‹ SwedenborgChapitre 4 sur 10 · TRAVAUX ANTHROPOLOGIQUES · texte numérisé non relu

TRAVAUX ANTHROPOLOGIQUES

DE

M. LE l)f MOIIEL,

1*AK ilf. A. liÉAV,

Sc*.'rùlairG de la dusse des Sciences de rAcudémic do Ikoucn.

Il y a un an , Messieurs , à pareille époque , vous receviez au sein de cette Académie un membre nouveau , un collègue qu’une réputation justement méritée avait précédé dans notre ville , et vous connaissiez déjà , par la valeur incontestable de ses œuvres, l’habile aliéniste qui venait de recevoir la grave mission de soulager près de nous de douloureuses infortunes. La Compagnie a appris avec bonheur que l’Institut , appréciant comme elles le méritaient les savantes études de M. le D' Morel , avait décerné à notre confrère un prix de 2,500 fr. pour son remarquable Traité des Dégénérescences physiques, intellectuelles et morales de l’espèce humaine, et des causes qui produisent ces variétés maladives.

M. le Président , se faisant l’interprète des sentiments de la Compagnie , a exprimé à M. Morel toute la satisfaction que ses collègues avaient éprouvée à la nouvelle d’un si légitime succès.

M. Morel , voulant prouver à l’Académie la haute valeur qu’il attache à sa sympathique approbation , a communiqué à la Compagnie des travaux inédits sur V Amélioration intellectuelle , physique et morale de l’espèce humaine.

Toutes les aspirations des peuples européens , a dit M. le D' Morel , tendent vers l’avènement d’une ère meilleure , que tout le monde désire , et dont personne ne saurait encore définir exactement les modes de réalisation les plus efficaces et les plus opportuns ; mais ce besoin d’amélioration tend malheureusement à prendre une direction où les intérêts de la vie matérielle priment ceux de la vie intellectuelle et morale.

Au milieu du concert de louanges que provoque le spectacle des merveilles enfantées par le génie de l’homme depuis un demi-siècle , se sont élevées des voix inquiètes qui ont contrasté avec celles de ceux qui trouvent que tout est pour le mieux dans l’état actuel de la société.

Certaines personnes pensent qu’il existe dans l’espèce humaine des variétés, peut-être même des races dégénérées , et que les causes de cette décadence intellectuelle, physique et morale doivent provoquer les efforts des savants et des hommes de bien , dans le sens des moyens à opposer à tant de maux.

Notre confrère a abordé cette grave question sur le terrain scientifique et pratique , en recherchant les signes de l’ordre intellectuel , physique et moral , au moyen desquels on peut reconnaître les variétés dégénérées.

Un des phénomènes les plus importants à examiner, dit l’auteur, est celui de la fécondité ou de la stérilité des individus.

C’est sur le fait de la fécondité continue entre individus de même espèce que s’est appuyé Buffon pour prouver l’unité de l’espèce humaine.

Tous les hommes, quelle que soit la différence des races.

peuoenl s’unir et propager en commun la grande et unique famille du genre humain.

Cette importante vérité se prouve encore par l’expérimentation physiologique ; tous les individus d’une même espèce se propagent entr’eux, et possèdent ce que les naturalistes appellent la fécondité continue.

Ceux d’un même genre s’unissent , mais ils ne font que des métis à fécondité bornée.

Or, la plus grave objection qu’on ait faite à l’unitc de l’espèce humaine , est que les métis dans les races humaines avaient une fécondité bornée et ne pouvaient aller au-delà de la troisième ou quatrième génération ; mais ce fait est radicalement faux.

Ce qui est peut-être non moins exagéré, d’après M. Morel , c’est l’opinion de M. Gobineau , sur les conséquences fatales du mélange des races ; mais , pour démontrer en quoi les naturalistes ont péché par exagération, M. Morel a fait intervenir l’élément pathologique, et nous a exposé ce qu’il faut entendre par fécondité bornée et par stérilité chez les variétés dégénérées.

M. Morel a rappelé un fait bien reconnu aujourd’hui , c’est celui de la mortalité très grande des enfants qui naissent dans les conditions où les parents ont été soumis à des causes déprimantes et essentiellement dégénératrices, telles que la misère, les vices et les maladies.

Notre savant confrère a observé que la mortalité est grande dans les familles des aliénés, et qu’il n’est pas rare d’observer chez les enfants, victimes de causes dégénératrices, le phénomène de la stérilité.

On remarque en outre chez eux , indépendamment des déformations particulières de la tête , une intelligence souvent obtuse, des tendances vicieuses, des facultés bornées, et des aptitudes restreintes pour telle ou telle profession manuelle. Notre confrère fait ressortir l’importance de ces

faits pour la médecine légale, pour les mariages à contracter, et pour l’éducation de certains enfants nés dans des conditions maladives.

Tous les faits d’imbécillité ou d’idiotie congénitale ne proviennent pas tous des causes que nous avons énumérées ; il existe encore des causes physiques et morales indépendantes de la moralité des parents, et qui peuvent amener ces résultats déplorables; telles sont les frayeurs ressenties par la mère, les convulsions du jeune âge chez les enfants, les coups et les chutes sur la tête et autres causes encore.

Ces considérations ont servi à M. Morel de transition à l’étude des causes d’infériorité chez les différentes races humaines. « En cherchant , dit-il , l’existence d’un genre animal à placer entre le genre homo et le genre gibbon , les naturalistes , à commencer par Bory de Saint-Vincent , ont faussé la vérité des faits , ils ne les ont pas rapportés à leurs véritables causes. »

Tout ce que l’on peut dire de la dégradation intellectuelle, physique et morale des Boschimans et de quelques autres races inférieures , trouve son explication naturelle dans la misère extrême qui a pesé sur les différentes fractions de l’humanité, et qui les a soustraites à la bienfaisante influence de la civilisation. D’ailleurs, les faits extrêmes de barbarie, l’anthropophagie entr’autres, ne sont pas des faits inhérents à la nature d’espèces distinctes. D’abord ces tendances ne sont pas universellement répandues; elles sont, le plus ordinairement, le résultat de transmissions héréditaires de mauvaise nature , et l’observation prouve que ces instincts déplorables ont pu être corrigés par la conversion de ces peuplades déshéritées. Pour les expliquer, il n’est donc pas nécessaire de recourir à la théorie des créations multiples de l’homme dans ses rapports avec les diverses zones géographiques.

M. Morel , en nous montrant ensuite les différences extrêmes que l’élément maladif apporte dans les formes de la tête et du squelette humain chez les variétés dégénérées , est venu au-devant de l’objection principale que l’on a voulu déduire de ces dissemblances chez les races inférieures. Rien n’empêche donc d’admettre qu’une cause de l’ordre maladif ait déterminé, chez les Lapons et chez d’autres races inférieures, l’état de dégradation physique qui est le cachet de ces races.

La même induction analogique s’applique aux phénomènes anormaux de l’ordre intellectuel et moral que l’on remarque chez les insulaires de la Polynésie et dans la race indigène de l’Amérique.

Nous avons pareillement vu , dans les variétés dégénérées dont M. Morel nous a montré les tristes spécimens, les déviations les plus extraordinaires du caractère intellectuel et moral de l’homme. La pathologie suffit pour expliquer ces résultats, sans qu’il soit nécessaire de recourir à la théorie de la création d’espèces distinctes. Pourquoi en serait-il autrement pour les races inférieures? Enfin, pour compléter la démonstration , il suffit de considérer les résultats obtenus par les missionnaires au milieu des peuplades les plus abruties en apparence ; toutes ont été susceptibles de comprendre et d’accepter la loi morale et religieuse qui a conduit dans la voie du progrès les peuples les plus avancés actuellement en civilisation.

M. le D' Vingtrinier, tout en adoptant une partie des opinions de M. le D' Morel, a cru devoir combattre le principe de l’unité de l’espèce humaine. M. Vingtrinier pense que son honorable confrère n’a pas présenté d’arguments tout-à-fait concluants à l’appui de sa thèse. Une famille française , par exemple, allant habiter la Cafrerie, pourrait-elle, sous l’inffuence climatérique , devenir aussi dégénérée que les habitants de ces tristes contrées? M. Vingtrinier ne le

pense pas; il est porté à croire qu’il y a, dans la nature, des types essentiellement variés.

M. Morel a défendu l’opinion de l’unité de la race humaine; il a fait ressortir l’argument principal qu’il a déjà fait valoir de la fécondité indéfinie des individus originaires de races différentes qui s’étaient mélangées.

Quant à l’objection qu’un blanc transporté en Nigritie ne pourrait pas devenir noir et réciproquement, il faudrait avant tout, dit M. Morel, établir d’une manière bien précise ce qu’on entend par ces mots : un nègre Il y a bien des types différents ; il y a , en quelque sorte , une gradation; comment ces dégénérescences graduelles se sontelles produites? Il est difficile de l’établir d’une manière complète. Cependant on retrouve, dans les anciennes peintures égyptiennes , la représentation de certains types qui ont disparu parce que les races dont ces individus faisaient partie se sont croisées avec d’autres.

C’est, du reste, ce qui arrive encore de nos jours. La race anglaise perd dans les Indes son teint caractéristique ; la figure des colons devient rapidement basanée sous la double influence des chaleurs asiatiques et des maladies endémiques.

Les sages aperçus de M. Morel, ses intéressantes communications, sont les éléments d’un ouvrage que notre savant confrère écrira un jour, pour servir de complément à son beau Traité des Dégénérescences physiques , intellectuelles et morales de r espèce humaine ( I ) .

(1) Nouveaux Éléments d’anthropologie pathologique, pour faire suite au Traité des Dégénérescences dans l’espèce humaine. M. Morel a déjà réuni les principaux matériaux de ce travail qu’il espère publier dans le cours de l’année 1839.

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