‹ Swedenborg; histoire d'un visionnaire aux XVIIIe siècleChapitre 13 sur 34 · Des Terres dam VVnivers^ p. 68 et suivantes · texte numérisé non relu

Des Terres dam VVnivers^ p. 68 et suivantes

festement de moi ; toutefois je fre^mis, non à l'intérieur, mais à l'extérieur, parce que je savais que c'était un tel esprit; je le vis môme et il apparut comme un nuage obscur avec de petites étoiles mobiles dans le nuage;... cet esprit s'appliqua à mon côté gauche vers le dos; et il commença aussi à me réprimander d'après des faits et des pensées qu'il tira de ma mémoire et qu'il interprétait aussi en mauvaise part; mais il fut arrêté par des anges : quand il s'aperçut qu'il était chez un autre qu'un homme de sa terre, il se mit à me parler et à dire que lorsqu'il vient vers un homme, il sait en général et en particulier tout ce que cet homme a fait et pensé; qu'ensuite, il le réprimande sévèrement et le châtie aussi par différentes douleurs. A une autre époque, il vint aussi à moi un esprit correcteur et il s'appliqua à mon côté gauche au-dessous du milieu du corps, comme le premier; il voulait aussi punir, mais il en fut de même empêché par des anges ; il me montra néanmoins les genres de punitions qu'il leur est permis d'infliger aux hommes de leur terre s'ils agissent mal; c'était, outre la douleur des articulations, une contraction douloureuse vers le

milieu du ventre, que Ton sent comme la compression que produirait une ceinture garnie de pointes ; c'était aussi une privation alternative de la respiration jusqu'à des angoisses ; puis aussi la défense de manger autre chose que du pain pendant un certain temps ; enfin l'annonce de la mort. »

Parmi les esprits de Jupiter, il y en a de singuliers. On les appelle ramoneurs de cheminée « parce qu'ils apparaissent dans un accoutrement semblable à celui des ramoneurs et aussi avec la figure couverte de suie ». Un de ces esprits vint un jour trouver Swedenborg, s'appliqua à son côté gauche sous le bras et se mit à lui parler « comme si le son de la voix eût été divisé en deux ». Il lui demanda avec sollicitude d'intercéder pour lui afin qu'il pût venir dans le ciel. Il paraît d'ailleurs que cet esprit, qui avait probablement commis quelque méfait, fut par la suite replacé parmi les esprits probes qui étaient de sa terre.

Les esprits de Mars sont les meilleurs de tous ceux qui proviennent des terres du monde solaire (< car, pour la plus grande partie, ils sont hommes célestes, non différents de ceux qui

f Tirent de la très ancienne Eglise sur notre terre. Quand ils sont représentés tels qu'ils sont, ils sont représentés la face dans le ciel, et le corps da.ns le Monde des esprits ; et ceux d'entre eux qui sont anges sont représentés la face vers le Seigneur et le corps dans le ciel. »

IjCs esprits de Saturne sont probes et modestes ; dans le culte, ils sont très humbles. Ils reçoivent fréquemment la visite des esprits de Mercure ou de la terre qui viennent en troupe parmi eux pour tirer d'eux ce qu'ils savent. Interrogés sur le grand anneau qui entoure leur planète, ils ont raconté que celui-ci leur apparaissait, non comme un anneau, mais « comme quelque chose de blanc comme neige dans le ciel avec variation de direction ».

Dans la planète de Vénus, il y a deux espèees d'hommes, d'un caractère opposé : il y en a de doux et humains et de criminels et sauvages.

Swedenborg ne s'est point entretenu avec ces derniers, mais il lui est revenu que ce sont des géants et que les hommes de notre terre n'atteindraient «qu'à leur nombril ; ils sont, parait-il, stupides, s'inquiètent peu des choses du ciel et n'ont guère souci que de leur terre et de leurs troupeaux.

^ÊAïu-Jt^l

Le livre des Terres dans l univers nous apprend peu de chose sur les esprits et les habitants de la Lune. Cependant, Swedenborg a eu quelques relations avec eux. « Des esprits, dit-il, apparurent au-dessus de ma tête, et de là furent entendues des voix comme des tonnerres; car leurs voix produisaient absolument le même effet que les roulements du tonnerre après l'éclair : je présumai que c'était une grande multitude d'esprits qui savaient par art produire des sons avec un tel retentissement. Des esprits très simples qui étaient chez moi se moquaient d'eux : le motif de cette dérision me fut bientôt dévoilé, c'est que les esprits qui faisaient ce bruit de tonnerre, loin d'être nombreux, étaient en petit nombre et petits aussi comme des enfants... Afin que je susse quels ils étaient, quelques-uns s'abaissèrent du lieu élevé où ils produisaient ce bruit de tonnerre ; et, ce qui me surprit, l'un portait l'autre sur son dos, et ils s'approchaient ainsi vers moi par couple : leur face ne paraissait pas désa^ gréable, mais elle était plus allongée que celle de tous les autres esprits ; leur taille était celle d'un enfant de sept ans, mais leur corps était plus robuste; ainsi, c'étaient de petits hommes*

II me fut dit par des anges que c'étaient des esprits de la Lune. »

Après avoir exposé ce qu'il lui avait été donné d'apprendre sur les habitants et les esprits des planètes ou de la lune, Swedenborg s'est attaché à faire connaître ce que sont les terres dans le ciel astral, en dehors du monde solaire. Il a été souvent transporté dans ce ciel « quant à son esprit, son corps restant en place ». Il décrit cinq des terres qui en font partie. Nous ne le suivrons pas dans les développements où il se complaît; il s'en faut que tous les détails dans lesquels il entre soient d'un égal intérêt; il se soucie peu d'éviter les répétitions oiseuses et quelquefois même fastidieuses. Il n'y aurait aucune utilité à l'accompagner dans ses cinq voyages; laissons-nous simplement conduire dans la première terre qu'il a visitée : les incidents de la route valent la peine d'être rappelés. « Dans l'état de veille, dit-il, je fus conduit quant à l'esprit par des anges d'après le Seigneur vers une terre dans l'univers ; quelques esprits de notre globe nous accompagnant : la marche se fit par la droite, 6t elle dura deux heures. Vers la fin du monde

de notre soleil, il apparut d'abord une nuée tirant sur le blanc, mais épaisse; et, après cette nuée, une fumée ignée qui s'élevait d'un grand abîme : c'était un gouffre immense séparant de ce côté notre monde solaire d'avec quelques mondes du ciel astral : cette fumée ignée apparut à une distance assez considérable. Je fus porté à travers ce milieu, et alors apparut audessous, dans cet abîme ou gouffre, un grand nombre d'hommes, qui étaient des esprits ; — car les esprits apparaissent tous dans la forme humaine, et, en actualité, sont hommes; — je les entendis môme parler entre eux; mais il ne me fut pas donné de savoir d'où ils étaient, ni quels ils étaient; cependant, l'un d'eux me dit qu'ils étaient des sentinelles, afin que les esprits ne passassent point de ce monde dans quelque autre monde de l'univers sans en avoir la permission. J'eus même une confirmation que cela était ainsi; en effet, quelques esprits qui étaient de l'escorte, auxquels il n'avait pas été permis d'aller au delà, étant arrivés à ce grand intervalle, se mirent à crier avec force qu'ils périssaient, car ils étaient comme ceux qui, dans l'agonie, luttent avec la mort; c'est pourquoi ils restèrent de ce côté du gouffre et

ne purent pas ôtro transportés plus loin, car la fumée ignée, exhalée du goufTro, les (^uvaliissait et les mettait ainsi à la torture.

« Après que j'eus été transporté à travers ce grand abîme, je parvins enfin à un lieu où je m'arrêtai, et alors il m'apparut d'en haut des esprits avec lesquels il me fut donné de parler : à leur langage et à leur manière particulière d'apercevoir les choses et de les exposer, je vis clairement qu'ils étaient d'une autre Terre, car ils différaient entièrement des esprits du monde de notre soleil : eux aussi apercevaient à mon langage que j'étais de loin. »

Après l'ouvrage sur les Terres dans t Univers^ le plus curieux de ceux qu'ait publiés Swedenborg nous parait être celui qu'il a consacré à la description du Ciel et de TEnfer*. Ce livre est divisé en trois parties qui visent l'une, le Ciel, la seconde, le Monde des esprits et l'état de l'homme après la mort, la troisième, FEnfer. Chacune de ces parties comprend de

1. Du Ciel et de ses merveilles^ et de l'Enfer, d'après ce qvi a é'.é vu et entendu (ex auditis et visis), traduit de l'original latin (Londres, 1758, sans nom d'auteur), pir J.-F.-E. Le Boys des Guays, 2° éd., 1812. Paris; E. Juug-Treuttel, 19, rue de Lille.

nombreux chapitres dont les titres sont singulièrement suggestifs. Citons-en quelques-uns au hasard : Du Temps dans le Ciel, Des Vêtements dont les anges apparaissent couverts, Des Gouvernements dans le Ciel, Du Langage des anges, De la conjonction du Ciel avec le genre humain, Des Nations ou peuples hors de l'Église dans le Ciel, Ce que c'est que le monde des Esprits, Du premier, du second, du troisième état de l'homme après la mort. Ce que c'est que le feu infernal et ce que c'est que le grincement des dents. De la Malice et des artifices abominables des esprits infernaux.

Tout cela forme un volume in-8** de 455 pages, écrites toujours d'après ce que l'auteur a vu et entendu, « ex auditis et visis ».

Cueillons-y quelques passages.

Il faut savoir d'abord que le Ciel n'est pas un. Au contraire « il y a trois lieux et entre eux très distincts : l'Intime ou troisième, le Moyen ou second et le Premier; ils sont à la suite l'un de l'autre ». Mais « quoique les Cieux soient tellement distincts que les anges d'un Ciel ne puissent avoir un commerce de consociation avec les anges d'un autre, toujours est-il cependant que le Seigneur con-

joint tous les Cieux par influx immédiat et par influx médiat; par l'influx immédiat qui procède de Lui dans tous les Cieux, et par Finflux médiat d'un Ciel dans un autre Ciel; et de cette manière il fait que les trois cieux sont un ». Comme dans le Monde, il y a dans le Ciel quatre Plages ; l'Orient, le Midi, l'Occident et le Septentrion. « On appelle Orient le point où le Seigneur apparaît comme Soleil ; au point diamétralement opposé est l'Occident; à la droite, dans le ciel, est le Midi et, à la gauche, est le Septentrion, et cela de quelque manière que les anges tournent leur face et leur corps ».

Veut-on savoir maintenant ce que sont les anges? D'après son expérience, Swedenborg peut « dire et affirmer qu'ils sont absolument hommes quant à leur forme, qu'ils ont une face, des yeux, des oreilles, une poitrine, des bras, des mains, des pieds; qu'ils se voient mutuellement, s'entendent, conversent entre eux; en un mot, qu'il ne leur manque absolument rien de ce qui constitue un homme, excepté qu'ils ne sont point survêtus d'un corps matériel ». « Je les ai vus, dit Fauteur, dans leur lumière, qui surpasse de beaucoup

de degrés la lumière du monde à midi, et, dans cette lumière, je discernais tous les traits de leur face plus distinctement et plus clairement que je ne vois les faces des hommes de la terre. Il m'a aussi été donné de voir un ange du Ciel intime : il avait la face plus éclatante et plus resplandissante que les anges des Cieux inférieurs; je l'ai examiné et il avait la forme humaine en toute perfection. »

S'étant souvent trouvé dans la société des anges et ayant eu l'occasion de parler avec eux « comme un ami avec un ami, et parfois comme un inconnu avec un inconnu », Swedenborg a pu étudier leur langage. C'est un langage distingué en mots, de même que le langage humain : « il est aussi de même énoncé d'une manière sonore ; car les anges ont également une bouche, une langue et des oreilles ; ils ont aussi une atmosphère, dans laquelle est articulé le son de leur langage, mais cette atmosphère est spirituelle et appropriée aux anges, qui sont spirituels ; les anges aussi respirent dans leur atmosphère, et, au moyen de la respiration, ils produisent des mots, comme les hommes dans leur atmosphère .>. Le langage des anges est plein de sagesse parce qu'il pro-

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cède de leur pensée intérieure qui est ellemême sagesse; ils peuvent, d'un seul mot, exprimer ce que Thomme ne peut rendre en mille, et, en outre, les idées de leur pensée embrassent des choses que l'homme ne saisit point; aussi les choses qui ont été vues et entendues dans le Ciel sont-elles dites ineffables^ et de celles que jamais oreille n'a entendues ni œil n'a vues. « Qu'il en soit ainsi, dit Swedenborg, c'est ce qu'il m'a été donné de savoir par expérience : par moments, j'ai été mis dans l'état oîi sont les anges, et, dans cet état, je me suis entretenu avec eux, et alors /e comprenais tout, »

Le monde des esprits est distinct du Ciel et de l'Enfer. C'est' là que l'homme vient d'abord après la mort, et, après y avoir passé quelque temps, il est, selon la vie qu'il a menée sur la terre, ou élevé dans le Ciel ou jeté dans l'Enfer. « Le Monde des esprits apparaît comme une vallée entre des montagnes et des rochers, çà et là abaissée et élevée. Les portes du côté des sociétés célestes ne se présentent qu'à ceux qui ont été préparés pour le Ciel, et ne sont point trouvées par les autres ; pour aller du monde des esprits vers toutes les sociétés,

il y a une seule entrée, après laquelle il n'y a qu'un chemin, mais qui dans sa montée se divise en un grand nombre d'autres. Les portes du côté des Enfers ne se présentent aussi qu'à ceux qui doivent y entrer; alors elles leurs sont ouvertes, et dès qu'elles ont été ouvertes, ils voient des antres sombres et comme couverts de suie, conduisant obliquement en bas dans un abîme où il y a de nouveau plusieurs portes : de ces antres s'exhalent des vapeurs noires et fétides, que les bons esprits fuient, parce qu'ils les ont en aversion, tandis que les mauvais esprits les recherchent, parce qu'elles leur plaisent... J'ai entendu un de ces esprits pousser des cris comme arrachés par une torture intérieure quand un souffle émané du Ciel le frappait, et je l'ai vu tranquille et joyeux quand il était frappé par une exhalaison émanée de l'Enfer. »

Swedenborg a été mis à même de voir ce qui se passe dans les Enfers : il a pu y plonger ses regards. Il en donne une description pittoresque. « Quelques Enfers, dit-il, m'ont apparu à la vue comme des cavernes et des antres dans des rochers, se dirigeant vers l'intérieur et de là aussi en profondeur, obliquement ou per-

pendiculairement. D'autres Enfers m'ont apparu à la vue comme des tanières et des repaires, tels que sont ceux des bêtes sauvages dans les forêts... La plupart des Enfers sont à trois rangs l'un sur l'autre; les plus élevés apparaissent obscurs à l'intérieur, les plus bas apparaissent ignés. Dans quelques Enfers, il apparaît comme des décombres de maisons et de villes après des incendies. Dans des Enfers moins rigoureux, il apparaît comme de grossières cabanes, contiguës en quelques endroits, en forme de ville, avec des rues et des places. Dans certains Enfers, on n'aperçoit que lieux de débauche, hideux à voir, remplis d'ordure et d'excréments de tout genre. Il y a aussi de sombres forêts, dans lesquelles des esprils infernaux sont errants comme des bêtes sauvages. Il y a aussi des déserts où tout est stérile et sablonneux. »

Quelle richesse de détails ! Quelle fécondité d'imagination ! Il est difficile de concevoir une subjectivité plus absolue : le rêve est ici confondu avec la réalité objective aussi complètement qu'il est possible.

On présume que, doué de cette aptitude étrange à pénétrer les secrets de l'au delà et à converser avec les esprits, Swedenborg a dû

avoir de fréquentes relations avec les morts. On trouve à ce sujet de curieux renseignements dans son journal intime, le Diarium, sorte de mémorandum dont la rédaction, commencée en 174S, se termine en 1765*.

Fort nombreux sont les défunts, illustres ou obscurs, avec lesquels il a entretenu commerce ; si nombreux que, pour en faciliter Taperçu au lecteur, Matter^ a cru bon de les classer. Ce sont :

1" Les dieux et les déesses de la Grèce.

2° Les philosophes et les poètes les plus célèbres de l'antiquité.

3° Les patriarches, les prophètes et les apôtres qui méritent une attention spéciale.

4** Les saints, les papes, les cardinaux, les évêques et les moines de TEglise romaine.

5° Les réformateurs, les docteurs, les prélats et les prédicateurs protestants.

6" Les chefs des sectes et des congrégations nées de son temps ou un peu auparavant.

1. DiARiuu spiunuALE. — Le manuscrit qui primitivement jusqu'au 9 février 1747, porta le titre d'Adversaria, et ne devint le Diarium qu'après cette date, a été déposé à la bibliothèque de l'Académie de Stockholm et publié par Tafel (Tubingue, 1840.)

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