chambre ?
MONIQUE
Oui, la grande chambre ! Qu'est-ce que cela a d'extraordinaire ? Madame Henri va venir.
CÉLINE
Madame Henri!... Ben, on aurait pu me prévenir plus tût !
MONIQUE
Ça ne vous regarde pas.
CÉLINE
Si, ça me regarde !
MONIQUE
Et tâchez d'être convenable, vous m'entendez...
CÉLIMETTE
Mademoiselle... Alors, le lit de mademoiselle Suzette, il faudra le refaire dans la petite chambre à côté de la grande?...
MONIQUE
Oui.
CÉLINETTE
Voulez-vous que ce soit moi qui le refasse ?
Cela m'est bien égal.
CÉLINE, après avoir secoué la têle.
Eh bien, il faut que je me prépare à en monter de Feau, moi, demain matin 1 Et des seaux, et des seaux ! Et de la chaude! Et de la froide!
CÉLINETTE
Si tu veux, mère, c'est moi qui les monterai, les seaux.
CÉLINE
C'est trop fatigant.
CÉLINETTE
Mais non, c'est pas trop fatigant!
CÉLINE
C'est bon pour moi. . . Et je vas en entendre des coups de sonnette! Drinn!... drinn!... drinn!... CÉLINETTE, à Monique.
Pas, mademoiselle, c'est moi qui les monterai ?
MONIQUE
Ça t'amuse donc?
CÉLINETTE
Oui. Ça m'amuse de voir les belles robes de
madame Henri, et ses beaux jupons avec de la dentelle et toutes les belles afTaires qui lui servent à sa toilette...
MONIQUE
Et tu lui voleras du parfum, comme l'autre jour.
CÉLINETTE
Je n'en ai pas volé I
MONIQUE
Allons donc? Je t'ai rencontrée quand tu sortais de sa chambre, tu empestais !
CÉLINETTE
Mademoiselle, c'est madame Henri qui m'en avait mis, pour rire, avec son petit arrosoir à vent.
MONIQUE
C'est bon ! Tu ne vas pas pleurer, hein ? CÉLINE, ronchonnant.
Moi, je calcule que mon dîner va être trop court... 1\ faut remplacer le bouilli... Madame Henri n'en mange pas...
MONIQUE
Arrangez-vous comme vous voudrez.
CÉLINE
Prévenir à quatre heures pour dîner à six heures et demie...
MONIQUE
Et j'ai assez de vos observations!
CÉLINE
Mais, mademoiselle...
MONIQUE
Je VOUS dis de vous taire.
CÉLINE
C'est bon, on se tait... Ça m'est bien égal... {A Célinette, avec brutalité, la bousculant.) Qu'est-ce que tu fiches là, toi, à regarder voler les mouches ! Allons! dépêchons! Tu as autre chose à faire... Et pas un mot ou je te flanque une gifle !... Allons, file! Et plus vite que cela... Non! si je m'attendais à une aventure pareille. {File est entrée dans la maison et ferme sa porte avec violence.)
MONIOUE
Qu'est-ce que c'est!... Céline!... cette façon de claquer les portes ! Céline! {Elle sort en coup de vent derrière Céline. Pendant ce qui précède, M. Chambert a regardé puis porté dans sa chambre noire les quelques châssis qui étaient restés sur la table. Madame Chumbert, songeuse, l'esprit 'autre part, a brodé, s" interrompant une fois ou deux pour relire la lettre de son fils.)