M. Malle-, toc, cit., p. 2Gf el
doctrine de cette nouvelle Eglise, mais encore la publier par l'impression; et comme le Seigneur m'y avait préparé dès mon enfance, il s'est manifesté en personne devant moi, son serviteur, et m'a envoyé pour remplir cette fonction, ce qui a eu lieu en 1743. Ensuite, il a ouvert la vue de mon esprit, m'a ainsi introduit dans le monde spirituel, et m'a accordé de voir les cieux et plusieurs de leurs merveilles, ainsi que les enfers, et de parler avec les anges et les esprits; et cela continuellement depuis vingt-sept ans. J'atteste en toute vérité que la chose est ainsi. Cette faveur du Seigneur à mon égard n'a eu lieu qu'à cause de la nouvelle Église dont je viens de parler et dont la doctrine se trouve dans mes écrits... »
Nous montrerons plus loin, en parcourant l'œuvre de Swedenborg, comment cette conviction, ou plutôt cette idée fixe, a donné naissance aux hallucinations les plus variées, aux illusions les plus singulières, aux rêveries les plus fantastiques. Mais avant d'entr'ouvrir les livres du célèbre voyant, il importe de raconter brièvement sa vie, depuis le jour oîi débuta, par la vision de Londres, la phase religieuse.
43 swedf;nborg
Cette vision fut en effet le signal d'un changement profond, non seulement de la vie men- *°'" ""■■" de toute l'activité de Swedenborg, de son nouveau rôle plus encore avait été naguère de ses recherches es, il se décida brusquement, dès sser de côté tous les livres profanes de deux ans après, en 1747, il devait ■e de ses fonctions publiques, te des incidents de Londres ' , il revint Im, mais il y séjourna peu et se la bientôt pour l'Angleterre où il B paraître, de 1749 à 1756, le plus de de ses ouvrages, les Arcana Cxlessières des Cieiix *, Parmi les œuvres i de Swedenboi^, celle-ci tient une ciale, la plus importante : c'est Ir imental dont les autres ne sont pour que des extraits, des amplifications )mmentaires. Les Arcana, écrits en
! quitter Londres, il y avait dniiTié à l'imprivrage : De cuUu el amore Dei (Londres 1145, : D'oCTre pas l'intérùt de ceux qui l'ont suivi. ■xlesda qux in scriplitrd sacra aunl deUcta, in ido, ea 8 vol. iii-i. Londres, 1149 à 1736. Une in a été publiée par Tafel à Tubingue,eD 13 vol.
latin, comme tous les livres théosophiques du voyant, sans nom d'auteur, d'éditeur, ni de ville, formèrent une publication en huit parties, de format in-4°. La traduction française qu'en a donnée Le Boys des Guays (de 1845 à 1848) se compose de seize volumes in-8**. Le succès de l'ouvrage fut grand, et, malgré son prix élevé, on l'enleva avec tant d'empressement qu'il n'en resta bientôt plus d'exemplaires dans le commerce.
Dès 1745, Swedenborg avait commencé la rédaction de son journal intime qui s'appela d'abord Adversaria^ puis Diariiim spiritualeK Ce journal, qui se termina en 1765 et ne devait être publié qu'en 1840, renferme sur l'auteur des documents pleins d'intérêt.
Au mois de juillet 1756, après la publication des Arcanaj Swedenborg vint passer quelque temps en Suède. Il arriva à Stockholm le 23 juillet, c'est-à-dire le jour même où furent exécutés, pour crime de conspiration, le comte de Brahe et le baron de Horn. Il avait été très
1. Em. Swedenborgii diarium spirituale. Pars i, 2 vol. Tubingue, 1844-1845. Pars ii, Stuttgard, 1843. Pars m, 2 vol. Stutlgard, 1844. Pars iv, Diarium minus. Tubingue, 1843. Pars v, 2 vol. Tubingue, 1846-1847.
SWEDENBORf.
' comte de Brahe et il raconte dans 1 qu'il eut avec lui des relations après ition. « Brahe, dit-il, fut décapité à du matin, et il parla avec moi à dix soir, douze heures après sa mort. Il moi à peu près sans interruption isieurs jours'. »
borg assure que l'année suivante fut témoin, en Suède, d'un évéoele fut autre que le Jugement dernier.
Heurs, si l'on s'en rapporte à certains de ses écrits, il aurait assisté une fois à un semblable événement en ipposer qu'on doive prendre au pied s les assertions de Swedenboi^, nous i point surpris, sachant ce que nous , appris et ce que nous verrons par : son état mental, de la richesse, de et du pittoresque de ses hallucina- 1 ait assisté en imagination au specjugement tel que nous avons pris de nous le représenter d'après la is livres sacrés. Nous n'avons pas, idrc le théosophe contre cette hypo-
Malter. loc. cil., p. 12i.
thèse, au demeurant très plausible, les mêmes raisons que ses apologistes. Il faut reconnaître toutefois que quand Swedenborg parle du jugement dernier, il est bien possible qu'il fasse allusion, comme Matter le pense, non pas à la catastrophe physique que nous nous imaginons généralement, mais à un fait tout moral. C'a été la pensée du voyant que chaque Eglise a pris fin par un jugement, que l'Eglise actuelle devait elle aussi finir, pour faire place à la nouvelle, celle dont il allait jeter les bases et qu'il allait appeler la nouvelle Jérusalem; le jugement dernier dont il parle n'est peut-être, après tout, que l'annonce, par le Seigneur, de la fin de l'Eglise précédente et de l'avènement de la nouvelle. Mais combien cette question, qui a vivement préoccupé ceux qui ont écrit sur Swedenborg, a pour nous peu d'intérêt !
Toujours est-il qu'en 1738, le théosophe repartit pour Londres, afin d'y faire paraître le Jugement dernier et la destruction de Babylone^ 1 vol. in-4^ La môme année, du reste, il donna successivement un traité sur la Nouvelle
1. De ultimo judicio et de Babylonin destructa. Londres, 1158. Conlinualio de ultimo judicio^ in-4, Amsterdam, 1763. Tubingue, 1846.
Jérusalem et sa céleste doctrine ', un autre sur le Cheval blanc ', qui est l'interprétation d'un passage de l'Apocalypse, son livre, auquel nous ferons de nombreux emprunts , sur les Terres dans le monde solaire, enfin celui si curieux qui traite du Ciel, de ses merveilles et de C enfer, d'après ce qui a été vu et entendu.
On voit que l'évolution qui s'est produite dans l'esprit de Swedenborg n'a pas diminué son activité si elle en a modifié l'orientation : le théosophe n'écrit pas moins que ne le faisait 1(! savant et on resterait confondu de sa puissance de production si l'on ne constatait en le lisant la complaisance avec laquelle il se répète et se copie lui-même.
En 17S9, Swedenborg quitta Londres pour rentrer dans son pays. C'est pendant le voyage, à Gothenbourg, qu'eut lieu l'incideiit merveilleux dont nous parlerons plus loin, et autour duquel on a fait plus de bruit qu'on n'a répandu de lumière. Le voyant aurait été de cette ville témoin d'un incendie qui détruisait un des quartiers de Stockholm, et en aurait à
cinquanle lieues de distance suivi les diverses péripéties.
Les deux années 1760 et 1761 se passèrent en Suède. Swedenborg semble, durant leur cours, s'être un peu détaché de ses préoccupations théosophiques. Il remplit tout au moins ses devoirs d'homme du monde et d'homme de cour; il assista aux réunions de la Diète et y prononça plusieurs discours importants sur diverses réformes à réaliser et sur la nécessité pour le pays de préférer l'alliance française à l'alliance anglaise. Il y lut sur l'état des finances suédoises un rapport dont le comte de Hœpken, ancien ministre, fit le plus grand éloge dans une lettre adressée au général Tuxen.
Mais en 1762, après la clôture de la Diète, il émigra de nouveau et se rendit à Amsterdam, où il publia presque simultanément six ouvrages : La doctrine de la vie pour la nouvelle Jérusalem *, la Doctrine sur le Seigneur^ sur la foi^ sur r Écriture sainte *, Continuation sur le Jugement dernier et le monde spirituel^ enfin
1. Doctrina nova Eierosolymse de Domino^ in-4. Amsterdam, 1163. Tubingue, 1834.
2. Doctrina nova llierosolymae de scripiura sacra^ in-4. Amsterdam, 1763. Tubingue, 1835.
éliçue sur le divin amour el la . Il avait alors soixante-quinze etle année qu'il eut, dit-on, la se à mort du tsar Pierre III, au où on assassinait ce souverain . L'anecdote est au moins dou- ■ lui-même, qu'on ne peut accusme pri?conçu, la révoque en
reparaît h Stockholm, mais il i en proie aux dissensions poli- ,it qu'un court séjour. De retour n 1765, il y publie son ouvrage e révélée, oit se trouvent dévoilées térieuses gui y sont prédites et lettrées cachées jusqu^ à ce jour*.
Londres propager son livre et ide à la lin de 1766, Il passe à née 1767 et paraît y avoir repris monde : il fait agrandir et emation, qui était, semble-t-îl, déjà : il reçoit de nombreuses visites.
dica de diiiino amore el divina sapieniia,
.763. Stuttgard, 1843,
euelata, in qiid deteguntur arcatta qum
ua ïin ur. oïtcOENBORIi W
On le revoit à Amsterdam en 1768 : il y fait
paraître, en mettant cette fois, contrairement à
ses habitudes, son nom sur le frontispice, deux
volumes svir V Amour conjugal' : le premier,
consacré à Tamour dans le mariage, le second,
renferme des maximes un pe.u risquées, à
îour scortatoire ou ilUcile. Swedenborg, tout
y proclamant qu'il vaut mieux « allumer
)ord le flambeau de Tamour du sexe avec
1 épouse », y affirme cependant que cet
3ur ne peut pas sans dommage être em-
hé « de se produire en fornication » et que
commerce avec une maîtresse {le pellicat)
ii préférable à un vague désir libidineux w,
1 après l'amour conjugal, il donnait VEx-
é sommaire de la doctrine de la nouvelle
tisalem.
>e livre provoqua dans le clergé de Suède s vive émotion et fut le signal de persécuns dirigées contre son auteur. Le doyen de thenbourg, Ekebom, déclara l'ouvrage héréue au plus haut degré et la doctrine qu'il
Delicia sapientix de amore conjugiali el volu/itales iBjt de amore scortatorio, in-4. Amslerdftm , llbS. Tuïue, 1841.
. Summaria expoiilio docirinre novëe Ecelesix. Amster-
renfermait socinienne sur les points les plus délicats. Swodenboi^ répondit aux attaques avec c vivacité : il alla jusqu'à accuser ffronterie et d'impudettr.. Mais les i le monde religieux, étaient à ce jntés contre lui ; il s'en aperçut arut en Suède en 1769, après avoir is, et fait à Londres un séjour de [ips pour y publier le Traité des i du commerce de l'âme avec le a DiMe qui se tint cette année, lembres de l'ordre du clei^é, au es amis de Swedenborg, le con- ;am, avaient formé le projet de ia mise en jugement pour cause permanente issue de ses rêveries L'évéque Filenius, son neveu par i présidait temporairement l'ordre Stockholm, proposa, vraisemblablele but louable de protéger son internement ou des foudres eccléa saisie, la mise sous séquestre et des plus compromettants de ses )i suédoise ne plaisantait pas sur
■CIO anima et corporis, in-4, Londres, 1769.
les questions d'hétérodoxie, et elle punissait du bannissement tout citoyen dont la doctrine n'était pas conforme à celle de la confession d'Augsbourg. Swedenborg courait donc des risques sérieux : en visionnaire convaincu qu'il était, il ne s'en émut que médiocrement. Il répondit vertement à son neveu Filenius que sa proposition était « absurde », il négligea ce qu'il appelait les « clameurs des députés à l'assemblée cléricale de la Diète », et s'en remit au Seigneur du soin de défendre lui-même son Eglise.
La plainte contre les doctrines de Swedenborg fut renvoyée au chancelier de justice qui devait la présenter au conseil souverain ou au Sénat présidé par le roi. Avec Swedenborg étaient inculpés les D" Beyer et Rosen, membres du consistoire, qui avaient adopté ses idées. Frédéric-Adolphe demanda qu'on lui fît un exposé résumé de la doctrine du voyant; finalement, comme il s'intéressait au personnage, il fit traîner l'affaire en longueur et elle n'eut pas de suite.
En août 1770, Swedenborg repartit pour Amsterdam. Il s'agissait d'y écrire et d'y publier celui de ses ouvrages qui devait êtr<i le
dernier, et, coïncidence curieiise, résumer sa doctrine. La Vraie religion chrétienne^ parut en 1771. Après sa publication, en août, le théosophe quitta la Hollande et se rendit à Londres o\x il allait bientôt terminer sa carrière.
Nous n'avons fait que résumer l'histoire de sa vie. Il eût été sans utilité, pour le but que nous poursuivons, d'en détailler les épisodes. Chemin faisant, nous en rappellerons d'ailleurs quelques-uns, qui sont de nature à nous intéresser plus particulièrement.
Mais il importe, avant d'aller plus loin et de conter les derniers moments de Swedenborg, de nous arrêter un instant sur son caractère, ses habitudes, sa manière de vivre.
Ce qui ressort surtout de ce qui précède, c'est la démonstration de la surprenante activité de cet homme, activité qui s'affirme dès la jeunesse, s'accuse dans l'âge mûr et persiste jusqu'à l'extrême vieillesse. A quatre-vingts ans passés, Swedenborg mène la même existence de labeur qu'à quarante ; il continue à écrire et à publier sans relâche jusqu'à la veille de sa mort. Il défend jusqu'au bout ses idées
1. Vera christiana religio,continens universam theologiam novae Ecclesiae^ in-4.. Amsierdam, 1771.
avec la même ardeur, la même fécondité, la même conviction, presque avec les mêmes ressources qu'au début. Si son intelligence a été entamée par les années, il n'y paraît pas ou il y paraît peu. En tout cas, l'énergie, la volonté n'ont pas faibli. Elles ont été soutenues, à la vérité, par une conviction arrêtée, qui avait pris chez le théosophe le caractère d'une véritable idée fixe et d'une croyance dont les détails étaient depuis longtemps stéréotypés.
Persuadé qu'une mission providentielle lui avaif été départie, il a vécu la plus grande partie de sa vie comme hypnotisé par le rôle qu'il se croyait appelé à jouer.
D'un caractère doux, bienveillant, plutôt sociable, il n'a sans doute jamais affiché ou même laissé voir des sentiments de misanthropie. Christian Cuno, qui dirigeait à Amsterdam un commerce important, depuis qu'il avait quitté l'armée prussienne où il avait servi comme officier, était devenu son ami, et il en a laissé un portrait qui doit être très fidèle et mérite d'être reproduit. « C'était, nous dit-il *, un homme un peu étrange, très affable, parlant
1. Notes d'un bourgeois d'Amsterdam. Hanovre, 1858, publiées par Scheler, et citées parMatter, Loc. cit., p. 280.
le français et Tallemand, mais médiocrement, d'une politesse parfaite et d'une sainte vie. Il voyageait sans domestique, disant qu'il n'avait nul besoin d'aide, son ange étant toujours avec lui, lui parlant et lui tenant compagnie. Il voyait la société suédoise d'Amsterdam, respecté de tout le monde, même de ceux qui cachaient peu l'intention de se moquer de lui et de ses visions. Son regard imposait la réserve convenable. Occupant deux pièces dans une maison bourgeoise, il y donnait peu d'embarras à ses hôtes, se couchant à sept heures du soir, se levant à huit heures du matin; entretenant son feu en hiver; ne rentrant jamais sans rapporter quelque friandise aux enfants; passant pour très riche, même aux yeux de ses éditeurs; ne leur demandant jamais de comptes; imprimant ses livres sur papier de luxe et en distribuant beaucoup d'exemplaires. Le digne gentilhomme, toujours sobre, se nourrissait d'ordinaire de biscuit et de chocolat, prenant beaucoup' de café, allait quelquefois au restaurant et dînait chez tous ceux qui l'invitaient. Homme du monde, il parlait avec la même aisance à tous, grands et petits, faisait volontiers sa partie et était
LA VIE DE SWEDENBORG îio
fort courtois avec les femmes. » On sait, d'autre part, qu'il ne négligeait pas de remplir ses devoirs de membre de la Diète.
Toutefois, s'il ne fuyait pas absolument la société, il ne paraît pas qu'il la recherchât beaucoup. En tout cas, au moins dans la seconde partie de sa vie, il n'eut, h proprement parler, ni foyer, ni famille. Ce n'est pas la faute des circonstances. Swedenborg avait des sœurs, des beaux-frères distingués et faisant figure dans le monde, des neveux et des nièces. De tous ces parents, il n'eut cure : on ne voit pas qu'il cherchât à s'en entourer dans les moments qu'il venait passer à Stockholm ; et c'est à des domestiques qu'en son absence il abandonnait la garde et la direction de sa
maison. Jl ne se maria jamais : on raconte qu'il eût consenti à épouser et même qu'il aima la belle Emerantia, fille de l'ingénieur Polhem, h laquelle Charles XII avait eu la pensée de le fiancer alors qu'il avait environ trente ans ; mais Emerantia en aimait un autre et ne répondit pas aux avances. Swedenborg conçut de son indifférence un profond chagrin et renonça à l'hyménée : il vécut à peu près chaste, bien qu'il paraisse avoir eu, au cours de ses voyages,
56 SWEDENBOJIG
de rares aventures. Il se réserva pour l'autre monde, où il complaît trouver une grande dame suédoise, la comtesse de Gyllenborg, dont il avait eu la vision et que le ciel lui destinait.
Ainsi Swedenborg nous apparaît comme un homme que séduisent peu les joies et les plaisirs du monde, et qui semble mettre toute sa satisfaction, après avoir rempli sommairement ses devoirs sociaux, à poursuivre la tâche que le Seigneur lui a départie.
Alt mois de juillet 1771, il quitta Amsterdam et se rendit à Londres, où il devait succomber au mois de mars suivant. Que fit-il des derniers mois de sa vie?Il semble les avoir encore employés à écrire ; l'Appendice à la vraie religion, qui fait partie de ses œuvres posthumes , est vraisemblablement de cette époque, et le D' Messiter, son médecin, trouva après son décès des pages qu'il venait de rédiger.
Le 24 décembre 1771, il eut un ictus : il resta pendant environ trois semaines dans un état qu'on a qualifié de léthargique, qui se dissipa, d'ailleurs, complètement, mais laissa h sa suite une légère paralysie avec quelque difficulté pour articuler les mois. Il ne semble
pas qu'il se soit agi d'aphasie vraie ni que Tintelligence ait été profondément atteinte par ce premier accident.
Toutefois, son ami, le conseiller Springer, a raconté que, quelque temps avant sa mort, Swedenborg avait été momentanément privé de sa « vue spirituelle » et de sa faculté de communication avec le ciel et les anges ; c'avait été pour lui l'occasion d'une grande souffrance morale. Mais cette « défaillance de l'illumination », comme dit le révérend Robert Hindmarsh, ne fut que très temporaire.
On a avancé que Swedenborg avait prédit le jour de sa mort : il aurait fait savoir à John Wesley, le chef des méthodistes, qui lui avait annoncé sa visite pour une date un peu éloignée, que cette visite serait sans objet, car il devait succomber le 29 mars. Ce récit n'est vraisemblablement qu'une légende, arrangée après coup, comme tant d'autres.
Dans les derniers jours de sa vie, le voyant eut affaire aux mauvais esprits qui vinrent le tourmenter. On l'entendit dans sa chambre protester et se plaindre; et de vive voix, du reste, il confirma à plusieurs interlocuteurs les ennuis qu'il avait eus.
Il accepta avant de mourir les secours de la religion. Bien qu'il affirmât, à ce que raconte le ministre Férélius, ne pas avoir, comme citoyen de l'autre monde, besoin des sacrements, il consentit pourtant à les recevoir pour montrer la communauté qui existe entre l'Eglise de là-haut et celle d'ici-bas.
Jusqu'à la fin, il protesta de la véracité de ses écrits.
Il succomba le 29 mars 1772. Aucun de ses parents ne l'assista à ses derniers moments. Sa famille, dont il eut d'ailleurs peu de souci, paraît l'avoir complètement oublié ou négligé ; il n'avait pas été prévenu de la mort d'une de ses sœurs. M""® Lundstedt, survenue quelques mois avant. Son dernier soupir fut reçu par un honnête barbier et sa femme, chez lesquels il logeait. Le 5 avril, Filenius fit enterrer le corps dans le caveau du chœur de l'église suédoise d'Ulrique Eléonor.