ENVISAGÉS DU POINT DE VUE CLIMOUE
LA THËOHAnlE RAISONNANTE
Si l'on jette un coup d'œil rétrospectif sur les troubles que lanalyse symptomatique nous il peiinis de relever chez Swedenborg, on verra que ces troubles peuvent être dans leur ensemble résumés de la façon suivante : à la base une conviction erronée qui a pris corps et s'est affirmée sur le tard, quand Swedenborg avait déjà cinquante-sept ans, la croyance en une illumination d'en haut, qui lui permet de comprendre le vrai sens des écritures, et en une mission supérieure, celle de faire connaître au monde
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ignorée jusqu'à lui, des textes nviction est entretenue, déve- Se par des troubles hallucina- , dont la physionomie rappelle l'esprit de Swedenborg, abane au pur automatisme, se meut fantastique. Chez lui pourtant 1 de la personnalité n'est pas ntinue dans la vie courante à ustesse, à raisonner avec la rît qui, depuis longtemps, s'est ir; mais les visions du rôve a conscience au point que ce ^denborg de sens critique est ui en montrer le caractère
: question se pose au seuil de edenborg fut-il un mystique? peut-ôtre après les détails où itré et qui ont mis de reste en upation religieuse du voyant.
ins en comprendre la raison dmet que le mysticisme conm Ta défini ( Littré ) , en la communications secrètes entre ivinité, nul doute que Sweden-
borg fut un mystique et au premier chef. Mais on a cherché à séparerdu mtjslicisme, qui suppose l'intervention d'un élément émotionnel et affectif, la (héosophie, qui est une simple croyance où l'intelligence aurait la part exclusive. Chez les mystiques, comme sainte Thérèse, comme M"" Guyon, par exemple, il y a prédominance d'un sentiment, l'amour de Dieu; chez les théosophes, le désir et la prétention de connaître l'emportent sur la tendance à aimer. « Qu'est-ce que la théosophie, dit Moreau (de Tours) ', suivant l'idée que s'en sont faite Gerson, Boehm, etc. ? C'est une théologie, une métaphysique, une cosmologie, la science des sciences révélée à l'humanité, Théosophe, c'est-à-dire plus que philosophe et plus que théologien, c'est-à-dire encore savant de la science de Dieu môme. Au théosophe, les Écritures révèlent d'elles-mêmes leur sens mystérieux, la nature ses plus secrets symboles, l'âme ses mystères ; tous les voiles tombent devant ses yeux. Il saura tout sans avoir rien appris, il raillera la science humaine ai défectueuse et si lente. »
i. Moreau (de Tours). La Psychologie morbide, Paris Masson, 18B9, p. 227.
Si ron adopte ces distinctions, qui au fond sont soutenables, Swedenborg nous apparaît moins comme un mystique que comme un théosophe. A la vérité mysticisme et théosophie se ressemblent autant qu'ils diffèrent. « Leur objet est le même : Dieu su, vu et atteint.
Mais le mysticisme va du sentiment où il débute, à la haute spéculation où il ne s'arrête plus; la théosophie va de l'idée spéculative où elle débute, au sentiment où elle aime à ne trouver plus ni fin ni limite. Il en résulte que ces deux doctrines, où plutôt ces deux exubérances de doctrine, s'il faut en varier les appellations autant qu'elles varient leurs nuances, se rencontrent presque toujours.
Elles se confondent même quelquefois. Tous les théosophes sont un peu mystiques, tous les mystiques sont un peu théosophes * ».
Ces assertions, que la psychologie pathologique des hallucinés et des visionnaires ne contredit pas, enlèvent de son importance à la question que nous nous sommes posée à propos de Swedenborg.
Il en est une seconde sur laquelle il est né-
1. Matter. Le Mysticisme en France au temps de Fénelon^ p. 2.
SWEDENBORf,
ire de s'expliquer avant d'aller plus loin, t-ce que pour déblayer le terrain et cirrire le champ de la discussion. Depuis es travaux de Charcot et de ses élèves ont et précisé nos connaissances sur les déde l'hystérie, on a quelque tendance à :her h cette névrose beaucoup de délires iques qui, en fait, lui sont étrangers. Que ;érie ait le droit de réclamer la plupart cas de délire religieux observés , par pie, au cours dos épidémies de possession niaque ou de convulsionnaires, qui n'ont té rares durant les trois derniers siècles mt on retrouve quelques-unes dans le , c'est un fait qui n'est plus mis en doute, il s'en faut qu'en fait de mysticisme ,érie explique tout, M6me quand les signes la décèlent s'associent aux idées relies, on n'est pas toujours en droit de lui ucr ces idées; il est possible que Jeanne , sainte Thérèse, Marie de Mœrl ou Louise ,u aient présenté à des degrés divers des ates hystériques, sans qu'on soit pour lutorisé à rattacher leurs hallucinations, oins toutes leurs hallucinations, à l'hys-
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our tomber d'accord sur l'iiifaits, il serait nécessaire de éalable sur ce qu'est l'hystérie !S de son domaine. Or, il faut dtre, nous ne possédons pas lition de la névrose qui réuîuËFrages; ses frontières sont 1 est souvent difficile de dé- 5nom6nes psychasténiques ou ppartiennent, ou reviennent nt aux espèces mor]
soit, les manifestati< marque de famille, l'une perturbation j L'insuffisance de la e de réunir, de grou] nscience tous les ph(
la personnalité se i atioii aboutit à la coi 5 juxtaposées ou su jnorer récîproquemc personnalité ne peut lënes, dit M. P. Jai
mental des h'jsiériq-ues ; U e Cbarcot-Debove. Paris, I
en sacrifie définitivement quelques-uns; c'est une sorte d'autotomie , et ces phénomènes abandonnés se développent isolément sjans que le sujet ait connaissance de leur activité. Aussi l'anesthésie est nette , Famnésie est absolue, l'attaque et le somnambulisme se distinguent bien de la veille, les idées fixes ne sont pas exprimées ni môme connues par le sujet. Le délire existe dans la tête du sujet sans qu'il s'en rende compte et pendant qu'il continue à avoir un langage très raisonnable. Une hystérique crache tous ses aliments dès qu'elle les met dans sa bouche; elle paraît faire raisonnablement tous ses efforts pour manger, et rejette ses aliments malgré elle sans aucune intention ni pensée de sa part; on croit en la voyant et elle croit elle-même qu'il s'agit d'un trouble de la déglutition et d'un accident simplement physique; on serait mal venu à déclarer qu'elle est folle. Cependant elle est en plein délire ; depuis sa dernière attaque, elle rêve continuellement que sa mère du haut du ciel Tinvite avenir la rejoindre et lui commande de mourir de faim le plus tôt possible, et c'est uniquement ce délire qui provoque le vomissement. Mais ce délire est
séparé de la conscience normale, il est subconscient, ignoré par les assistants et par le sujet lui-même. »
Là est la caractéristique des troubles mentaux hystériques. Le sujet, tout en les subissant, les ignore : le moi conscient ignore les idées fixes qui lui sont juxtaposées dans le subconscient; il ignore les idées, les hallucinations qui éclosent, les actes qui s'accomplissent au cours des états comme l'attaque ou les crises de somnambulisme qui réalisent un anéantissement momentané de la conscience ou du moins la substitution à l'état habituel de condition première d'un état de condition seconde*. Sans doute, à titre exceptionnel, le moi conscient peut s'assimiler quelques-uns des phénomènes mentaux qui constituent les accidents hystériques : c'est ce qui a lieu, par exemple, à la phase prodromique ou à la période terminale de la grande attaque : la conscience n'est pas encore ou n'est plus abolie et l'esprit qui n'est pas complètement étranger au monde extérieur réagit à la fois, d'ordinaire, il est vrai, pendant
1. G. Ballet. Rapports de Vhystérie et de la folie. Rapport présenté au Congrès des aliénistes et neurologistes de Gleimont-Ferrand, 1894, in Comptes rendus.
peu de temps, contre les impressions du dehors en même temps que contre les illusions et conceptions fausses qui Tenvahissent. Mais c'est une éventualité rare et de courte durée : un délire, hallucinatoire ou autre, dont le malade a la parfaite conscience, et qui se prolonge avec continuité, échappe à la définition psychologique et à la caractéristique clinique de Thystérie.
Le délire de Jeanne d'Arc ne fut pas un délire hystérique : hallucinée depuis l'âge de treize ans, elle entendit pour la première fois, en 142S, le lendemain d'un jeûne, la voix de l'archange saint Michel. Peu après, sainte Catherine et sainte Marguerite puis l'ange Gabriel lui apparurent et lui parlèrent ; ils lui indiquèrent la mission à laquelle le ciel l'appelait. On sait comment elle s'obstina à la remplir, comment elle obéit à ses voix, comment elle parla toujours des conseils que ces voix lui donnaient. Le 30 mai 1431, au milieu des flammes comme dans sa prison," devant la mort comme devant ses juges, elle maintint et affirma jusqu'à la fin que tout ce qu'elle avait fait, elle l'avait fait de Dieu ; qu'elle ne croyait pas avoir été déçue par ses voix et que les ré-
yélations qu'elle avait eues étaient de Dieu *.
Le délire de sainte Thérèse, qui fut vraisemblablement une hystérique, ne fut pas un délire hystérique, ni le délire de Marie de ]Vfœrl% ni même, ce qui surprendra peut-être, celui de la célèbre Louise Lateau. Ecoutons ce que dit des extases auxquelles cette dernière est sujette Tun de ses biographes, le D' Lefebvre. « Quand on suit avec quelque attention les différentes phases du ravissement, on est bientôt convaincu que pendant leur durée, l'intelligence, loin d'être endormie, jouit, au contraire d'une grande activité. Louise n'a aucune conscience des actes extérieurs qu'elle accomplit et de ce qui s'est passé autour d'elle, mais elle se rappelle parfaitement ce qui s'est passé dans son esprit.
« J'ai interrogé souvent la jeune personne sur ce point. Les souvenirs sont très nets et très précis; mais elle éprouve toujours une vive répugnance à en rendre compte, et peu de personnes en ont reçu la confidence. Toutefois,
1. Brierre de Boismont. Des hallucinations. Paris, 1862, p. 519.
2. P. Richet. Étude clinique sur la grande hystérie^ 2» éd., Paris, 1885, p. 906.
n lui avait donné l'ordre de la part de ne de répondre à toutes mes questions, ît simplement, sobrement, nettement, ion récit, quand l'extase commence, 3uve plongée dans une grande et vive bientôt des figures se dessinent sous ; les différentes scènes de la passion successivement devant elle : elle les rièvement mais avec une netteté sinîUe voit le Seigneur, dont elle décrit ne, les vêtements, les plaies, la coupine, la croix. Il ne fait aucune atten- B, ne la regarde pas, ne lui parle pas.
it avec la même précision et la même les personnes qui l'entourent , les ies saintes femmes et les Juifs ' », « Il e, dit M. P. Richet, d'insister sur les s éminemment hystériques de l'extase ï Lateau ». Nous ne saurions partager lière de voir. Tous ies états extatiques blentpar leur physionomie extérieure ffit pas que les extases de la stigmatisée pellent celles de l'hj-stérie pour qu'on ' roit de les rattacher à cette névrose.
bïre. Louise Latrau de Bois-d'Haine. Louvain
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le la grande attaque hystérique ible état de condition socondfi et 5 ne gardent pas le souvenir, au enir net, complet et prolongé, lu rêve qui occupent leur esprit e ; or, Louise Lateau, nous veir, se rappelle au contraire et ne netteté singulière les scènes extases, se déroulent à ses yeux, iivant nous, n'a rien k faire avec allucinés mystiques, quand ce :ient, cohérent, continu, quand ime le développement et, si l'on stématisatioQ de tendances orienues et accrues d'ordinaire par de milieu et d'éducation. Les différents phénomènes subconitérie peuvent s'y juxtaposer, il aoins un délire spécial ayant sa physionomie propre et son évolution particu-- Hère.
Cette distinction établie entre les délires hystériques à tournure religieuse et les délires mystiques étrangers à l'hystérie, il reste encore à s'expliquer sur les variétés de ces derniers. Au point de vue de la caractéristique d'un
le mental, la nature de l'idée délirante a oup moins d'importance que les condidans lesquelles cette idée s'est dévee, que sa genèse et son évolution. Des 13 psychopathlques très différentes les des autres peuvent se traduire par des fausses analogues, et par contre la même ion mentale peut avoir pour expression mceptions erronées fort variables suivant s. Il est presque oiseux de rappeler que ire ambitieux, le délire de persécution, le : mystique ne constituent pas des entités :
ire chacun de ces délires, il faut chercher ats mentaux fort divers qui sont suscepde les engendrer en revêtant une envecommune.
n'est pas ici le lieu de tracer une descripl'ensemble des délires mystiques : nous yons à cet égard aux publications, qui ne )as défaut'. Rappelons toutefois que les s de cette nature se peuvent rencontrer des situations cliniques fort diverses et
Bail. La folie religieuse, iu Leçons sur Us maladies ■.s. Paris, 1889, — Dupain. Tkise de Paris, 1888. — l Vallon. Arck. de neurologie, 1896-1897. — A. Mario, sme et folie. In Arck.neui-al., 1899. —R, Hy vert. Des leligieui, Thèse de Paris, 1899.
avec des physionomies par conséquent fort variables. Dans le délire de la persécution à évolution systématique^ les préoccupations religieuses impriment souvent des allures mystiques au trouble mental : à la deuxième phase, celle des idées de persécution, la croyance à l'ensorcellement, à la possession ou à la damnation n'est pas rare, n'était pas rare surtout autrefois ; à la troisième phase de l'affection ou phase de mégalomanie, les malades s'incarnent en Dieu, le Saint-Esprit ou la sainte Vierge : ils sont prophètes, Jeanne d'Arc ou l'antechrist. Chez les débiles et les déséquilibrés, les bouffées délirantes et les délires à systématisation plus ou moins parfaite et à durée transitoire ou chronique qu'on y observe ont souvent pour thème la croyance en des relations avec le ciel ou avec l'enfer, croyance entretenue d'habitude par des hallucinations surtout visuelles. Chez les mélancoliques, l'idée religieuse devient tout naturellement la formule qu'affectent les idées de culpabilité et d'auto-accusation : lorsqu'on est coupable, et les mélancoliques le sont toujours quand ils ne sont pas obsédés par de simples idées de ruine ou par des préoccupations hypocondriaques, la pensée d'un man-
qiicmont aux d(>voirs envers Dieu ou d'un oubli
des préceptes religieux est celle qui s'impose
naturellement à l'esprit. Chez les épileptiqucs,
à la suite ou dans l'intervalle des crises con-
sives, chez les hystériques, nous le savons
i, dans les divers états de condition seconde
aque ou crise soranambulique), l'hallucina-
1 ou la préoccupation religieuse peuvent
si tenir leur place.
1 n'est pas nécessaire d'insister longuement ir montrer que le délire mystique dont nous ns constaté les symptômes chez Swedeng ne rentre ni dans l'un ni dans l'autre des upes auxquels nous venons de faire allua. Un délire chronique comme le sien ne irrait être rapproché que du délire de perséion à évolution ou des délires durables à mure religieuse des déséquilibrés et des liles. Mais rien dans la psychologie patho ique de Swedenborg ne rappelle les troubles tvolution régulière et progressive du preir ; quant aux seconds, combien ils sont difféits par leur marche et leur physionomie du ire du théosophe ! Transitoires ou durables, dominent, quand ils existent, toute l'actié mentale; l'esprit ne peut s'abstraire des
idées erronées qui l'ont envahi et qui, toujours présentes, influencent et faussent toutes ses opérations. Les malades dont il s'agit sont dans l'étroite acception du mot des « aliénés », en ce sens que leurs conceptions fausses les ont rendus étrangers au monde ambiant : tous leurs actes, toutes leurs pensées sont subordonnés à ces conceptions maladives.
Dans le cas de Swedenborg, les accidents ont eu autre physionomie, autres conséquences, autres allures. S'il fut un " aliéné », il fut un aliéné raisonnant. Ne perdons pas de vue qu'au plus fort de ses préoccupations religieuses et de ses visions, il conserva intacte, au moins en apparence, la faculté de raisonner, de juger les hommes et les choses, qu'i' une part active aux travaux de la Diète montra homme de sens droit et de vues j
Pour comprendre cliniquement Swederi il faut, ce nous semble, regarder d'abord a de lui et hors de lui. Le développemenf systématisation des préoccupations myst chez les individus que leur organisation brale et les conditions de milieu porteni abandonner, arrivent à réaliser une psj particulière à physionomie assez univoqu
a SC9 périodes, ses degrés, légers ou graves, et dont il vaudrait la peine de tracer, ce que nous ne pouvons faire ici, une description méthodique et détaillée. La vie des saints est une mine riche oîi l'on pourrait puiser à larges mains les éléments de cette étude.
Avant d'esquisser ici la physionomie de cette ihéomanie raisonnante et de montrer comment elle nous explique Swedenborg, il est utile de rappeler, comme terme de comparaison, les caractères cliniques aujourd'hui assez bien connus d'une autre psychose raisonnante qui présente avec la première une étroite parenté, ou plutôt qui n'est, à vrai dire, que la première avec des préoccupations orientées dans une direction spéciale : nous faisons allusion à l'étal mental des Régicides. M. Régis ' nous a donné une description très documentée et très précise de la psychologie de ces malades. Il nous les a montrés pourvus souvent de tares héréditaires, présentant d'habitude des apparences intellectuelles assez brillantes, mais au fond disharmoniques et mal équilibn^s, fréquemment impulsifs et in-
capables de résister aux sollicitations qui les atteignent. Il amis en relief leurs dispositions mystiques originelles , c'est-à-dire leur tendance instinctive à s'exalter les choses de la religion ou de la politique, la violence de leur passion qui les porte à embrasser avec fureur une idée de dogme ou de parti. 11 a fait voir comment ces mal équilibrés arrivent à se convaincre, par une initiation plus ou moins longue, qu'ils ont une mission à remplir, mission inspirée de Dieu et qui doit les conduire au martyre; comment enfin, sous l'influence de cette conviction dominatrice, ils deviennent quelquefois le jouet d'hallucinations, hallucinations visuelles surtout, intermittentes et à retour d'ordinaire très éloigné, qui se produisent principalement la nuit, de préférence pendant le sommeil, et qui semblent parfois se confondre avec le rêve. Ravaillac dans sa prison voit aux deux côtés de sa face des hosties semblables à celles » dont l'on a accoustumé faire la communion aux catholiques en l'église de Dieu n\ Jacques Clément étant dans son lit reçoit la visite d'un ange, muni d'un glaive, qui lui dit : « Frère Jacques, je suis messager de Dieu tout-puissant, qui te
vient accertener que par toi le tyran de France doit être mis à mort; pense donc à toi comme la couronne du martyre t'est aussi préparée. » c Staap, qui projeta de tuer Napoléon I", itendit Dieu dans sa prison. Il lui appas la forme d'une figure semblable à la lui dit : « Marche en avant; tu réussiras 1 entreprise, mais tu y périras. »
1 les tienne pour des héros et des , des criminels ou des fléaux, les résont incontestablement des malades.
èse n'offusquera personne ; elle n'offusas tout au moins ceux qui se résoudront ment à admettre que la psychologie itiqucs et des saints relève aussi de la gie.Et pourtant il y a entre les régicides lints d'étroites analogies : si l'esprit des s se tourne de préférence vers les le ta politique et les problèmes sociaux, (S seconds s'absorbe davantage dans les pations religieuses et l'amour de la ; mais le fonds mental est le même, la lonîe des facultés est la même, la ten- L l'exaltation et la concentration de sur une même idée ou un même groupe iont les mômes. Régicides et mystiques.
apôtres religieux ou apôtres politiques sont de même souche et de même nature.
Jetons un coup d'œil sur les mystiques. Tous à coup sûr ne peuvent être mis sur le même plan : le mysticisme à ses degrés. Au bas de l'échelle il n'est qu'une tournure, ou si Ton veut une exaltation de l'esprit : tels le mysticisme religieux de Fénelon, ou le mysticisme philosophique de Malebranche.
Mais cette tournure d'esprit crée une prédisposition particulière aux troubles psycho-sensoriels, dont l'apparition marque une progression très nette vers un état mental morbide.
Qu'elle se soit développée, ce qui semble être la règle, sur un fonds cérébral désharmonique, qu'elle ait été secondée par les privations, les jeûnes, les pratiques ascétiques, parla concentration de l'esprit vers une môme idée ou un môme objet, elle aboutit aisément à l'hallucination, surtout à l'hallucination visuelle. Celle-ci peut à la vérité n'être qu'un épisode fugace, sans grande importance, unique et transitoire, n'influant guère sur l'avenir mental de celui qui l'éprouve : telle la vision de Descartes. « Le 10 novembre 1619, dons sa vingtquatrième année, pendant les quartiers d'hiver.
seul dans la chambre où il se relirait pour ses méditations philosophiques, il crut entendre une voix du ciel qui lui promettait de lui 'gner le vrai chemin de la science. Dans le ses extases, il entendit une explosion :
tincelles brillèrent par toute la chambre, voque le sauveur et la Vierge; il fait à ■ci le vœu d'un pèlerinage à la maison de ;te, allant à pied depuis Venise, Et cela se 'ec accomplissement d'une visite à Rome le Jubilé. » Nous venons d'observer tout iment un fait qui peut être rapproché du le Descartes. M. S..., âgé de vingt-quatre est élève en philosophie. Il s'adonne à le de la métaphysique et des langues nues. Ses parents sont nerveux tous les . En 1897, à la suite de surmenage céréet peut-être d'excès génésiques, il pré- , des signes de neurasthénie légère (cépiiaatonie gastro-intestinale , incapacité de il) qui depuis ont persisté avec des altères d'aggravation, d'amélioration et même jérison temporaire. Le samedi 13 mai, à ires du soir, M. X... travaillait à la bïbliole de la Sorbonne lorsqu'il aperçut très meut la silhouette d'un de ses amis
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ivait malade et alilé depuis surpris, et essaya de s'approqtii s'enfuit devant lui et disin corridor. La vision fut très able à la réalité. M. X... crut son ami. Le lundi 15 mai, ilière, M. S... apprenait que iuccombé le matin même du TU l'apercevoir. Le dimanche deux mois après le premier 3 apparition : M. S... est dans 1 est un peu moins de midi; inte de nouveau; mais il est i distingue que le buste et les présent pendant dix à quinze les hallucinations analogues à 14 juillet à 5 heures du soir, i, le 17 juillet à 5 heures. Le s dit le malade, me semble uLcusité, de réalité. La littérature nous fournit un assez grand nombre d'exemples analogues qu'il serait sans utilité de rappeler
1. Voir à ce sujet eolre autres ouvrages récenls : souet. Ejiai sur les hallucinalioni conscientes, Tl Pari», 1898.
On a discuté la question de savoir si on pouvait à Tétat normal avoir des hallucinations ; dans ces termes, le problème nous parait mal posé : rhallucination, quelles que soient les conditions dans lesquelles elle se présente, n'est pas, ne peut pas être un phénomène physiologique : elle est très distincte de la représentation mentale vive. Seulement, tout phénomène morbide qu'elle est, elle ne compromet pas toujours et au môme degré l'activité mentale : elle peut être un trouble isolé, de l'anomalie duquel le malade aie sentiment, et qui n'influe en aucune façon sur la conscience ni sur les actes; de cet ordre sont les hallucinations bien connues du libraire Nicolaï et celles dont M. Marillier, il y â quelques années, a donné la relation*. Les fatigues, l'anémie cérébrale, un certain degré d'inanition, quelques intoxications légères, par la cocaïne par exemple, peuvent engendrer de semblables hallucinations. De même, la longue concentration de la pensée, la méditation prolongée d'un sujet philosophique ou religieux qui ne va pas d'ordinaire sans entraîner à sa suite un cortège de privations, de fatigues et
1. Marinier. Communication à la Société de psychologie, in Revue philosophique^ 1883.
d'infractions à l'hygiène. Le jour où l'hallucination se produit sous de semhlables influences, elle peut être sans grande portée, sans retentissement sérieux sur l'ensemble de l'éta' sans lendemain. Celui qui en est aff est pas moins momentanément un mais d'une maladie légère et transite Qu'au contraire l'hallucination tien conditions organiques plus profonde; ne soit que la traduction extérieure ■ d'exaltation mentale sous-jacent d< ■ lui-même de dispositions originelles, s développées par les circonstances et li lions du milieu ambiant, elle s'associ état psychique particulier, dont elli paraître la cause occasionnelle, don1 sera en fait que la résultante : telles 1 cinations des régicides dont nous av( tout à l'heure, celles de Ravaillac ou df Clément, telles celles des inspirés ou tiques. On connaît la légendaire halli de saint Paul, sur le chemin de Dan rendait h cette ville « afin, écrit sa que s'il s'y trouvait quelques dise Seigneur, hommes ou femmes, il les chargés de chaînes h Jérusalem »,
approchait de Damas, lorsqu'il fut soudain environné d'une lumière du ciel. Tombant à terre, il entendit une voix qui lui disait : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ! » « Qui êtesvous, Seigneur? » demanda-t-il. Et la voix répondit : « Je suis Jésus que tu persécutes. Il est dur pour toi de regimber contre l'aiguillon, w Tremblant, saisi d'effroi, Saul (Paul) dit : « Seigneur, que voulez-vous que je fasse? » Le Seigneur reprit : « Lève-toi, entre dans la ville, là on te dira ce qu'il te faut faire*. » On connaît aussi celle de Pascal : au mois d'octobre 1624, il était allé, un jour de fête, se promener au pont de Neuilly dans un carrosse attelé de quatre ou de six chevaux. Les deux premiers prirent le mors aux dents et se laissèrent choir dans la Seine, tandis que la voiture restait comme suspendue sur le bord du pont. Pascal fut vivement impressionné par cet accident, et, le lundi 23 novembre, environ un mois après, il eut une vision entre dix heures et demie du soir et minuit et demi. « Le détail de ce que Pascal vit et probablement entendit dans cette circonstance solennelle est resté et suivant toute appa-