Matter, loc. cit., 220 et
7° Les princes de tous les temps et de toutes les nations.
8* Ses collègues de Tordre équestre à la Diète suédoise.
Il a eu des relations avec David, avec Aristote, avec Saint-Paul, avec Sixte V, avec Newton, avec Ignace de Loyola, avec Saint-Xavier, avec Louis XIV et bien d'autres.
Précisons les détails de quelques-unes de ces relations. Le roi de Danemark, Christian VI, était mort en 1746. L'année suivante, Swedenborg assistait à un dîner auquel prenait part un ami très digne de foi du général danois Tuxen. Or, Tuxen raconte dans une de ses lettres que cet ami eut la curiosité de demander au voyant s'il n'avait pas vu Christian depuis sa mort. Swedenborg affirma qu'oui et ajouta « qu'à la première entrevue le prince était avec un évêque ou un autre prélat, qui lui demandait humblement pardon des nombreuses erreurs où ses conseils avaient jeté le défunt ». Plus tard (c'est encore Tuxen qui le rapporte), questionné par le général lui-môme au sujet du roi Frédéric V de Danemark, mort en 1766, il assura qu'il l'avait vu dans le monde des esprits et qu'il y était très bien.
Il raconte dans'son journal la vision qu'il a eue du mariage céleste d'Ulrique Eléonor, cette reine de Suède à qui il devait ses titres de noblesse et pour laquelle il paraît avoir conservé nn véritable culte. Il suppose que le --■-- Frédéric de Holstein, époux mal assorti reine en ce monde, ne pouvait être son au ciel et il décrit comme il suit les nounoces d'Ulrique Eléonor : « Jour du it 1761. Au matin a paru un char élégant lequel se tenait un homme vêtu avec licence; et bientôt aussi une jeune fille, ipect d'une servante, de visage commun, ; un fil à la main. C'était la reine Ulrique jr que je voyais dans cet état. Je ne alors, au premier moment, ni d'où elle , ni qui elle était. Quand passa le char, ne qui y était l'appela et l'invita à monprès de lui. Elle eut quelque peine à s'y r, mais, pressée, elle le lit enfin; elle t aucune antipathie pour ce prétendant, elle hésitait, c'était en princesse et en ! modeste. L'homme était d'Allemagne, îlque duché par là. Il était mort jeune I ; il s'était appliqué comme elle à l'étude )arole et avait aimé les connaissances du
vrai spirituel... Ils passèrent à Tétat d'époux conjoints... Puis ils entrèrent dans une galerie magnifique. »
Déjà, dans ce même journal en 1736, il avait relaté Tentretien qu'il avait eu avec le comte de Brahe le soir même du jour oii celui-ci avait été décapité à Stockholm pour crime de conspiration (23 juillet 17S6). « Brahe fut décapité à deux heures du matin, dit-il, et il parla avec moi à dix heures du soir, douze heures après sa mort. Il fut avec moi à peu près sans interruption pendant plusieurs jours. »
Dans une lettre au landgrave de Hesse-Darmstadt, datée du 13 juillet 1771, Swedenborg assure qu'il a eu l'occasion de converser avec Stanislas, défunt roi de Pologne, avec Clément XIII, le pontife romain le plus récemment décédé. Il est resté un jour entier avec ce dernier.
Cinq ans avant, en 1766, répondant au prélat Œtinger, il proclamait qu'il avait parlé avec Saint-Paul pendant toute une année, trois fois avec Saint- Jean, une fois avec Moïse. Il va sans dire qu'il a vu la Vierge : « Un jour, Marie, mère du Seigneur, passa et elle fut vue au-des-
SUS de la tête en vêtement blanc; et alors s'étant un peu arrêtée, elle dit qu'elle avait été la mère du Seigneur et qu'à la vérité il était né
d'elle. »
Dans ses visites au Monde des esprits, Swedenborg ne rencontre pas seulement les esprits des morts, mais parfois aussi ceux des vivants. En effet, chaque homme, au dire du théosophe, a son bon ou mauvais ange qui est toujours autour de lui, mais qui peut momentanément s'en éloigner pour aller dans le royaume des Esprits. C'est ainsi qu'il a vu dans ce royaume r esprit du roi de Suède défunt en conversation avec celui de la reine encore vivante, qu'il s'y est entretenu avec T esprit du professeur Ernesti, le savant théologien allemand avec lequel il avait eu plus d'une controverse ; nous le savons par une lettre datée du 5 mars 1771 et écrite par Christian Cuno.
Pour qu'on puisse se faire, d'après les documents que nous rapportons, une idée à peu près complète de l'état mental de Swedenborg et des conceptions auxquelles s'est attaché son esprit, il est utile de dire quelques mots de ses opinions sur ce qu'il a appelé les Représentations
et les Correspondances, Il y fait souvent allusion dans ses divers ouvrages, mais il a écrit sur ce sujet un Traité spécial*, auquel nous ferons quelques emprunts, et qui n'est d'ailleurs, nous l'avons dit, qu'un extrait de son grand ouvrage, Arcana Cœlestia.
Rien n'est plus difficile que d'exposer, au moins avec quelque clarté, la doctrine des représentations et des correspondances; il est peu commode de s'orienter au milieu des développements longs, un peu confus, toujours abstraits d'une métaphysique religieuse qui apparaît comme une succession de nuageuses et audacieuses hypothèses. Au reste, il nous importe peu de connaître cette doctrine dans son ensemble et ses détails : il nous suffira, pour le but que nous poursuivons, d'en donner une idée sommaire et de faire quelques citations. Laisser parler l'auteur est encore ce qu'on peut faire de mieux quand il s'agit d'exposer des vues et des idées qui ne sont pas toujours très intelligibles pour le commun.
1. Traité des Représentations et des Correspondances, traduit du latin, par J.-F.-E. Le Boys des Guays, et publié par un disciple (L. de Z) des doctrines de la Vraie religion chrétienne. Paris, 1857, chez H. Minot, rue du Four-Saint-Germain, 40.
Il faut donc savoir que dans le Monde naturel et dans ses trois règnes, il n'y a pas le plus petit objet qui ne représente quelque chose dans le monde spirituel oii qui n'y ait quelque chose à quoi il corresponde. Swedenborg en a eu la preuve par de nombreuses expériences, et notamment par la suivante : « Assez souvent, dit-il, tandis que je m'entretenais des viscères du corps et que j'en suivais la connexion depuis ceux de la tête jusqu'à ceux du thorax, et môme jusqu'à ceux de l'abdomen, les anges qui étaient alors au-dessus de moi déduisaient mes pensées au moyen des spirituels auxquels ces viscères correspondaient, et tellement même qu'il n'y avait pas une seule erreur; eux ne portaient en rien leur pensée sur les viscères du corps qui étaient le sujet de la conversation, mais ils la portaient seulement sur les spirituels auxquels ils correspondaient. » C'est qu'en effet, toutes les choses qui sont dans le corps humain ont une correspondance avec celles qui sont dans le Ciel, « à un tel point qu'il n'y a pas même dans le corps la plus petite particule à laquelle ne corresponde quelque spirituel et quelque céleste, ou, ce qui est la même chose, à laquelle ne correspondent
des sociétés du Ciel ; car ces sociétés sont disposées selon tous les genres et toutes les espèces de spirituels et de célestes, et môme dans un tel ordre, qu'elles présentent ensemble la ressemblance d'un homme, et cela quant à toutes et à chacune de ses parties, tant intérieures qu'extérieures ; de là vient que tout le Ciel est ainsi appelé le Très grand homme; et c'est de là qu'il a été dit tant de fois que telle société appartient à telle province du corps, telle autre société à telle autre province, et ainsi du reste : la raison de cela est que le Seigneur est seul homme et que le ciel le représente ».
Swedenborg aboutit ainsi à une sorte de panthéisme qu'il se plaît à développer avec d'infinis détails dont quelques-uns apparaissent enfantins et naïfs. Dans l'ouvrage sur les Terres dans V Univers ^ il s'attache à rechercher à quelle faculté correspondent dans le Très GRAND HOMME, Ics csprits dc chaquc planète.
C'est ainsi que les esprits de Mercure représentent^ dans le Très grand homme, la mémoire, ceux de Jupiter « l'Imaginatif de la pensée », ceux de Mars « le médium entre l'Intellectuel et le volontaire », ceux de notre Terre « le sens externe », ceux de Saturne « le sens moyen
)mmfi spirituel et l'homme naturel. »
tile d'insister.
•evenons au Traité des Bepréseniarcourons-en d'abord la table. Nous y des en-tête de chapitres comme les : Correspondance de l'odeur et des vec le Très grand homme ; Coirespons mains, des bras, des pieds avec le id homme; Correspondance des visérieurs; Correspondance de la peau, eux et des os avec le Très grand Que veulent dire ces titres énigma- Juelques exemples permettront de Iro, sinon l'exacte pensée de l'auteur, îfficile à saisir, tout au moins l'esprit u livre. On lit au chapitre relatif à la idance des mains, des bras, des pieds rès grand homme ; « Ceux qui, dans and homme, correspondent aux mains •as, et aussi aux épaules, sont ceux dans la Puissance par le vrai de la foi 9 bien... Si les mains, les bras, les orrespondent à la Puissance dans le id homme, c'est parce que les forces lissances du corps tout entier et de viscères se réfèrent à ces membres.
car le corps exerce ses forces et ses puissances par les bras et par les mains. » Plus loin, au chapitre qui traite de la correspondance des Lombes et des Membres de la Génération, il est écrit : « Ici maintenant, il faut dire quels sont dans le Ciel ou dans le Très grand homme les Sociétés auxquelles correspondent les Lombes, et aussi les membres adhérents aux Lombes, qu'on appelle Membres de la Génération. En général, il faut qu'on sache que les lombes et les membres qui y sont adhérents correspondent à l'amour conjugal réel, conséquemment aux sociétés où résident ceux qui sont dans cet amour; ceux qui composent ces sociétés sont célestes plus que tous les autres, et, plus que tous les autres, ils vivent dans le plaisir de la paix. » Ailleurs, Swedenborg assure que « certains esprits probes qui pensent sans méditation » appartiennent à la province de la Glande du Thymus^ d'autres à la province « de la Citerne et des Conduits du Chyle ». Ceux-ci sont ensuite transportés dans des lieux qu'on a dit avoir leur rapport avec le Mésentère. « Ils sont là comme s'ils étaient dans des labyrinthes, et, de là, ils sont ensuite transportés dans divers endroits du
9S SWEDENBORIi
Très grand homme, pour servir à l'usage, comme le Chyle dans le corps. »
« Il y a des esprits qui ont leur rapport avec le conduit pancréatique, le conduit hépatique et le conduit cystique, par conséquent avec les biles qui y sont et que les intestins rejettent : ces esprits sont distincts entre eux, mais ils || agissent en compagnie selon l'état de ceux vers fm qui l'opération est déterminée : ceux-là surtout assistent aux corrections et aux punitions. » i
<f Ceux qui constituent la provision de la Vésicnle de fiel sont du côté du dos; ce sont ceux #1 qui dans la vie du corps ont méprisé la probité et en quelque sorte la piété, et aussi ceux qui les ont couvertes d'opprobre. »
On ne nous en voudra pas de ne pas prolonger les citations de semblables élucubrations. Nous ne pensons pas que le lecteur y puisse trouver profit. Ceux que les idées religieuses de Swedenborg ont séduits plus que la psychologie de l'illustre voyant ne les a intéressés nous reprocheront peut-être d'avoir produit des extraits écourtés, insuffisants en tout cas pour caractériser complètement ces idées.
Notre excuse est dans le but que nous poursuivons : la mentalité de l'auteur nous préoc-
cupe plus que sa métaphysique, et si le livre des représentations et des correspondances peut nous aider à apprécier cette mentalité, les citations que nous avons faites y suffiront; la reproduction même complète du livre n'eût ajouté, ce nous semble, à ces citations ni précision ni clarté.