DE ANALYTIQUE DES TROUBLES PSYCHIQUES CHEZ SWEDENBORG
ais les extraits qu'on vient de lire, comme passages détachés d'une observation, ne fieraient qu'une idée fort superficielle et trop imprécise de l'état mental de l'auteur, )us ne nous attachions maintenaot à grouet à classer les éléments psychopatiques n y trouve.
est nécessaire de soumettre à l'analyse les :eption8 étranges, les illusions singulières ont conslitué la trame du roman morbide 'est complu le théosophe durant les trente tières années de son existence.
regarder les choses superficiellement, on
pourrait penser que les rêveries maladives de Fâge mur et de la vieillesse font contraste avec les idées positives et la tournure d'esprit scientifique de l'adolescence et de la jeunesse. En fait, il n'en est pas ainsi : toute la vie de Swedenborg s'est développée avec suite, et les croyances qui en ont marqué la dernière partie n'ont été que l'évolution logique et l'aboutissant des tendances et des anomalies de caractère du jeune âge.
^ Il faut regarder les choses sans parti pris, avec la même méthode, le môme souci du fait, le même dédain du merveilleux qui nous guideraient si nous avions à résumer et à apprécier l'histoire d'un de ces nombreux inconnus que le monde ignore et que la clinique chaque jour soumet à notre observation.
La tendance qui porte naturellement les esprits à attribuer à des facultés extraordinaires les aberrations mentales de ceux qui ont tenu dans la société une grande place, rendu à leur pays de signalés services, ou jeté sur la science, l'art, ou la philosophie un grand éclat, est après tout une tendance excusable, mais peu scientifique et aujourd'hui surannée. Tous les biographes de Swedenborg, surtout les plus
modernes, n'y ont point échappé. Matter, notamment, Tun des plus documentés, des plus érudits et des plus consciencieux d'entre eux, incline manifestement vers le panégyrique au nom de la « science spéculative » qu'il oppose à la « science positive », le domaine du surnaturel ressortissant d'après lui à la première, tandis que « l'immense ensemble du naturel »
ressortirait à la seconde.
A la vérité, les contemporains de Swedenborg l'ont, en général, jugé tout autrement.
En Suède, beaucoup le tenaient pour « fou » et le D' Beyer, qui a dressé une table analytique de ses œuvres, partagea, au moins pendant un temps, cette manière de voir. On riait volontiers de ses visions : Christian Cuno, dont nous avons déjà parlé, et qui était devenu son ami, n'en accueillait pas le récit sans un certain scepticisme ironique. « J'accorderai même, lui écrivait-il, qu'il vous est permis d'être avec les anges dans le Monde des esprits en même temps qu'avec les hommes dans ce monde, et cela depuis vingt-cinq ans. Cependant, très cher ami, pourquoi ne pas convaincre le monde incrédule de la légitimité de votre vocation. » Kant, qui s'occupa beaucoup de Swedenborg,
rappelait à son propos le compliment que faisait son cocher à Tastronome Tycho-Brahé :
« Vous pouvez être, monsieur, fort entendu dans les choses du ciel ; mais pour ce qui est de ce monde, vous n'y êtes qu'un fou. » Et il ajoutait ailleurs : « Jadis, on brûlait de temps à autre les adeptes du monde spirituel; il suffira désormais de les purger. »
John Wesley, le chef des méthodistes, appréciait de la façon suivante les écrits de Swedenborg dans son journal, en 1770 : « Je me suis mis à lire les écrits du baron de Swedenborg et à y réfléchir sérieusement. J'ai commencé cette lecture avec beaucoup de prévention en sa faveur, sachant que c'était un homme pieux, d'un grand entendement, de beaucoup d'instruction et d'une foi vive. Je fus pourtant bien détrompé. Il suffit de connaître une seule de ses visions pour se mettre hors de doute sur son vrai caractère. C'est un des fous les plus ingénieux, les plus agréables, les plus amusants qui aient jamais mis la main à la plume. Ce sont des rêves à dormir debout, mais si extravagants, faisant si complètement divorce avec l'Ecriture et le bon sens, que l'on pourrait avaler aussi franchement les contes du Petit
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Poucet ou de Jack le destructeur de géants * . » Klopstock tourna le théosophe en dérision ; Wieland le traita avec plus de déférence, mais sans ajouter foi à ses visions ; Goethe se contenta de le mettre en scène et il Teut en vue quand il créa dans Faust le personnage qu'il appelle Pater Seraphicus. Bref, Swedenborg apparut aux penseurs et aux écrivains de son temps plutôt comme un excentrique et un illuminé que comme un esprit doué de facultés extraordinaires.
C'est bien ainsi qu'il faut le considérer.
Renan, avec son ingénuité fine et son scepticisme bon enfant, remarquait qu'il est difficile de croire aux miracles, car de nos jours on n'en voit plus : de même, on ne peut supposer chez ceux dont l'histoire nous a transmis les illuminations et les visions étranges, des aptitudes spéciales et des facultés qui les distingueraient des autres hommes, car de pareilles aptitudes et de semblables facultés n'ont jamais été positivement constatées. Au contraire, ces illuminations et ces visions ont une étroite ressemblance avec les phénomènes pathologiques que