PREMIÈRE PARTIE DE LA VIE DE SWEDENBORG
SES PARENTS, SON ENFANCE, SON ÉDUCATION, PHASES LITTÉRAIRE ET SCIENTIFIQUE DE SON EXISTENCE
Emmanuel Swedberg naquit à Stockholm le 29 janvier 1688. Il ne devait prendre le nom de Swedenborg, qu'il porte dans l'histoire, que trente ans plus tard, après son entrée dans Tordre équestre de la chambre des seigneurs où le fit admettre la faveur de la reine Ulrique Eléonor, sœur de Charles XII.
Son père^ Jesper Swedberg, occupa dans le
) importantes, r du premier
4), prédicateur le théologie à sf du clergé de la plus tard inises de la Peui, enfin inten- 5s de Londres.
/■ingt-deux ans ter, un homme née et l'Angle- HoUande. Fon- Jkara , écrivain ■ qu'il assura à i améliorations loise des textes s de toute tcnle celle qui ins- Drateur admiré, pour les œuvres t à la nation le entreprises de 6! du faîte d'extra- ? essentiellement [vuMie s'inspirait
WEDENBORG 3
«ne juste mesure '. »
nborg, Sarah Bœhme, collège des mines, on
ses deux frères, et d« 'elles épousaBenzelius, mme de grand talenl, cia avec un gouverneur
ifants de Jesper Swedbei^ reçurent une instruction sérieuse et plutôt libérale. Leur père s'attacha à développer leurs tendances naturelles et ne semble pas avoir use de son autorité pour les diriger vers le sacerdoce et l'Eglise.
De bonne heure se manifestèrent chez Emmanuel de Swedenborg des dispositions pieuses.
<■' De ma quatrième à ma dixième année, dit-il, ilans une lettre au docteur Beyer, ma pensée était sans cesse préoccupée de Dieu, du bonheur éternel et des souffrances morales de l'homme. De ma sixième à ma douzième année, mon plus grand plaisir était de m'entretenir de la foi avec des ecclésiastiques. Et je leur fis
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souvent cette remarque, que la bienveillance ou la charité est la vie de la foi, et que cette bienveillance qui donne la vie n'est autre chose que l'amour du prochain. » Et de fait, conséquent avec ces idées, le jeune Emmanuel paraît avoir été d'un caractère aimable et doux et avoir conquis par la bonté de son cœur les sympathies de ceux avec lesquels il frayait.
Il s'appliqua très jeune à l'étude des langues anciennes, des mathématiques et de l'histoire naturelle. Il y fit de rapides progrès, grâce à son labeur et à sa vive intelligence.
Lorsqu'il eut terminé sa première éducation, son père l'envoya à l'université d'Upsal ; il avait alors dix-neuf ans. Il y séjourna deux années. Il eût semblé naturel qu'il s'y fût adonné à la théologie que Jesper Swedberg y avait enseignée naguère en qualité de prévôt de la cathédrale. Mais ses goûts, peut-être aussi d'autres circonstances qu'il est malaisé de démêler, le portèrent vers la philosophie ; à la vérité, celle-ci comprenait à cette époque la littérature, les mathématiques et la physique. C'est en qualité de docteur en philosophie qu'il couronna ses études à Upsal par une thèse sur
les sentences de Sénèque et de Publius Syrus le Mime*.
Il revint ensuite à la maison paternelle mais n'y séjourna que quelques mois. C'était l'année où Charles XII fut battu à Puliawa.
Encouragé par son père, qui avait lui-même beaucoup voyagé, il résolut, pour parachever son éducation, de visiter les principaux pays d'Europe; en 1710, il s'embarqua pour Londres, oii il passa une année, puis se rendit à Oxford, où il fit également un séjour de près d'un an. Quelles furent ses fréquentations et ses occupations en Angleterre? Il serait intéressant de le savoir, mais, dans la description qu'il a laissée de ses voyages % il néglige de s'étendre sur ce point. Il raconte seulement quelques menus incidents survenus aux cours de ses pérégrinations : c'est ainsi qu'il faillit être pendu pour avoir enfreint par ignorance la défense d'entrer à Londres avant l'expiration de la quarantaine établie pour protéger la ville contre la peste.
1. Senecœ et Pub. Syri selectx sententiœ, qiias notisillus- Uralas edidit E. Swedberg. Upsal, 1709; Tubingue, 1841.
2. Swedenborgii Itinerarium^ publié par Tafel. Tubingue, 1840 et 18il.
WEOENBORC .
agna la Hollande, passa par lit séjourner k Utrecht; il s'y le (1713) où fut signé le célè- Lira h Philippe V la possession l'Espagne. Puis il se rendit à i à Paris et k Versailles où il an an. En 1714, son père le na la Suède par Lille, Hamald et arriva k Straisund au u Charles XII, relâché par les ; siège devant cette ville et ï fut pour lui l'occasion d'an discours de félicitations en
sa patrie, Swedenboi^ publia leil littéraire, les Jetix d'Hége renferme une série de morïosés par l'auteur au cours de s et qui, graves ou légers, ne L médiocre intérêt. L'année paraissaient à Greifswald les collection de fables imitées
, ihe carmina miscellanea quiB variis in :rg. Troisième édition, Tubingue, {SU.
(iue fabellm Ovidiania simites, ni5,
d'Ovide (sive fabellae Ovidianis similes) et dont quelques-uns des panégyristes du jeune écrivain ont exagéré le mérite.
A vrai dire, ces œuvres littéraires, qui marquent la PREMIÈRE PHASE de la vie de Swedenborg, n'eussent pas suffi h conserver son nom à la postérité, si l'auteur, dès cette époque, n'eût décidément orienté son activité dans une autre direction.
Il avait vingt-sept ans lorsqu'en 1716 il laissa la littérature pour les travaux scientifiques; il devait s'adonner à ces derniers avec persévérance et succès durant une période de trente années, qui constitue la seconde phase de son existence. A cette époque, il fit paraître à Upsal, où il s'était établi, une publication périodique, le Dédale hyperboréen (Daedalus hyperboreus) *, recueil consacré aux recherches, inventions et découvertes. Il publia dans cet ouvrage, dont six volumes parurent, les premiers travaux de la Société royale d'Upsal qu'il fonda avec l'ingénieur Polhem. Charles XII, auquel ce dernier le présenta, fut séduit, paraîtil, par son savoir et les ressources de son es-
1. Bœdalus hyperboreus, sive nova expérimenta, mathematica et physica. Upsai, 1716, 1717, 1718,
iU'attacha en qualité d'assesseur au Collège 1 des mines et exprima le désir que Polhem )ciât aux travaux dont il avait la direction, ainsi que Swedenborg prit une part active ;onstruction des docks de Cariscrona, des es du lac de Wener et de Gothenbourg et travaux hydrauliques de Trolhaetta, Son liosilé lui permit de rendre au roi de e un important service : Charles XII avait u d'attaquer le Danemark et projeté de le siège de Frederichshall. La difficulté stait à transporter l'artillerie sous les murs pince ; des deux voies qui s'ofiraient en l'une, celle des montagnes, était imprati- ; l'autre, la voie de mer, très périlleuse.
lenborg imagina des machines garnies de dres au moyen desquelles on put véhiculer lonts et par vaux, de Stromstad à IderQol, péniches et une chaloupe sur lesquelles nt élé chaînées les pièces de canon. Grâce artifice, le siège allait commencer dans conditions qui s'annonçaient favorables 'uédois, quand Charles XII (1718) trouva irément la mort en visitant une tranchée.
ndis qu'il appliquait ainsi ses facultés nte's h. des questions de mécanique pra-
tique, Swedenborg ne négligeait pas les travaux de science pure. En deux ans (de 1717 à 1719), il publiait, en effet, une Introduction à l'algèbre *, et divers travaux sur Les moyens de déterminer la longitude des lieux par des observations lunaires*^ sur La division décimale des monnaies et des mesures^ pour faciliter les opérations du calcul et la suppression des fractions " ; sur La plus grande élévation des marées dam les temps anciens * ; sur Le mouvement et la position de la terre et des planètes"^.
On voit déjà s'affirmer cette activité prodigieuse et cette surprenante fécondité qui ne s'arrêteront guère jusqu'à la fin de la vie, quel que soit le champ où elles se manifesteront.
Nous sommes à l'époque (1719) oîi la reine
1. Ouvrage sur l'algèbre, en suédois. Dans les dix livres de ce traité, l'auteur s'occupe de divers problèmes de mécanique, d'une théorie des projectiles et de Tartillerie, enfin du calcul différentiel et intégral. Upsal, 1718.
2. En latin. Upsal, 1718. Amsterdam, 1721, 1766. Londres, 1847, en anglais.
3. Traité (en suédois). Upsal, 1719 et 1795. L'auteur y expose les diverses raisons qui ont fait adopter plus tard le système décimal des poids et mesures par la France et d'autres pays.